‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 197 sur 400 · ÉLECTRO-PATHOLOGIE · texte numérisé non relu

ÉLECTRO-PATHOLOGIE

$S EH. — Paralysie saturnine.

J'ai étudié l’état des propriétés musculaires, à l’aide de la faradisauon localisée, dans plus de cent cinquante cas de paralysie saturnine. Tous, sans exception, ont présenté, à des degrés variés, les phénomènes symptomatiques que j'exposerai sommairement et dont on verra le tableau dans les observations qui seront rapportées dans ce paragraphe.

La paralysie saturnine est, en général, limitée aux membres supérieurs; quelquefois cependant elle débute d'emblée d’une manière générale.

Ï. — PARALYSIE SATURNINE LOCALISÉE DANS LES MEMBRES SUPÉRIEURS, —— TABLEAU DE CETTE FORME DE PARALYSIE SATURNINE.

OgsenvarTion CXVI. — Paralusie saturnine des deux avant-bras. Hôpital de la Charité, salle Saint-Félix, n° 4 (service de M. Andral, fait provisoirement par M. Pidoux). — Gervais, fondeur en caractères depuis

1835, eut pour la première fois, en novembre 1845, une constipation opi-

niâtre, avec vomissements et fièvre. Deux applications de sangsues fu-

rent pratiquées sur la région épigastrique, et la constipation ne céda

qu’en dix-sept jours à deslavements purgatifs. Un mois après, l'indicateur

etle pouce de la main droite se fléchirent, sans qu'il fût possible au ma-

lade de les étendre. Cette paralysie disparut trois mois plus tard, sous l’in-

fluence de quelques bains sulfureux. — En novembre 1846, nouvelle con-

stipation moins opiniâtre que la première, et suivie d'un affaiblissement

musculaire dans les membres supérieurs, sans paralysie ni flexion des” doigts, ni chute du poignet. En quatre mois, le malade vit revenir ses

forces, sous l'influence des baïns sulfureux. — En 1847, douleurs vives

siégeant dans la région antibrachiale postérieure, et augmentant à la

pression, surtout au niveau du quart inférieur du radius. Gervais entra

alors à la Charité, dans la salle Saint-Louis, n° 16, et en sortit guéri de

ses douleurs quinze jours après. Il s’aperçut bientôt que le médius et

l’annulaire de la main droite se fléchissaient, et qu'ilne pouvait plus les

étendre. 11 n’en continua pas moins de travailler, bien que les autres

doigts de la même main se paralysassent à leur tour. L’affaiblissement des muscles de la région antérieure, disait-il, s’ajouta à la paralysie des muscles de la région postérieure. — En janvier 1849, la paralysie frappa le médius et l’annulaire du côté gauche. — En avril 1849, douleurs dans les deux bras, suivies de la paralysie des autres muscles de la région

postérieure de l’avant-bras gauche, à l'exception des longs extenseur et

abducteur du pouce, de l’extenseur du petit doigt et des supinateurs. II

fut alors admis à la Charité au n° 4 de la salle Saint-Félix. Pendant les

trois premières semaines, il fut traité dans ce service, sans aucun ré-

sultat appréciable, par les vésicatoires, les bains sulfureux, la strychnine

à l’intérieur et par la méthode endermique. Ce dernier médicament occa-

sionnant des accidents, on songea à la faradisation localisée.

A son entrée à l'hôpital, je constatai les phénomènes suivants : A droîte, flexion forcée du poignet et des doigts, sans extension volontaire possible; mais lorsqu'on maintenait les premières phalanges relevées, l'extension des deux dernières phalanges était possible (1); adduction du poignet et mouvement de supination conservés ; atrophie considérable des muscles de la région postérieure de l’avant-bras. (Le relief musculaire de la région postérieure de l’avant-bras avait presque entièrement disparu, on y voyait une sorte d’enfoncement entre le radius et le cubitus.) — À gauche, chute du poignet qui pouvait cependant être relevé un peu avec de grands efforts ; flexion et paralysie des trois premiers doigts ; adduction du poignet et mouvements du pouce et du petit doigt conservés ; les autres muscles de la région antérieure étaient moins paralysés qu’à droite.

