‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 72 sur 400 · J. — HISTORIQUE ET CRITIQUE · texte numérisé non relu

J. — HISTORIQUE ET CRITIQUE

A. Mes premières recherches. — En présence des résultats négatifs offerts par les expériences électro-physiologiques que j'avais faites sur l’action des courants continus directs ou inverses parcourant les nerfs de l’horame (voy. $S II), on conçoit que les déductions électrothérapeutiques de Matteucci n'aient plus eu de valeur pour moi. Dans mes premières expériences sur la valeur thérapeutique de la galvanisation, j'ai voulu cependant en avoir la preuve, en soumettant les paralysies du mouvement à l’influence du courant continu, dirigé comme il le conseille.

Malgré l'observation sévère des principes de galvanisation musculaire établis par lui, je n’ai pas modifié plus heureusement les pa-

ART. IV. — VALEUR THÉRAPEUT. DE LA GALVANISATION. wa

ralysies du mouvement, au point de vue du traitement des paralysies, que lorsque j’excitais les troncs nerveux dans leur continuité, sans m'astreindre à aucune règle sur la direction des courants.

Il est ressorti aussi, de mes recherches, que le courant direct est complétement impuissant contre l’anesthésie musculaire et cutanée, de même que j'ai vu ce courant n’exercer, dans l’état normal, aucune influence spéciale appréciable sur la sensibilité.

Les considérations critiques que j'ai consacrées à l'influence de la direction des courants sur les nerfs de l’homme, soit dans l’état physiologique, soit dans l’état pathologique, étaient d’autant plus nécessaires que les doctrines de Matteucei et des physiologistes, en général, avaient eu du retentissement et avaient exercé une influence considérable sur la pratique de l’électrothérapie. En effet, les médecins, ceux surlout qui se livrent à des recherches scientifiques, avaient attaché trop longtemps une grande importance, pour la galvanisation pratiquée, chez l’homme, à la direction des courants dans la continuité des nerfs.

B. Méthode de Remak. — Méthode d'Hiffelsheim. — L'application thérapeutique des courants continus était généralement abandonnée, lorsqu’en 1858, Remak a essayé d’en relever la valeur, en créant une méthode de galvanisation dont les principes fondamentaux sont : {° de faire passer dans les nerfs ou dans les muscles des . courants ordinairement labrles et quelquefois séabiles (4), pendant un espace de temps qui ne passe pas en général 45 minutes; 2 de provoquer, selon cet observateur, des contractions réflexes qu’il a appelées galvano-toniques.

Puis est venue la méthode d'Hiffelsheim (2) par courants continus qu’il a appelés permanents, voulant dire, par là, qu'il faisait passer dans les organes un courant stabile pendant un temps très-long- (une à plusieurs heures).

Tant que les principes fondamentaux de ces méthodes de galvanisation par courants continus ne seront pas bien arrêtés et plus clairement formulés, il sera difficile de s'entendre sur leur valeur réelle.

a. D’après la méthode de Remak, les courants galvaniques sont appliqués avec des espèces d’intermiltences assez rapprochées. Je vais le démontrer, Dans les expériences qu’il a faites à l'hôpital de la Charité, en 1860, tout le monde à vu que, lorsqu'il faisait passer

(1) On appelle courant stabile, celui qui est fourni par une pile avec tension égale, et dont les rhéophores sont maintenus fixément sur un même point de la peau; et courant labile, celui qui se dégage de la même pile, pendant aue les deux rhéophores ou l’un des rhéophores glissent sur la peau, sans rupture du circuit. Par suite, on à dit aussi que les contractions produites par le premier sont stabiles; et l’on a appelé également labiles, celles du second.

(2) Hiffelsheim, des Applications médicales de la pile de Volta. Paris, 1861.

le courant dans les nerfs musculaires, en plaçant le pôle négatif au niveau du point d'immersion du filet musculaire, et le pôle posilif sur un point rapproché de la moelle, il restait peu de temps sur le muscle à électriser (15 à 30 secondes), et qu'il ne tardait pas à faire glisser sur ces muscles les rhéophores ou l’un des rhéophores pour les fixer de nouveau sur d’autres points, Il provoquait ainsi des contractions qu’il a appelées labiles. Or, comme je l'ai dit plus haut, ces contractions sont produites par des espèces d’intermittences qui ne diffèrent de celles qui sont produites par des intermittences réelles que par leur moins grande intensité (4); c’esl aussi l'avis de M. Rosenthal (2). Bien plus, ces contractions labiles sont produites par une véritable galvanisation localisée par courants intermittents, ce qui ressort d’ailleurs des phénomènes analysés par Remak lui-même : «Lorsque l’excitabilité est suffisante, ditcil, ou qu’elle est augmentée artificiellement par le courant, on « produit des contractions labiles en changeant de place, la chaîne « fermée, l’un ou les deux rhéophores, sans interrompre la com- « munication des enveloppes humides avec la peau. Les fibres du « muscle touchées par le rhéophore se contractent, tandis que celles que « le rhéophore abandonne se relächent. Si le rhéophore en mouvement «soit, sur le muscle, le trajet du nerf, toutes les fibres musculaires « du nerf sont mises en jeu, quand l’excitabilité est forte; celles qui «se trouvent placées en dehors de la chaîne le sont à un bien moin- «dre degré; de sorte qu’il peut paraître que l’action locale sur les « fibres musculaires est prédominante (3).»

Qui ne reconnaît dans tous ces phénomènes ceux qui sont propres à la galvanisation localisée ? Remak lui-même les a signalés dans les lignes précédentes, sans en comprendre la portée!

En somme, chacune des séances dont nous avons été tous témoins à la Charité se composait d’un grand nombre d'intermittences galvaniques faibles (labiles), et d’un certain nombre de courants continus peu prolongés, quiavaient lieu dans l'intervalle des contractions labiles. C’était donc là ce qui constituait pour Remak ou du moins ce qu’il appelait galvanisation par courant continu! Etc’est ainsi que ses élèves ou ses adeptes ont appliqué cette méthode. Eh bien ! les résultats obtenus par ces procédés de galvanisation peuvent être atiribués

(1)Remak me semble l’avoir reconnu implicitement dans les lignes suivantes : « Jl est très-important, dit-il, sous le rapport thérapeutique, de connaître les contuactions labiles, que, le premier, j'ai observées sur l’homme, ces contractions provoquées dans le nerf musculaire ou dans les muscles, sans interruption du courant, par de simples oscillations de la densité de courants d’après la loi formulée par Dubois-Reymond, selon laquelle le muscle répond par une contraction, non-seulement à l'interruption, mais encore à l’oscillation du courant. » (Loc. cit., p. 120.)

loco p.121.

(3) Hiffelsheim, loc. cit, p. 12.

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aussi bien aux courants galvaniques interrompus et localisés qu’aux courants continus. — Quant à ses prétendues confrachons galvanotoniques, je me réserve de démontrer bientôt qu’elles n’ont jamais exisié que dans son imagination.

b. D'autres expérimentateurs ont fait passer les courants continus d’une manière permanente dans les organes ou dans les membres paralysés. — J'avais commencé quelques expériences électro-thérapeutiques, par ce procédé de galvanisation, avec mon ami Aran; malheureusement sa mort prématurée est venue les interrompre.

