CHAPITRE XVI
PARALYSIES ET CONTRACTURES PARTIELLES DES MUSCLES MOTEURS DES MEMBRES. — SPASMES ET PARALYSIES FONCTIONNELS.
Considérations générales.
Je me propose d'exposer, dans ce chapitre, l'étude des paralysies partielles des muscles moteurs de l’épaule, de la main et du pied, quelle qu’en soit la cause ou à quelque espèce morbide qu’elles appartiennent. |
La connaissance exacte de l’action individuelle et des fonctions des museles qui meuvent les membres, connaissance qui découle de mes recherches électro-physiologiques. (2), jette un grand jour sur les mouvements pathologiques et sur le mécanisme des difformités si nombreuses et si diverses que l’ou observe consécutivement à la paralysie ou à l’atrophie de ces muscles.
Je vais essayer de faire ressortir l’utilité de ces recherches, en Îles appliquant à l’étude du diagnostie de ces mouvements pathologiques et de ces difformités.
Bien que les faits de paralysies partielles, rapportés par les auteurs aient une valeur incontestable, et qu’ils aient déjà jeté quelque jour sur leur étude, on ne peut nier que, dans leur publication, il règne encore une grande obscurité sur le diagnostic différentiel de
(1) Duchenne (de Boulogne), Elect. loc. 1861, obs. CXCIV et CXCVY. (2) Ces recherches ont été exposées dans mon livre sur Ja physiologie des mouvements, etc. Paris, 1866.
ces affections ; j’oserai même dire qu’un certain nombre d’entre elles sont encore inconnues ou mal définies.
Loin de moi la pensée d’accuser ici le talent de ces observateurs qui, pour la plupart, se sont fail un nom célèbre dans la pathologie musculaire; mais il leur manquait le critérium dont je me suis servi pour arriver à la Connaissance exacte de ces maladies. On comprend que je veux parler de l’exploration électro-musculaire, de cette espèce d'anatomie vivante qui permet de connaître l’état de chacun des muscles presque aussi sûrement qu'avec le scalpel.
On n’attend pas de moi une description complète des affections musculaires des membres, ce serait sortir des limites que je dois m'imposer. Je me propose seulement d’exposer rapidement les signes diagnostiques principaux qui peuvent servir à établir leur existence et à les différencier les unes des autres.
Je passerai en revue, la plupart des paralysies ou atrophies de chacun de ces muscles et de chacune de leurs portions musculaires, quand celles-ci jouiront de fonctions spéciales, ce qui, au point de vue physiologique et pathologique, devrait les faire considérer comme autant de museles différents.
De même qu’il ressort de mes recherches électro-physiologiques, que l’on ne peut conclure de la connaissance de l’action isolée d’un muscle à la connaissance parfaite de la fonction qu'il est appelé à remplir (la fonction musculaire étant toujours le résultat d’une synergie d’actions musculaires), de même la connaissance de l’action isolée d’un muscle ne suffit pas pour établir les signes diagnostiques de sa paralysie ou de son atrophie. Je n’en citerai qu’un exemple : le grand dentelé, dans son action isolée, élève, on le sait, le moignon de l’épaule en faisant tourner le scapulum sur son angle interne; il porte aussi le scapulumen masse en avant. On n’en saurait. certes décrire la paralysie ou l’atrophie d’après la connaissance de ces phénomènes ! On verra bientôt en effet qu'il faut mettre synergiquement en action ce muscle et le deltoïde, en faisantélever le bras, pour que son défaut d’action se décèle. Je pourrais choisir d’autres exemples parmi les muscles moteurs de la main ou du pied. Ayant été à même d'observer un très-grand nombre de paralysies locales de ces muscles, j'en ai compris le mécanisme, grâce à mes recherches électro-physiologiques. C’est de la connaissance de ces faits pathologiques seulement que je tirerai les signes diagnostiques des paralysies et des atrophies locales des membres.
