‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 303 sur 400 · ART. 1, S III, — PARALYSIE DU DELTOIDE · texte numérisé non relu

ART. 1, S III, — PARALYSIE DU DELTOIDE

OssenvaTIiON CLXXXIX.—- Un malade qui avait une atrophie de plusieurs muscles de l’épaule me fut adressé en 1850 par M. Bouvier. À un premier examen, je crus que la lésion du deltoïde était la cause principale des troubles fonctionnels dont il se plaignait. Le deltoïde était incomplétement atrophié ; la portion moyenne de ce muscle était encore assez développée pour permettre d’écarter légèrement le bras du tronc. Ce qui gênait le plus le malade dans l'exercice de sa profession (il était instituteur), c’était la difficulté qu’il éprouvait pour écrire. La lésion musculaire étant limitée à l’épaule, sa main conduisait facilement la plume, traçait bien les caractères; mais, quand il avait écrit un ou deux mots, ne pourvant plus suivre la ligne, il était forcé de s'arrêter. Alors, à l’aide de sa main droite, il tirait un peu son papier de droite à gauche, et il écrivait encore un ou deux mots, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu'il fût arrivé au bout de sa ligne. Grâce à cet artifice, il pouvait écrire encore, mais il en éprouvait tant de gène et d’ennui, qu’il avait dû y renoncer. F’attribuai d’abord à la lésion du deltoïde les troubles fonctionnels dont ce malade se plaignail. Mais ayant observé à quelques jours de là qu’un autre sujet, dont le deltoïde était complétement paralysé, n’éprouvait aucune gêne pour écrire et tracer des lignes entières, je reconnus que la difficulté d'écrire, chez le premier malade, devait dépendre d’une autre lésion musculaire que celle du deltoïde,

Quel était donc le muscle qui prenait une si grande part dans l’aclion d'écrire et dont la paralysie troublait à ce point celte fonction ? Voici le résultat des recherches que j'ai faites sur ce point. J’ai remarqué que les sujets atteints de paralysie du deltoïde et du sousépineux éprouvaient la même difficulté pour écrire que le malade dont j'ai rapporté l’histoire (obs. CLXXXIX); qu’ils ne pouvaient faire exécuter le mouvement de dedans en dehors à lavant-bras fléchi sur une table, dans l’attitude d'écrire. C’est à peine s'ils parvenaient à tracer une ligne de 3 à 4 centimèlres. Si alors je provoquais la contraction du sous-épineux par un courant d’induction à intermittences rapides, je voyais l’avant-bras et la main continuer leur mouvement de dedans en dehors. De cette façon et en plaçant un crayon dans les doigts des malades, je leur faisais tracer une ligne de 28 à 29 centimètres. Cette expérience démontre donc clairement que, dans le fait rapporté ci-dessus, c'était le sous-épineux qui était paralysé avec le deltoïde.

Mais en poursuivant ces recherches, j’ai observé que la privation du concours du sous-épineux portait aussi des troubles graves dans l'exercice d’autres professions. Je ne citerai, comme exemple, que les professions qui nécessitent l'emploi de l'aiguille. Lorsqu’en cousant, en brodant, elc., on tire l’aiguille de dedans en dehors, les muscles deltoïde et sous-épineux se contractent synergiquement, le premier pour écarter plus ou moins le bras du tronc, le second pour imprimer à l’avant-bras et à la main un mouvement de rotalion en

dehors, l’humérus. étant l'axe, et l’avant-bras le rayon. Ce dernier mouvement est le plus important, car les malades qui n'ont perdu que leur deltoïde peuvent encore coudre presque aussi facilement que s'ils avaient conservé l’usage de ce muscle. Mais il n’en est plus de même, si leur sous-épineux ne possède plus la faculté d’agir, le deltoïde étant même intact. Les mouvements d’abduction du bras par le deltoïde sont les seuls que Îles malades puissent faire alors, et afin de suppléer au défaut d’action du sous-épineux, ces MOuvements doivent être une fois plus étendus. [l en résulte une fatigue qui ne permel pas à ceux qui se servent de l'aiguille de travailler longtemps. Je pourrais encore citer d’autres exemples, mais ceux que j'ai rapportés démontrent suffisamment la grande différence qui existe, quant à la gravité des troubles fonctionnels qu’ils occasionnent, entre une atrophie ou paralysie simple du deltoïde et la même lésion de ce muscle, compliquée de celle du sousépineux.

B. — Jusqu'à ce jour, ona accordé seulement au sous-scapulaire et au grand rond le pouvoir de faire tourner l’'humérus sur son axe de dehors en dedans. Il ressort de mes recherches que le sus-Éépineux possède également cette aclion qui, toutefois, est moins énergique que celle du sous-scapulaire, et ne s'exerce que lorsque l’humérus tombe sur le côté du tronc et parallèlement à sa direction. |

A l’état normal, l’humérus sollicité d’une manière égale par la force tonique de ses rolateurs se trouve, pendant le repos musculaire, dans un état intermédiaire entre la rotation en dehors et la rotation en dedans ; de telle sorte que lorsqu'on vient à fléchir l’avant-bras sur le bras, on peut encore faire tourner celui-ci de manière à terminer sa rotation en dehors ou en dedans.

Mais si les rotateurs en dedans viennent à être atrophiés ou paralysés, cet équilibre musculaire est rompu, Car la puissance des rotateurs en dehors, dont l’action n’est plus modérée par leurs antagonistes, place l’humérus dans une rotation extrême en dehors. Ilen résulte que, consécutivement à l’atrophie ou à la paralysie des rolateurs en dedans, l’action des rotateurs en dehors se trouve également annulée. Ces courtes considérations suffisent pour établir combien est grave la perte des rotateurs en dedans, puisqu'elle équivaut, quant aux troubles fonctionnels qu’elie occasionne, à la perte de tous les rotateurs de l’humérus.