Le procédé employé habituellement, dans le même but, par Hiffelsheim (1) est assezoriginal pour être ici rappelé. Deux éponges humides étaient maintenues fixées sur deux parties, de manière à représenter les extrémités d’un axe qui traversait forcément les organes qu’il voulait influencer. Une petite tige de platine, au moins d’un cinquième de millimètre de diamètre, était maintenue dans la profondeur de chacune de ces éponges ; les tiges étaient mises en communication avec les fils conducteurs d’une pile au sulfate de plomb, à petites surfaces, mais composée d’un assez grand nombre d'éléments dont l’action électrolitique était faible. Ces fils enroulés en spirales étaient assez longs pour permettre aux patients de changer de place ou de se promener dans une étendue de plusieurs mètres, pendant tout le passage du courant continu permanent.

L'application très-prolongée (une heure et plus) du courant galvanique continu expose la peau en contact avec ie rhéophore négatif à des altérations plus ou moins profondes ; j’en ai observé plusieurs exemples dans la pratique de cet observateur (2). On doit donc se tenir en garde contre ces inconvénients de l’action électrolitique des courants continus permanents, qui du reste peuvent être évités en partie.

C. Choix à faire entre ces différentes méthodes. — Dans quelles circonstances doit-on recourir aux courants vollaïques à intermil-

(1) Hiflelsheim, loc, cil., p. 12.

(2) OBsenvarioN XV.-— M. X...,qui m'avait appelé en consultation avec M. Baillarger pour des ballucinations qui le tourmenta.ent depuis plusieurs années, et à qui je m'étais refusé de faire l’application des courants continus, dans le but de l’en débarrasser, s'était mis entre les mains d’Hiffelsheim qui lui avait promis de le guérir. 11 lui avait maintenu de petites éponges appliquées sur chaque tempe, avec une bande qui faisait un tour circulaire, Ces éponges communiquaient, comme je lai dit plus haut, avec une batterie galvanique à petites surfaces, dont les éléments de sulfate de plomb étaient nombreux (une soixantaine), mais offraient peu de surface. Le courant continu permanent passant ainsi pendant vingt à trente minutes et plus, d’après ses conseils, l’application fut renouvelée chaque jour, pendant dix à quinze jours, par le malade lui-même sur un nouveau point du front. Plus tard M. X.., est venu me montrer son front orné de deux rangs de cicatrices indélébiles. Loin d’être guéri, ses hallucinations avaient augmenté de fréquence et le portaient au suicide. Il se plaignait très-vivement du traitement qu’on lui avait fait

subir (Hitfelsheïm s'était imaginé, m'a dit M. X..., qu'avec ce procédé le courant avait traversé son cerveau),

tences plus ou moins rapprochées (courants labiles, ou aux courants continus permanents (lrès-prolongés)? à quelle dose et pendant combien de temps doit-on appliquer les courants continus permanents? En dehors des applications chirurgicales, électrolitiques, galvano-caustiques, il n’existe sur ce point aucune règle que l’on puisse appuyer sur des recherches cliniques rigoureuses ou suffisantes. Il n’en est certes pas de même de la faradisation localisée dont les procédés variés et ‘clairement formulés trouvent des indications précises, déduites d’une longue expérimentation ou observation clinique.

Quant à moi, qui ai commencé mes recherches électro-thérapeutiques par l'application des courants voltaïques el qui n'ai pas cessé — ce que certaines personnes ou ne savent pas, ou bien ont oublié, — quant à moi, dis-je, qui ai toujours continué d’en étudier la valeur thérapeutique comparativement aux courants d’induction, je n'a pas confondu, dans mes recherches, les courants voltaïques plus ou moins intermittents avec les courants voltaïques circulant dans les organes, d’une manière permanente. Je suis même allé, lorsque j'ai appliqué le courant constant permanent (stabile), jusqu’à éviter l'excitation produite par la fermeture du cireuit, en faisant passer le courant à travers une colonne liquide contenue dans un tube modérateur, et en diminuant ensuite graduellement l’épaisseur de celle colonne liquide, après avoir établi le circuit entre la pile et l’organe à exciter. Je n’ai pas négligé non plus d’expérimenter la méthode tant préconisée par Remak, comparativement aux courants constants permanents. — J’exposerai bientôt sommairement l’opinion que je crois pouvoir formuler sur leur valeur thérapeulique d’après les recherches que je poursuis depuis 1861 — trop insuffisantes, je le reconnais, pour que je n’aie pas à faire bien des réserves.

IT. — APPAREILS ET INSTRUMENTS NÉCESSAIRES À CE GENRE DE RECHERCHES.— PROCÉDÉS OU MÉTHODES DE GALVANISATION, QUE J'AI EXPÉRIMENTÉES DANS MES RECHERCHES COM- PARATIVES.

Avant de dire quelles déductions je puis tirer de mes recherches expérimentales sur la valeur thérapeutique de la galvanisation, comparativement à la faradisation, il importe de faire connaître les instruments dont j'ai fait usage, dans l’appiication des courants galvaniques.

J'ai dit (chap. I‘) que, dans mes dernières recherches, j'ai employé principalement la pile de Daniell et la pile au bisulfate de mercure, et que, depuis 1861, je me suis servi de la pile au sulfate de plomb, composée de trente à cent éléments, de la pile à petite

surface de M. Alph. Mathieu (voy. fig. 19, p.61), et tout récemment de la pile portalive de Gaiffe, au chlorure d’argent (voy. fig. 45, p. 57). Ayant déjà décrit ces piles et fait connaître (chap. IF, art. u) leur action et leur valeur, je n'ai plus à y revenir. Il me reste seulement à exposer les résultats d’une recherche toute récente que j'ai faite, à l’aide du voltamètre sur l’action électrolitique comparative de la pile au sulfate de plomb, de la pile de Siemens (dite de Remak) et de la pile portative de Gaiffe. J’ai constaté que l’action électrolitique de la première est environ un tiers moins forte que celle des deux autres (M. Gaiffe s’est appliqué à donner à sa pile une action électrolitique égale à celle de Remak).

Il importe aussi de décrire ici quelques instruments qui m'ont facilité l'usage de la pile et que nécessite l’étude comparative de la galvanisation par courants continus et de la faradisation ; ce sera le sujet de ce sous-paragraphe.

À. Division de la pile à forte tension en plusieurs sections, dans l'intervalle de ses applications. — Accouplement de ces sections. — Distribution des courants des différentes sections isolées ou réunies. — Renversement des pôles. |

La galvanisation exige quelquefois l’emploi d’une pile à forte tension, et dont la puissance électro-motrice soit grande, c’està-dire composée de nombreux éléments. Or l’on sait que, dans toute batterie galvanique, il se produit, pendant l'ouverture un peu prolongée de son circuit, surtout lorsqu'elle ne fonctionne pas souvent, des réactions de courants intérieurs, sous l’influence de leur intensité qui augmente en raison directe du nombre des éléments de la pile, et que ces réactions sont une cause de son épuisement rapide. C'est ce que l’expérience m’a bien vite appris, après avoir fait usage, pendant quelques mois, d’une pile de Daniell de 50 couples, à laquelle j’adjoignais quelquefois une seconde pile de 20 autres éléments, qui était destinée principalement à desservir mes appareils d'induction et mes sonneries électriques.

