Ï. — MES PREMIÈRES RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
Je vais exposer les recherches expérimentales que j'ai faites dans l'espoir &e pouvoir juger la valeur des déductions thérapeutiques précédentes.
Avant de conclure des expériences faites sur les animaux à l’action thérapeutique des courants continus appliqués à l’homme malade, il m'a paru qu'il était plus rationnel d'examiner si les phénomènes électro-physiologiques, observés dans les vivisections, se produisent chez l'homme sain. Mais comment diriger un courant dans un nerf, sans le mettre à nu? Personne n'oserait tenter assurément une pareille opération, chez l’homme, dans le but unique de
phores sur le trajet d’un nerf à une distance de 2 à 3 centimètres l’un de l’autre, le pôle positif étant rapproché des centres nerveux, et le pôle négatif étant plus près des extrémités nerveuses. Pour le courant inverse (centripète, ascendant) les pôles sont intervertis. Tel a été le procédé employé par les expérimentateurs.
(1) Matteucci, loc. cit., p. 266.
se livrer à des recherches scientifiques. D’autre part, l’électro-
punclure dans laquelle l'aiguille: traverse des organes de nature différente et produit des phénomènes epplenese ainsi que je l’ai précédemment démontré, ne peut servir à l'étude de l’action des courants continus sur les troncs nerveux.
Il est aujourd’hui parfaitement démontré, d’après mes recherches, que, sans piquer ni inciser la peau, on peut limiter à volonté D bois électrique, ou dans la peau, ou dans les organes souscutanés, et que par certains procédés l'excitation électrique peut arriver dans ua nerf, sans agir sur la peau qu’elle traverse. Certain, dès lors, de limiter l’action électrique dans les principaux troncs nerveux, j'ai éludié, chez un assez grand nombre de sujets, l'influence des courants continus sur la contractilité et sur la sensibilité. J’ai agi principalement sur les nerfs médian, crural et poplité interne ou externe, en variant mes expériences. Tantôt les rhéophores ont été posés sur le trajet de ces nerfs dans les points où 1ls sont sous-cutanés, à 2 ou 3 centimètres de distance l’un de l’autre, et tantôt ils ont été aussi éloignés que possible, en mettant, par exemple, l’un sur le plexus brachial ou sur le plexus sacré à travers la paroi postérieure du rectum, et l’autre sur la continuité des nerfs. Les rhéophores ont été placés de manière à ne se trouver en rapport qu'avec la surface des nerfs.
Il est démontré, par de nombreuses expériences faites sur des animaux, qu’un Courant continu manifeste son influence spéciale sur la contractilité ou sur la sensibilité, selon la direction dans laquelle il parcourt un nerf dans le sens en lorsque l’excitabilité du nerf a été diminuée antérieurement par l’action plus ou moins prolongée d’un courant continu.
Pour connaître l'influence d’un courant continu, chez l’homme sain, il faut donc que l’exeitabilité de ses nerfs ait été préalablement modifiée par ce courant continu. Dans ce but, je me suis d’abord servi d’une pile à auges (de Cruikshank et de Wollaston), composée de soixante couples, et j'ai fait passer dans les nerfs, pendant vingt à trente minules, un courant continu, en les plaçant dans le circuit de cette pile et en me servant du procédé indiqué ci-dessus, Cet essai n'ayant produit aucun résullat, j'ai pensé qu’un courant plus puissant et plus constant pourrait diminuer l’excitabi- Jité des nerfs de l’homme; j'ai employé alors une batterie composée de trente couples de Bunsen,il est vrai un peu affaiblie par l’usage que l'on en avait fait antérieurement, et plus tard je me suis servi d’une pile de Daniell de 30 à 50 éléments. Dans toutes ces expériences, j'ai toujours eu soin d'éviter la contraction de fermeture en procédant, comme je l'ai déjà dit précédemment (voy. la note de la page 10), Après vingt à trente minules d’aclion du courant continu
de ces piles, quelle qu’en fût la direction, je n’ai pas remarqué que l’excitabilité des nerfs eût diminué. En effet, les conlractions des muscles animés par ces nerfs étaient aussi énergiques, sous l’influence du courant intermittent, après qu'avant l'expérience; en outre, la sensibilité n’était pas modifiée, et les mouvements volontaires étaient restés intacts.
Si je n’ai pu diminuer artificiellement l’excitabilité des nerfs de l'homme, j'ai eu du moins l’occasion d'observer certaines paralysies dans lesquelles les nerfs et même les muscles avaient perdu en partie leur excilabilité. Eh bien! dans ces cas encore, le courant continu inverse n’agit pas plus sur la contractilité que le courant direct sur la sensibilité. Ces courants n’abolissent pas l’excitabilité des nerfs déjà affectés et dans lesquels on les fait passer pendant assez longtemps. |
En résumé, chez l’homme à l’état normal : 4° un courant continu prolongé dans un nerf, pendant vingt à trente minutes, ne m'a pas paru diminuer son excitabilité ; 2° lorsque j'ai dirigé un courant COntinu, centrifuge ou centripète, dans un nerf dont l’excitabililé était normale ou dont l’excitabilité était diminuée sous l’influence de cer- {aines paralysies, j'ai observé toujours les phénomènes habituels, savoir : des contractions et des sensations ; jamais l’un ou l’autre de ces deux courants direct ou inverse n’a agi d’une manière appréciable ou sur la sensibilité ou sur la contractilité (1).
Ces résultats m'ont causé un véritable désappointement, car je m'attendais à observer, chez l’homme, les phénomènes signalés par Marianini, Nobili et Matteucei, et leurs prédécesseurs, dont les expériences faites sur des animaux me paraissent cependant des plus concluantes. 1
On dira, sans doute, que si j'avais dirigé sur les nerfs de l'homme un courant continu plus intense, j'aurais pu diminuer ou anéantir leur excitabilité. Mais cette objection pourrait m'être faile encore, quand bien même j'aurais expérimenté sans succés avec une batterie plus puissante. Et qui voudrait tenter une pareille expérience sur l’homme? Qui voudrait se prêter à des expériences aussi douloureuses, capables de produire à la peau des vésications, même des escharres? |
On m'’objectera encore que je n’ai pas expérimenté dans les mêmes conditions et que j'aurais dû faire passer les courants dans des nerfs mis à nu. Mais il est démontré, je le répète, que j'agis aussi sûrement à travers la peau que sur les nerfs dénudés et isolés.
(1) J'ai formulé des conclusions presque semblables dans un mémoire que j'ai
présenté en 1848 à l’Académie des sciences. Mais alors je n'avais pas encore essayé
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dans mes expériences, de diminuer l'irritabilité des nerfs en les soumettant à l’influence d’un courant continu puissal.t,
Mon procédé me paraît même préférable à celui qui a été employé par Matteucci et ses prédécesseurs; car la mutilation d’un nerf et son contact avec l’air exercent inévitablement une certaine influence sur sa vitalité ou sur son excitabilité.