III. — NERFS AGISSANT DIRECTEMENT SUR LA NUTRITION DES TISSUS
L'augmentation de l’activité des circulations locales ne saurait suffire à l’explication de certains états pathologiques. Cette idée a germé dans quelques esprits, avant d’être réalisée, en partie du moins, par l'anatomie pathologique.
A. Théorie de M. Brown-Séquard ; opinion de M. Virchow. — M. Brown-Séquard le premier a formulé le plus nettement cette importante vue de l'esprit, dans des leçons qui ont été publiées d’abord en 1858 (1), et qui ont élé reproduites en 1860 (2).
« Le système nerveux, dit-il, détermine une augmentation de l'attraction exercée sur le sang par les tissus vivants ; et, dans ce cas, le phénomène est accompagné d’une dilatation des vaisseaux sanguins. Le système nerveux agit alors directement et primitivement sur le parenchyme des tissus ».… Atlleurs, il écrit encore : « Le simple fait d’une augmentation ou d’une diminution dans la quantité du sang qui passe par une partie, dans un espace de temps donné, suffit assurément pour expliquer les changements physiologiques et quelques-unes des modifications morbides qu’on observe habitueilement dans la sécrétion et la nutrition ; mais quelques autres états pathologiques semblent exiger, pour leur production, quelque chose de plus qu'un simple changement dans la quantité du sang.
« Une inflammation, par exemple, ne peut être expliquée par une modification de cette espèce ; car nous voyons qu'après la section du sympathique cervical, une augmentalion considérable de sang se produit dans l'œil, dans l'oreille, etc., et dure plusieurs mois et plusieurs semaines, sans provoquer d’inflammalion, Il est vrai
(1) Browu-Séquard, Système nerveux central, Philadelphie, 1860, p. 172,
que ce travail morbide (l’inflammation) se développe beaucoup plus facilement dans ces parties que dans d’autres ; mais, je le répète, il ne se manifeste pas spontanément, comme conséquence pure et simple de l’augmentation dans la quantité du Sang. Il nous faut donc admettre que, lorsqu'une influence nerveuse agit sur certains tissus pour produire l’inflammation, la cause principale de ce processus morbide n’est point dans l'augmentation de la quantité de sang, mais bien dans les modifications que subissent les tissus qui produisent une plus grande attraction de sang artériel (4). »
B. A peu près vers la même époque, Virchow enseignait aussi que les modifications de la nutrition ne dépendent pas directement de la quantité plus ou moins grande de sang qui circule dans une partie, Mais, s'appuyant sur les expériences de Cl. Bernard, qui montrent que la section du grand sympathique ne peut produire autre chose qu'une augmentation de la circulation et de la calorification locales, sans participation de la cellule au travail morbide, sans inflammation, il s’en est fait un argument contre ceux (les névristes) qui placent la nutrition sous la dépendance de l’innervation, soutenant que les propriétés des cellules elles-mêmes sont la cause essentielle des phénomènes nutritifs.
«L'augmentation dans la nutrition des parties, dit-il, doit bien plutôt être attribuée à certains états des tissus (irritation), états qui ont le pouvoir de modifier les affinités des tissus pour les divers principes du sang, ou bien à la présence, dans le sang, de substances particulières (substances spécifiques) possédant une attraction toute spéciale pour certaines parties du corps (2). »
On sait qu’un pathologiste distingué, M. Spiess, a soutenu, conirairement à M. Virchow, que la nutrition est toujours sous la dépendance de l’innervation (3).
Quant à moi, j'ai vu tant de fois des altérations de nutrition périphériques survenir consécutivement à des Jésions de certains points des centres nerveux ou des nerfs, qu’il m'a été impossible de méconnaître alors l'influence que l’innervation exerce sur la nutrition. C’est en faisant allusion à la difficulté d’expliquer ces altérations de nutrition consécutives aux lésions nerveuses, qu’il m'est arrivé de dire: s2 les nerfs trophiques n’existaïent pas, il faudrant les inventer.
C. Nerfs trophiques de Samuel. — Telles étaient les idées théoriques, professées, en 1858, par MM. Brown-Séquard et Virchow, sur l'influence du système nerveux, dans la production des phéno-
(1) Brown-Séquard, loc. cit. Philadelphie, 1860. (2) Virchow, la Pathologie cellulaire, etc. Sixième leçon, 3 mars 1858. 3e édition. Paris, 1868.
