‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 41 sur 400 · ART. II, S III. — FARADISATION MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

ART. II, S III. — FARADISATION MUSCULAIRE

Les indications données par Remak dans le but d’obtenir la contraction tétanique d’un muscle en masse n'apprennent rien sur les points d’émergence et d'immersion des nerfs ; ils ne peuvent pas même servir comme règle générale, Ainsi, suivant lui, veut-on faire contracter un muscle en masse, il faut placer un rhéophore sur un point du bord des muscles vers lequel a lieu l'entrée de son rameau nerveux. Si ce principe est bon pour quelques muscles, il ne l’est plus pour beaucoup d’autres, A l’appui de mon asserlion, je choisirai comme exemple un des muscles qu’il dit pouvoir faire contracter en masse par ce procédé, le deltoïde. Eh bien ! sur quelque point du bord de ce muscle que l’on applique les rhéophores, on n’obtient que des contractions partielles, parce que l'entrée du

présence de l’auditoire d'élite dont Remak faisait partie, j'ai pensé qu'il eût été déplacé d’agir ainsi, de faire une sorte de leçon d'anatomie.

Lorsqu'on me vit, dans cette séance, provoquer la contraction en masse du grand dentelé et placer les rhéophores humides sur le côté du thorax, au niveau du bord antérieur du grand dorsal, était-il nécessaire de dire que ces rhéophores se trouvaient en rapport avec le nerf du grand dentelé? Quand ces mêmes rhéophores étaient posés à la réunion du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs du trapèze, avais-je besoin d'apprendre aux savants qui me voyaient agir, que j’excitais alors les filets trapéziens émanés de la branche externe du spinal et du plexus cervical ? la contraction en masse du trapèze suffisait d’ailleurs pour en faire foi. Ce mode d’électrisation musculaire par l'intermédiaire des nerfs musculaires était la faradisation musculaire indirecte que j'avais décrite d'une manière générale dans mes écrits et dans mes séances expérimentales, sans entrer dans des détails anatomiques sur les points d'émergence et d'immersion des nerfs musculaires. Puis, lorsque, dans cette même séance, je voulus faire contracter isolément chacune de ces portions du trapèze, qui physiologiquement constituent autant de muscles différents, on me vit m'éloigner, autant que possible, du point d'entrée de ces nerfs, p acer les rhéophores alternativement au niveau de chacune de ses portions musculaires qui forment ce que j'ai appelé, ou la portion respiratrice (portion claviculaire), ou la portion élévatrice, ou enfin la portion adductrice du trapèze.

Pendant plusieurs heures que dura cette séance, Remak put me voir faisant contracter successivement un assez grand nombre de muscles larges et fasciculés ou en masse en excitant leurs rameaux nerveux, ou par portions ou par faisceaux, c’est-à-dire, en plaçant les rhéophores sur ces derniers, au delà du point d'immersion des nerfs musculaires. Cependant ce savant critique, qui avait été témoin de ces effets variés et dont il a fait un si grand éloge, n’avait pas même entrevu les procédés particuliers qui m’avaient permis de les obtenir ! A qui la faute ? Avais-je donc trop compté sur.ses connaissances anatomiques ? L’anatomie microscopique lui avait-elle fait oublier celle qui se voit à l'œil nu ? C’est la seule manière d'expliquer cette énigme.

Remak, que l’on a vu plus haut me représenter commenne espèce de prestidigitateur, dont il a bien voulu louer l’habileté, qui a eu soin de garder ses secrets pour lui, s’est dit encore : « On peut également admettre qu’il (Duchenne) n’est pas encore parfaitement fixé sur les conditions anatomiques des effets qu’il obtient, et qu’il doit la connaissance desdits points (les points d'élection où les rhéophores doivent être placés) peut-être au hasard, ou plutôt à des essais qu’à une méthode déterminée. » Dès lors Remak, pour l'honneur de la science, s'est mis à l’œuvre, ét il est venu déclarer triomphalement que ces fameux points d’élection sont les points d’entrée des nerfs musculaires |! Malheureusement pour la priorité de sa grande découverte, Les ex- Périences qu’il a rapportées, afin d'expliquer la raison anatomique de ces points

d'élection, sont exactement celles qu’il avait vu faire dans la séance à laquelle il assistait en 1852,

nerf ayant lieu à la réunion du tiers supérieur du muscle avec ses deux tiers inférieurs, et de son tiers postérieur avec ses deux tiers antérieurs, les rhéophores ne doivent rencontrer que surles bords les dernières ramificalions de ce nerf. — Le principe de Remak est, au contraire, applicable au trapèze. Le procédé qu’il a employé dans le but de faire contracter ce muscle en masse est à peu près celui qu’il m'a vu mettre en pratique, en 1852, (sans le comprendre alors, on le sait). Je dis à peu pres, car Remak rapporte que, dans ce cas, il place un rhéophore seulement, sur le rameau du nerf accessoire de Willis, tandis que l’autre est laissé sur un point du muscle. Or, on ne peut produire la contraction de toutes les parties constituantes du trapèze, qu’en plaçant les rhéophores sur les points du bord cervical de ce muscle où pénètrent les deux nerfs trapéziens : l’un sur la branche trapézienne du spinal (5 centimètres au-dessus de la clavicule), et l’autre au-dessous de ja branche trapézienne du plexus cervical (3 centimètres au-dessus de la clavicule). Alors, on voit du côté excité la tête s’incliner, l’épaule s'élever, et l’omcplate s’approcher de la ligne médiane: alors aussi les trois portions de ce muscle se gonflent et font un relief considérable sous la peau.

En 1855 (1), j'avais écrit: « Un travail (dans lequel seraient indiqués les points anatomiques où les rhéophores doivent être pla- «cés, lorsqu'on à à étudier l’action propre des muscles ou de « leurs faisceaux) serait certes très-utile ; aussi, dans le désir de « l’abréger autant que possible, et d’en faciliter l'étude, me ré- « servé-je d’exposer, un jour, l’ensemble de ces données dans un « tableau synoptique avec figures. Ce projet ne peut être mis à « exécution que lorsque j'aurai entièrement terminé mes recher- « ches sur l’électro-physiologie musculaire (2). »

S’emparant de mon idée et voulant sans doute la mettre plus 1ôt à exécution, M, Ziemssen (3!, a indiqué sur des figures anatomiques les points où les rhéophores doivent être appliqués pour produire la contraction isolée des museles, en déclarant, dans la préface de son livre, qu’il veut rendre facile pour tout médecin la pratique de ma méthode d’électrisalion musculaire,

On ne saurait trop l’en louer ; malheureusement cet auteur paraît avoir subi l'influence des idées erronées de Remak, car 1l annonce que cette méthode consiste uniquement à placer toujours

Des

(1) Duchenne, De l’électrisation localisée. Paris, 1855, in-8, p. 58.

(2) On sait que, depuis 1855, je n’ai pas cessé d'appliquer toute mon activité à la publication de nouvelles recherches électro-physiologiques. Pourquoi donc me reproche-t-on si amèrement de n’avoir pas encore fait ce tableau synoptique ? Je ne puis cependant doubler mon existence.

(3) Ziemssen, Die Électricität in der Medizin. 2 édition. Berlin, 1864.

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