‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 235 sur 400 · ART. II, $ I. — TROUBLES FONCT. DANS LES AFF. CÉRÉBELL · texte numérisé non relu

ART. II, $ I. — TROUBLES FONCT. DANS LES AFF. CÉRÉBELL

En somme, les deux observations qui viennent d’être relatées ont entre elles une grande ressemblance, pour ce qui a traità la symptomatologie caractéristique d’une lésion du cervelet. La marche lente de la maladie et les antécédents syphilitiques avaient, dans les deux cas, fait croire à la possibilité de tumeurs comprimant à la fois le cervelet et le cerveau. L’iodure de potassium avait été administré dans cette hypothèse, Cependant l’examen nécroscopique nous a montré que ces tumeurs existaient seulement dans le second cas, tandis que le premier n’a offert qu’une inflammation chronique du cerveau et du cervelet, beaucoup plus prononcée dans les points correspondants à celui-ci, avec lequel le cerveau avait contracté quelques adhérences. Aucun des symptômes ne pouvait faire prévoir cette différence dans la nature de ces deux affections. Dans le second cas (obs. CXLIX), des tumeurs fibro-plastiques, l'une, située au-dessus du corps calleux et assez volumineuse (environ la moitié du poing), comprimait légèrement les hémisphères, et principale ment celui du côté droit; deux autres tumeurs (névromes), de la grosseur d’une noix, étaient chacune à cheval sur un pédoncule cérébelleux moyen. Enjin une multitude d'autres tumeurs de même nature siégeaient sur le trajet de la moelle, des racines et des nerfs périphériques. — Je ferai remarquer que ces sortes de névromes si nombreux, qui, sur le trajet des nerfs, étaient situés entre le névrilème et le tissu nerveux, n’occasionnaient aucun trouble nerveux (abolition de la contractilité électro-musculaire et de la sensibilité, douleurs), — L'examen microscopique m’a montré en effet qu’ils avaient seulement déplissé et écarté, sans les atrophier, les éléments anatomiques (tubes nerveux) circonvoisins; Ce qui me sembie prouver qu'ils s’étaient développés lentement. L'absence des désordres graves habituels symplomatiques des lésions traumatiques des nerfs et les désordres spéciaux de la locomotion ont permis alors de diagnostiquer une lésion du cervelet et du cerveau.

Dans d’autres cas d’affections cérébelleuses dont j'ai exposé la relation en 4864 (1), l’autopsie n’est pas venue contrôler l'exactitude du diagnostic. Mais leur symptomatologie est tellement semblable à celle des cas précédents, quant à ce qui a trait, bien entendu, à la titubation vertigineuse, aux nausées et aux vomissements, qu'il ne m'est resté aucun doute sur la réalité d’une lésion cérébelleuse.

Quelques mots seulement sur un phénomène oculaire singulier que j'ai observé avec un soin tout particulier, chez l’un des sujets de cette observation. Lorsque je le faisais lire alternativement avec chaque œil, je constatais que sa vue était très-affaiblie à gauche et

(1) Duclienne (de Boulogne), luc. cit. (Gaz. hebd., 1864, Obs. HT et IV, p. 517):

PACE ” DUCHENNE. — 3° édition, LS

qu’elle était normale du côté opposé. Mais regardait-il un objet avec les deux yeux, sa vue se troublait après quelques secondes, devenait double, et cela d’autant plus, qu’il les tenait plus longtemps fixés sur l’objet qu’on lui présentait. Ainsi je lui faisais regarder l’un de mes doigis, et, après huit à dix secondes en général, il en voyait deux confusément, s’écartant progressivement l’un de l’autre, jusqu’à 20 et 30 centimètres. Si celte expérience élait trop prolongée, elle provoquait des vertiges et des nausées, Cependant aucun des nerfs moteurs de l’œil n’était paralysé. D'ailleurs cette diplopie se produisait également lorsqu'il regardait seulement avec l'œil gauche, Ce phénomène de diplopie monoculaire n’est pas niable, car j’ai fait cette même expérience bien des fois en présence de témoins. Je me bornerai pour le moment à le signaler, laissant à d’autres plus compétents le soin d’en expliquer le mécanisme (1).

(1) J'ai prié M. Galezowski de venir constater ce fait curieux. Il m’a autorisé à publier ici la note suivante, dans laquelle il expose le résultat de son examen ophthalmoscopique et sa manière d'interpréter les phénomènes qu'il a observés :

« En examinant ce malade, j’ai constaté qu'il n’y avait aucune trace de paralysie musculaire du globe oculaire, la pupille cependant était moins dilatée que dans l’œil sain : elle se dilatait même très-incomplétemeut sous l'influence de l'atropine. Le malade voyait double de cet œil, et l’image fausse était assez prononcée. Le malade voyait très confusément à dix pas, tandis qu'avant la maladie il voyait très-bien de loin.

« La papille était infiltrée dans sa partie externe (image droite), et l’on voyait une légère traînée blanchâtre s’étendre jusqu’à la macula. Gette infiltration n’était que très-faible ; mais en même temps toutes les veines étaient sensiblement engorgées et les vaisseaux capillaires augmentés de volume.

« C'était une névrite séreuse aiqué, telle que nous l’avons déjà décrite, dans le temps, sous le nom d’œdème ou infiltration du nerf optique (Recherches ophthalmoscopiques sur les maladies de la rétine et du nerf optique, 1863, Paris). Mais comment expliquer l’infiltration du nerf optique, dans une affection cércbelleuse, et comprendre la diplopie monoculaire ?

« Pour répondre à Ja première question, il suffit d'examiner les recherches de Magendie, Flourens, Béclard, Longet, etc., et l’on comprendra que les fonctions visuelles se faisant dans les corps quadrijumeaux, la vue devra être troublée ou éteinte, lorsque ces derniers seront congestionnés, enflammés, comprimés par suite d’une affection située dans un organe voisin. Or, toute affection du cervelet peut se communiquer facilement, au moyen du processus cerebelli ad testes, aux corps quadrijumeaux et produire conséquemment une amblyopie ou une cécité complète, comme cela était déjà signalé dans les observations de M. Andral et autres.

« La question de la diplopie monoculaire est plus difficile à résoudre. M. Desmarres père a dit : « Exceptionnellement, c’est la rétine seule qui perçoit les deux images; mais alors la diplopie est toujours uuiloculaire, » (Traité des maladies des yeux. Paris, 1858, t. III, p. 643.)

« On comprend facilement la diplopie monoculaire, quand elle tient à une subluxation du cristallin, opacité du cristallin, aberration de sphéricité, suite de défaut de réfraction, etc.

« Ici il faut chercher une autre explication, et je crois qu’elle se trouve en partie dans le défaut d’accommodation, ct en partie dans les désordres fonctionnels de la rétine.

Sous lc rapport de l’accommodation, on trouvait, chez notre malade, le défaut d'adaptation de l’œil à une grande distance. Cela tenait probablement au spasme du muscle de Brücke, qui rendait l’œil myope. Nous connaissons, d’autre part, la propriété qu’a le cristallin de fournir les images doubles ou multiples, dès que l’on dé-

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