‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 180 sur 400 · MARCHE, — DURÉE. — PRONOSTIC · texte numérisé non relu

MARCHE, — DURÉE. — PRONOSTIC

S I. — Marche,

Dans l’étude symptomatologique de l’ataxie locomotrice, nous avons vu un certain nombre de symptômes caractériser isolément cette maladie: mais ce qui en fait réellement une espèce morbide distincte, c’est, en général, la régularité de son mode d’apparition

Dans plusieurs cas enfin, j’ai vu ces douleurs s’étendrede l’estomac au ventre ; ellessont continues, comme je l’ai déjà dit, et deviennent atroces avec exacerbation, et arrachent des cris aux malades; l’hyperesthésie cutanée des parois abdominales les rendent plus intolérables. Pendant ces crises gastralgiques,entéralgiques etgastro-entéralgiques, les malades semblent dans un état très-grave; cependant elles disparaissent tout à coup, et alors les fonctions s’accomplissent normalement, comme auparavant. Cette disparition subite des viscéralgies et leur retour par rémittences peuvent être considcrées en général comme un des signes probables de l’ataxie.

20 Névralgies. — Iln’est pas rare d’observer des douleurs névralgiques également rémittentes et ne durant que de quelques heures à deux ou trois jours, mais se faisant alors sentir d’une manière continue et avec des exacerbations. Les souffrances qu’elles occasionnent, sont horribles. J’en ai observé dans bien des régions, dans les nerfs intercostaux, dans les nerfs sciatiques, dans les nerfs du rachis; plusieurs fois j’ai rencontré, chez mes ataxiques, des névralgies rémittentes et durant peu, du cordon testiculaire, de la vessie avec spasme du col.

30 Névroses des voies respiratoires. — J'ai rencontré, chez des ataxiques, des spasmes de la glotte, produisant une raucité de la voix, opiniâtre pendant quelques jours seulement et revenant par crises plus ou: moins rapprochées, Une fois j'ai vu ce spasme fermer complétement la glotte et durer assez de temps pour menacer le sujet d’asphyxie. Enfin j’ai observé des toux nerveuses, opiniâtres, apyrétiques, quelquefois accompagnées d’une sorte de bronchorrhée de peu de durée et revenant d’une manière rémittente.

4° Arthropathies dans l’alaxie locomotrice.— Voilà, certes, une lésion de nutrition bien inattendue dans cette espèce morbide. On en doit la découverte à M. Charcot qui en a fait le sujet de plusieurs articles intéressants (Voy. Charcot. Arthropathie liée à l’ataxie locomotrice progressive, Archiv. de phys., janv. fév. 1868, p.162). Cette affection rare n’est ni précédée ni accompagnée de douleurs,de chaleur, de rougeur ou de fièvre. Elle se signale seulement par un gonflement de Ia joiuture et des parties voisines ; cependant, elle produit, dans ces cas, une altération profonde des surfaces articulaires, ainsi que des ligaments. Son développement paraît à M. Charcot, d’après un examen nécroscopique, déterminé par une atrophie des cellules des cornes antérieures de la moelle, qui sont en rapport d’innervation avec l’articulation lésée (Voir Charcot et Joffroy ; note sur une lésion de la substance grise de la moelle épinière observée dans un cas d’arthropathie liée à l’ataxie locomotrice progressive (Arch. de physiologie, n° 2, mars et avril 1870, p.306); voy. aussi Ball, Afhropathie dans l’ataxie (Gazette des hôpitaux, 31 septembre 1867).

5° Atrophie musculaire par extension de lirritalion aux cornes antérieures de la moelle, dans l’ataxie locomotrice. — 11 est une espèce d’atrophie musculaire qui se développe quelquefois, dans le cours de l’ataxie locomotrice, et qu’il faut se garder de confondre avec l’atrophie musculaire progressive. Elle est produite par le travail irritatif, qui, dans cette espèce morbide, siége d’abord dans les cordons postérieurs de la moelle, et de là s'étend à certaines cellules des cornes antérieures. La découverte de cette complication, et du mécanisme de sa formation, ressort encore des recherches de M. Charcot. — Je reviendrai sur cette question, après avoir exposé l’état de nos connaissances sur l’anatomie pathologique de l’ataxie locomotrice.

et du développement de ses symptômes; c’est leur filiation, en d’autres termes, leur marche, leur processus morbide. Cette proposition est capitale : elle ressort déjà des faits cliniques exposés dans l’article précédent (1); j’en vais démontrer encore la vérité d’une manière incontestable,

Malgré le soin que j'ai pris d'isoler chacun des symptômes de l’ataxie locomotrice, il n’est personne qui, pour mieux les analyser ou afin d’en apprécier plus justement la valeur individuelle, n’ait cependant remarqué, en lisant leur description, que la maladie dont il est question, toujours locale au début, est essentiellement envahissante ou tend à se généraliser.

Il est ressorti également de cette étude des symptômes, que l’ataxie locomotrice peut être divisée, dans sa marche, en trois périodes distinctes, caractérisées : la première, par la paralysie d’un ou de plusieurs nerfs moteurs de l’œil, par la paralysie du nerf optique, et par des douleurs fulgurantes, térébrantes, erratiques (2); la deuxième, par l’apparition, dans les membres inférieurs, ou quelquefois dans les membres supérieurs, de troubles de la coordination motrice, et bientôt après ou simultanément par l’insensibilité musculaire, articulaire, osseuse, cutanée ; la troisième enfin par la généralisation de la maladie. — Les troubles fonctionnels de la vessie, du rectum, des organes génitaux, etc., ne sont que des épiphénomènes. J'ai rapporté dans la précédente édition plusieurs faits cliniques à l'appui de tout ce qui précède (3).

La première période de l’ataxie locomotrice peut se développer irrégulièrement ou manquer en partie ou en totalité. La maladie n’en suit pas moins sa marche progressive; alors les symptômes de la première période apparaissent tôt ou tard, quoique tardivement, dans les périodes suivantes.

J'ai dit que ces faits d’interversion des périodes de l’ataxie locomotrice font exceplion, parmi ceux que j'ai recueillis depuis cinq ans ; Car à l’époque où je publiais mon mémoire, je n’en possédais que deux exemples. L'observation clinique m'oblige à ajouter aujourd’hui que ces faits exceplionneis sont moins rares que je le croyais alors. Ainsi une fois seulement j'avais vu la paralysie des nerfs de l’œil et l’amaurose faire défaut; les douleurs caractéristiques avaient signalé le début de la maladie; mais, depuis lors, j’en

(1) Elle a été confirmée aussi par tous les faits nombreux que j’ai observés depuis

lors.

(2) La paralysie des nerfs moteurs de l’œil n'apparaît quelquefois que dans la 2e ou 3° période; elle peut même manquer.— Les douleurs fulgurantes ne manquent presque jamais. Une fois, sur plus de cent cas, je ne les ai vues se manifester que dans la 2° période.

(3) Duchenne (de Boulogne), Electr, loc., Obs. CXXIIT, CXXIV et CXXV, 1861.

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