ART, I. — VALEUR DE L'ÉLECTROPUNCTURE
filets de ce nerf? Cette méthode me paraît donc presque toujours impraticable. D'ailleurs elle ne permet pas de limiter l’action électrique dans les nerfs; car on ne peut arriver à ces derniers sans traverser la peau, qui alors est inévitablement excitée.
11. — L’électropuncture est insuffisante ou inapplicable dans les anesthésies ou dans les lésions de la sensibilité tactile.
J'établirai par la suite qu’en général, dans l’anesthésie, la faradisation cutanée rappelle la sensibilité seulement dans les points qui sont en rapport avec les rhéophores. Il en résulte donc que, pour obtenir la guérison des anesthésies cutanées par l’électropuncture, il faudrait couvrir d’un grand nombre d’aiguiiles toute la surface de la peau dépourvue de sensibilité. On conçoit qu’une pareille opération serait impraticable, surtout si elle devait être souvent renouvelée, Dans certains cas légers, il suffit d’une excitation produite par un très-petit nombre d’aiguilles, pour rappeler la sensibilité; mais ces cas sont exceptionnels.
L’électropuncture ne peut servir à rappeler la sensibilité tactile ni de la main ni de la plante du pied, car on ne saurait enfoncer des aiguilles dans les doigts ou dans les téguments de la plante du pied, sans s’exposer à produire une inflammation ou des panaris.
UT. — L'électropuncture appliquée au traitement des paralysies du mouvement ne paraît pas produire les résultats que l’on obtient par l'électrisation localisée.
Des succès nombreux et incontestables attestent la puissance thérapeutique de l’électropuncture, dans le traitement des paralysies musculaires; elle a produit, je le répète, beaucoup plus que les méthodes qui l’ont précédée. Cependant elle doit céder le pas à la faradisation localisée, pratiquée, on le sait, à l’aide des rhéophores humides placés sur la peau intacte, méthode dont j'aurai bientôt à établir l'importance au point de vue thérapeutique.
Il n'existe aucune règle sur la manière d’appliquer l’électropuncture au traitement des paralysies. Dans quels points des membres paralysés doivent être placées les aiguilles? En quel nombre faut-il les implanter ? À quel degré d'intensité doit-on agir? Tout cela est abandonné à la fantaisie de chaque opérateur.
Quelques praticiens, à l’exemple de Magendie, ont essayé de traverser avec des aiguilles les nerfs qui animent les muscles paralysés. Or ilressort de mes recherches que l'excitation électrique des troncs nerveux, dans le traitement des paralysies, produit des résultats peu satisfaisants. D'ailleurs ce mode d’excitation fût-il excellent, l’électrisation des troncs nerveux est presque toujours impralicable par l’électropuncture, comme je l’ai dit ci-dessus.
Le procédé généralement adopté consiste à placer, à la partie supérieure et inférieure du membre, des aiguilles qu’on met en rapport avec les pôles d’un appareil galvanique ou faradique. Par ce procédé, l'excitation électrique est faite d’une manière fort inégale, et ne profite qu’à un petit nombre de muscles. Ceux de ces derniers qui n’ont pas reçu directement la stimulation électrique, doiventrester le plus souvent paralysés; quelques-uns d’entre eux sont excités par une action réflexe. Ce procédé d’ailleurs entre dans la méthode d’électrisation par action réflexe, qui fera l’objet de l’article suivant.
Pour que l'excitation fût complète, dans le traitement des paralysies par l’électropuncture, il faudrait que des aiguilles fussent implantées dans chacun des muscles paralysés. De plus, comme il me paraît démontré, par des faitsnombreux, que l’action thérapeutique est limitée, en général, aux points qui sont en contact avec les rhéophores, ou du moins qu’elle se répand seulement dans un petit rayon, il faudrait encore que le nombre d’aiguilles destinées à exciter chacun des muscles fût proportionné à la longueur et à la largeur de ces derniers. Une telle opération serait un véritable supplice auquel les malades ne voudraient jamais se soumettre, surtout lorsqu'il s'agirait de paralysies de quelque étendue, à cause de la durée de cette opération et des souffrances inévitables qu’elle produirait.
