ART. S 1IT,. — PARALYSIE DU DELTOIDE
figure 191, à l’instant où il est mis en contraction par un courant d'induction,
Ce signe négatif annonce d’une manière certaine l’atrophie ou la paralysie du grand dentelé ; mais on ne pourrait pas affirmer quece muscle n’est pas lésé, alors même qu’il réagit sous l'influence du courant localisé dans son tissu ou dans son nerf. Il peut arriver, en effet, ou que l’atrophie du grand dentelé soit assez peu avancée pour que quelques-uns de ses faisceaux puissent se contracter encore par la faradisation localisée, ou que la paralysie de ce muscle soit de l’espèce de celles qui conservent leur contractilité électromusculaire. |
J'ai cherché alors quel était, parmi les mouvements volontaires imprimés au scapulum, celui qui exigeait l’action synergique du grand dentelé et d’un ou de plusieurs muscles, et j’ai remarqué que, dans le mouvement des épaules en avant, le grand dentelé entraîne en dehors et en avant le bord spinal du scapulum, pendant que le grand pectoral agit sur l’angle externe de cet os par l’intermédiaire de l’humérus auquel il s'attache. Il est évident que si, dans ce mouvement volontaire, le grand dentelé vient à ne plus prêter son concours, le bord spinal du scapulum doit rester en place, et l’angle externe de cet os être entrainé en avant.
Cette théorie de mécanique musculaire n’a pas tardé à se trouver justifiée par l’observation pathologique. Le sujet représenté dans la figure 492 est le premier sur lequel j'ai constaté ce phénomène. Chez ce malade, le grand dentelé droit était paralysé, mais son grand pectoral était parfaitement sain. Eh bien! jorsque je lui fis porter fortement les épaules en avant, je vis, du côté droit malade (voyez la figure 192) : 4° le moignon de l'épaule droite entraîné en avant; 2° le bord spinal du scapulum rester en place, puis soulever la peau en se portant un peu en arrière par un mouvement de rotation de cet os sur son axe vertical. Cette attitude du scapulum droit faisait alors un contraste frappant avec l’attitude du scapulum du côté opposé, qui avait exécuté son mouvement normal. On remarque, en effet, dans la figure 192, que du côté sain le bord spinal A du scapulum, obéissant à l’action du grand dentelé, a été entraîné en dehorseten avant, en s'appliquant solidement contre la paroi thoracique, et qu’il a pris une direction oblique en sens inverse de celle du scapulum droit où le grand dentelé était paralysé. J’ai eu l’occasion de constater les mêmes phénomènes sur d’autres sujets atteints de la paralysie du grand dentelé,
Tout le monde saisit, sans aucun doute et sans que je doive insister davantage sur cette question, l'importance des faits précédents, comme signes diagnostiques de l’atrophie ou de la paralysie du grand dentelé, puisqu'ils n’exigent pas, pour se manifester, l’éléva-
DUCHENNE, — 3° édition, 60
tion volontaire du bras, et qu’ils sont tous aussi sûrs que ceux qui résultent de ce dernier mouvement.
La rétraction de la portion adductrice du trapèze pourrait bien, il est vrai, pendant ce mouvement, maintenir le scapulum rapproché de la ligne médiane, malgré l'intégrité du grand dentelé ; mais alors il n’y aurait pas de confusion possible, car, dans ce dernier cas, le bord spinal du scapulum resterait appliqué contre le thorax et prendrait une direction opposée à celle que l’on observe, lorsque le grand dentelé a perdu son action. C’est du moins ce que je produis artificiellement en maintenant la portion adductrice du trapèze contracturée par l’excitation électrique, pendant que le sujet essaye de porter ses épaules en avant. Assurément, la contracture pathologique de la même portion musculaire ne doit pas, dans ces circonstances, agir autrement que la contracture artificielle.
En résumé, l'attitude particulière que prend le scapulum, pendant le mouvement volontaire des épaules en avant, aiors que le grand dentelé est paralysé ou atrophié, fournit des signes précieux pour le diagnostic de cette lésion, lorsque la paralysie ou latrophie du deltoïde ne permettent pas au malade lélévation volontaire du bras,
Voici encore d’autres signes qui viennent en aide à ceux qui ont été exposés. Lorsque, appliquant une main sur chaque épaule du malade , on repousse les deux épaules dans un sens opposé, on sent que le scapulum du côté lésé résiste beaucoup moins que l’autre, si le grand dentelé est atrophié; on parvient même alors à imprimer au scapulum un mouvement de recul et à faire saillir davantage son bord spinal sous la peau. Enfin si le deltoïde, le grand pectoral et le grand dentelé se trouvaient lésés simultanément, l'épaule resterait complétement inerte, pendant les efforts que ferait le malade pour la porter en avant.
Il. — ATROPHIE OU PARALYSIE SIMULTANÉES DU DELTOIDE ET DES ROTATEURS DE L’'HUMÉRUS,
À. — L’atrophue et la paralysie du sous-épineux (1) sont une des complications assez fréquentes de l’atrophie ou de la paralysie du deltoïde. Le diagnostic de cette affection est facile à établir ; les troubles qu'elle oceasionne dans les usages du membre supérieur sont très-grands, et cependant sa description n’a pas été, que je sache, faite jusqu’à ce jour.
Voici le premier cas d’atrophie du deltoïde qui m'a mis sur la voie de la lésion concomitante du sous-épireux.
(1) Les rotateurs de l’humérus en dehors sont le sous-épineux et le petit rond. Au point de vue physiologique, ces deux muscles n’en constituent qu’un, que je désignerai par le même nom de sous-épineux.