‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 247 sur 400 · ART, III, $ I, — PARALYSIE DES SENS · texte numérisé non relu

ART, III, $ I, — PARALYSIE DES SENS

l’amaurose qui dépendent de certains états nerveux, comme l’état hystérique et chloro-anémique, ou qui sont produites par toutes Les causes d’affaiblissement et d’épuisement, telles que les pertes séminales, la masturbation, l’abus du coït, etc.

C’est, sans aucun doute, dans ces conditions, qu'ont été produites les guérisons, par l'électricité, d’amblyopies ou d’amauroses, rapportées par les auteurs. J’en ai obtenu moi-même de semblables par la faradisation et par la galvanisatiôn localisée. Cependant j'ai commencé à expérimenter ce traitement dans des cas d’amblyopie par atrophie partielle de la papille du nerf optique, et dans lesquels on n'avait pas constaté de phénomènes congestifs. Bien que je n’aie pas encore vu, dans ces cas, l’atrophie partielle de la papille diminuer, il m'a paru que sa marche en était considérablement ralentie, Je ne suis pas assez avancé dans ces recherches, pour me croire fondé à formuler une opinion sur ce sujet. Si j'en ai parlé ici, c’est avec l'espoir que dans cette espèce d’amblyopie réputée incurable, ces expériences seront répétées par d’autres sur une plus grande échelle. Quoi qu’il en soit, il ressort déjà de ces expériences que l’électrisation est de quelque utilité dans certaines atrophies de la papille du nerf optique.

Le choix de l’espèce d'électricité ou du courant à employer importe beaucoup dans le traitement de l’amblyopie ou de l’amaurose. On doit se rappeler ici ce qui a été démontré dans le cours de ce livre (chap. I), à savoir : 4° que la galvanisation excite beaucoup plus vivement la rétine que la faradisation (lélectricité d'induction) ; 2° que le courant de la deuxième hélice des appareils faradiques (courant induit des auteurs) agit plus vivement sur la rétine que celui de la première hélice (extra-courant des auteurs). Gonséquemment le courant galvanique intermittent mérite la préférence dans ce genre d’application électro-thérapeutique. C’est aussi celui que j'emploie, en général, comme agissant d’une manière plus spéciale sur la rétine, et avec des intermittences éloignées d’une demiseconde à une seconde, et chaque séance durant cinq à six minutes. Une pile faible suffit à ces applications ; ses éléments doivent présenter peu de surface, afin d’en diminuer autant que possible l'action électrolytique. La peau etles rhéophores doivent être largement humectés, sous peine de voir apparaître un érythème et même de petites vésications dans les points excités. S'il arrivait que la galvanisation, malgré ces précautions, fût inapplicable, en raison de l'extrême excitabilité de la peau, ou que l’ôn n’eût à sa disposition qu’un appareil d’induction, alors on appliquerait le courant de la deuxième hélice, qui, ainsi que je l’ai dit plus haut, exerce une action plus puissante sur la rétine que le courant de la première hélice.

J'ai dit ailleurs que dans tous les points où se ramifiait la cin-

quième paire, l’électrisation provoquait le phosphène, mais que plus les rhécphores étaient rapprochés du globe oculaire, plus la rétine était vivement excitée. Quelques personnes ont pu penser cependant que l'application directe des rhéophores métalliques sur la sclérotique agissait plus énergiquement sur la rétine que lorsque des rhéophores humides sont posés sur les paupières abaïissées. C’est une erreur ; je puis l’affirmer d’après les expériences comparalives que j'ai faites depuis longtemps sur ce sujet. Ainsi, j'introduisais primitivement sous les paupières un rhéophore semblable à celui que j'ai décrit à l’occasion de la faradisation des muscles moteurs de l’œil, pendant que le second rhéophore humide était placé à la nuque. Les malades m’ayant déclaré que le phosphène n’était pas plus éclatant que lorsque j'agissais à travers les paupières avec des rhéophores humides, et ayant remarqué que par les deux procédés l’action thérapeutique était la même, j'ai donné la préférence au dernier, parce que l'introduction d’un rhéophore sous la paupière est plus douloureuse et parce qu'elle inspire une grande répugnance aux malades. Enfin ce procédé est quelquefois inapplicable, en raison de l’excitabilité extrême de la conjonctive.

S EX. — Surdité nerveuse.

Le titre seul de ce paragraphe m'’oblige à déclarer, avant d’entrer en matière, que je ne me sens aucun goût pour l’expérimentalion purement thérapeutique. C'était bien à regret que je me suis vu engagé dans la voie des recherches électro-thérapeutiques que je vais exposer dans ce paragraphe, Un mot d’explication sur ce point. Un jour l’idée me vient de rechercher les propriétés de la corde du tympan, en allant l’exciter par le conduit auditif externe. Mon oreille et celles de quelques amis n’ayant pas suffi à mes expériences, j'empruntai les oreilles des sourds que je trouvai dans les consultations gratuites, et je leur fis entrevoir la possibilité d’une amélioration. Le hasard a voulu que beaucoup de ces sourds aient été guéris ou améliorés. Voilà comment primitivement je suis entré dans cette expérimentation de guérisseur, par curiosité physiologique. Ces faits thérapeutiques ont bien vite été connus. Alors des sourds en assez grand nombre, et même des sourds-muets m’ont été adressés ; alors, bon gré, mal gré, il m’a fallu continuer ces expériences empiriques. Ces résultats thérapeutiques m'ont paru assez importants pour en faire le sujet d’un mémoire que j'ai publié en 1851 (1). Les

(1) Duchenne (de Boulogne), Recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les propriétés de la corde du tympan (Archives générales de médecine, 1851), et De la valeur de la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets, appliquée au traitement de la surdité nerveuse (Bulletin général de thérapeutique, 1858, t. LV, p. 105).

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