ART, II. $ II. — SURDITÉ NERVEUSE
faits qui forment la base de ce mémoire sont incontestables et bien observés ; ils ont été confirmés par de nouvelles observations recueillies publiquement. Les protestations inexplicables de quelques spécialistes qui nient encore aujourd’hui la puissance de l'excitation électrique sur l’organe de l’ouïe, dans la surdité nerveuse, me fontun nouveau devoir de rappeler sommairement tous ces faits, et en même temps le travail dont ils ont été le sujet.
Il y a une vingtaine d’années, me proposant de rechercher, au moyen de la faradisation localisée, quelles sont les propriétés physiologiques de la corde du tympan, je fis d’abord quelques expériences sur moi-même (1). Après avoir constaté qu’elles n'occasionnaient pas de douleurs et qu’elles n’exposaient à aucun danger, je voulus les répéter sur d’autres personnes.
J'avais pensé, de prime abord, que cette excitation profonde de l'oreille, produite par le procédé de faradisation que j'avais institué pour mes recherches électro-physiologiques, pouvait être utile dans le traitement de la surdité nerveuse, bien que je n’en connusse pas encore le mode d’action physiologique, et conséquemment qu’il me fût impossible d’en tirer la moindre déduction thérapeutique rationnelle. Ces prévisions ont été pleinement justifiées, après plusieurs années d'expériences, par les faits que j'ai exposés en 1855 dans la première édition (2). Ces faits, quoique très-authentiques et rigoureusement observés, n’ont cependant pas porté la conviction dans tous les esprits. C’est ainsi que ceux-là même qui pouvaient tirer le plus grand parti de la connaissance de ces recherches (quelques médecins auristes) ont nié longtemps l’action thérapeutique de toute excitation électrique sur la surdité nerveuse. Ne mettant nullement en doute la bonne foi de mes contradicteurs, il m’a été démontré par là que peut-être mes recherches avaient été insuffisantes, C’est pourquoi je les ai continuées.
Je viens, dans ce travail, faire connaître les résultats de ces nouvelles recherches, en présence desqueiles le doute n’est plus permis. Les faits thérapeutiques que j'ai à produire seraient empiriques, que la question pratique n’en serait pas moins jugée. Néanmoins il me paraît convenable de procéder plus scientifiquement, en cherchant à expliquer autant que possible l’action physiologique du procédé de faradisation appliqué à cegenrede recherches électro-thérapeutiques.
Je me propose donc : 4° d'étudier l’action physiologique du procédé de faradisation que j'ai appliqué expérimentalement à la cure
(1) Les résultats de ces recherches ont été exposés dans un mémoire intitulé : Recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les propriétés de la corde du tympan (Arch, gén. de méd., 1851).
(2) Duchenne (de Boulogne), De l’Électrisation localisée. 1*° édition. Paris, 1855 : Surdilé, p. 807.
de la surdité nerveuse ; 2° d'exposer les nouveaux faits qui démontrent la valeur réelle de ce mode de traitement; 3° de rechercher s’il existe un signe pronostique, pathognomonique, de la surdité nerveuse.
I. — ACTION PHYSIOLOGIQUE DU PROCÉDÉ DE FARADISATION LOCALISÉE, QUE J AI INSTITUÉ ET APPLIQUÉ AU TRAITEMENT DE LA SURDITÉ NERVEUSE,
A. Procédé opératoire. — Voici ce procédé, tel que je l’ai décrit en 1851 (1). Lo tête est inclinée de manière à placer le conduit auditif externe dans une direction perpendiculaire, comme dans la figure 179.
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Fig. 179. — Rhéophore auriculaire et section du rocher, laissant voir le conduit auditif externe, la caisse du tympan et la trompe d'Eustache (*).
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On injecte dans ce conduit de l’eau tiède en quantité suffisante pour en remplir la première moitié, et l’on plonge dans ce liquide un fil métallique, évitant de le mettre en contact avec la membrane du tympan ou avec les parois du conduit auditif. Ce contact, que peut produire le plus léger mouvement de la tête ou de la main qui tient le rhéophore auriculaire, cause une vive douleur au moment
(1} Duchenne (de Boulogne), Mémoire sur la corde du tympan (Archives gén. de méd., 1851).
(*). — A, pavillon de l'oreille; B, conduit auditif externe dans lequel plonge le rhéophore auriculaire C; D, fil conducteur du rhéophore auriculaire, isolé par un tube d'ivoire E, qui plonge dans le conduit auditif externe rempli de liquide dans sa première moitié; F, cavité tympanique, contenant les osselets; G, trompe d'Eustache ; H, oreille interne ou labyrinthe, dont les canaux sont ouverts de manière à laisser voir le nerf acoustique et ses divisions; I, moitié inférieure de la membrane du tympant enant au manche du marteau ; J, muscle externe du marteau ; K, muscle interne du marteau ; L, tendon du muscle antérieur du marteau.