II. — PARALYSIE DE LA TUNIQUE MUSCULEUSE DE LA VESSIE
Lorsque l'impossibilité ou la difficulté de rendre les urines dépeud uniquement de la paralysie du corps de la vessie, c’est direc-
tement sur lui que l’on doit diriger l’excitation électrique. J'ai employé, dans ce but, plusieurs procédés. Tantôt j'introduis une sonde d’argent libre à son extrémité et isolée par une sonde en caoutchouc dans le reste de son étendue; je place un second rhéophore (rhéophore rectal) dans le rectum, et j’applique l’olive sur le bas-fond de la vessie. (Ge procédé a été déjà décrit page 90.) D’autres fois, lorsque l'excitation par le rectum présente quelques difficultés, je n’agis que sur la vessie. J’ai imaginé, à cet effet, un rhéophore vésical, composé de deux conducteurs isolés par une sonde de caoutchouc à double courant, qui permet de concentrer l’action des deux pôles du courant d’induction dans chacun des points de la paroi vésicale. (Voyez, pour la description de ce rhéophore et pour la manière de l'appliquer, la première partie, page 90). Ce rhéophore m’a rendu de grands services, car, la vessie étant très-peu sensible à l’état normal, et même lorsqu'elle n’est pas enflammée ni surexcitée par un travail irritatif, il m'a permis de diriger sur elle des courants d’une grande intensité; ce que je n'aurais pu faire avec d’autres procédés, par exemple en plaçant un rhéophore dans la vessie et l’autre sur les parois de l’abdomen qui sont très-sensibles, ainsi que je l’ai déjà dit précédemment. Mais il n’est pas toujours possible de porter le rhéophore dans la vessie, soit que l’état du canal de l’urèthre ne permette pas son introduction, soit que l'existence d’un catarrhe utérin contre-indique son application. Alors le rhéophore rectal est porté dans l’intestin et dirigé de manière à se trouver en rapport avec la paroi postérieure de la vessie, tandis qu’un autre rhéophore humide est promené sur la région hypogastrique ou sur la région lombo-sacrée. Ce procédé est moins efficace que le précédent; j'en ai dit la raison. On doit se rappeler, lorsque l’on pratique la faradisation de la vessie, du rectum et des organes génitaux de l’homme, que le courant de la première hélice excite plus vivement la sensibilité de ces organes que le courant de la seconde hélice. En conséquence, s’il est indiqué d’agir contre la paralysie musculaire, le courant de la seconde hélice mérite la préférence, celui de la première hélice n'élant alors employé que dans l’anesthésie de ces organes.
IIl. — SPASME VÉSICAL.
J’ai été appelé à appliquer l’électrisation dans un assez grand nombre de Spasmes vésicaux, de causes variées ou dont le diagnostic paraissait très-obsCur. Ils avaient été pour la plupart rebelles à des traitements divers, dirigés quelquefois par des spécialistes de talent. On avait alors recouru à l’électrisation, comme à une dernière branche de salut.
J'ai expérimenté fréquemment dans ces cas la faradisation cutanée, et en dernier lieu ie courant continu constant stabile ; l’une et l’autre m’ont donné des résuitats plus ou moins satisfaisants.
A.— La faradisation cutanée de la région périnéale ou de l’hypogastre est le mode d’électrisation que j’ai le plus expérimenté. Elle m’a plusieurs fois réussi, dans les cas où le spasme vésical paraissait être une simple névralgie, La guérison a démontré du moins que les spasmes n’avaient pas été occasionnés par une lésion organique du col vésical, dont le diagnostic est difficile (comme l’existence de graviers ou de plaques calcaires incrustées pour ainsi dire dans la membrane muqueuse). J'ai cependant rencontré des cas de névralgie vésicale dans lesquels je n’ai obtenu qu’un soulagement momentané; en voici un exemple :
Observation CLXXXVII, Un monsieur, voyageant en train express, avait négligé de vider sa vessie, bien qu’il en éprouvât un vif besoin. Dans ces conditions, il se trouva en tête à têle avec une dame, pendant une heure environ, très-vivement excité, sans pouvoir satisfaire son désir, ni son envie d’uriner. Des douleurs très-vives apparurent bientôt dans le bas-ventre ; le train s'étant arrêté, il courut bien vite aux Water-Closet. Mais alors ilse livra à d’inutiles efforts ; il ne put rendre une seule goutte d'urine. À dater de ce moment les spasmes du col revenant fréquemment, le firent horriblement souffrir, jusqu’à ce que la vessie eût été vidée par ie cathétérisme. Sa vessie était restée très-irritable et ne pouvait conserver qu’une petite quantité d'urine; la mixtion était conséquemment très-fréquente, accompagnée et suivie d’un spasme vésical très-douloureux. Cet état durait depuis plus d’une année, lorsqu'il me fut adressé, en 1858, par un confrère justement renommé, qui lui avait donné des soins spéciaux et qui croyait à l’existence d’une névralgie vésicale. C’est dans ces conditions que j'essayai de le traiter par la faradisation cutanée du périnée et de l’hypogastre. 11 en éprouva certainement une grande amélioration, au point de vue des spasmes douloureux ; mais la vessie restant contracturée ne put conserver plus d'urine qu'avant le traitement.
Je n’ai plus eu de nouvelles de ce malade ; je le regrette, car j'aurais essayé l'application d’un courant continu, peut-être avec plus de chances de succès, à en juger du moins par les résultats que j'en ai obtenus sur d’autres sujets.
J'ai en effet, dans des cas de spasme du col vésical, fait disparaitre facilement et moins douloureusement les contractures vésicales par le courant continu centrifuge. Je me suis pour cela servi de quelques éléments d’une pile au sulfate de plomb, dont le courant est le plus constant. J’appliquais le pôle positif au niveau de la région lombaire et le négatif sur le périnée dans le point le plus rapproché du col.
Il m'a paru, dans quelques cas où l'introduction d’une sonde dans la vessie était contre-indiquée qu’en introduisant dans le rectum un rhéophore courbe, isolé par une sonde en caoutchouc et terminé par une olive (voy. fig. 28), et qu’en plaçant celle-ci dans un point plus rapproché du col, le second rhéophore étant également posé sur le périnée, je me rendais maître du spasme plus sûrement et plus vite. Ilest bien entendu que ce procédé doit être appliqué avec circonspection et que l’action électrolitique doit être faible ; pour cela, n’employant qu’un petit nombre d'éléments, j'en diminue autant que possible la surface, et j’ai soin de ne laisser l’olive du rhéophore rectal que peu de secondes en contact avec le même point, en la promenant sur la paroi antérieure du rectum. Tout le monde comprend les dangers d’une action électrolitique profonde exercée sur la paroi de l'intestin (4); aussi ne doit-on pas s’écarter du procédé ci-dessus décrit et qui, pratiqué pendant plusieurs mois chez un malade sans inconvénients, a produit une amélioration notable.