Sous l'influence de la faradisation localisée dans chacun des muscles de l'avant-bras, je notai les symptômes suivants : A droite, l’extenseur commun des doigts, l’extenseur du petit doigt, le long extenseur du pouce, les radiaux, n’entraient pas en contraction avec les rhéophores humides, l’appareil étant gradué maximum. Une aiguille étant enfoncée dans ces

(1) On doit comprendre le mécanisme de ce phénon:ène, depuis que j’ai démontré les fonctions et les usages des interosseux.

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muscles — l'électro-puncture provoquait seulement quelques contractions fibrillaires, même à un courant intense. Le long abducteur du pouce se contraclait encore, il avait seulement perdu un tiers à peu près de sa contractilité électro-musculaire, Les autres muscles de l’avant-bras jouissaient de leur contractilité électrique. — À gauche, l'extenseur commun des doigts et le long extenseur du pouce avaient aussi peu de contractilité électrique qu’à droite; les radiaux avaient perdu la moitié à peu près de leur contractilité normale. Les autres muscles de l’avant-bras et de la main jouissaient de toute leur irritabilité. Dans les muscles qui ne se contractaient pas sous l'influence de la faradisation localisée, le malade éprouvait cependant une sensation analogue à celle qui accompagne la contraction des muscles sains ; mais cette sensation y était notablement affaiblie,

J'ai rapporté cette observation avec quelques détails, parce qu'elle représente le tableau exact de l’une des formes les plus fréquentes de la paralysie saturnine,

OBsEnvaTION CXVIT, — Paralysie saturnine du membre supérieur gauche, survenue graduellement chez un peintre qui a eu plusieurs coliques salurnines, et datant de trois semaines. — État de la contractilité électro-musculaire. — (Charité, salle Saint-Félixr, n. 1, service de M. Andral.)

Le poignet tombe à angle droit sur l’avant-bras; les doigts sont fléchis dans la paume de la main, le bras peut à peine être écarté du tronc ; l'extension et la flexion de l’avant-bras sur le bras sont seuls possibles ; amaigrissement général du membre ; diminution du relief des muscles de la région postérieure de l’avant-bras ; atrophie assez considérable du deltoïde.— Je constate à l’aide de la faradisation localisée : 10 que l’extenseur commun des doigtset les radiaux ne sont pas mis en contraction par un courant intense ; 2° que les autres musclés du bras et de l’avant-bras possèdent leur contractilité électrique ; que les faisceaux moyens du deltoïde ne se contractent pas, au maximum du courant, tandis que, du côté sain, tout le deltoïde se contracte énergiquement à un courant faible ; 3° que la sensibilité électro-musculaire n’est que faiblement diminuée dans les muscles qui ne se contractent pas, sous l'influence de la faradisation, et qu’elle est normale dans ceux qui ont conservé leur contractilité électrique.

Bien que j'aie à faire connaître prochainement l'influence thérapeutique de la faradisation localisée, dans la paralysie saturnine, je dirai, dès à présent qu’en peu de séances (en trois ou quatre), les muscles qui avaient conservé leur contractilité électrique ont recouvré, chez les deux malades précédents, toute leur force, tandis qu’au contraire, là guérison des muscles a demandé un temps assez considérable.

Je vais rapporter succinctement l'observation d’un malade que je n'ai pas iraité par la faradisation, mais chez lequel j’ai pu constater l’état de la contractilité électro-musculaire, avant et après son lraitement par la strychnine.

Ogservarion CXVIIL. — Paralysie saturnine des membres supérieurs consécutivement à des coliques saturnines, chez un peintre. (Charilé, salle Saint-Michel, n° 9, déceinbre 1847, service de Rayer.)

Paralysie complète et amaigrissement général des membres supérieurs ; atrophie considérable des muscles des régions postérieures de l'avant-bras, du bras et du muscle deltoïde des deux côtés ; chute des poignets; flexion continue des doigts ; pas de contracture. Par la faradisation, je constate la perte presque complète de la contractilité électromusculaire, dans les muscles de la région postérieure del’avant-bras, excepté dans l’anconé, les supinateurs, le long abducteur du pouce, et le eubital postérieur ; diminution très-notable de la contractilité électrique du triceps et du deltoïde. Les muscles dont la contractilité électrique est lésée ont perdu une partie assez notable de leur sensibilité électrique.

Dans les trois cas précédents la sensibilité de la peau était normale sur tous les points.

Je ne rapporterai pas d’autres observations nombreuses de paralysie saturnine que j'ai réunies, parce qu'elles présentent presque toutes, à peu près les mêmes symptômes et les mêmes phénomènes électro-pathologiques.