D’après ce qui précède, on voit que les signes diagnostiques de l’atrophie ou de la paralysie des rotateurs de l’humérus en dedans appartiennent aussi à la même lésion des rotaleurs en dehors. Ce que j'ai dit précédemment de ces signes diagnostiques me dispense

d’y revenir.

Lorsque les rotateurs en dehors sont seuls privés de leur action, la main du côté malade peut encore être mise au service de la partie latérale opposée du tronc et de la tête. Mais il n'en est plus ainsi lorsque les rotateurs en dedans sont atrophiés ou paralysés; car ni la portion supérieure du grand pectoral, ni la portion antérieure du deltoïde, ne peuvent les suppléer; en sorte que les usages du membre supérieur en sont beaucoup plus restreints.

On voit par ces faits qu’il n’y a pas d’exagération à dire que l’atrophie ou la paralysie des rotateurs de l’humérus en dedans est beaucoup plus grave que celle des rotateurs en dehors. L’atrophie ou la paralysie des rotateurs en dedans me paraît beaucoup plus rare que celle des rotateurs en dehors.

J'ai eu plus souvent l’occasion d’observer l’atrophie des rotatetirs en dehors, ce qui veut dire que l’atrophie musculaire progressive n’attaque ordinairement les rotateurs en dedans qu'après les rotateurs en dehors, et que, dans la paralysie de cause traumatique, il faut une lésion nerveuse plus grave, plus profonde, pour que les rotateurs en dedans soient affectés plutôt que les rotateurs en dehors. En voici peut-être l'explication. 1] me parait difficile que le deltoïde soit lésé, sans que le petit rond y participe au moins un peu, puisque c’est le même nerf (le circonflexe) qui anime ces deux muscles. Or, qui ne sait combien est facile et commune la lésion de ce nerf, en raison même de sa position superficielle et des tiraillements continuels auxquels il est exposé. (Gelle disposition rend aussi raison de l'intégrité du sous-scapulaire dans la paralysie infantile obstétricale du deltoïde et du sous-épineux décrite dans l’art. III du chap. I, de la 2 partie). La condition anatomique des nerfs qui animent le muscle sous-scapulaire (nerfs sous-scapulaires, supérieur, moyen et inférieur), qui sont situés profondément met ce muscle à l’abri des mêmes dangers.

Il est facile de reconnaître si les rotateurs de l’humérus en dehors ont seuls perdu leur action, ou si tous les rotateurs sont lésés à la fois, bien que, dans l’un et l’autre cas, les troubles apportés dans l’asage du membre soient à peu près les mêmes. Lorsqu'on place, en effet, le bras affecté dans la rotation en dehors, l’avant-bras étant dans la demi-flexion, le malade pourra évidemment ie tourner en dedans, si les muscles qui éxécutent ce mouvement sont sains. Veut-on s’assurer si les rotateurs en dehors ont ou non conservé leur action, l'expérience doit être faite dans un sens opposé.

ARTICLE II

CONTRACTURES DES MUSCLES MOTEURS DE L'ÉPAULE DU TRONC, ET DU BRAS SUR L'ÉPAULE.

$S FH. — Contracture du rhomboïde.

I. Symptômes. — La contracture du rhomboïde produit une déformation de l’épaule que les auteurs ont attribuée à une autre lésion, à la paralysie du grand dentelé, par exemple. Dans les premières expériences électro-physiologiques que je fis sur le rhomboïde d’un sujet dont le trapèze était atrophié et chez lequel je mettais ce muscle en contraction continue, au moyen d’un courant d’induction à intermittences rapides, j'ai annoncé que l’attitude imprimée à son scapulum, pendant ces expériences, devait être nécessairement semblable à celle qui est produite par la contracture du rhomboïde. J’aitiré immédiatement de celte expériences les signes diagnostiques de la contracture du rhomboïde. Depuis lors j'ai eu l’occasion de constater l’exactitude de ces déductions, dans des cas de contracture du rhomboïde.

Ces faits intéressent au plus haut degré la pathologie et la thérapeutique des affections musculaires de l’épaule, c’est pourquoi j'exposerai l’un d’eux avec quelques détails.

La jeune fille dont il va être question a été présentée à la Société de médecine de Paris, dans une des séances de l’année 1852, avant la guérison de la difformité dont elle était affectée. J'ai établi alors le diagnostic différentiel de cette difformité à l’aide d'expériences électro-physiologiques, faites comparativement sur elle et sur un autre sujet dont le grand dentelé était atrophié.

OBSERVATION OXC. — En février 1849, Aglaé Prude, d'une bonne constitution, âgée de treize ans, demeurant à Bagnolet, sentit pour la première fois, sans cause connue, une douleur dans la partie moyenne et latérale droite du cou. Cette douleur augmentait par la pression ou lorsqu’elle portait la tête du côté opposé. Le médecin de la localité y constata un gonflement léger qu'il attribua à un mouvement fluxionnaire. La petite malade souffrant peu, et n’éprouvant aucun trouble dans sa santé, il crut ne devoir prescrire aucun traitement, espérant que cet état se dissiperait spontanément. A dater de cette époque, on ne fit plus aucune attention à la gêne continuelle qu’elle éprouvait, surtout dans certains mouvements de la tête. La personne chez laquelle elle demeurait, et qui, chaque matin, assistait à sa toilette, affirmait que, jusqu’au mois d'octobre 1850, époque à laquelle Aglaé fut mise en pension, il ne se manifesta aucune modification dans l'attitude normale de son épaule. Entrée

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