Afin d'éviter ou d’atténuer cette cause d’épuisement rapide de ma pile d'intensité ou dont la force électro-motrice était puissante, je l’a: divisée en dix parties indépendantes, dont la tension est trop faible, dans chacune d’elles, pour produire, pendant l'ouverture de son circuit, des réactions de quelque importance ; ensuite j'ai fait construire un petit appareil manipulateur, qui, étant mis en communication avec chacune des piles de dix éléments, a le pouvoir : 4° de les réunir en une seule batterie ; 2° de les distribuer alors à volonté par circuits composés de 40, de 20, de 30, de 40, de 50, de 60, jusqu’à 100 couples,etconséquemment degraduer la forceélectro-motrice de cette batterie ; 5° de la ramener ensuite à son état d'isolement primitif, lorsque la batterie n’est pas mise en action. Avec ce manipula-

teur on peut aussi renverser les pôles, pendant la galvanisation, sans que l’on ait à changer de place les rhéophores qui ferment le circuit, Les propriétés de cet instrument justifient la dénomination que je lui donne de diviseur, collecteur et distributeur de la pile. Enfin je l'ai placé dans mon cabinet, dans le voisinage d’autres piles à très-pelites surfaces et de mes appareils d’induction, de manière à pouvoir les appliquer successivementetcomparativement, sans perle de temps. En voici la description : |

Lee;

—, UE ss —

HS — — — D

Fig, 40. — Diviseur, collecteur et distributeur de la pile. — Fig. 41 et 42, — Manettes du diviseur, vues de profil (*).

1° Un plateau circulaire en bois, de 10 centimètres de diamètre, AA, supporte tous les organes qui concourent au mécanisme de l'appareil. A fa circonférence de ce plateau, sont vissées, dans des ercoches, des bornes métalliques en cuivre perforées dans leur axe longitudinal, et surmortées par des vis de pression 1,1’ 2,2’, 3,3" 4,4 5,5", 6,6’, 7,7, 8,8" destinées à maintenir solidement dans ces bornes les fils conducteurs qui communiquent avec les pôles négatifs NNNNNNNN et avec

{*) Cet instrument a été construit, d’après mes indications, en 1859, par M. Alph. Mathieu, mécanicien, l’habile constructeur de ma pendule rhéotome,

les pôles positifs PPPPPPPP des sections a, b, c, d,e, f, g, h, de Ia pile x. Dans cet état chacune des sections de cette pile reste isolée.

29 Voici le mécanisme qui permet d’accoupler à volonté toutes les sections isolées (qui forment, chacune, une pile indépendante de 10 éléments), de manière à en faire une seule pile à plus forte tension ou dont la puissance électro-motrice soit plus ou moins grande. Le support AA de l'appareil est entaillé à sa face postérieure, afin de recevoir un disque de bois, qui tourne à volonté sur son axe ; à ce disque sont fixées transversalement des lames de laiton faisant ressort et qui sont indiquées par les lignes ponctuées a, b!, c',d',e', f', g', h'; le premier ressort transversal a fait alors communiquer le bouton qui reçoit le pôle positif 1, avec le bouton 2?’ qui communique avec le pôle négatif,et ainsi de suite, pour les autres ressorts. Ce disque est mis en mouvement par le bouton E. Lorsque celui-ei est poussé en F, loutes les sections sont réunies, en d’autres termes, P le pôle positif terminal de la première section communique avec le pôle négatif initial dela seconde, en passant par 1’, a 2 et a” et ainsi de suite pour les autres sections b, c, d,e, f, g, h de la pile x. Ou ne doit réunir ainsi les sections de la pile que pendant l’application de ses couran(s.

3° Si, pendant le repos de la pile, le bouton E est ramené à sa position première, les sections sont isolées de nouveau, les lames métalliques transversales ne faisant plus communiquer les pôles positifs terminaux P,P, P, P, P, P, P, P, de chaque section avec leurs rôles négatifs initiaux N,N, N,N,N,N,N, N.Ainsi donc se trouve justifiée la dénomination que j'ai donnée à cetinstrument diviseur, collecteur et distributeur de la pile.

4° Cet appareil distribuant en outre les courants de la pile æ à volonté par fraction ou en totalité, il en gradue conséquemment la force électromotrice. — Les organes distributeurs des courants sont les manettes B,C, qui conduisent les courants de la manière suivante, dans les boutons N,P, destinés à recevoir les fils conducteurs des rhéophores. En effet, la manette C qui porte une lame en cuivre, faisant ressort (voy. C, fig. 42) ; peut être mise en contact avec chacune des bornes du plateau AA et communique avec son axe D, également en cuivre, et avec le bouton P par la ligne D ; d'autre part, la manette B, qui porte également un ressort métallique à deux lames (vov.N'G”, fig. 41), dont l’une appuie sur le cercle métallique G, et l’autre sur l’une des bornes qui communiquent, 9n l'a vu ci-dessus, avec les pôles de chaque série de la pile.

d° Il arrive fréquemment, dans d’autres usages de la pile, soit pour l'application thérapeutique des courants continus, soit pour faire marcher les appareils d’induction, que l’on ait besoin seulement d’une fraction plus ou moins grande de la pile de 10, 20 à 30, et de dix en dix et ainsi de suile jusqu’à 100 éléments). Si l’on emplovyait toujours alors les mêmessections, la pile s'userait d’une manière inégale. Avec un simple changement des manettes, on peut facilement et rapidement se servir alternativement du tiers moyen ou du premier ou du dernier tiers de la pile. Veut-on, par exemple, ne prendre que le courant de la dernière dizaine d'éléments, la manette B sera placée sur le bouton 7p, et la manette C sur le bouton 8p.

Cet appareil enfin devient, au besoin, commutateur ou renverseur des pôles. Il suffit pour cela de changer les manettes de côté, les rhéophores restant en place sur l’organe soumis à l'excitation du courant. Dans toutes les manœuvres des manettes, les contacts sont disposés de manière à éviter les intermittences du courant,

Graduation des courants galvaniques. — La possibilité d'augmenter ou de diminuer à volonté et rapidement, el sans produire de solution, le courant de dix en dix, d’une pile composée d’un grand nombre d'éléments, peut être considérée comme une gradualion de sa force électro-motrice. C’est ce que l’on obtient, on vient de le voir, avec l'instrument ci-dessus décrit. (Voy. fig. 40).

Mais il importe aussi souvent de diminuer graduellement, à volonté, l’action calorifique et électrolitique de la pile, le nombre de ses éléments restant le même. Pour cela, je fais traverser à son courant une couche liquide plus ou moins grande, contenue dans un tube en verre, que j'ai appelé fube modérateur et qui sera décrit par la suite. Le liquide, qui doit être de l’eau distillée, lorsque le tube modérateur est appliqué à la graduation des courants d’induction et surtout du courant induit, est remplacé alors par une eau saturée de sel marin, lorsqu'il doit servir à graduer les courants volitaïques dont la tension, comparativement au courant induit, est faible, lors même que la pile contient un grand nombre d'éléments.

A l’aide du voltamèire, j'ai constaté que l’action électrolitique de la pile diminuait proportionnellement à la hauteur de la colonne humide à traverser ; j'ai observé aussi que la sensalion de brûlure diminuait alors proportionnellement, au niveau des points de contact des rhéophores avec la peau.

La résistance opposée au passage du courant de la pile par le liquide du tube modérateur diminue également la force électromotrice, mais beaucoup moins que son action électrolitique ; conséquemment j'ai appliqué ce mode de graduation de Ja pile à son

électricité de quantité.

Intermittences, dans la galvanisation musculaire localisée par cou-

rants interrompus. — Les intermiltences de la galvanisation musculaire localisée par courants interrompus, peuvent se pratiquer en soulevant, à des intervalles plus ou moins éloignés, l’un ou les deux rhéophores humides, appliqués sur la peau. C’est le procédé employé généralement.

Mais j'ai préféré me servir des rhéotomes que j’applique ordinairement à la faradisation musculaire, et sur lesquels je reviendrai, lorsque je décrirai mes appareils d’induction.

