V. — Faradisation musculaire directe
A. La faradisation musculaire directe consiste, — je l’ai déjà dit, — à faire contracter individuellement chaque muscle ou chaque faisceau musculaire, ou plutôt à exciter directement le tissu musculaire en plaçant les rhéophores humides sur les points de la peau qui correspondent à leur surface.
On ne doit administrer aux muscles qu’une dose d'électricité proportionnelle à leur degré d’excitabillé qui est variable pour chacun d’eux. En conséquence, il est nécessaire que l’opérateur ait toujours une main libre, prête à agir, pendant la faradisation, sur ie graduateur de l’appareil. Cette même main sert aussi à opérer les intermittences du courant (je dirai plus tard comment elles se pratiquent). Cette partie de l'opération ne doit jamais être confiée à un étranger, carle médecin doit ralentir ou presser le mouvement
(1) Je suis certain que, dans les différents points que j’indique, se trouvent, au milieu da plexus brachial, les fibres nerveuses constitutives de chacun des nerfs qui en naissent ; car j'ai répété des milliers de fois ces expériences, et toujours en plaçant les rhéophores sur ces points, j'ai vu entrer en contraction les muscles qui reçoivent l’action nerveuse spinale de chacun de ces nerfs.
ART. 1; S TIT. — FARADISATION MUSCULAIRE. pis
du rhéotome, suivant les indications particulières. Ces indications se présentent à chaque instant, quelquefois même pendant la faradi-
F16.724, — Manière de tenir les rhéophores à cylindres ou à disques dans une seule main.
sation d’un seul muscle, Une seule main (la main opposée à celle qui exécute la graduation ou les intermittences) doit tenir et manæuvrer les rhéophores, la poignée de l’un étant placée entre le
pouce et l’index, et celle de l’autre entre le médius et l’annulaire ; les doigts sont fléchis de manière à les maintenir dans la paume de la main, Ce procédé permet de pratiquer la faradisation avec une grande rapidité. Les figures 24 et 25 sont destinées à montrer la manière de tenir les rhéophores d'une seule main.
Dans la figure 25, les rhéophores cylindriques garnis d'éponges humides, ou les rhéophores à disque recouverts de peau humide, sont placés dans la main gauche, et l’autre main exécute les intermittences lentes, en imprimant des mouvements de rotation en sens opposé à la vis G de l'appareil.
La figure 26 représente les rhéophores Coniques coiffés d’une peau humide, tenus dans la main gauche et posés sur le muscle triangulaire des lèvres.
RTE
F1G. 25, — Manière de tenir les rh6ophores coniques,
Il faut toujours placer les rhéophores au niveau de la masse char-
nue des muscles, et jamais au niveau de leurs tendons ; car (est-il besoin de le dire ?) la stimulation de ces derniers ne peut produire la contraction musculaire.
B. Pour faradiser complétement un muscle, il serait nécessaire que les rhéophores recouvrissent toute sa surface; ou, s'ils n'étaient pas assez larges, ils devraient être appliqués successivement sur tous les points de cette surface. — Plus un muscle est épais; plus le courant doit étre intense ; car, si ce courant est fuible, l'excitation n'a lieu que dans ses couches superficielles.
Je vais développer celte proposition capitale et en démontrer la vérilé. |
a. Lorsque, s’éloignant des nerfs ou des rameaux nerveux-moteurs, l’on pose des rhéophores humides au niveau de la partie supérieure d’un muscle long, on voit, sous l'influence d’un courant d'induction, de force moyenne, cette partie se gonfler, et on la sent se durcir; si les mêmes rhéophores.sont placés au niveau de la partie inférieure du même muscle, c’est cette dernière qui se gonfle et se durcit à son tour. Des rhéophores appliqués sur un point correspondant à la surface d’un muscle large font contracter seulement les fibres qui se trouverit en rapport avec lui, tandis que les fibres voisines restent dans le relâchement. Il résulte donc de ces faits que l’excitation musculaire n’a lieu que dans les points qui sont en rapport avec les rhéophores,.
b. Mes recherches m'ont appris que, sous l'influence d'appareils à forte tension, l'électricité pénètre profondément les tissus. Voici quelques expériences à lappui de cette proposition. Dans la paralysie saturnine, certains muscles de la région postérieure de l’avantbras sont atrophiés et ne se contractent pas sous l'influence de la faradisation ; c’est ce que je démontrerai par la suite. Si la tension du courant est modérée, on n’observe aucun mouvement dans le membre, lorsque les rhéophores sont placés au niveau des muscles paralysé: ; si la tension du courant est très-grande, on voit les muscles situés plus profondément au-dessous des muscles paralysés entrer en contraction. Dans le premier cas, l'excitation électrique a été limitée dans les muscles paralysés ; dans le second, elle les a traversés, et elle a fait pénétrer l'excitation jusque dans les muscles qu'ils recouvrent. Chez les sujets très-gras ou infiltrés, l’excitation ne peut arriver aux muscles qu'à l’aide d’un courant à forte tension. Il ressort donc de ces faits que, dans la faradisation musculaire directe, la tension du courant doit être proportionnée à l’épaisseur des muscles et des tissus à traverser.
‘Ilest bien entendu que dans toutes ces expériences on a soin de ne pas exciter les nerfs musculaires, ce qu’on évite soit en plaçant les rhéophores loin de leur émergence ou de leur immersion, soit en