PARALYSIES MUSCULAIRES HYSTÉRIQUES
$ EH, — Quelques considérations électro-pathologiques.
La faradisation localisée appliquée à l’élude symptomatologique des paralysies hystériques m'a démontré l’existence de certains troubles dans l’état des propriétés musculaires. Ces symptômes morbides que je vais exposer en résumé, peuvent concourir à établir le diagnostic différentiel de ces paralysies.
La contractilité électro-musculaire est normale dans la paralysie hystérique ; la sensibilité électro-musculaire est, au contraire, diminuée ou abolie dans cette même affection. j
La proposition que je viens de formuler est déduite de nombreuses recherches expérimentales. Contrôlée par d’autres observateurs, elle me paraît aujourd’hui si bien établie, qu'il serait oiseux de rapporter des observations à l'appui de leur exactitude.
Grâce à l'exploration électro-musculaire, il n’est plus possible de confondre aujourd’hui la paralysie bystérique avec les paralysies caractérisées par l'abolition ou la diminution de la contractilité électro-musculaire (les paralysies par lésion de la moelle ou des nerfs, les paralysies saturnines, végétales, etc. ).
Si l'augmentation de l’irritabilité était un signe propre à la paralysie cérébrale, comme Marshall-Hall l’avait inféré de ses expériences, il serait difficile de confondre cette dernière avec la paralysie hystérique; malheureusement je n’ai que trop bien démontré qu'il faut renoncer à ce signe diagnostique, puisque j’ai dû conclure de mes explorations électro-musculaires que, dans la paralysie cérébrale, l’irritabilité n’est ni augmentée ni diminuée.
Pa CHAP, XT, — AFFECTIONS MUSCULAIRES HYSTÉRIQUES,
Lä coexistence de la diminution ou de l’abolition de la sensibilité électro- musculaire et de lintégrité de l'irritabilité, que l’on observe dans la paralysie hystérique, distingue presque toujours celle-ci de la paralysie cérébrale, où la sensibilité électro-musculaire est en général intacte. .
Faisons maintenant l’application de cette notion. Il n’est personne qui n'ait vu la paralysie hystérique revêtir quelquefois la forme hémiplégique. En conséquence, l’hémiplégie n'étant pas seulement produile par une lésion cérébrale, une paralysie qui, se déclarant chez une jeune fille ou une femme, reconnaît pour cause une tumeur, un kyste, une lésion quelconque, siégeant dans un des hémisphères du cerveau, pourrait, dans certains cas, être prise pour une hémiplégie hystérique. En voici un exemple :
OBsERvATION CXXX VII. En 1852, une jeune fille était entrée à la Charité (salle Sainte-Madeleine, n° 5), pour s’y faire traiter d’une hémiplégie gauche datant de six mois, et qui étail survenue graduellement. Sa paralysie était incomplète, c'est-à-dire qu’elle consistait dans un affaiblissement des mouvements. Elle était habituellement bien porlante avant sa parésie; mais depuis lors elle était mal réglée. On constatait, chez elle, l'existence d’un souffle carotidien. Bien qu’elle n’eût jamais eu d'accès d'hystérie, Beau, alors provisorrement chargé du service, pensa que son hémiplégie pouvait bien être sous la dépendance d’un état hystérique et m’engagea à l’examiner, au point de vue de mes recherches électro-pathologiques. A l'exploration électro-musculaire, je constatai alors l’intégrité de la contractilité et de la sensibilité électriques dans les muscles paralysés, ce qui ne me permit pas de partager l'opinion de Beau sur la nature de cette paralysie. On se rappelle en effet que la päralysie hystérique présente une perturbation dans l’état de la sensibilité qui est ordinairement diminuée et parfois augmentée dans les muscles et à la peau. En l'absence de ces derniers signes, et en présence de l'intégrité de la contractilité électro-musculaire, je diagnostiquai, chez cette jeune fille, une lésion cérébrale, par exemple l'existence d’un tubercule occupant le côté droit de la base du cerveau ; la possibilité de cette hypothèse me paraissait s'appuyer encore sur une expiration prolongée que l'on entendait au sommet du poumon gauche.Cette jeune fille mourut rapidement par suite d’une suffusion séreuse dans les méninges et les ventricules. On trouva à l’autopsie un tubercule du volume d’un haricot logé dans le pédoncule cérébral droit.
Je crois que, dans la plupari des cas analogues à celui que je viens de rapporter, on pourrait diagnostiquer l'existence d’une tumeur cérébrale, sans l’exploralion électro-musculaire, car on observe alors en général une hémiplégie faciale incomplète du côté correspondant à l’hémiplégie des membres, phénomène morbide que je n’ai pas rencontré dans l’hémiplégie hystérique qui présente seulement quelquefois une diminution de la sensibilité de ce côté de la face.