Voulant étudier la valeur comparative de la faradisation localisée et la galvanisation localisée par courants interrompus, je devais me placer, autant que possible, dans des conditions identiques, c’est-

à-dire, pour ce qui a trait aux intermiltences, les pratiquer dans Ja galvanisation musculaire localisée, sans changer les rhéophores de place, et avec des instruments semblables.

a. Pédale rhéotome. — Habituellement je ferme et ouvre le circuit du courant de la pile avec une pédale rhéotome qui me laisse les mains libres, pour le maniement des rhéophores. D'ailleurs je conseille à ceux qui font, comme moi, un usage journalier de la pile, soit pour son application aux appareils d’induction, soit pour son application physiologique ou thérapeutique par courants interrompus ou par courants continus, d’ernployer la pédale rhéotome, afin de ne pas être exposé, par distraction ou par un accident quelconque, à laisser son circuit longtemps fermé, pendant une nuit entière, par exemple. — Cet accident, qui m'était arrivé trop souvent jadis, ne s’est plus reproduit, depuis que je suis obligé de metire le pied sur la pédale, pour fermer le circuit de la pile,

b. Roues rhéotomes. — J'ai faiten outreusage de rhéotomes qui m'ont permis de pratiquer la galvanisation localisée avec des intermittences à peu près égales en vitesse à celles du trembleur des appareils d’nduction. (Ces appareils sont munis de plusieurs roues à dents plus ou moins rapprochées, contre lesquelles on fait frotter un ressort, de manière à obtenir soit deux, soit quatre intermittences, ou à les produire avec une rapidité extrême.) A l’époque de mes premières recherches, j'avais fait construire plusieurs rhéotomes qui remplissaient ces conditions et qui étaient mis en action, les uns par la main, les aulres par des mouvements d’horlogerie. (Je n’en expose pas ici la description, parce qu'ils ne valent pas mieux que ceux qui les ont précédés.) Ces rhéotomes m'ont servi et me servent encore pour certaines applications électro-physiologiques ou thérapeutiques. — Je fais habituellement usage de la roue rhéotome appelée dstributeur de l'entrée ou de la sortie du courant, et qui est représentée dans la figure 33 et décrite page 115.

B. Distinchon à étabhr entre les différentes méthodes de galvanisation. — Ayant réuni, dans mon cabinet et sous ma main, les appareils ou instruments qui servent à l’application de toutes les méthodes ou de tous les modes d’électrisalion, rien ne m'a été plus facile que ce genre de recherches comparatives. Elles ont été faites principalement sur des sujets qui se sont présentés à ma clinique civile, atteints de paralysies atrophiques, traumatiques, saturnines, rhumatismales, spinales de l’enfance, de contractures ou spasmes divers, de chorée et d’ataxie locomotrice.

I faut avant tout que l’on sache d'abord que bon nombre de ces affections sontamendées ouguéries par desexcitations électriques, quelles qu’elles soient, par les courants vollaïques plus ou moins intermit-

tents ou continus permanents et même par l'électricité stalique, comme par les courants d’induction. C'est ce qui explique l’admiration que chaque spécialiste a professée, de tout temps, pour le genre ou mode d’électrisation qu’il a appliquée exclusivement sans connaître ou sans avoir appliqué comparativement les autres.

J’ai vu cependant des paralysies, des névralgies, des névroses, etc., d'un pronostic léger, en raison de la facilité avec laquelle elles guérissent habituellement par les courants d’induction, résister à l’action des courants voltaïques intermittents ou continus.

Je ne me bornerai pas à ces généralités; je vais dire en quelques mots quels sont les divers modes de galvanisation que j'ai appliqués à ces recherches électro-thérapeutiques, et quelles déductions il m'a été possible d’en tirer. |

Les distinctions que j'ai établies entre ces divers modes me semblent pouvoir servir de base à une bonne méthode de galvanisation. Je divise en effet la galvanisation musculaire 1° en galvanisation localisée — qui consiste, on le sait, à promener les rhéophores humides de la pile sur tous les points correspondants aux masses des muscles, loin de leurs nerfs ou des troncs nerveux, dont les procédés et le mode d’action physiologique ont été exposés antérieurement (Voy. chap. IT, art. 11, p. 111) — par courants intermittents et par courants continus; 2 en galvanisation par action réhéxe.

On sentira l'importance de cette division fondamentale, si l’on se rappelle les principes électro-physiologiques qui distinguent l’électrisation museulaire directelocalisée et l’électrisation musculaire par action réflexe, etqui ontété exposés précédemment (chap. I, art. 11). Dans le premier mode, en effet, tous les éléments anatomiques de l'organe électrisé sont excités périphériquement, ainsi que son innervation locale, ou, en d’autres termes, sa circulation locale et sa nutrition; dans le second, des points des centres nerveux sont principalement et irrégulièrement excités par l’électrisation de certaines zones reflexogènes. Tout le monde comprendra que ces principes sont parfaitement applicables à la galvanisation musculaire localisée et à la galvanisation musculaire par aclion réflexe.

III. — RÉSULTATS DE MES RECHERCHES SUR L’APPLICATION THÉRAPEUTIQUE DE LA GALVANISATION MUSCULAIRE LOCALISÉE, DIRECTE PAR COURANTS INTERMITTENTS.

A. La galvanisation musculaire localisée se pratique exactement de la même manière que la faradisation musculaire localisée. Les mêmes préceptes exposés dans le chapitre IT, les mêmes rhéophores lui sont applicables.

je rappellerainéanmoins que, différemment de la faradisation mus-

culaire localisée, la galvanisation intermittente ne peut exciter la contraction musculaire, sans exercer en même temps sur la peau une action calorifique et électrolitique, et cela d'autant plus fortementque les rhéophores restent plus longtemps en contact avec le même point de la surface cutanée. C’est pourquoi j'ai eu soin de changer les rhéophores de place après chaque intermittence, en les promenanl sur les points correspondants aux masses musculaires à galvaniser. De cette façon l'excitation cutanée est beaucoup moindre.

B. 11 importe de signaler ici les effets différentiels des intermittences des courants d’induction, qui paraissent rendre difficile leur étude comparative avec la galvanisation par courants interrompas ; et je dirai comment j'ai résolu cette difficulté. On sait, en effet, que chaque intermittence du courant galvanique provoque une contraction musculaire, à la fermeture et à l'ouverture du circuit, moins fortement à la première qu’à la seconde, sans cependant changer la direction du courant; d'autre part, on se rappelle que le contraire n’a lieu, pour les courants d’induction, qu’à la fermeture et à l’ouverture du cireuii; qu'ils se dirigent en sens inverse, et produisent une action électro-physiologique essentiellement différente, au point de vue de l'influence de la direction des courants; qu'il paraît en conséquence difficile, sinon impossible de comparer les courants galvaniques interrompus dont la direction est toujours ou centrifuge ou centripète, aux courants d’induction, qui, avec les rhéotomes usuels ou avec leurs trembleurs, ne peuvent produire que des alternatives vollianes.

C’est dans le but de recueillir seulement l'entrée ou la sortie du courant induit, de manière à faire passer, à volonté, à travers les organes un Courant centrifuge ou centripèle, que j'ai fait construire le rhéotome distributeur de l’entrée et de la sortie du courant d’induction qui a été décrit précédemment (voy. fig. 32, p. 115).

La faradisation par courants centrifuges ou par courants centripètes, que j'ai pu pratiquer à l’aide de ce rhéotome, m'a permis d'observer sur des grenouilles et des lapins des phénomènes analogues à ceux que l’on obtient expérimentalement, sous l'influence de la direction des courants galvaniques; mais je dois dire, ici, que, dans le traitement des paralysies, elle ne m'a offert, au point de vue de son action sur la motilité, sur la sensibilité et sur la nutrition, aucune différence appréciable avec la faradisation pratiquée par les rhéotomes ordinaires. J’en puis donc conclure que la faradisation musculaire, avec ou sans alternatives voltianes, est parfaitement comparable à la galvanisation musculaire avec intermittences.

