ART. TJ, $ 1[. — PARALYSIE CONSÉCUTIVE A LA COLIQUE VÉGÉTALE
de l’État, Voici le sommaire de trois de ces observations qui ont été relatées dans la première édition (1).
OBsERVATION CXXIV. — Le premier malade était entré à la Charité en 1847, au n° 20 de la salle Saint-Charles, service du professeur Fouquier, 11 arrivait de la Martinique, avait eu des coliques avec constipation, pendant la traversée ; puis ses bras s'étaient paralysés. J’explorai l’état de la contractilité électrique de ses muscles de l’avant-bras, en présence de M. Hérard, alors chef de clinique et maintenant médecin des hôpitaux. Nous constatimes alors ensemble que la lésion des mouvements volontaires et de la contractilité électrique avait établi son siége d'élection dans les mêmes muscles que dans la paralysie saturnine. Le diaphragme de ce malade avait été également atteint, ce que l’on observe fréquernment à la suite de la paralysie saturnine ou de la colique végéiale. Je reviendrai sur ce fait en traitant de la paralysie du diaphragme.
OgBsERvarTion CXXV. — Le second était un marchand de journaux qui Stationnait en 1849 dans le voisinage de la Charité; il avait longtemps exercé l’état de cuisinier sur un navire marchand qui faisait le voyage des Antilles. Mais ayant été paralysé de ses deux mains à Ja suite de coliques qu'il essuya pendant la traversée en passant sous la ligne, il dut abandonner sa profession. Je retrouvai encore, chez ce malade, les signes électro-pathologiques qui sont propres à la paralysie saturnine.
Osservarion CXXVI. — Le troisième, enfin, était aussi un cuisinier dela marine de l’État, nommé Brebion, qui était entré en 1852 à la Charité, dans la salle Saint-Charles, n° 18. 1l avait eu également des coliques en passant sous la ligne et avait été frappé consécutivement de la paralisie de certains muscles situés à la région postérieure de l’avant-bras, avec perte de la contractilité électrique et diminution de la sensibilité dans les muscles paralysés. On remarquait aussi, chez lui, le liséré des gencives qui existe chez ceux qui ont subi l’intoxication saturnine.
OBservarIoN CAXVII. — Des quatre faits précédents je rapprocherai un cas de paralysie généralisée (qui sera rapporté dans ce chapitre),survenue chez un homme qui avait eu aussi antérieurement des coliques végétales ainsi qu'un grand nombre d'hommes de l'équipage, alors qu’il passait sous la ligne. Les signes tirés de l’état de la contractilité électro-musculaire de ses muscles me firent diagnostiquer, chez lui, l'existence d’une paralysie saturnine ou végétale générale, ainsi qu’on le verra par la suite.
La similitude parfaite des phénomènes électro-musculaires observés dans les cas précédents, avec ceux qui caractérisent la paralysie salurnine, est un nouvel et puissant argament en faveur de l'opinion de ceux qui ont fait remonter Ja paralysie végétale et la paralysie salurnine à une origine commune, à l'intoxication par le plomb. (Je rappellerai, en outre, que plusieurs des malades offraient sur le collet des dents le liséré caractéristique de l’intoxication saturnine.) On sait qu’à une certaine époque celte opinion à
(1) Duchenne {de Boulogne), É/ect. loc., 1855, Obs. LXX, LXXI, LXXIL
été repoussée par la majorité des chirurgiens de la marine, et qu'elle a été combaltue avec beaucoup de talent par M. Fonssagrives (1). 11 y avait donc lieu d'examiner si parmi les coliques et les paralysies végétales dues incontestablement, dans certains cas, à l’émanation d’effluves paludéennes, il ne s’en trouve pas un certain nombre qu’on pourrait attribuer avec juste raison à l’action du plomb, Je ferai remarquer, en effet, que les sujets de ces observations étaient des cuisiniers qui, continuellement exposés à Ja chaleur du foyer, doivent être plus alférés et boire une plus grande quantité d’eau. Or, l'eau qu’ils buvaient était de l’eau distillée par des appareils dont les serpentins sont en plomb, et qu’elle était conduite de l'appareil au réservoir par un long tuyau également en plomb. Comme il paraît démontré que plus l’eau est pure, plus elle décompose facilement le plomb avec lequel elle est en contact, n'est-il pas possible que l’eau distillée, à bord des navires, contienne des sels de plomb dans des proportions toxiques pour certaines personnes ? J’ajouterai que ces malades ont été atteints par la colique dite végétale, alors qu'ils n’avaient pas été encore exposés aux émanations paludéennes (en passant sous la ligne). C’est une question d’hygiène importante à étudier.
Quoi qu’il en soit, si toutes les paralysies végétales ressemblent à celles que j'ai eu l’occasion d'observer, on ne saurait nier qu’il existe, quant aux symptômes, une parfaite identité entre la paraiysie végétale et la paralysie saturnine (2).
ARTICLE If.