(3) Spiess, Pathologische Physiologie. Frankfurt-am-Mayn, 1857. 2 vol. DUCHENNE. — 3e édition. 11
mènes de nutrition et de sécrétion, lorsqu'en 1860 M. Samuel a essayé de donner, pour ainsi dire, un Corps à des idées analogues sur les points principaux, à celles de M. Brown-Séquard, en inaginant une description anatomique et physiologique de nerfs qui auraient pour fonction d'alimenter directement l'activité nutritive des tissus.
Ce savant observateur a exposé, dans unlivre très-intéressant (4), l’action directe et indirecte du système nerveux sur la nutrition; il a recherché quelles sont les affections de ce système, quioccasionnent des troubles divers; il a conclu ensuite d'expériences faites sur les animaux et surtout de l'observation clinique à Pexistence de fibres spéciales qu’il a nommées nerfs trophiques.
Voici sommairement les faits principaux sur lesquels repose sa doctrine. — Suivant lui, l’inflammation ne peut être produite ni par l'excitation ni par la paralysie des nerfs vasculaires ; or, lorsque les nerfs rachidiens sont irrités expérimentalement, les tissus innervés par eux s’enflamment; donc ces nerfs contiennent des fibres spéciales que l’on doit appeler frophiques. — L'irritation de ces derniers provoque l’inflammation aiguë, la prolifération rapide des cellules ; leur paralysie est suivie de l’atrophie des tissus. — Ils ne produisent pas de transformations chimiques, ils ne font qu’exeiter l’activité nutritive des cellules et des tissus. — Dans les névralgies accompagnées d’éruption, l'inflammation atteint les nerfs sensitifs et les nerfs trophiques, d’où simultanéité de la douleur et du trouble nutritif, — Ces nerfs prennent leur origine dans les ganglions spinaux ou dans ceux qui leur correspondent : le ganglion de Gasser, par exemple. — Hs ont une direction centrifuge. — La base, le principe, la cause de la nutrition est dans les cellules ; sa mesure est dans les nerfs trophiques.
D. — Faits cliniques et anatomo-pathologiques de M. Bærensprung et de M, Charcot ne réalisant qu'en partie les idées théoriques de M. Samuel. — a. Exposition des faits. — L'hypothèse de l'existence de nerfs trophiques a commencé à se réaliser, en partie du moins (pour ce qui a trait à la présence dans les ganglions spinaux de fibres nerveuses exerçant une action évidente sur la nutrition de la peau) le jour où le professeur von Bærensprung a découvert une altération de ces ganglions intervertébraux, dans un cas de zona occupant une résion qui se trouvait en rapport d’innervation avec eux (2).
(1) Samuel, Trophischen Nerven. Leipsig, 1860.
(2) Bærensprung, observation XXXVI. Altération de plusieurs ganglions spinaux et des nerfs intercostaux correspondants, Zona (Ann. Charilé Krank. Berlin, vol. XI, 1863, page 96).
Ce savant médecin est l’auteur du livre le plus considérable qui ait été publié, dans ces dernières années, sur l’herpès zoster. A la fin de son premier mémoire, où il a réuni cinquante-cinq nouvelles observations intéressantes, il à établi, pour la
OBsERVATION X. RésumÉ. — Un zona survenu, sans cause connue, chez un garçon tuberculeux, âgé d'un an, s’étendait de la sixième à la neuvième côte. Large de plus de 2 pouces, il commençait, en arr'ère, non loin de la ligne médiane, de la sixième à la huitième vertèbre, et, formant une demi-ceinture, il venait.se terminer exactement sous l'appendice xiphoïde. Ce garçon était guéri complétement de son zona qui avait suivi sa marche régulière, lorsqu'il succomba à la phthisie, six semaines après le début de ce zona. — Les ganglions spinaux correspondant aux sixième, septième ct huitième nerfs intercostaux adhéraient fortement à la paroi du canal intervertébral, Le tissu cellulaire, à leur niveau, présentait cette méme rougeur in-
flammatoire, et, considérés dans leur ensemble, ces ganolions avaient augmenté de volume. — Le microscope montrait que le névrilemme surtout présentail des traces non douteuses de l’inflammation. IL n'existait, à proprement parler, d’altération ni dans les éléments nerveux des ganglions, ni dans ceux des nerfs. |
Osservarion XI, — Le fait précédent a été confirmé par un autre cas observé par M. Charcot, en 1865, chez une femme de son service de la Salpêtrière, âgée de soixante-dix-huit ans. Dans ce cas, les ganglions intervertébraux et les nerfs intercostaux correspondant à la surface cutanée envahie par le zona, ont présenté exactement les mêmes altéralicns anatomiques que dans le précédent (1).