Remarques générales sur les observations précédentes. — Dans ces observations, on est frappé d’un phénomène fort bizarre : c’est que la lésion de la contractilité électro-musculaire semble toujours se porter de préférence sur certains muscles, alors même que le membre entier est frappé de paralysie. Si l’on étudie, en effet, la marche de cette lésion dynamique, et l’ordre dans lequel les muscles sont successivement atieints, on remarque que l’extenseur commun des doigts, et après lui les extenseurs propres de l'index et du petit doigt, puis le long extenseur du pouce, sont les premiers atteints dans leur contractililé électrique (voy. obs. CXIV).

Lorsque l’extenseur commun est seul paralysé, le sujet perd Île pouvoir d'étendre la première phalange du médius et de l’annulaire, l’index et le petit doigt conservant ce mouvement affaibli, grâce à l'intégrité de leurs extenseurs propres. Alors aussi l'affection peut agir inégalement ou isolément, non-seulement sur chacun de ces extenseurs, mais aussi sur chacun des faisceaux de l’extenseur commun des doigts. Ainsi, chez un malade qui présentait une paralysie parlielle dela main(Charité, salle Saint-Vincent, n° A1, service de M. Andral, 1846), j'ai observé une diminution assez considérable de la contractilité électrique seulement dans l'extenseur propre de l'index et dans le long extenseur du pouce; la force musculaire était généralement un peu affaiblie dans les muscles de l’avant-bras. D'autres fois l’extenseur propre du petit doigt jouit de sa contraclilité électrique normale, même lorsque les autres extenseurs de l’a-

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vant-bras ont perdu celte propriété musculaire, en tout ou en pailie (voy. obs. CXIV).

Des muscles extenseurs de l’avant-bras, la lésion de la contracülité électro-musculaire s'étend aux muscles radiaux. Les deux radiaux peuvent être affectés à la fois ou isolément. Dans ce dernier Cas (phénomène constant jusqu’à présent), c’est le second radial qui est alteint le premier; et lorsqu’étant lésés simultanément, ils je sont d'une manière inégale, c'est encore le second radial qui est le plus malade,

Bafin, le cubital postérieur, le long abducteur et le court extenseur du pouce, sont presque toujours les derniers muscles de la région postérieure de l’avant-bras qui perdent la propriété de se contracter sous l’influence de la faradisalion (voy. obs. CXV).

Chez tous mes malades, les supinateurs et l’anconé ont conservé la contractilité électrique dans toute son intégrité. Je n’essayerai pas d'expliquer cettesorle d’immunité pour ces muscles, qui, commie les autres, sont cependant, sous la dépendance du nerf radial.

Dans ces paralysies saturnines, les muscles de Ja région antibrachiale antérieure, ceux de la paume de la main, etles interosseux palmaires conservent leur contractilité électrique normale (voy. obs. CXIV, CXV et CXVI). On sait cependant que ces muscles sont affectés, mais à un faible degré, dans leur contractilité volontaire.

Je viens de dire que les muscles de la main ne sont pas ordinairement atteints par l’intoxication, Néanmoins, j'ai vu six fois les muscles de l’éminence thénar privés de leur contractilité électrique et volontaire, et de plus considérablement atrophiés, du côté droit, chez des peinires alteints de paralysie saturnine. J’altribuais autrefois celte airophie à la compression exercée par le manche de la brosse, et non à l'influence toxique du plomb ; il m'est démontré aujourd’hui que cette explication n’était pas fondée, et que c’est à l’action du plomb que l’on devait attribuer les paralysies atrophiques des muscles de l’'éminence thénar. J’ai remarqué que cette forme se rencontrait surtout dans les intoxications lentes. J'en ai observé, entre autres, deux exemples : l’un chez un dessinateur qui s'était empoisonné en portant souvent à sa bouche des pinceaux chargés de blanc d’argent et qui présentait une paralysie double des extenseurs du poignet, et de plus à droite une atrophie incomplète des muscles de l’éminence thénar; l’autre, chez une colorisle où la maladie était limitée à droite. Dans ce dernier cas, la paralysie des extenseurs a guéri promptement sous l'influence de la faradisation, mais l’atrophie des museles de l’éminence thénar a persisté. Chez ces deux malades, de même que chez ceux où j'avais précédemment observé une atrophie semblable, l’intoxication saturnine s'était produite lentement et à petites doses.

