ART. 11, $ IV. — PARALYSIE DU N. RADIAL, — TRAITEMENT
lisée est des plus évidentes, car elle a été immédiate, et cela après trois mois d’un état stationnaire. On à remarqué qu’une première application de Pélectricité avait échoué et l’on en comprend la raison : on avait placé les rhéophores très-éloignés l’un de l’autre, de manière que le courant parcourait le membre dans le sens de sa longueur. Ce mode de faradisation avait produit des contractions irrégulières, et par action réflexe. Le malade disait cependant avoir beaucoup souffert de ce mode d’électrisation qui est, on le sait, très-douloureux, Ce fait prouve done une fois de plus combien il importe de diriger l’excitation électrique sur chacun des muscles paralysés.
OBservaTION CXXXIV.— Madame Marshall, blanchisseuse et concierge, demeurant rue Saint-Antoine, n° 460, âgée de quarante-sept ans, n’a jamais eu de douleurs névralgiques dans les membres, n’a pas été exposée à l'intoxication saturnine, n’a pas eu de coliques ou de constipation. Elle n’est pas sujette à des attaques d’hystérie. Elle habitait depuis trois mois un logemement humide, quand, s'étant endormie un soir, assise sur sa chaise, les bras nus et croisés sur la poitrine, elle se réveilla avec un engourdissement des doigts de la main droite ; son poignet tombait sans qu’il lui fût possible de le relever. Les doigts étaient également paralysés. Elle n’avait aucune douleur, mais elle éprouvait des fourmillements et des engourdissements dans les doigts du côté paralysé ; la sensibilité de la peau était diminuée à l’avant-bras et le sens du toucher perdu. Un médecin fit appliquer sur la face postérieure de l’avant-bras malade des vésicatoires volants dont le dernier fut pensé à la strychnine. Ce traitement n’amena aucune amélioration. Au commencement du mois de juin 1850 (deux mois et demi après le début), elle vint réclamer mes soins, et je constatai que les muscles qui sont sous la dépendance du nerf radial étaient paralysés, et que ceux de l’avant-bras et de la main étaient seulement affaiblis. La contractilité électro-musculaire était partout normale, mais la sensibilité musculaire paraissait un peu augmentée dans les muscles paralysés, bien que la sensibilité cutanée fût diminuée à la région postérieure de l’avant-bras. Sous l'influence de la faradisation localisée pratiquée tous les deux jours, ia guérison fut complète après trois semaines de traitement. J'ai revu cette malade longtemps après; sa guérison s’élait maintenue.
Je pourrais rapporter encore un grand nombre d’autres exemples de ces paralysies du nerf radial à frigore, qui ont guéri par la faradisation localisée, après avoir résisté aux vésicatoires et à la strychnine. Il ne faudrait pas en conclure qu’elles ne guérissent que par la faradisation; j’en ai vu plusieurs en effet qui ont cédé à l'application de quelques vésicatoires.
OnsenvarTion CXXXV. — J'ai observé le 22 juin 1854 un malade nommé Quinquet, âgé de dix-neuf ans, coiffeur, demeurant rue de la Calandre,
n° 43, couché au n° 18 de la salle Saint-Ferdinand (Charité, service de Cruveilhier), qui, s’étant endormi sur l'herbe par un temps froid et humide, se réveilla au bout d’une heure avec une paralysie de l’avantbras droit (c'était ie côté appuyé sur l'herbe), bien qu'il n'y éprouvât aucune douleur. Le lendemain, 30 mai 1854, il entra à l’hôpital où je constatai que tous les muscles qui sont sous la dépendance du nerf radial étaient paralysés; les muscles de la région antérieure de l'avant-bras et ceux de la main jouissaient de leurs mouvements. La contractilité électrique des muscles paralysés était intacte ; leur sensibilité paraissait augmentée. M. Cruveilhier me proposa de le traiter par l'électricité, mais je le priai de vouloir bien auparavant essayer l’action des vésicatoires dans le but d’expérimenter l'influence de ce traitement. Cinq vésicatoires ont été promenés sur la région postérieure de l’avant-bras ; l’un d’eux fut placé sur le cou, au niveau de l'origine du plexus brachial. Vers le dixième jour, il y eut un commencement d action sur les radiaux, dont les mouvements et la force revinrent graduellement, Les extenseurs des doigts et le long supinateur montrèrent plus de puissance. Enfin, ce malade guérit après un mois de ce traitement.
Ce fait prouve donc que le traitement du nerf radial à frigore par des vésicatoires peut guérir ces paralysies rhumatismales de l’avant-bras. N'obtiendrait-on pas une guérison plus rapide en les traitant au début par la faradisation localisée ? C’est ce que je n'ai pas encore suffisamment expérimenté. Cependant voici en résumé un fait que j'ai recueilli à ce point de vue.
OgseRvaTION CXXX VI. — Madame Loré, concierge, âgée de cinquante ans, demeurant à Paris, quai de Béthune, n° 36, ayant fait un lavage dans la journée du 27 mai 1853, s'endort le soir sur sa chaise par un temps froid et humide. En se réveillant, elle sent sa main et son avant-bras du côté droit froids et engourdis. Elle ne peut plus s’en servir; son poignet tombe ; ses doigts sont fléchis, et son pouce a perdu ses mouvements. Un vésicaioire est immédiatement appliqué sur la face postérieure de l’avant-bras; mais huit jours après la paralysie est dans le même état. Elle se présente à la consultation de M. Briquet, qui me l'adresse. Je constate alors que les muscles qui sont sous la dépendance du nerf radial sont seuls paralysés, qu'ils jouissent de leur contractilité électrique normale, mais qu'ils sont plus sensibles à l’excitalion que ceux du côté sain. Elle est, dès ce moment, faradisée jour à autre, et en dix séances elle a recouvré ses mouvements.
Ce dernier cas est le pendant de celui qui a été rapporté plushaut (obs.CXXXV), et dans lequel les vésicatoires ont été seuls employés. On voit que la guérison n’a pas été beaucoup plus rapide par la faradisation localisée. Toutefois, je le répète, ces faits sont à l’étude et l’on ne peut encore rien en conclure.
Il ressort, en résumé, des faits que j'ai observés, que la faradisa-
tion localisée peut triompher des paralysies du nerf radial à frigore dans lesquelles les médications ordinaires ont échoué; ce sont les cas dans lesquels j'ai été Le plus souvent appelé à intervenir.