b. Examen critique. — Voici, selon moi, les déduetions à tirer des deux.faits anatomo-pathologiaues de MM. Bærensprung et Charcot : 4° linflammation des ganglions spinaux, caractérisée anatomiquement par une injection vasculaire très-prononcée et une prolifération du périnèvre, sans lésion de nutrition ou avec une faible altération des éléments nerveux, produit, dans les points de la peau qui en reçoivent l’innervation, la lésion de nutrition spéciale au genre zoster; 2° [a névralgie qui accompagne le zona est le résultat de l'excitation des tubes nerveux sensibles qui traversent ce ganglion ; 3° les ganglions spinaux contiennent des tubes nerveux trophiques de Ja peau. Mais ces faits anatomo-patholcgiques ne confirment nullement la doctrine générale de MM. Samuel et Bærensprung, qui soutiennent que les nerfs trophiques prennent leur source dansles ganglions spinaux.
. M. Charcot, observateur plus sévère et n’allant jamais au delà du
première fois et avant d'avoir recueilli le fait anatomique dont il a été question ci-dessus, sa théorie du zona : « En résumé, dit-il, le zona est une affection des parties ganglionnaires du système nerveux ; il résulte spécialement de l’irritation des ganglions spinaux ou des ganglions de Gasser.Cependant l'irritation sur le trajet périphérique des nerfs qui contiennent, comme celui-ci, des éléments provenant des ganglions, cette irritation, dis-je, peut être suivie de l’éruption vésiculeuse. »
(1) Charcot et Cotard, A/tération (névrite) du plexus cervical et des ganglions correspondants des racines spinales posterieures, Zona du cou (Mémoires de la Société de biologie, 1865, p. 41 je
fait, s’est bien gardé de tirer de son cas particulier une conclusion aussi générale, 3
Ces faits cliniques ne prouvent pas, en effet, que d’autres parties des centres nerveux ne contiennent pas des nerfs trophiques de la peau. En effet, l'observation clinique montre que, dans certaines circonstances, les lésions de la moelle altèrent la nutrition de la peau ec du tissu cellulaire sous-cutané. Pour ma part, j'en puis citer des exemples recueillis dans ma pralique civile. Ainsi, toutes les fois que, dans la paralysie spinale de l'enfance, dont la lésion anatomique est une atrophie et même la destruction des cellules et la métamorphose fibruïde des cornes antérieures (1), un muscle a été atteint dans sa nutrilion, et dans sa texture (dégénérescence granuleuse ou graisseuse), j'ai vu le tissu cellulaire sous-cutané qui le recouvre s’hypertrophier et quelquefois la nutrition de la peau s’altérer à des degrés divers. — Ces fails seront exposés dans le chapitre qui traitera de la paralysie spinale ou atrophique graisseuse de l'enfance.
D'autre part, je ferai observer que l’inflammation des ganglions spinaux n’a pas produit d’autre lésion de nutrition que celle de la peau. Comment done alors expliquera-t-on les altérations de nutrition du système musculaire et même du système osseux, que l’on observe consécutivement à certaines lésions de la moelle, si, comme le prétendent MM. Samuel et Bærensprung, les nerfs trophiques tirent leur origine uniquement des ganglions spinaux ? — J'exposerai, par la suite, des faits cliniques qui montreront, dans la lésion spinale de l’enfance, la nutrition musculaire pius profondément atteinte que la nutrition osseuse, et vice vers.
On sait que les lésions nerveuses périphériques produisent des altérations diverses de la peau ; ce qui prouve la présence de nerfs trophiques cutanés dans les nerfs périphériques. Ce fait, signalé pour la première fois par l’illustre chirurgien anglais, M. le professeur Paget (2), a été confirmé par d’autres observateurs. — Je me souviens de l’avoir constaté un bon nombre de fois, mais j'avoue n’y avoir pas attaché assez d'importance, où plulôt n’en avoir pas recherché le mécanisme,
Je rappellerai enfin que dans l’ataxie locomotiriée progressive ‘sclérose des cordons postérieurs de la moelle) et dans la sclérose <econdaire des cordons latéraux, conséculive à l'hémorrhagie des couches opto-striées, on observe quelquefois des lésions de nutrition de la peau (des escharres), des articulations et des gaînes tendi-
(1) Ce fait anatomo-pathologique, découvert, en 1866, par M. Prevost, interne de M. Vulpian, vient d’être confirmé jar une nouvelle autopsie de paralysie infantile qui, m'a été communiquée par M. Charcot.
