ART. V, $ II. — PATHOGÉNIE
grité du sens tactile ; 2 ataxie du mouvement signifie abolition du sens musculaire; 3° si l’ataxie est complète, toutes ces conditions seront présentes; si l'ataxie est incomplète, quelques-unes d'elles pourront manquer (4).
Cette équation physiologique si habilement échafaudée, comme on le voit, devait, hélas! mourir en naissant. Je n’ai pas eu à intervenir pour hâter cette fin prématurée. Cette tâche appartenait à l’observation clinique journalière; elle n'y a certes pas fait défaut. Elle à en effet constaté que l’incoordination locomotrice propre à l’ataxie locomotrice, règne également chez des sujets jouissant de toute espèce de sensibilité.
B. — Le pouvoir de concourir à la coordination motrice appartient peut-être à certaines fibres nerveuses des cordons postérieurs. — Si les faits exposés dans ce chapitre ont déjà prouvé que la sensibilité aide seulement la coordination motrice, son abolition gênant seulement l'exercice de la motricité (ce qui sera encore mieux démontré dans le chapitre XII), il n’en reste pas moins démontré, par l'observation clinique, que la sclérose des cordons postérieurs de la moelle produit la dissociation des mouvements. Il est même ressorti des recherches plus récentes de M. Charcot et des faits cliniques recueillis, depuis plusieurs années, dans son service de la Salpétrière, que la localisation du travail irritatif dans les points des cordons postérieurs correspondant aux faisceaux radiculaires internes, est nécessaire à la manifestation des troubles moteurs, dans l’ataxie locomotrice. Je n’hésite pas à dire avec M. Pierret : « Ces faits tendent à démontrer que la faculté coordinatrice n’est pas indistinctement dévolue à toutes les parties des cordons postérieurs. »
Quand cette hypothèse sera établie ou du moins reposera sur un plus grand nombre de faits (2), il restera encore à connaître l’origine réelle celluleuse des faisceaux radiculaires internes postérieurs. On voit en somme quelle obscurité règne encore sur fa physiologie pathologique de l’ataxie locomotrice.
$S AHE, — Pathogénie.
Quoique l’étiologie de lataxie locomotrice et l'anatomie pathologique de la sclérose des cordons postérieurs soient aujourd’hui biens connues, la pathogénie de cette espèce morbide n’est pas moins obscure que sa physiologie pathologique. On sait que le travail hyperhémique subaigu y est démontré par la présence de vaisseaux hypertrophiés dans les plaques scélérosiques. Mais quelle est
(1) M. Jaccoud ne me paraît pas avoir une idée bien nette du phénomène physiologique appelé coordination motrice. Il ressortira en outre des faits et des considérations qui seront exposés dans le chapitre XII, que le sens musculaire, auquel il attribue le rôle essentiel dans la coordination motrice, n’est qu'un mythe, bien qu’il ait été inventé par Ch. Bell.
(2) Idem, Elect. loc., p. 699, 612, 1861,
la cause ou le mécanisme de ce travail hyperhémique ? Est-ce un état morbide des circulations locales? Des études pathologiques exposées dans quelques-uns des chapitres précécents, il estressorti que sous l'influence de causes identiques, se développent des espèces morbides différentes, symptomatiques de la lésion de points également divers du système nerveux. Pour en citer un exemple, pourquoi douc les causes qui dépriment ou épuisent les forces nerveuses (les chagrins profonds, les perturbations sociales et politiques, etc.) produisent-elles ici une sclérose des cordons postérieurs (l'ataxie locomotrice), 1 une atrophie des noyaux du bulbe (la paralysie glosso-labio laryngée), ou une sclérose en plaques disséminées (la paralysie choréiforme), ou une sclérose fasciculée prünitive des cordons latéraux (les contractures paralytiques)? Je pourrais, il est vrai, invoquer, dans ces cas, les causes diathésiques ; mais la pathogénie de Pataxie locomotrice en deviendra-t-elle plus claire ?
ARTICLE VI
PRONOSTIC, —— TRAITEMENT. — CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES. SH. — Pronostic.
On a sans doute remarqué que des sujets dont j'ai recueilli les observations, appartenant pour la plupart à une classe riche ou aisée, ontété soignés, dès le début de leur maladie; que presque tous avaient consulté ce qu’ils appellaient les princes de la science, et que cependant la maladie n’en avait pas moins progressé et parcouru toutes ses périodes, n’éprouvant quelquefois que des améliorations passagéres sous l'influence de nouvelles médications. On peut en conclure, ainsi que je l'ai fait, que l’ataxie locomotrice est une affection des plus graves ; mais cela ne veut pas dire qu’elle soit incurable ou que la thérapeutique n’exerce sur elle aucune influence favorable. Si en effet l’on considère que, dans lous ces cas, le diagnostic à élé mal établi (l'étude clinique et la description complète de lataxie locomotrice étant encore à faire), on comprendra que le traitement avait dû s’en ressentir. En effet, dans le principe et au début, la maladie n’était considérée que comme une affection locale de l'œil (strabisme ou amaurose); siles douleurs apparaissaient seules, on la traitaitcomme une äffeclion rhumatismale ou comme une névrose. — Dès que les membres inférieurs étaient atteints, les troubles de la motilité élaieni confondus avec ceux de la paraplégie caractérisée par un affaibiissement ou par la perte de la force musculaire; alors toute la médication était déduite de l'hypothèse d’une lésion de tous les points de la partie inférieure de la moelle.— Lorsque enfin la maladie s’étendant progressivement s'était généralisée, c’élait encore la lésion