La lésion de la contractilité électrique n’est pas toujours limitée à certains muscles de la région antibrachiale postérieure; elle atteint souvent le deltoïde, en laissantintacts les muscles du bras (voy. obs. CX VI). — Au bras, le triceps est plus souvent lésé dans sa contractilité électrique que le biceps. Enfin lorsque la paralysie saturnine s’élend à tous les muscles du membre supérieur, outre les RS teurs et les muscles dela région antérieure de l’avant-bras, j'ai toujours vu le grand pectoral, le trapèze et les muscles qui s'insèrent dans la fosse sous-épineuse se contracter normalement par l’excitation électrique.

Tel est l’ordre dans lequel on voit les muscles lésés successivement dans leur contractilité électrique, chez les sujets atteints de paralvsie saturnine du muscle supérieur.

Le muscle deltoïde se paralyse quelquefois ss spi Je vais sommairement en citer un exemple:

Ogsenvarion CXIX. — Au numéro 13 de la salle Saint-Ferdinand, service de M. Cruveilhier, j'ai observé, en 1849, un malade atteint d’une paralysie du deltoïde du côté droit, consécutive à plusieurs coliques saturnines. Chez cet homme, les faisceaux moyens avaient complétement perdu leur contractilité électrique, qui cependant existait encore, mais à un très-faible degré, dans ses tiers antérieur et postérieur.

L’abolition ou la diminution de la contractilité électro-musculaire précède-t-elle ou suit-elle la perte de la contractilité volontaire ? Je ne possède pas encore les éléments nécessaires à la solution de cette intéressante question, Cependant j'ai toujours remarqué, dans les paralysies même récentes, que la lésion dela contractilité électro-musculaire était arrivée au maximum qu'elle devait atteindre, car jamais je ne l'ai vue augmenter progressivement, ainsi qu’on l’observe dans d’autres paralysies.

Bien que, dans la paralysie saturnine, les muscles soient privés en tout ou en partie, de leur contractilité électrique, ceux-ci n’en conservent pas moins une grande partie de leur sensibilité. Il me paraît prouvé, en conséquence, que la sensation qui accompagne la contraction électro-musculaire est le résultat de l’action directe de la faradisation sur la sensibilité musculaire.

Un membre frappé de paralysie saturnine est généralement amaigri ; mais il est remarquable que l’atrophie s'attaque principalement aux muscles qui ont souffert dans leur contractilité électriquè. Je me crois fondé à dire que ces derniers muscles sont les seuls qui, en réalité, aient subi l'influence délélère de l’intoxication saturnine. J'ai vu, en effet, que les autres muscles du membre paralysé, non-seulément sont peu lésés dans leur nutrition, mais

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qu’ils recouvrent lrès-vite leur force et leurs mouvements volontaires, sous l'influence du traitement.

L'anatomie pathologique est venue confirmer celte asserlion, comme le prouve le fait suivant :

OBservaTION CXX. — Au numéro 13 de la salle Saint-Louis (Charité, service de M. Briquet), est mort en 1851 un homme qui, pendant une vingtaine d'années, avait conservé une paralysie saturnine bilatérale de quelques muscles de la région postérieure de l’avant-bras. J'avais constaté, pendant sa vie, que ces muscles ne se contractaient pas par l'excitation électrique, Fe que ceux de la partie antérieure de l’avant-bras jouissaient de toutes leurs propriétés ; mais leur force était très-affaiblie ; ils étaient considérablement atrophiés, à un degré infiniment moindre, il est vrai, que les muscles paralysés. — A l’autopsie, les muscles dans lesquels la contractilité électrique n'existait plus pendant la vie, étaient d’un jaune pâle ; examinés au microscope, ils ont été trouvés altérés en partie par la transformation graisseuse ; les muscles de la région antérieure, au contraire, étaient restés à l’état normal.

C’est seulement après plusieurs années que les muscles paraissent commencer à s’altérer dans leur texture ; car j'ai eu l’occasion de voir, dans le service de feu mon ami Aran, les muscles d’un sujet qui succomba à une fièvre grave, ayant eu une paralysie saturnine datant de six à sept mois, et limitée aux deux avant-bras. Ces muscles, dans lesquels j'avais constaté la diminution considérable de la contractilité électrique, et qui étaient très-atrophiés, offraient cependant, à l’examen microscopique, des fibres parfaitement normales,

JT. — PARALYSIE SATURNINE GÉNÉRALISÉE.