(2) Paget, Surgical pathology, t. 1, — Medical times, 1864.
ART. JII.— VALEUR THÉRAPEU. DE LA FARADISAT. LOCALISÉE. 165
neuses (arthropathies). — Ces faits importants ont été découverts par M. Charcot (1).
Les faits et les considérations qui précèdent me semblent démontrer que l’erigine des’ éléments anatomiques des ganglions spinaux est soumise à une loi générale de centralisation qui tend de plus en plus à s'établir sur l’expérimentation physiologique et l’observation clinique. Ainsi, le grand sympathique était considéré comme une sorte de centre nerveux indépendant du centre spinal ; mais l’expérimentation et l’observation clinique ont démontré que les lésions dela moelle et du bulbe produisent, dans les circulations locales, des troubles analogues à ceux que l’on observe consécutivement aux lésions directes du sympathique. Ces faits prouvent donc l’existence des fibres nerveuses du grand sympathique dans ce point du centre spinal où elles prennent leur source, De même il est ressorli de l'observation clinique que les ganglions spinaux ne sauraient être considérés comme les centres exclusifs des nerfs trophiques en général, ni même des nerfs trophiques cutanés; ils paraissent seulement les tenir plus particulièrement sous leur dépendance,
E. Considérations anatomiques. — a. Suivant Bærensprung, l’anatomie démontrerait que les ganglions spinaux seraient des centres nerveux, dont les cellules unipolaires ne communiqueraient pas avec la moelle épinière. Il s'appuie sur l’opinion de’ Kôlliker qui a écrit: « En tant qu’il m'a été permis de le constater, à! n'existe dans les ganglions aucun rapport de continuité entre les racines postérieures et les globules ganglionnaires. Il s'ensuit que chaque ganghon peut être considéré comme une source de fibres nouvelles. Chez l’homme et les mammifères, j'ai constaté l’existence de cellules unipolaires; je crois même êlre en droit d'affirmer que ces cellules y sont trèsnombreuses (2). »
Getie opinion de Kôliiker est en contradiction avec celle des anatomistes, en général, qui professent que la plupart des cellules ont deux pôles, dont l’un se continue avec une fibre de là moelle épinière, et l’autre avec une fibre nerveuse périphérique.
Elle est en outre insoutenable, en présence de mes recherches icono-photographiques. En effet, sur les coupes longitudinales de ganglions spinaux, que j'ai photographiées, j'ai rencontré des cellules apolaires, unipolaires et bipolaires ;: le nombre des unes et des autres prédominant, selon les hasards de ces sections.
(1) Charcot, Note sur la formation rapide d’une escharre à la fesse du côté para dysé dans l'hémiplégie récente de cause cérébrale (Archives de physiologie normale et pathologique, t.T, 1868, pp. 308-313). — Sur quelques arthropathies qui paraissent dépendre d'une lésion du cerveau ou de la moelle épinière (idem, pp. 161-118, 819-400, PL 6).
(2) A. Kôülliker, Éléments d’histologie humaine. Structure des ganglions spifaux, p. 355, 1856.