C. J'ai dit précédemment (chap. 1) qu'entre la fermeture et l’ouverture d’un circuit galvanique, le courant, qui est alors continu, provoque des contractions fibrillaires oscillatoires. C’est encore un

caractère qui distingue les intermittences du courant galvanique de celles du courant d’induction. Aussi, lorsque j'ai eu à établir une comparaison entre l’action thérapeutique des unes et des autres, ai-je toujours eu la précaution de diminuer considérablement, pendant les intermittences du courant galvanique, la durée de l’action intermédiaire entre l'entrée et la sortie du courant, au point de l’anpuler presque entièrement. Dans ce but, je me suis servi d’un rhéotome dont les dents offrent une petite surface de contact, de telle sorte que chaque intermitience fût nécessairement trés-courte, quelque lentement que tournât ia roue dentée.

Toutes les précautions indiquées dans ce sous-paragraphe étant donc prises,il m’a été possible d'établir une comparaison entre l’action thérapeutique de la galvanisation localisée intermittente et la faradisation musculaire localisée dans le traitement des paralysies.

D. Eh bien! lorsque, dans toutes les conditions précédentes, la puissance électro-motrice de la pile a été assez grande, la galvanisalion musculaire localisée a donné à peu près les mêmes résultats thérapeutiques que la faradisation.

Cependant, à mérite égal, je lui ai encore préféré la faradisation musculaire localisée, qui, exerçant la même influence thérapeutique, au point de vue des circulations locales et de la nutrition, n'avait aucun de ses inconvénients (action électrolitique, excitation de la peau inséparable de lexcitation musculaire, excitation trop vive de la rétine) et offrait l’avantage d’agir vivement, selon les indicalions à remplir, sur la sensibilité musculaire avec l’extra-courant et sur la sensibilité cutanée avec le courant induit, en vertu des propriétés spéciales de ces courants. Si, outre ces raisons, l’on considère que les appareils d’induction sont peu volumineux, d’un transport et d’une application faciles et qu'ils sont peu dispendieux, on comprendra que j'aie conseillé l’emploi de la faradisalion musculaire de préférence à la galvanisation musculaire localisée intermittente, qui exige des piles volumineuses, applicables seulement, en général, dans le cabinet @es spécialistes.

IV. — RÉSULTATS DE MES RECHERCHES SUR L’APPLICATION THÉRAPEUTIQUE DE LA GAL- VANISATION RÉFLEXE PAR COURANTS CONTINUS, MÈLÉS D'INTERMITTENCES FAIBLES (courants labiles) GOMPARATIVEMENT A LA FARADISATION LOCALISÉE,

Je vais passer, aussi rapidement que possible, en revue quelquesunes des principales maladies ou affections musculaires, dans lesquelles j'ai étudié expérimentalement l’action thérapeutique des courants continus par la mélhode de Remak, comparativement à la faradisation localisée, — me réservant toutefois d’y revenir, avec plus de détails, dans la deuxième partie.

À. Paralysies atrophiques consécutives aux lésions traumatiques des nerfs. — Plus de vingt années de recherches électro-thérapeutiques, faites publiquement sur une grande échelle, dans nos hôpitaux de Paris et dans ma clinique civile, contrôlées et confirmées par un grand nombre d’observateurs en Europe et en Amérique, avaient établi, d’une manière incontestable, la valeur thérapeutique de l’électrisation Jocalisée, par la faradisation où par la galvanisation à courants interrompus et surtout par la première, dansle traitement dés paralysies atrophiques. Les faits et les considérations exposés dans ce chapitre (art. 111) ne peuvent avoir laissé aucun doute, sur ce point, dans l'esprit de mes lecteurs,

Cependant, en présence des prétentions des promoteurs de la méthode de galvanisation de Remak et surtout après les assertions de jeunes savants, qui, je regrette d'avoir à le dire, interprétant d’une manière étrange des expériences faites sur des rats, des lapins, sont venus annoncer à l’Académie des sciences et à d’autres corps savants que les courants d’induction paralysent l’innervation, ce qui conduit à considérer comme non avenus ces résultats thérapeutiques, j'ai voulu rechercher, dans ma clinique civile, si du moins les résultats de l’expérimentation pouvaient expliquer, sinon légitimer, jusqu’à un cerlain point, une telle aberration. Dans ce but, j'ai appliqué les courants continus mêlés d’intermittences exactement, selon la méthode de Remak, au traitement de paralysies atrcphiques conséculives à des lésions traumatiques des nerfs, dont avaient été atteints des sujets de ma clinique civile.

Eh bien! je déclare que les résultats de ces recherches expérimentales ont été loin de répondre aux prétentions de Pemak et de son école. L'amélioration, dans les cas de quelque gravité, s’est fait longtemps attendre ; en outre je n'ai pu, en général, atteindre la guérison complète que par lélectrisation localisée, c’est-à-dire après avoir excité périphériquement tous les points des muscles paralysés (fibres musculaires, nerfs et vaisseaux) en promenant sur tous les points de leur surface les rhéophores de mon appareil d’induction. ;

On conçoit néanmoins que la combinaison de ces deux méthodes d’électrisation puisse produire quelquefois unie guérison plus rapide, lorsque la paralysie atrophique est symptomatique d’une lésion spinale, car, dans la méthode de Remak, l'action réflexe stimule le centre spinal en même temps que les ramifications nerveuses motrices et sensibles, et celles qui président aux circulations locales, sont excitées périphériquement par l’électrisation localisée.

Depuis plusieurs mois, j’expérimente ces deux méthodes combinées, particulièrement daas la paralysie spinale de l’enfance ; mais je ne saurais me prononcer encore sur leur valeur réelle, Ce n’es

pas en aussi peu de temps que je juge habituellement, dans mes recherches expérimentales, les questions de thérapeutique.

B. Paralysies saturnines. — C’est sur le terrain des paralysies saturnines que les partisans exclusifs des courants continus ont élé plus malheureux dans leurs attaques inconsidérées contre la valeur thérapeutique de la faradisation localisée. J'ai certainement traité, par cette méthode d’électrisation, plusieurs centaines de paralysies saturnines, à tous les degrés et plus ou moins étendues ou généralisées; j'en connais peu qui n’aient pas été guéries par elle et cela dans un temps assez court.

A l’occasion du traitement électrique de cette paralysie, Remak aeu la maladresse d'écrire : « L’obligeance de plusieurs de mes confrères me fournit bientôt l’occasion de traiter un certain nombre de malades, et me convainquit pleinement de l'insuffisance du courant induit, dans beaucoup d’états morbides, surtout dans les paralysies rhumatismales et saturnines qui, selon M. Duchenne, doivent en être guéries (4). |

A cette attaque de Remak, j'avais déjà répondu de la manière suivante : «Les faits qui viennent d’être exposés, et qui depuis leur publicalion, déjà ancienne (dans la première édition de l’électrisation localisée depuis 1853), s'appuient sur de nouveaux faits thérapeutiques que je ne puis plus compter, et sur une vaste expérimentation électro-thérapeutique répétée par de nombreux observateurs, tous ces faits, dis-je, incontestables et publiquement recueillis, permettent d'apprécier, comme elle le mérite, l’assertion étrange et contradictoire de Remak.