Qu'un mouvement n’ait pas lieu, soit par le fait de la destruction du muscle qui préside à ce mouvement, soit par suite de sa paralysie, le résullat est toujours le même. En conséquence, les troubles fonctionnels que l’on observe dans les différents mouvements des membres, serviront également à la séméiologie des atrophies
ou des paralysies des muscles qui les meuvent. Mais je dois dire qu'il n’en est pas toujours de même des difformités occasionmées par l’altération de la contractilité tonique, soit dans l’atrophie, soit dans la paralysie. Il ressort en effet de plusieurs faits bien observés, que, dans la paralysie sans altération de nutrition, la force tonique des muscles paralysés, bien que diminuée, est encore assez grande pour maintenir le membre dans sa position normale. En voici la preuve : un malade avait perdu les mouvements de tous les muscles qui meuvent l'épaule sur le tronc et le bras sur l'épaule; mais, après six mois de maladie, ils étaient à peu près aussi développés que du côté opposé. Eh bien! ces mêmes muscles n'avaient pas perdu la force tonique qui maintenait l'épaule dans son attitude presque normale ; le côté malade était seulement plus abaissé en masse que le côté sain, par le fait de la pesanteur du bras. Rapprochez ce cas de ces atrophies qui portent également sur un grand nombre de muscles qui meuvent et fixent l'épaule, et vous verrez que, dans ces derniers cas, l’atrophie du trapèze occasionne, outre la chute du moignon de l'épaule, un écartement de 10 centimètres du bord spinal du scapulum, et un mouvement de bascule de cet os, qui porte l’angle inférieur en dedans et en haut et le fait saillir sous la peau ; que dans l’atrophie du rhomboïde tout le bord spinal du scapulum se détache du thorax. N’est-il pas permis de conclure de ces considérations que, s’il est vrai que la paralysie et l’atrophie des muscles de l’épaule occasionnent les mêmes troubles fonctionnels dans les mouvements volontaires, il faut bien reconnaître aussi que l’atrophie musculaire ou la perte de la force tonique produit, en outre, des attitudes vicieuses du scapulum pendant le repos musculaire. Ces raisons m’engagent à ne choisir en général pour sujet de mes descriptions que des alrophies musculaires en général, et surtout pour les müscles moteurs de l’épaule, Les signes diagnostiques tirés de l'attitude des membres, à l’état de repos, seront principalement applicables à l’atrophie musculaire, et ceux qui sont fournis par la perle des mouvements volontaires se rapporteront également à cette dernière affection et à la paralysie simple sans atrophie.
Ce chapitre sera divisé en cinq articles : un premier sera COnsacré aux paralysies des muscles moteurs de l'épaule sur le tronc et du bras sur l'épaule; un second à la contracture de ces muscles ; un troisième aux paralysies des muscles moteurs de la main; un quatrième aux paralysies des muscles moteurs du pied ; un €inquième enfin à la contracture de ces derniers.
Forcé de me resserrer, je présenterai ces études sous forme de résumé, sacrifiant la relation des faits cliniques, nombreux et intéressants qui en forment la base.
Dans l’exposition de ces études pathologiques, je rappellerai les faits physiologiques fondamentaux mis en lumière par mes recherches expérimentales et électro-pathologiques, sans lesquels on ne saurait comprendre les troubles fonctionnels, occasionnés par les paralysies partielles des membres, et les difformités qui en sont la conséquence. |
La thérapeutique des maladies dont ces paralysies partielles sont symptomatiques ayant été exposée dans les chapitres consacrés à ces différentes espèces morbides, je n’aurai plus à y revenir.
ARTICLE PREMIER
ATROPHIE ET PARALYSIE DES MUSCLES MOTEURS DE L'ÉPAULE SUR LE TRONC ET DU BRAS SUR L'ÉPAULE (1).
S 1. — Atrophie et paralysie du trapèze,