La figure 36, qui représente une section longitudinale d’un ganglion spinal de la région cervicale, et qui a été héliographiée d’après une photographie directement à 21 diamètres, en est un exemple. On voit, dans cette figure, que les cellules sont accumulées en grand nombre vers les parois de ce ganglion (disposition anatomique que
ra
Fic. 36. — Section longitudinale d’un ganglion spinal de la région cervicale photographiée et héliographiée à 21 diametres,
j'ai rencontrée sur toutes les coupes longitudinales ou transversales dé ganglions spinaux que j'ai faites). On remarquera que, du côté de la paroi libre aa de cette coupe longitudinale, presque toutes les cellules sont apolaires (on les reconnaît à leur forme circulaire), tandis que du côté opposé bb, qui avoisine la racine postérieure, on voit des cellules bipolaires et unipolaires; on les reconnaît à leur forme ovalaire en poire). Eh bien ! c’est quelquefois l'inverse ; ce qui prouve que cela dépend des hasards de la section qui a été faite au niveau d’un plus ou moins grand nombre de telles ou telles cellules. 11 est difficile de dire, même approximativement, quelle est la proportion des cellules bipolaires ou unipolaires, car tantôt le
nombre des cellules bipolaires est plus grand, tantôt c’est le contraire; on conçoit en outre, que telles cellules, qui paraissent apolaires, dans une section donnée, sont peut-être en réalité bipolaires. |
Plus loin Kolliker dit encore : « Lors même qu’une cellule donne naissance à deux prolongements, il ne s’ensuit pas que l’une doive être centripète et l’autre centrifuge; au contraire, tous deux se dirigent vers la périphérie ; c’est du moins ce qu’on voit en examinant de très-petits ganglions. Stannius lui-même a trouvé, sur les cellules bipolaires, deux prolongements accolés l’un à pren OR
- Sur aucune de mes coupes longitudinales de ganglions spinaux, je n’ai rencontré cette direction périphérique des pôles dans les cellules bipolaires. Toujours ces pôles marchaient en sens contraire, Pun vers la moelle, l’autre vers la périphérie, comme on en voit un spécimen daas la figure 37, calquée sur la photographie prise
Fic. 37. — Cellules photographiées et héliographiées à 200 diamètres dans le point c du ganglion spmal photographié à 21 diamètres dans la figure 36 (*).
d’après nature à 200 diamètres, dans le point c de la figure 35 qui, on l’a vu plus haut, représente la photographie à 21 diamètres d’un ganglion spinal. Dans cette figure 37, on voit une cellule apolaire a, deux petites cellules unipolaires b, ', et deux grosses cellules bipolaires €, €”.
Toutes mes coupes transversales de ganglions spinaux ont montré un certain nombre de cellules dont chacune était mise en communication avec une autre cellule plus ou moins rapprochée par un
(1) Kôlliker, loc. cit,, page 357.
() a cellule apolaire; 66! deux petites cellules unipolaires; cc’ deux grosses cellules bipolaires, La cellule c coupée dans sa partie moyenne laisse voir son contenu granuleux et son noyau, qui sont masquées dans la cellule c' par l'enveloppe réticulaire.
prolongement latéral, dont la texture du moins était, en tout, semblable à celle des prolongements périphériques ou centraux. Ce prolongement latéral, partant de la partie moyenne de la cellule, semblait être une sorte de gaîne à noyaux qui se continuait dans l'enveloppe réticulaire à noyaux de la cellule. Je me crois donc fondé à conclure de ces faits anatomiques, que les ganglions spinaux contiennent sans aucun doute des cellules tripolaires dont deux pôles se continuent dans une fibre centrale et dans une fibre périphérique, comme dans les cellulescetc' de laf LIEQRE 36, et dont le troisième a une direction latérale.
Supposons maintenant que l’on vienne à isoler une cellule tripolaire et que son pôle central ait été rompu dans la préparation, alors elle se présentera avec l’apparence d’une cellule dont les deux pôles auront une direction périphérique, comme dans les cellules bipolaires signalées par Kôlliker.
En somme, il est démontré qu’anatomiquement les cellules des ganglions spinaux communiquent, en partie du moins, avec la moelle épinière, et qu’on ne saurait considérer ces ganglions comme le centre des fibres nerveuses trophiques. — Peut-être sont-ils dessortes d'organes de renforcement pour les nerfs trophiques de la peau ?
