ART. 11, $ I, — TRAITEMENT DES CONTRACTURES HYSTÉRIQUES
tension du courant, c'est-à-dire le nombre des éléments jusqu’à 28, 95, tout en conservant le courant à son minimum de quantité (d'immersion) et faire deux séances par jour.
Après une dizaine de séances, les contractures avaient notablement diminué, la force avait augmenté dansles membres supérieurs, la malade pouvait s’en servir pour les ouvrages manuels légers, et soulever même une carafe pleine d’eau, sans provoquer des coutractures réflexes, comme auparavant. Enfin après six semaines de ce traitement, les contractures avaient complétement disparu, la force des membres était à peu près normale et les fonctions locomotrices étaient rétablies. — Je dois ajouter que, dans le but de combattre l’excitabilité de cette jeune personne, j'ai administré à l'intérieur, dans la dernière quinzaine de ce traitement, le chloral qui a été continué un mois encore après la guérison.
En résumé, l’action thérapeutique du courant continu descendant stabile sur le centre spinal paraît incontestable, dans le cas précédent : 4° il a combattu l’excilabilité extrême de la moelle, en diminuant peu à peu les contractures permanentes, jusqu’à les faire disparaître complétement et en empêchant les contractures réflexes de se produire pendant les efforts musculaires ; 2° en même Lemps, il a augmenté progressivement la force musculaire, et rétabli ainsi les fonctions des membres inférieurs et supérieurs.
Un enseignement important ressort aussi de ce fait clinique, au point de vue du procédé opératoire dans l'application du courant continu. On a vu,en effet, non-seulement que la faradisation était contreindiquée dans ce cas, en raison de la trop grande excitabihté de la moelle, mais aussi qu'une première cure par les courants conlipus stabiles avait paru aggraver les contraclures de la malade, au point de devoir y renoncer ; que cependant je suis revenu plus tard au courant continu, mais appliqué selon les données de la physiologie expérimentale, de manière à combattre l’excitabilité de la moelle, c’est-à-dire en lui donnant une direction centrifuge ; que j'ai réussi enfin à le faire tolérer par la malade, en employant un courant continu slabile, et surtout en lui donnant aussi peu d’électricité de quantité que possible, en graduant sa tension, de manière qu’il pût être toléré. En un mot, dans ce fait, on a vu que le courant continu stabile, administré rationnellement, aurait échoué, s’il n’avait élé approprié au cas particulier, si, en d’autres termes, le degré de son électricité de tension, et surtout de quantité, n'avait pas été dosé, en raison de l’excitabilité de la malade,
C. — Il m'est arrivé de guérir, comme par enchantement, par la faradisalion culanée, certaines contractures hystériformes trèscirconscriles.
$ HIT. — Dans les contractures ascendantes réflexes, par traumatisme articulaire ; dans la chorée ; dans les tics indolents.
A. — J'ai appelé contractures ascendantes, par traumatisme articulaire, des contractures qui surviennent, en général, à la suite de violences exercées sur certaines articulations, principalement sur celle du poignet après une chute faite sur la paume ou le dos de la main, ou à la suite de violences exercées sur les mêmes jointures, qui produisent une arthrite plus ou moins intense, ou une simple douleur articulaire, J'ai exposé précédemment (1" partie, chap. ur, page 199) la description sommaire de cette espèce de contracture, non encore signalée par les auteurs. On ÿ à vu les résultats de mes expériences comparatives sur la valeur thérapeutique des courants continus, et de la faradisation à intermittences rapides des antagonistes, appliqués au traitement de ces contractures.
B.— J'ai fait comparativement quelques expériences cliniques sur la valeur thérapeutique de la faradisation localisée, et des courants continus appliqués au traitement de la C'horée, Les résultats en ont élé exposés dans le même chapitre ({"° part., chap. 111, p. 204, e).
On a vu aussi dans le même chapitre les expériences électrothérapeutiques que j’ai faites dans quelques cas de tic indolent de Ja face.
C.— Mais il existe des tics par habitude qui guérissent facilement dans les premiers temps, lorsqu'on les combat de bonne heure, J'en citerai quelques exemples.
J'ai été consulté pou des espèces de pseudo-tics indolents de la face, survenus sans cause connue, ordinairement chez des adolescents, et existant depuis un an ou deux. Ils consistaient dans la contraction, pendant queiques secondes, d’un ensemble de muscles, se reproduisant d’abord plusieurs fois dans la journée, et devenant de plus en plus rapprochés, au point de devenir presque incessants, C'est dans ces conditions qu’ils m'ont élé présentés. La volonté pouvait les faire cesser à l’instant ou les prévenir, par exemple, lorsqu'on grondait les jeunes sujets qui en étaient atteints, ou qu'on les menaçait d’une punition; c’est ce qui caractérise principalement ces espèces de tics des tics vrais. Pour celte raison, je propose de les appeler pseudo-tics.
Ceux pour lesquels j'ai été consulté s'étaient d’abord établis par la négligence des parents; lorsque l'habitude en avait été contraclée, les enfants s’y livraient avec une sorte de frénésie, comme pour rattraper le temps perdu, dès qu’ils ne se trouvaient plus en
ART. Wi$ III. CONTRACTURES ASCENDANTES RÉFLEXES, 727
présence des personnes qui les grondaient ou les punissaient.
La forme de ces tics est assez variée : ainsi tantôt le tic est limité, il consiste, par exemple, soit dans l'élévation des sourcils et des paupières, ou dans des mouvements en sens contraire, soit dans [a contraction des muscles qui rapprochent on resserrent les lèvres, ou qui les écartent en tous sens; tantôt enfin, mais plus rarement, les contractions des muscles de la face sont plus ou moins généralisés, 846) |
Ces pseudo-tics, après avoir duré bien des années, peuvent passer à l’état de tices vrais, et devenir alors ineurables, comme le prouve le cas suivant.
