‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 40 sur 400 · ART: S HI. — FARADISATION MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

ART: S HI. — FARADISATION MUSCULAIRE

autant de muscles indépendants, Au début de mes recherches, j'éprouvais les plus grandes difficultés à limiter exactement l’action des courants dans chacun des faisceaux musculaires, parce que je ne possédais pas ces notions. Il me fallut donc faire de nouvelles recherches anatomiques, afin de déterminer aussi exactement que possible (car il existe aussi à cet égard quelques différences individuelles) les points d’émergence et d'immersion des nerfs musculaires; ce qui m’apprit non-seulement à éviter ces nerfs, lorsqu'il fallait faire contracter individuellement les faisceaux musCulaires qui en reçoivent l’influx nerveux, mais aussi à les exciter directement, lorsque je voulais obtenir la contraction en masse des muscles larges ou fasciculés.

[ne suffit pas toujours, en effet, de savoir éviter les points d’émergence ou d'immersion des nerfs musculaires pour obtenir la conlraclion isolée de l’un des faisceaux d’un muscle; il existe encore des points d’éleclion où les rhéophores doivent être posés, et qu'il faut avoir cherchés pour les bien reconnaître. Je choisirai, comme exemple, l’extenseur commun des doigts. Chez un sujet adulte dont le cubitus offre 24 centimètres de longueur, de l’olécrane à l'apophyse styloïde du cubitus, le point d’émergence du rameau nerveux de ce muscle est, en moyenne, à 6 centimètres de l’épicondyle. Avant de se diviser, ce rameau parcourt un espace de 2 centimêtres ; son point d'immersion est à 12 centimètres au-dessous de l’épicondyle, Il faut aussi se rappeler qu’alors il se partage en deux filets, Avec ces données anatomiques, on sait donc qu’un rhéophore à petite surface, placé au niveau du nerf propre del’extenseur commun des doigts avant sa division, c’est-à-dire dans un espace de 2 centimètres à partir de 6 centimètres au-dessous de l’épicondyle et sur la partie centrale de l’extenseurcommun des doigts, fera contracter à Ia fois tous les faisceaux de ce dernier muscle, si le courant est assez pénétrant pour arriver jusqu’à son nerf propre ; qu’à 12 centimètres au-dessous de l’épicondyle {au point d'immersion de ce même nerf), le rhéophore devra être mis en rapport avec les deux filets de division de son rameau, quand on aura à provoquer la contraction de tous les faisceaux de ce même muscle; en d’autres termes, que les rhéophores devront embrasser une plus large surface, sous peine de n’exciter qu’un des filets, ce qui ne produirait que la contraction des deux faisceaux.

Veut-on obtenir la contraction isolée de chacun des faisceaux de l’extenseur Commun, il faut évidemment éviter son nerf propre avant Sa division, puis rechercher les points où chaque faisceau de ce muscle devient sous-cutané. Ces points sont, pour le faisceau de lindex, en dedans du second radial externe à partir de 10 à 14 centimètres au-dessous de l'épicondyle; pour les faisceaux du

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médius, en dedans du premier radial externe, à partir de 3 à 6 centimètres au-dessous de l’épicondyle; pour le faisceau de l’annulaire, un peu en dedans du point précédent ; enfin, pour le faisceau du petit doigt, à 12 centimètres au-dessous de l’épicondyle et au niveau de la face postérieure du cubitus. Il faut, dans toutes ces opérations, agiravec un courant peu pénétrant (le courant de la première hélice) et à un degré modéré, alin que l'excitation n’arrive pas aux couches profondes.

En suivant les données anatomiques que je viens d'exposer, je puis obtenir avec sûreté, chez le premier sujet venu, la contraction isolée des faisceaux de l’extenseur commun, et aussi la contraction des autres faisceaux qui meuvent les doigts el le pouce.

b. C’est en faisant allusion aux difficultés que la pratique de la faradisation musculaire localisée doit présenter même aux analomistes, s'ils ne possèdent ces données, qu'après avoir exposé les principes généraux de la faradisation musculaire localisée, j'ai écrit, dans les premières éditions, les lignes suivantes : «Il ne faut pas s'imaginer qu'il suffise de connaître Îles préceptes que je viens d'exposer dans cet article et d’être anatomiste, pour posséder complétement l'art de faire contracter isolément chacun des muscles ou de leurs faisceaux. Pour atteindre ce degré d’habileté, il est une foule de délaiis auxquels il faut être enetié, el dans lesquels je ne puis entrer acluellement, sans sortir des limites que je dois m'imposer. »

Remak, interprétant d’une manière étrange le sens du mot initié, y a vu tout un mystère ; il a joué sur ce mot auquel il est revenu sans cesse. Cependant, s’il avait eu connaissance des préceptes généraux exposés précédemment, il aurait dû comprendre, surtout après m'en avoir vu faire l'application, qu’il était possible de s'initier soi-même à ces détails anatomiques. C'est ce qu'il a dit avoir fait depuis lors, en recherchant, dans des dissections, les points d'immersion des nerfs musculaires (1).

(1) En octobre 1852, Remak me fit l'honneur d’assister, avec MM. les professeurs Richter (de Dresde), Jacksch de Prague), Hébra (de Vienne), et d’autres savauts célèbres d'Allemagne, à une séance où je m'étais proposé de démontrer expérimentalement les fonctions d’un certain nombre de muscles avec le concours de l'électro-physiologie et de la pathologie. Remak a écrit, dans sa brochure citée précédemment, que cette séance fut tellement saisissante d'intérêt, qu’il en rendit compte à la Société médicale de Berlin, après son retour de Paris. Mais il s’est plaint que mes explications verbales aient été -bornées à des démonstrations physiologiques, et n’aient touché aucunement ma méthode d'électrisation localisée. Puis, n'ayant pas compris comment il m'avait été possible de faire contracter individuellement les muscles, il a ajouté : « Quiconque a vu l’assurance et l’habileté avec lesquelles il (M. Duchenne) met les grands muscles en contraction, pourrait presque l’accuser de l'intention d’en vouloir garder le secret pour lui. » (Loc. cit., p. 11.)

Habituellement, lorsque j'expérimente en présence des élèves, je n'oublie pas dexpliquer les raisons anatomiques qui me font placer les rhéophores sur tel ou tel point d'élection, si j'ai l'intention de produire soit la contraction en masse d’un muscle, soit la contraction individuelle de ses faisceaux ou portions diverses, Mais en

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