«]l est vrai que cet expérimentateur s’est proposé de préconiser la supériorité thérapeutique du courant continu qu'il dit guérir merveilleusement la paralysie saturnine. Au moment Où j'écris ces lignes, j'ai déjà expérimenté ce procédé de galvanisation sur quelques sujets affectés de paralysie. Sur quatre malades, deux se sont fatigués de ce traitement douloureux qui, après trois semaines, n’avait pas encore produit d'amélioration. Un troisième me supplie d'employer la faradisation localisée qu'il a vu appliquer avec succès chez plusieurs de ses camarades. Le quatrième, qui jusqu’à présent n’a pas été plus heureux que les trois autres, veut bien se laisser appliquer encore le courant continu, pendant une quinzaine de jours.

« Certes un tel résultat ne me fera pas chanter les merveilles du courant continu, dans le traitement dela paralysie saturnine. Espérons, toutefois, qu’une expérimentation nouvelle et plus longue réhabilitera la valeur, tant vantée par le guérisseur allemand, du courant continu appliqué au traitement de celte affection (2). »

(1) Remak, loc. cit., (2) Duchenne, Electrisation loca/isée, 2e édition, p. 3!8.

L'assertion étrange de Remak a été reproduite par ses adeptes ; pour le refuter, j'ai encore fait réunir une série de nouveaux cas de guérisons par la faradisation localisée de paralysies saturnines, de forme et de gravité variées, choisis parmi ceux de ma clinique civile. J'ajouterai qu'après avoir continué àexpérimenter,dans mon cabinet, la valeur thérapeutique de la galvanisation par la méthode de Remak, appliquée au traitement de cette espèce de paralysie, je l’ai encore trouvée inférieure à celle de la faradisation localisée.

C, Contractilité électro-musculaire. — Les muscles, qui, dans certaines paralysies, ne se contractent plus sous l'influence de la faradisation localisée, peuvent encore être quelquefois mis en contraction par les intermittences d’un courant voltaïque, lorsqu’eux-mêmes ou leurs nerfs ont été traversés, pendant une ou deux minutes, par un Courant continu.

Ce phénomène qui, pour la première fois, a élé signalé par Remak (1), dans ces conditions pathologiques, avait été antérieurement découvert expérimentalement chez les animaux, par R. Heidenhaïin (2), qui observa qu’en soumettant un muscle à des chocs d’induction, ou en le fatiguant par des tiraillements, ou bien en le plongeant dans l’eau chaude (28 à 30° centigr.), ce muscle perdait son excitabilité, que cette propriété (la faculté de se contracter sous l'influence des excitations électriques) lui était rendue, au moyen d’un courant continu, d’une manière plus évidente, en employant un courant onda plutôt qu’un courant descendant, d’une pile de Daniell de 25 à 30 éléments.

J’ai essayé, un très-grand nombre de fois, de produire ce phénomène électro-musculaire, dans des paralysies traumatiques des nerfs, dans des paralysies saturnines et dans des paralysies spinales de l’enfance ; je ne l’ai obtenu que rarement,

Je signalerai ici la cause d’erreur suivante. Lorsque la contraculité est considérablement affaiblie, il arrive un moment où les muscles ne se contractent plus sous l'influence des intermittences rapides des courants d’induction, tandis qu’ils répondent encore, d’une manière très-appréciable, à des intermittences éloignées (d’une à deux secondes) du même courant &’induction, Or, un grand nombre d'appareils d’induction ne donnant que des intermittences rapides, il a dû arriver qu’en les appliquant à l’exploration de la contractilité électro-musculaire, on a pu croire qu’elle était abolie, alors qu’elle pouvait être encore provoquée par des intermittences du courant d’induction et même du courant galvanique. C'est en procédant de la sorte, sans doute, que les expérimentateurs se sont laissé tromper par les apparences, et ont pu croire à

(1) Remak, Zoc. cit., p.

(2) Heidenhain, Physiologische Stuctien. Berlin, 1856, p. 55-127.

DUCHENNE. — 3° édition, 13

ia fréquence du phénomène électro-pathologique dont il est ici question.

Quoi qu'il en soit, j'ai constaté quelquefois, je le répète, que dans les paralysies où des muscles ne répondaient pas à des intermittences rares d’un fort courant d’induction, ces muscles se contractaient plus ou moins sous l'influence des intermittences éloignées d’un fort courant voltaïque, après les avoir fait traverser, pendant 30 à 60 secondes, par un courant continu constant.

De cette action spéciale des courants voltaïques sur l’irritabilité musculaire, leurs partisans exclusifs ont conclu à leur plus grande puissance thérapeutique dans le traitement des paralysies. Mes expériences personnelles viennent de démontrer que ces prétentions ne sont pas fondées. J'ai vu même un cas de paralysie saturine, — car c’est principalement dans cette espèce de paralysie que j'ai pu faire ces expériences, — où les muscles paralysés ne se contractaient plus que par les intermittences d’un courant voltaïque, n’éprouver que peu d’amendements sous l'influence d’un traitement assez prolongé par courants continus labiles et stabiles, et guérir complétement seulement par la faradisation localisée.

Bien plus, dans la grande majorité des cas, les paralysies saturnines qui ne se contractaient plus ni par la faradisation, ni par les courants voltaïques intermittents, n’en guérissaient pas moins par le même mode d’électrisation.

Peu importe d’ailleurs, en résumé, que telle espèce d'électricité agisse plus énergiquement sur l’excitabilité de l'irritabihité musculaire que telle autre espèce d'électricité, lorsque l’on sait, — ce que j'ai démontré, — que dans desparalysies, lesmouvements volontaires ont pu être rétablis par la faradisation localisée, quoique la paralysie de la contractilité électro-musculaire eût persisté. C’est cet étrange phénomène qui m’a fait écrire en têle d’un mémoire adressé en 4846 à l'Institut: L’intégrité de la contractilité électro-musculaire n'est pas nécessaire à l'exercice des mouvements volontaires.

D. Contractures paralytiques. — C’est surtout au traitement, par le courant continu des contractures secondaires observées dans les hémiplégies consécutives à l’hémorrhagie cérébrale, que Remak a fait l'application de ses idées théoriques sur le phénomène électrophysiologique qu’il a appelé contractions réflexes qalvano-toniques, idées théoriques qui reposent sur des expériences exposées et critiquées précédemment (voy. p. 175-178).

a. I a cru en voir la démonstration plus complète dans l’influence des courants continus constants sur les contractures paralytiques, pendant leur passage à travers certains troncs nerveux. Voici sommairement un exemple qu'il cite, à tout propos, comme un cas type démontrant la réalité de cette action spéciale du courant continu.

OBservATIioN XIII, Une femme âgée de 3% ans était atteinte d’une contracture hémiplégique droite consécutive à une hémorrhagie cérébrale datant de 18 mois (elle tait aphasique). Remak fit passer un courant continu de 20 à 30 éléments de Daniel, dans le nerf crural droit, et il vit, après 30 à 40 secondes, les segments de son membre supérieur et les doigts de la main de ce côté qui étaient fortement infléchis, s'étendre complétement; des effets analogues se produisirent dans le membre inférieur en traitant le nerf médian comme le nerf crural (1).

Bien des fois j'ai répété cette expérience de Remak, dans des conditions analogues, sur des sujets de ma clinique; et cependant j'ai vu très-rarement se produire ces prétendues contractions réflexes galvano-toniques, qui, d’après lui, seraient l’indice nécessaire de l’action thérapeutique du courant continu. Voici encore des expériences que je fais publiquement en ce moment. .