OBservarTioN CXLIV. — M. X..., âgé environ de 45 ans, est venu me consulter en 1869, pour un cas de tic vrai, localisé dans les muscles orbiculaires des paupières, datant de quelques années, mais qui avait été précédé d'un pseudo-tie des mêmes muscles, contracté vers l'âge de cinq à six ans. En présence de ses parents qui le corrigeaient vertement, il parvenait à vaincre ces contractions musculaires; mais lorsqu'il était seul, il s'en dédommageait. Plus tard son amour-propre suffisait pour empêcher ces contractions, lorsqu'il se trouvait en présence de témoins, quitte à se soulager dans la solitude par la contraction vigoureuse des mêmes muscles, Depuis deux ans, il ne pouvait plus maïîlriser ces spasmes qui étaient devenus tellement fréquents qu’ils l'empêchaient de lire ou d'écrire. Aueun remède, ni la faradisation localisée ni les courants continus n'avaient pu le guérir ou même le soulager,
En somme, le cas précédent montre qu’un pseudo-tic de la face datant de l'adolescence peut, après avoir persisté de longues années, devenir un tic vrai incurable, conséquemment, qu’il importe de le combattre de bonne heure, afin que l'habitude ne le rende pas difficile à guérir, sinon quelquefois incurable.
L'intimidation est le seul moyen de traiter le pseudo-tie indolent de l’enfance. Dès qu’apparaissent les grimaces occasionnées par lui, on doit menacer l’enfant d’une punition sévère, s’il continue de les faire. Ce moyen réussit presque toujours. Dans des cas où il avait échoué, el qui dataient de plusieurs mois à une ou deux années, voici l’artifice dont j'ai usé, afin d’impressionner l'imagination des eufants. Je leur ai mis un bandeau sur les yeux et j'ai fait modérément, pendant quelques secondes, une excitation électro-cutanée sur un point de la peau, par exemple d’une oreille ou du nez, leur faisant croire que je les brûlais, sans laisser de traces. Ils sentaient, en effet, très-vivement, l'impression d'une douleur cuisante, analogue à celle qui est occasionnée par le feu, et poussaient de grands cris. L'opération finie, je recommandais aux parents de me ramener ces enfants, s'ils recommençaient à faire des grimaces,
728 CHAP, XI. — AFFACTIONS MUSCULAIRES IYSTÉRIQUES,
en les menaçant d'agir plus fortement encore el sur plusieurs points. Leur imagination était alors tellement impressionnée, qu’ils s’observaient sans cesse, pour perdre l'habitude de grimacer, et qu'en peu de temps ils s’en étaient corrigés. Il m'a fallu cependant revenir quelquefois à une ou deux nouvelles excitations, avant d’avoir atteint complétement mon but.
Le pseudo-tic par habitude ne se montre pas seulement à la face, Je citerai un seul exemple de pseudo:tic.
OBsERVATION CXLV, — Un garçon de 8 à 9 ans m'a été adressé il ya quelques années par M. Bouvier, comme étant atteint de troubles fonctionnels, fort bizarres et d’un diagnostic difficile. Pendant la marche en effet et au moment où le membre inférieur droit oscillait d’arrière en avant, il élevait fortement l'épaule gauche, inclinait un peu son tronc du côté gauche et lui imprimait un mouvement de torsion. Get ensemble de mouvements pathologiques s’observe habituellement dans la para- Iysie droite des muscles fléchisseurs de la cuisse sur le bassin et des muscles moyens et petits fessiers. (Le mécanisme de ces troubles fonctionnels a été exposé ailleurs (1); je le rappellerai quand je traiterai des paralysies partielles.) Mais quelle fut ma surprise, lorsqu’à un examen plus approfondi, je reconnus chez mon petit malade que ces muscles jouissaient de leur force et de leur mobilité normales. Je déclarai cependant à sa mère que son membre inférieur droit avait dû avoir été atteint d’une paralysie ; voici ce qu'elle m'apprit alors. Plusieurs années auparavant, son enfant avait en effet été privé des mouvements des membres inférieurs, pendant plusieurs mois après lesquels sa paralysie était restée limitée dans quelques mouvements du membre inférieur droit; ainsi, lorsque l'enfant se trouvait couché sur le dos, il ne pouvait fléchir la cuisse sur le bassin, et debout il ne pouvait la détacher du sol.
C'est alors que, dans la déambulation, il a exécuté les singuliers mouvements décrits ci-dessus et que je constalai encore au moment où il m'élait présenté. La première fois que je les ai observés chez cet enfant j'ai été convaincu que la paralysie avait dû exister à droite dans les fléchisseurs de la cuisse sur le bassin (psoas iliaque) et dans les fessiers profonds du même côté, et que, s'il avait conservé les mouvements pathologiques habituellement symptomatiques de cette paralysie locale, ce ne pouvait être que le résultat de l'habitude qui avait produit une sorte de tic, qu'il serait facile de corriger peut-être par l’intimidation. Mais, quoique l’on fit, ce garçon prélendit qu'il ne pouvait marcher autre. ment, et lorsqu'il me fut ramené quelques jours après, j'allais recourir à mon moyen habituel (l’intimidation par l'excitation électro-culanée), lorsque l’idée me vint de lui faire faire l’exercice suivant. L’ayant placé entre deux planches posées horizontalement à une hauteur telle que ses membres supérieurs tombant le long du corps, ses doigts pouvaient atteindre la surface des planches, je lui dis de marcher en traçant un sillon avec l'extrémité de ses doigts dans du sable étendu sur ces
(1) Duchenne (de Boulogne), Physiologie des mouvements, etc., p. 402. 1866.