‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 187 sur 400 · ART. IN, $ IT, — DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL · texte numérisé non relu

ART. IN, $ IT, — DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL

par des contractures quelconques (crampes des écrivains, pelile chorée), se distinguent facilement de l’alaxie locomotrice.

J'ai eu fréquemment l’occasion d'observer, dans le service du professeur Trousseau, un certain nombre de stiléts affectés de tremblements de réios espèces, dont il m’engageait à discuter le diagnostic différentiel, en présence des personnes qui suivaient son service de l’Hôtel-Dieu. Ces malades exécutaient leurs mouvements avec des tremblements ou des agitations à des degrés divers; mais aucun d’eux n’avait perdu l'harmonie des muscles antagonistes, ni la science instinctive des combinaisons musculairés en vertu de laquelle a lieu la locomotion : nous avons constaté, par exemple, qu'ils accomplissaient pagfaitement tous les temps de la marche, malgré une agitation et un tremblement extrêmes qui imprimaient à la progression une vitesse assez difficile à modérer.

Il arrive quelquefois, dans l’ataxie locomotrice que le malade est plus ou moins agité, dès qu’il veut rester un instant dans la station, sans prendre un point d'appui. Alors le corps oscille d’abord lentement en tous sens et surtout d'avant en arrière; puis, si le sujet persiste à conserver cette altitude, ces mouvements oscillatoires deviennent progressivement plus étendus et plus rapides, et choréiformes. Dès qu’il s’assied, tout rentre dans l'ordre. On peut être trompé, au premier abord, par ce phénomène et croire un instant à l’existence d’une de ces affections appelées éremblement ou même chorée; mais il est facile de voir que ces mouvements oscillatoires ne sont rien autre chose que des efforts pour maintenir l’équilibration perdue par le fait de la lésion de la coordination des mouvements, Le malade, en un mot, est comparable, jusqu’à un certain point, à un individu qui, sans balancier, se maintiendrait difficilement en équiliore sur une corde tendue. D'ailleurs la chorée se distingue principalement par des spasmes cloniques qui ont lieu même au repos musculaire, excepté pendant le sommeil (4). Une

(1) Ilest une affection musculaire dans laquelle les troubles de la locomotion apparaissent, de même que dans l’ataxie locomotrice, pendant l'exercice des mouvements, et cessent pendant le repos : c’est une maladie parfaitement décrite par M. Charcot et connue généralement sous le nom de sclérose en plaques, dénomination tirée de sa lésion anatomique et que j'avais appelée paralysie choréiforme en 18 , d’après ses principaux symptômes cliniques (vay. la note de la page 454). Mais celui qui a vu comparativement deux individus atteints l’un de paralysie choréiforme et l’autre d’ataxie locomotrice, ne saurait confondre ces deux affections musculaires. Le premier, lorsqu'il est debout, n’oscille pas comme l’ataxique; il est agité par des secousses brusques; s’il marche, il ne jette pas, comme l’ataxique, le membre inférieur qui oscille en avant, au delà du pas (à cause de la désharmonie des antagonistes), pour le laisser ensuite retomber avec bruit sur le talon; mais il semble tituber, non à la manière des cérébelleux, mais comme s’ils étaient jetés brusquement en dehors de la ligne droite par des contractions cloniques. Il ne tient pas le regard incessamment fixé sur ses pieds, comme l’ataxique, lorsqu'il est debout ou qu’il marche. Aux membres supérieurs, on trouvera que les désordres musculai-

erreur de diegnostic, que j'ai commise un jour au sujet d’une crampe apparente des écrivains, pourrait servir ici d’enseignement.

La plus légère attention aurait dû me faire éviter l’erreur de diagnostic commise primitivement dans ce cas. En effet: 4° dans la crampe des écrivains, l’action d'écrire est seule troublée, et les fonctions musculaires restent intactes pour tous les autres usages de la main; 2° il n’existe aucune ressemblance entre les phénomènes morbides musculaires qui caractérisent la crampe des écrivains et ceux qui sont propres à l’ataxie locomotrice. Dans le premier cas, en effet, c’est un spasme et presque toujours le même qui est localisé dans tel ou tel des muscles moteurs des doigts de la main ou de l'avant-bras et même de l’épaule (ces faits seront démontrés dans le chapitre consacré à l’étude de cette affection musculaire), Dans le second, ce sont des mouvements désordonnés en tous sens, surtout des doigts, sans contractures, pendant toute espèce de mouvements volontaires de la main.

On voit ici l'influence d’une idée préconçue d’une crampe des écrivains qui m'était donnée, de prime abord, par le malade qui se plaignait seulement de ne plus pouvoir écrire. Il n'avait pas songé à me parler de son strabisme, ni de sa diplopie déjà ancienne, parce que, disait-il, il en était guéri depuis longtemps; il ne se plaignait pas des phénomènes étranges qu’il éprouvait de temps à autre dans la marche, parce que cela ne le préoccupait pas, et qu’il ne désirait qu’une chose: la possibilité d'écrire, pour l’exercice de son état. Sans une espèce de hasard qui fixa mon regard sur l’attitude de ses paupières, la terrible maladie dont il était atteint, l’ataxie locomotrice, aurait été probablement longtemps encore méconnue.

res diffèrent encore davantage, quand on comparera ceux de la paralysie choréiforme à ceux de l’ataxie locomotrice,

Si ces désordres différentiels laissaient encore quelques doutes sur le diagnostic, ils seraient dissipés : 1° par les troubles de la parole observés dans la paralysie choréiforme, où souvent chaque mot d’une phrase est scandé, ce que l’on n’observe pas dans l’ataxie locomotrice; 2° par la parésie qui existent dans la paralysie choréiforme, tandis que la force reste normale dans l’ataxie locomotrice; 3° enfin par l'absence, dans la paralysie choréiforme, des symptômes de la première période de l’ataxie locomotrice.

À une période avancée de l’ataxie locomotrice, les contractures apparaissent quelquefois dans les muscles moteurs du pied sur la jambe; j'en ai rapporté un exemple dans la précédente édition, c’est une complication produite par l’extension de Ja lésion anatomique spéciale de cette maladie (qui, on le verra bientôt, est une sclérose des cordons postérieurs à une portion des cordons latéraux). De même aussi la maladie décrite dans ces derniers temps sous le nom de sclérose fasciculée des cordons latéraux peut gagner les cordons postérieurs; alors aux symptômes de cette maladie s’ajoutent des douleurs fulgurantes, térébrantes et symptomatiques de cette lésion anatomique, C’est encore une complication dont le diagnostic est facile à établir.

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