OBsERVATION XIIT. — Depuis quelques semaines, je soumets à ces expériences, ou plutôt au traitement par le courant continu, d’après la méthode préconisée par Remak, six sujetsde ma clinique,quiontété affectés de contractures secondaires paralytiques , consécutivement à l’hémorrhagie cérébrale : quatre d’entreeux ont une hémiplégie droite, etsont aphasiques; chez les deux autres hémiplégiques à gauche, l'intelligence est intacte. Ces contractures paralytiques datent d’une à deux années. Chez tous, j'ai fait passer, dans les nerfs médian et crural du côté paralvsé, un courant descendant (centrifuge) d’une manière permanente dans chaque nerf, pendant une à deux minutes ; chaque séance pour chacun d’eux dura 5 à 10 minutes, avec la tension d’un courant de 50 à 100 éléments de ma pile au sulfate de plomb, suivant le degré de tolérance individuelle (car il ne faut pas loublier, cette espèce de galvanisation est douloureuse).— Plusieurs fois, chez l'un de ces sujets, j'ai provoqué des contractions réflexes dans les membres inférieur et supérieur paralysés, en faisant passer un fort courant continu, tantôt dans le médian, tantôt dans le crural. La jambe s'est étendu sur la cuisse, l'avant-bras sur le bras, et en même temps la main s’est ouverte. La malade (c'était une femme âgée de 30 ans) m'a fait observer que cela lui arrivait presque toujours lorsqu'elle bâillait ou éprouvait une émotion, surtout le matin en s’éveillant. Chez aucun des autres sujets, je n’ai pu provoquer de contractions réflexes, quelque variées qu’eussent été l’intensité du courant continu et la durée de son passage dans les nerfs. J’ai remarqué seulement la contraction des muscles animés par le nerf excité. Ces individus m'ont déclaré cependant que souvent leurs membres contracturés en flexion s’étendaient; que leur main s’ouvrait, lorsqu'ils bâillaient ou éternuaient, ou sous l'influence d’un mouvement fait aveceffort.

Admettons que les contractions réflexes signalées par Remak se manifestent ordinairement, sous l'influence des courants continus qui parcourent les troncs nerveux, et recherchons leur signification et leur valeur.

(Remak, 255703, 71.

Remak voit dans ces phénomènes la preuve du fait électro-physiologique qu’il a cru avoir découvert : la contraction galvanotonique produite par le courant continu constant, et dont il a fait l’une des bases fondamentales de sa méthode de galvanisation. Ainsi, dans ses expériences (voy. observ, XIII), l’excitation de fibres sensibles, pravoquée par le courant continu du nerf crural ou du nerf sciatique, serait arrivée jusqu’à l’origine spinale de ces fibres sensibles au niveau de la région lombaire; alors parcourant toute la longueur de la moelle jusqu'à l’origine du plexus brachial du même côté, ce courant aurait exercé une action élective sur les fibres motrices qui produisent l'extension des différents segments du membre supérieur et principalement du nerf radial.

Pour tout clinicien, cette expérience ne saurait avoir la signification qui lui a été donnée par Remak. Qui ne sait en effet que, dans les contractures secondaires qui surviennent dans l’hémiplégie symptomatique de l'hémorrhagie cérébrale, le côté de la moelle qui innerve les muscles paralysés est d’une excitabilité extrême, et que la moindre impression de cause externe ou périphérique peut produire des contractions spasmodiques tout à fait semblables à celles que Remak considère comme des contractions réflexes produites spécialement par l'influence des courants continus sur certaines zones nerveuses sensibles? Qui n’a vu, dans ces contractures paralytiques hémiplégiques, les doigts, la main et l’avant-bras qui restent dans la flexion continue, s'étendre parfois complétement pendant le bâillement, l’éternuement et une impression ou émotion quelconque (voy. observ. XIII). Quelquelois ce même phénomène se produit pendant un mouvement volontaire du membre inférieur; ainsi j'ai vu alors, chez des hémiplégiques dont les membres supérieurs étaient contracturés, tantôt la main s'ouvrir et le bras s'étendre ou tantôt le spasme se montrer au contraire dans les fléchisseurs. Quelquefois même j'ai vu, dans ces conditions, la faradisation localisée, qu’elle fût cutanée ou musculaire, provoquer des spasmes analogues, si elle était pratiquée douloureusement,

En somme, il ressort de l’ensemble des faits exposés ci-dessus, 4° que, dans les conditions morbides dont il vient d’être question, le pouvoir de provoquer des spasmes réflexes dans les antagonistes des museles contraclurés et souvent aussi dans ces derniers, est une propriété commune à bien des excitants (une excitation vive et subite de la peau, une émotion, un bâillement, un éternuement, et enfin l'excitation produite par le passage du courant continu dans un tronc nerveux, et surtout si l’opération est douloureuse) ; 2° conséquemment que la dénomination de contractions réflexes galvano-toniques n’a aucune raison d’èire.

b. Est-il donc besoin d’ailleurs d'aller chercher une voie aussi

détournée, aussi imaginaire, pour expliquer l’action thérapeutique de la galvanisation réflexe et continue des troncs nerveux, dans Île traitement des contractures? L’action paralysante ou hyposthénisante des courants continus descendants sur les troncs nerveux, découverte par Eckhart (1), pouvait bien rendre raison de leur vertu contre les contractures. C'était cette propriété paralysante des courants continus descendants qui avait donné primitivement à Remak la première idée d’en faire l’application, dans ces conditions pathologiques. C'était une idée rationnelle et heureuse, mais son imagination à tout gâlé.

Quant à l'influence thérapeutique de ces courants continus contre l’état paralytique qui accompagne ces contractures, elle s'explique par l'excitation réflexe des centres nerveux, produite par ce procédé de galvanisation.

c. Peu importe d’ailleurs ici la théorie thérapeutique de cette méthode de galvanisation, si elle guérit réellement les contractures paralytiques consécutives à l’hémorrhagie cérébrale. Est-il vrai, estpossible qu’elle lés guérisse? Voilà ce qu’il me fallait examiner, et ce que j'ai aussi recherché expérimentalement.

Tout le monde sait ou doit savoir aujourd’hui, depuis les belles recherches de MM. Charcot et Bouchard (2), que ces contractures sont symptomatiques du travail inflammatoire de la sclérose secondaire de certains faisceaux nerveux, qui, des couches optiques ou opto-striées, où siège l’hémorrhagie, se continue dans les cordons latéraux du côté opposé, et qui débute à partir du dixième au quinzième jour. Personne assurément n’aura la prétention de guérir une pareille lésion anatomique, surtout lorsqu'elle date de six mois à un an. Si Remak vivait, il regretterait probablement aujourd’hui l’innonce thérapeutique qu’il a formulée d'une manière si absolue, et dont il a fait tant de bruit.

Je n’étonnerai donc personne en disant que, dans ïes applications que j'ai faites des courants continus au traitement des contractures paraiytiques de l’hémiplégie cérébrale, je n’ai obtenu en général aucun résultat appréciable. Je dois ajouter que, dans certaines conditions qui seront spécifiées, quand je traiterai des paralysies cérébrales, ce procédé de galvanisation n'est pas sans danger, et en conséquence que l’on doit être très-circonspect dans son emploi.

(1) Eckhart, Beitrage zur Anatomie und Physiologie. Gilesen, 1855.

(2) Je dois dire ici que M. Ch. Bouchard, dans son beau mémoire Sur les dégénérations secondaires de la moelle épinière (Archives générales de médecine, 1866 et 1867), a le premier considéré les contractures permanentes consécutives à l’hémorrhagie cérébrale comme symptomatique de la sclérose secondaire de la moelle,

J'ai fait une réserve, en écrivant qu’en général je n’ai rien obtenu par le procédé de Remak; en effet, dans quelques cas, j'ai observé, après l’application de ce mode de galvanisation,une diminution des contractures et une amélioration dans la motilité ; mais je me hâte d'ajouter que j'en ai quelquefois obtenu autant par la faradisation des antagonisies des muscles contracturés. Comment donc expliquer de pareils résultats? Je pourrai risquer aussi ma théorie; mais je déclare d’avance y attacher peu de valeur.