Combien est simple et rapide, au contraire, la faradisation localisée de chacun des muscles paralysés à l’aide des rhéophores humides et promenés sur la peau intacte. Dans l’électropuncture, l’aiguille traversel’épaisseur du muscle, tandis que, dans la faradisation localisée, les rhéophores humides n’agissent que sur leur surface. On pourrait en induire que l’électropuncture possède plus de puissance thérapeutique que la faradisation localisée par les rhéophores humides. Cette opinion ne serait pas fondée ; car j'ai établi précédemment qu’en appliquant un rhéophore humide sur la surface d’un muscle, l'excitation électrique traverse d'autant plus profondément les tissus, que les courants sont plus intenses. La faradisation peut donc, à l’aide de rhéophores humides, pénétrer un musele dans le sens de son épaisseur, aussi bien qu'avec les aiguilles. De plus, en promenant cesrhéophores sur toute la surface des muscles, on leur distribue l'électricité en tous sens, ce qu’on ne pourrait jamais obtenir avec l’électropuncture. |
J'ai vu plusieurs paralysies modifiées heureusement sous l’influence de la faradisation localisée par les rhéophores humides, et contre lesquelles l’électropuncture avait auparavant complétement échoué.
L’électropuncture fût-elle aussi efficace, aussi praticable que la faradisation musculaire localisée, les douleurs qui sont inséparables
de son application devraient lui faire toujours préférer cette dernière méthode. J’établirai en effet, par la suite, que l’électrisation douloureuse est dangereuse dans certaines paralysies, la paralysie cérébrale, par exemple. L’éleciropuneture est donc contre-indiquée dans ces derniers cas, ainsi que dans tous ceux qui exigeraient de nombreuses séances. (On verra que la guérison de certaines paralysies demande jusqu’à soixante à quatre-vingt séances.)
C’est surtout chez les enfants qu’il importe de pratiquer lélectrisalion sans douleur. Combien de parents, et même combien de médecins n’osent infliger aux jeunes paralytiques le supplice de l’électropuncture, qui est toujours douloureuse, quelque faible que soit l'intensité du courant !
Il est encore d’autres inconvénients qui peuvent s'attacher à l’électropuncture, et qui ne sont point à craindre avec la méthode d’électrisation localisée que je préconise; je veux parler de la désorganisation des tissus qui sont en contact avec les aiguilles, de leur inflammation, de petits abcès dont ils sont le siége. Je n’insisterai pas sur ces accidents signalés par les observateurs qui ont pratiqué l'électropuncture.
Enfin l’électropuncture développe souvent des névralgies graves et opiniâtres. En voici un exemple : Un des élèves de Magendie, le professeur Aug. Bérard, consentant un jour à se prêter à une expérience électro-physiologique, permit à son maître de Jui pratiquer l’électropuncture sur la face, Sa complaisance lui coûta bien cher, car l'opération fut suivie d’une névralgie faciale qui le fit souffrir cruellement, pendant cinq à six mois. Ce fait n’a été rapporté par son frère, Ph. Bérard.
Des considérations critiques que je viens d'exposer, il ne faut pas conclure que l’électropuncture doive être exclue de la pratique; je crois au Contraire que, dans certains cas, cette méthode peut être un auxiliaire puissant de la faradisation localisée (1).
ARTICLE IT
DE LA VALEUR DE L'ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE APPLIQUÉE AU TRAITEMENT DES PARALYSIES,
$ EL. — Passage des courants d’induction des extrémités nerveuses au centre,
Avant d'étudier l'influence thérapeutique de ce procédé d’électrisation, il est important de bien connaître son mode d’action physiologique.
(1) L’électropancture est appelée à rendre encore bien des services, surtout dans
ses applications à la chirurgie, soit au traitement de l’hydrocèle, soit pour aider à la résolution de certaines tumeurs ganglionnaires et à la Gestruction de certains