ART. 11, ÊL. — TROUBLES FONCT. DANS LES AFFEC. CÉRÉBELL
par le malade ; le bras et la jambe du côté gauche sont plus faibles que les membres du côté opposé; lorsque le bras est étendu, il tremble d’une manière notable. La marche est celle d’un homme à moitié endormi, titubante, incertaine, ce qui n’est pas du tout en rapport avec la force des contractions musculaires, qui s’est conservée assez grande, comme l’atteste un tableau, d’après des épreuves au dynanomètre, que M. Duchenne, de Boulogne, voulut bien faire lui-même. »
«La marche ne devenait guère plus gênée, quand le malade fermait les yeux. Le malade ne vomit plus depuis quelques jours ; cependant il dit éprouver encore des nausées, lorsqu'il baisse la tête. Les fonctions digestives s’exécutent assez bien ; il y aimpuissance complète depuis six mois; le jet d'urine est assez fort et il n’y aurait eu qu’une fois de la rétention pendant deux jours : dans les urines, pas de sucre ni d’albumine. Les sens sont presque tous un peu obtus; la vue est obscurcie par un brouillard dont l'épaisseur varie ; pour lire commodément, le malade est obligé de fermer l’œil droit ; avec les deux yeux, dit-il, les caractères lui paraissent plus gros, mais beaucoup moins distincts. Il y a un strabisme assez peu prononcé, mais qui date de longtemps ; du reste, les globes oculaires ont conservé tous leurs mouvements dans l'orbite. L'examen à l’ophthalmoscope fait constater un peu d'œdème sous-rétinien. »
« Le diagnostic auquel on s'arrêta fut : tumeur probable syphilitique, siégeant dans le cervelet, avec extension vers le cerveau. On soumit le malade au traitement mixte par le mercure et l’iodure de potassium. Les choses en restèrent là pendant quelques jours; puis le malade fut pris de délire aigu, et mourut au bout de deux mois de séjour, sans avoir recouvré un instant sa connaissance, présentant à divers intervalles de l'excitation et de la dépression. »
L’autopsie, faite trente heures après la mort, ne révéla aucune lésion de la moelle, ni des organes contenus dans les cavités thoraciques et abdominales. Il y avait une injection marquée de la pie-mère au niveau de la face convexe du cerveau; lorsqu'on voulut détacher les membranes en arrière, on enleva, avecla dure-mère, une portion de la substance du cervelet correspondant à l'hémisphère droit, dans une étendue qui avait environ 2 centimètres de circonférence; il y avait une adhérence intime entre la membrane et la surface nerveuse. Pas d’adhérence ailleurs. Rien autre chose de remarquable, si ce n’est une injection assez marquée de tout l’encéphale, plus prononcée peut-être dans le cervelet.
En 1853, M. Vigla, médecin de l’Hôtel-Dieu, a bien vouiu ap peler mon attention sur un malade de son service, qui présentait des troubles que l’on pouvait, au premier abord, considérer aussi comme symptomatiques de l’ataxie locomotrice. Mais, en les analysant avec soin, je les trouvai en tout semblables à ceux de l'ob- ‘servation précédente, et, de même que ces derniers, accompagnés de vertiges et de troubles de la vue. (Il seraitsuperflu de les dé-
crire de nouveau. ) | M'appuyant sur ces seuls signes, et avant d’avoir recherché les
752 CIIAP. XII. — AFFECTIONS CÉRÉBRALES ET CÉRÉBELLEUSES
autres symptômes, j'ai attribué la titubation vertigineuse de ce malade à une lésion du cervelet, Comme il y avait en outre diminution de la force musculaire, plus marquée d’un côté, j'ai reconnu qu'il devait aussi y avoir une lésion du cerveau.
On va voir que ce diagnostic-s’est trouvé complétement justifié par la nécropsie. J’exposerai ce fait succinctement.
OpservaTioN CXLIX. — Hôtel-Dieu, salle Saint-Benjamin, n°3 (service de M. Vigla), 1863. — Bodin, âgé de vingt et un ans, ferblantier, était de bonue santé habituelle ; maisil avaitdeshabitudes de masturbation.—Ilya quatre mois, surdité de l'oreille gauche, qui débuta par des bourdonnements et des tintements, sans écoulement, ni douleur, ni angine, ni coryza. — Il y a deux mois, tout à coup, sans cause connue, éblouissement durant d'abord cinq à dix minutes et l’empêchant de continuer son travail. Bientôt ces éblouissements devinrent constants, et par moments il vit double seulement de l’œil gauche. À droite la vue Ctait obscure; il ne reconnaissait pas les objets à 20 centimètres bien qu’il distinguât le jour. — Au début de sa surdité, il fut pris de vomissements pendant quinze jours, et d’une céphalalgie siégeant au front et aux yeux. Plus tard, il éprouva une sensation de vide en penchant la tête en avant ou en arrière, sans nausées ; pas de perte de mémoire. — Il y a deux mois, premiers troubles de la marche. D'abord il peut se servir de la vue pour diriger ses pas, mais après quelques moments sa vue devient tout à fait trouble. Le malade marche, selon son expression, comme un hommeivre ; la tête lui tourne; sa vue s'obscurcit; il écarte les pieds, se retient aux objets voisins, ne pouvant suivre une ligne droite ; il manque d’équilibration, mais il ne frappe pas du talon. S'il veut se tenir debout, en rapprochant ses pieds, il vacille davantage. Au bout de quelques instants de marche, il tombe, dès que la vue est tout à fait troublée. — Dans le membre inférieur gauche, il y a un affaiblissement notable des mouvements de flexion du pied sur la jambe et de la cuisse sur Le bassin. Du même côté, il v a une diminution de la sensibilité. Il n’y a pas de faiblesse des deux membres supérieurs, ni de la jambe droite. — Sa montre placée sur la tempe gauche ou derrière l'oreille du même côté n’est pas entendue. — Il n’y a pas de trouble de la parole, — Quelques semaines après, sa vue était complétement éteinte, etses pupilles étaient fortement dilatées, bien que par moments elles se contractassent spasmodiquement. M. Galezowki, a fait l'examen ophthalmoscopique de ce malade; voici ce qu'il a observé : Les papilles des deux nerfs optiques étaient visiblement gonflées et saïllantes ; leurs bords étaient irréguliers, et se perdaient sous une exsudation blanchâtre. Les vaisseaux étaient fortement engorgés et variqueux, et, arrivés à la circonférence de la papille, ils s’enfonçaient dans l’exsudation, disparaissaient après un court trajet, et ne se montraient sur la rétine qu'à 3 ou 4 millimètres au delà du bord de la papille. Les vaisseaux capillaires de ia papille étaient excessivement développés, au point que, dans certains endroits, ils simulaient des épanchements de sang. En général, la papille ne présente plus une simple infiltration, mais une espèce de dégénérescence nerveuse.