Avec ces données, beaucoup de faits cliniques pourraient s’expliquer. Ainsi, l’inflammation de certaines portions de la moelle est suivie non-seulement de l’atrophie avec dégénérescence granuleuse ou granulo-graisseuse des muscles et alrophie des os, mais encore d’une légère lésion de nutrition de la peau qui devient plus ou moins rugueuse, écailleuse, terteuce, et enfin d’abaissement de température avec hyperplasie du tissu cellulaire sous-cutané, au niveau des muscles atrophiés. — J'ai observé des centaines de fois cet ensemble de phénomènes dans la paralysie spinale de l'enfance dont la lésion anatomique centrale, constatée dans quelques autopsies, a élé trouvée localisée dans les cornes antérieures (je dirai par la suite quelle est celte lésion anatomique) ; 2° aux lésions de nutrition indiquées ci-dessus s’ajoutera une altération plus profonde de la peau : zona, escharre, etc., lorsque l’inflammation aura atteint, en même temps que la moelle, les ganglions spinaux, organes de renforcement des nerfs trophiques de la peau. — J'ai constaté ces faits un certain nombre de fois, consécutivement à des fractures de la colonne vertébrale, dans lesquelles, à ce niveau, la moelle et les ganglions vertébraux avaient été entièrement détruits, soit par la lésion traurmatique elle-même, soit par l’inflammation consécutive. Je ne doute pas que l’on ne trouve ces mêmes lésions de nutrition dans des inflammations spontanées et simultanées de la moelle et des ganglions spinaux, lorsque l’on ne négligera plus, comme on l’a fait en général jusqu’à ce jour, d'examiner en même temps que
la moelle, l’état anatomique des ganglions spinaux ; 3° enfin quand l'inflammation sera limitée aux ganglions spinaux, il se produira des allérations de nutrition localisées dans la peau. — C’est ce que l’on à observé dans les cas de zona publiés par MM. Bærensprung et Charcot. |
b.— Il est ressorti des faits et des considérations exposés précédemment, que le centre cérébro-spinal contient des fibresnerveuses qui activent les circulations locales et la nulrition des tissus. Quels peuvent donc être les caractères distinetifs de ces fibres? Cette question sera-t-elle jamais résolue ? Si elle l’est un jour, ce ne sera que par le concours de l’observation clinique et de l’anatomie pathologique.
Aujourd’hui cependant j’essayerai de la soulever, mais en me bornant à signaler un fait anatomique que mes recherches icono-phoiographiques m'ont fourni l’occasion d'observer.
Dans toutes les sections transversales que j'ai faites, à différentes hauteurs, de la moelle et du bulbe et dans-celles des racines antérieures et postérieures, j'ai rencontré une multitude de tubes nerveux de 0®®, 0033 environ, disséminés par groupes entre les tubes moteurs ou sensibles de dos O1 à 02 et 03. Ce Fic. 38. — Coupe transversale de tubes fait anatomique a été le mieux mis nerveux d'un ganglion sympathique à
Na : 200 diamètres en ab et à 400 diamètres en lumière par des photographies en €, et du cordon antérieur du renfledeéoupestransversales de ces diffé Méntcervieel de la moelle à 400 diarentes parties. Les figures 37 et 38, par exemple, ontété calquées sur des points de ces deux sections (1). On y voit en effet un grand nombre de ces petits tubes nerveux placés dans les intervalles de tubes nerveux beaucoup plus gros, appartenant à des coupes lransversales : 4° d’un cordon antérieur du renflement cervical, en d, figure 38, à 200%; 2 du cordon antéro-latéral de la portion inférieure du bulbe, en e, figure 38, à 400%; 3° au niveau du calamus seriptorius en f, à 4004; 4° d’une racine spinale postérieure en g, à 4001, ]
Tous les groupes des pelits tubes nerveux dans les cordons de la
(1) J'ai communiqué quelques-unes de ces photographies à l’Académie des Sciences, en 1864, et je lui ai fait remarquer qu’une quantité considérable de petits tubes nerveux, de Omm,0033, se trouvent disséminés dans tous ces points du bulbe, de la moelle et dans les racines spinales et mêlcs à des tubes nerveux de Omm,01 à 02 ct 03.
moelle et des racines antérieures et postérieures, sont loin d’être aussi concluants; j'ai choisi ceux qui figurent en 4, e, f, g, dans l'intérêt de ma thèse.
FiG. 39. — Coupe transversale de tubes nerveux à différentes hauteurs du bulbe eneet7 et d’une racine postérieure en g.
Je ferai remarquer en outre que ces petits tubes nerveux offrent le même diamètre que celui des tubes nerveux réprésentés en a, b, c, figure 38, qui ont été calqués sur différents points de ganglions sympathiques coupés transversalement et photographiés en a et en b, à 200 diamètres, et en c, à 400 diamètres.
Sont-ils, en partie, originels du grand sympathique et contiennent ils en outre des nerfs dilatateurs des vaisseaux et des nerfs trophiques? Les rapprochements que je viens de faire me conduisent à en admettre l'hypothèse ; mais, je le répète, je n’ai pas d’autre prétention que de soulever cette question.