La paralysie saturnine frappe quelquefois d'emblée tout le système musculaire. J'ai vu, dans ce cas, le diaphragme également atteint. J’en rapporterai des exemples en traitant de la paralysie du diaphragme (chap. XV).

Lorsque je fis mes recherches sur l’état de la contractilité électro-musculaire, dans la paralysie saturnine du membre supérieur, je ne négligeai pas d'étudier aussi l’état de cette propriété musculaire dans la paralysie saturnine généralisée, et je découvris qu'alors même que la lésion des mouvements volontaires s'était étendue à tout le système musculaire, la lésion de la contractilité électromusculaire avait aussi son siége d'élection, comme lorsque la paralysie saturnine est localisée dans le membre supérieur. En voici un exemple :

OgservarTion CXXI, — Ce phénomène singulier que j'avais noté dès 1847, sans en être frappé d’abord et sans en tirer de déductions, je l'ai observé de

nouveau chez un nommé Schræder, menuisier qui, privé detravailen 1849 fut forcé d’en aller demander à la fabrique de blanc de céruse de Clichy. Il y étaità peineemployé depuis dix jours, qu’iléprouva des coliques de plomb el des douleurs dans tous les membres ;il dut alors se faire {ransporter à la Charité (salle Saint-Ferdinand, n° 16), service de M. Cruveilhier, où je le vis quelque temps après son entrée. Sa paralysie était alors généralisée; il n'avait conservé que les mouvements de la face. Son système musculaire, qui était assez développé avant sa maladie, s’élait atrophié avec une grande rapidité. J'explorai alors, sousles yeux de M. Cruveilhier, l’état de la contractilité électro-musculaire, et je constatai kes phénomènes suivants : 1° Aux membres supérieurs, perte de cette propriété dans les extenseurs des doigts, dans les radiaux, dans les extenseurs du pouce, dans les cubitaux, et sa diminution dans le long abducteur du pouce. Les supinateurs et les muscles de la région antérieur de l’avant-bras et de la main possédaient leur contractilité électrique normale; les deltoïdes ainsi que les muscles du bras, réagissaient très-peu sous l'influence du courant ; 2° aux membres inférieurs, les extenseurs de la jambe sur la cuisse et les extenseurs des orteils se contractaient moins bien qu’à l’état normal par l’excitation électrique ; 3° au tronc, les grands pectoraux et les muscles droits de l’abdomen avaient perdu une faible partie de leur contractilité électrique. Après cinq à six semaines de traitement par les bains sulfureux, les muscles des membres inférieurs, du tronc et du cou avaient recouvré leurs mouvements volontaires ; mais aux membres supérieurs, les muscles qui avaient perdu leurs contractilité électrique étaient restés paralysés et’ atrophiés. M. Cruveilhier me livra alors ce malade, afin d’expérimenter sur lui l'influence thérapeutique de la faradisation localisée, qui obtint un succès complet. (Lorsque ce malade fut guéri, quelques-uns des muscles qui avaient recouvré leur motilité volontaire, ne se contractaient pas sous l'influence de l'excitation électrique la plus intense. — Ce singulier phénomène fera le sujet d’une étude spéciale dans l’un des chapitres, suivants) (Chap. XI).

OBsERvATION CXXIT. — J'ai eu l’occasion d’examniner deux autres sujets exerçant l’état de peintre, et qui, après avoir eu des coliques saturnines, avaient été atteints d’une paralysie généralisée. L’un d'eux était entré à la Charité, en 1852 (salle Saint-Jean de Dieu, n° 1, service de M. Bouillaud) ; l’autre, en 1851, à la Pitié (salle Saint-Ferdinand, n° 10, service provisoire d'Aran). Je constatai que, chez ces deux malades, la lésion de la contractilité électro-musculaire avait établi son siége d'élection dans certaïns muscles des membres supérieurs et inférieurs, comme dans l’observation précédente. Je ferai remarquer encore que les mouvements volontaires revinrent assez vite dans les muscles qui n'avaient pas été atteints

dans leur contractilité électrique, et que la paralysie persista longtemps, ainsi que l’atrophie, dans les muscles de la région postérieure de l’a-

vant-bras, qui avaient perdu la faculté de se contracter par l'excitation électrique.

En résumé, lorsque l'intoxication saturnine frappe en masse et d'emblée de paralysie tout le système musculaire, la contractilité

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