‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 57 sur 400 · ART, I. — VALEUR DE L’ÉLECTROPUNCTURE · texte numérisé non relu

ART, I. — VALEUR DE L’ÉLECTROPUNCTURE

Sarlandière eut l’ingénieuse idée de faire servir l’acupuncture à diriger et à limiter la puissance électrique dans la profondeur des organes (1). Cette méthode qui suppléait à la faiblesse des appareils, en augmentant la puissance de l’action physiologique de l'électricité, sans exposer les malades aux effets foudroyants de la bouteille de Leyde, remplaça bientôt les procédés anciens, et donna une nouvelle vie à l'électricité médicale. Magendie contribua puissamment, par son talent et par l'autorité de son nom, à la vulgariser.

$S EH. — Considérations critiques.

Je vais essayer de démontrer que l’électropuncture est loin d'atteindre le but que s'étaient proposé Sarlandière et Magendie.

I, — L’électropuncture ne locelise pas exactement l'excitation électrique dans les organes.

J'espère fournir la preuve de cette proposition, en analysant successivement les phénomènes de sensibilité électro-cutanée et les phénomènes de contractilité et de sensibilité électro-musculaires qui se développent sous l'influence de l’électropuncture.

Chez les sujets maigres, ou chez ceux dont le tissu cellulaire souscutané est peu abondant, des aiguilles enfoncées dans la peau, de manière à ne pas dépasser l’épaisseur du derme, produisent, même sous l'influence d’un courant assez faible, l'excitation simultanée de la peau et des muscles ou des nerfs, si ces aiguilles sont placées au niveau ou de ces muscles ou de ces nerfs. Pour que l’excitation électrique soit arrêtée dans la peau, il faut que le tissu cellulaire soit abondant ou infiltré de sérosité, et que le courant soit très-faible.

L’électropuncture ne peut provoquer la contraction musculaire sans exciter en même temps la sensibilité de la peau. Dans le but d'empêcher l’action des aiguilles sur la sensibilité cutanée, M. Pétrequin a fait recouvrir le corps de cesaiguilles d’une couche de caoutchouc, ne laissant libres que leurs extrémités, dans l'étendue d’un ou de deux millimètres, à parüir d’un millimètre de la pointe. Mais bientôt l’enduit de caoutchouc, qui n’est pas assez épais, s’humecte et seramollit, lorsque l'aiguille plonge dans les tissus ; alors il se laisse traverser par le courant qui excite la peau presque aussi vivement que si l'aiguille agissait à nu. Les malades sur lesquels j’ai fait l’essai comparatif de ces aiguilles et des aiguilles ordinaires, n’ont ob-

(1) Sarlandière, Mémoires sur l’électropuncture. Paris, 1825.

servé aucune différence entre elles, quant à l'influence qu’elles exercent sur la sensibilité de la peau.

La sensation cutanée développée par l’électropuncture masque la sensation musculaire produite par l'excitation directe du muscle dans lequel l'aiguille est enfoncée. On pourrait penser alors que ces deux sensations sont les mêmes et se confondent ; mais il n’en est pas ainsi, comme le prouvent les expériences suivantes. Chez des blessés, j'ai enfoncé des aiguilles dans des portions de muscles dénudés, et dans des points où ces muscles étaient recouverts par Ja peau intacte ; puis je les ai électrisés successivement. Dans la première expérience, la sensation fut sourde comme est la sensation spéciale à l'excitation musculaire : elle fut semblable à celle qui se produit ordinairement sous l'influence de rhéophores humides, placés sur la peau intacte. Dans la seconde expérience, la sensation fut très-vive ; elle eut le caractère propre à l’excitation éiectro-cutanée qui caractérise la faradisation par des fils métalliques excitateurs posés sur la peau sèche.

On ne peut produire à volonté, par l’électropuncture, lacontraction d’un muscle ou d’un faisceau musculaire, ou seulement de quelques fibres musculaires. En effet, bien que j'aie eu le soin de placer les aiguilles loin des troncs nerveux, les contractions musculaires observées dans mes expériences, ont presque toujours été irrégulières et imprévues, ainsi tantôt elles étaient fibrillaires et limitées dans un certain rayon de l'aiguille, tantôtelles s’étendaient au muscle entier, quelquefois même à plusieurs muscles à la fois. Il est évident que, dans ces différents cas, les effets ont varié, suivant que l’aiguille a rencontré les filets nerveux qui s’étendaient à un ou plusieurs muscles, ou qu’elle se trouvait en rapport seulement avec les fibres musculaires. On voit donc que, dans l’électrisation musculaire par l’électropuncture, le hasard seul préside à la production des phénomènes de contraction et domine la volonté de l'opérateur.

Sarlandière prescrivait de placer les aiguilles loin des troncs nerveux ; il professait que l'influence thérapeutique de l’électropuncture était plus grande en agissant sur les extrémités nerveuses. Contrairement à ces principes, Magendie eut la hardiesse de pratiquer l’électropuncture en traversant les troncs nerveux avec des aiguilles. Cette dernière opération peut paraître facile à ceux qui possèdent quelques connaissances anatomiques ; mais elle n’est pas aussi simple qu’on pourrait se l’imaginer, lorsqu'on ne l’a pas essayée. S'il est vrai, par exemple, que l’on peut atteindre quelquefois les nerfs médian, cubital et crural, il n’en est pas de même des nerfs radial, sciatique et poplités. À la face, il est possible de planter des aiguilles dans les nerfs sous-orbitaire et mentonnier. Mais qui prétendrait piquer à coup sûr le tronc de la septième paire ou les

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