Quoi qu’il en soit, la conclusion générale à tirer de ce qui précède, au point de vue thérapeutique, c’est que les deux méthodes peuvent ou doivent être essayées concurremment ou alternativement, dans le traitement des contractures paralytiques de cause cérébrale. C’est, aujourd’hui du moins, ce que je pratique habituellement.

J’expérimente, depuis quelques mois, l’action hyposthénisante des courants continussur les troncs nerveux, dans les méringites cérébrospinales ou spinales chroniques. — Je ne suis pas encore en mesure d’exprimeruneopinion sur sa valeur thérapeutique, n’ayant recueilli que deux cas. Je dirai toutefois que je n’ai pas encore obtenu de modification appréciable.

E. Spasmes fonctionnels (crampes des écrivains, etc.). — Tics-Contractures dites rhumatismales. — Contracturesréflexes ascendantes par traumatisme articulaire. — C'horée. — a. Spasme fonctionnel. — Lorsque je traiterai, dans la seconde partie, du spasme fonctionnel, j'aurai à reconnaitre que la faradisation localisée m’a paru le plus souvent 1mpuissante contre cette affection nerveuse, On comprend donc que je n’aie pas dû négliger d’expérimenterles courants continus que Remack et quelques-uns deses adeptes disent avoir appliqués avec succès contre la crampe des écrivains. dJ’ai eu fréquemmentl’oceasion d'observer cette affection locale dans mon cabinet; il n’en est pas un seul cas que je n’ale traité par cette méthode de galvanisation tant préconisée par lui, J’ai le regret d’avoir à dire que j'en attends encore une guérison. Je n’ai pas été témoin d’un seul succès obtenu par ceux-là mêmes qui ont préconisé ce traitement; au contraire la plupart des cas de crampes des écrivains, qui, depuis quelques années, se présentent à Ma Consuitation, ont été traités, sans succès, par les courants continus; etle nombre en est grand. Je cilerai, Comme exemple, un cas très-remarquable qui m'a été adressé parle professeur Germain Sée, en 1869, dans lequel M, Onimus avait appliqué, pendant un mois environ, les courants continus, sans aucun résultat appréciable. (Le malade présentait encore les marques de l’action électrolitique des rhéophorses.) Inutile d’ajouter que la faradisation essayée par moi, dans ce cas, a échoué comme le courant continu. Je n’en conseille pas moins cependant l’application au trailement de la crampe des écrivains, et je la continuerai moi-même dans celte

affection, puisque des observateurs consciencieux ont déclaré en avoir obtenu de bons résultats.

b. Tic indolent. — J'ai appliqué le courant continu au traitement de trois cas de ticsindolents de la face, dont l’un était récent (datant d’un mois environ) et limité à quelques muscles (le petit zigomatique, l’élévateur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure et l’orbiculaire des paupières). Ge dernier cas de contracture a diminué graduellement après la troisième séance et a été guéri après une dizaine de séances. J’ai appris que, plusieurs mois après ce traitement, le tic n'avait pas reparu; mais je n’en ai plus eu de nouvelles, Les deux autres cas m'ont paru aggravés par le même traitement.

La faradisation localisée, que j'ai appliquée assez fréquemment dans le tic indolent, a produit quelquefois une amélioration temporaire; mais pas une seule guérison. Conséquemment les courants continus me semblent mériter la préférence dans le traitement du tic, indolent.

ce. Contractures rhumatismales. — Les contractures locales ou partielles par courants d’air froid (rhumastismales) ou sans cause connue (nerveuses), — les torticolis par contractures du sterno-mastoïdien, du splénius de la portion claviculaire du trapèze, de quelques muscles plus profonds, comme la contracture du rhomboïde guérissent en général par la faradisation à intermittences rapides des antagonistes des muscies contracturés.

J'ai voulu rechercher expérimentalement si l’action hyposthénisante des courants continus sur les muscles contracturés était préférable à la faradisation des muscles antagonistes, Les courants continus ont produit en général seulement une amélioration; presque toujours j’ai dû en venir à la faradisation des muscles antagonistes afin d'obtenir une guérison complète.

d. Contracture réflexe ascendante par traumatisme articulaire. — La contracture réflexe ascendante dans laquelle j'ai étudié comparalivement i’action thérapeutique du courant continu et de la faradisation localisée, n’a pas encore été, que je sache du moins, déerite ou signalée par lesauteurs. Cette espèce de contracture survient en général à la suite de violences exercées sur certaines articulations, principalement sur l'articulation du poignet dans une chute faite sur le dos ou sur la paume de la main, violences qui produisent une aribrite plus ou moins intense, où une simple et courte douleur articulaire. La contracture, qui est apparue quelquefois peu de temps après que l'articulation n’est plus douloureuse et lors même qu’elle paraît entièrement guérie, siége alors dans un plus ou moins grand nombre des muscles moteurs de cette articulation; puis, à la longue, elle s'étend à des muscles moteurs

d’autres articulations du membre du même côté. La douleur, limitée d’abord aux muscles contracturés, est modérée ; elle gagne ensuite d’autres muscles, tout en restant plus vive dans ceux qui ont été primitivement affectés ; elle atteint enfin les troncs nerveux qui animent ces muscles et ensuite l’origine du plexus brachial. Souvent même, les contractures ayant disparu, les malades conservent iongtemps (quelquefois pendant des années) des douleurs continues vers l’origine des nerfs du membre affecté, douleurs qui semblent symptomatiques d’un état morbide de la moelle, à ce niveau. Enfin la force du membre dans lequel siégent ou ont siégé les contractures est généralement diminuée, ainsi que la sensibilité.

J'ai guéri par la faradisation pratiquée d'une manière douloureuse (avec l’exira-courant et avec des intermittences rapides) plusieurs de ces contractures réflexes ascendantes. J'en rapporterai seulement ici un cas remarquable, en ce sens qu'’étant d'une certaine gravité, il s’est montré, pendant plus d’une année, rebelle à des médications variées même à une longue application de courants continus constants, suivant la méthode de Remak dont la direction a été centrifuge pendant les deux premiers tiers du traitement, et centripète pendant le dernier tiers, et qu'ila -été guéri cependant, en quelques séances, par la faradisation, à forte dose et à intermittences rapides, des antagonistes des muscles contracturés. Je présente enfin cette observation comme un cas type ou plutôt comme le tableau de cette espèce de coutracture.

OBSERVATION XIV. — Sommaire. Contracture réflexe d'un grand nombre de muscles moteurs du membre supérieur droit, datant de deux ans, consécutive à une arthrite du poignet de ce côté produite par une chute faite sur le dos de la main droite, rebelle d’abord à des médications variées et à l’application pendant trente séances de courants continus constants (suivant la méthode de Remuk), guérie, ensuite en quelques séances, par la faradisalion énergique et à intermitllences rapides, des antagonistes des muscles contracturés. Persistance de douleurs rachidiennes, au niveau de la région cervico-dorsale.

Mademoiselle X***, de Saint-Brieux, âgée de 16 ans, née de parents bien portants, d’une bonne constitution, bien réglée depuis l’âge de 12 ans, n’a jamais éprouvé de crises ni de troubles hystériques. Elle n’a pas eu de maladies sérieuses antérieures.

À onze ans (en 1861), elle a fait une chute sur le dos de la muin droite, à la suite de laquelle elle a accusé une douleur dans l'articulation radiocarpienne avec gonflement et faiblesse des mouvements ; elle a dû alors garder le bras en écharpe pendant deux mois, après lesquels elle n’a conservé qu'un peu de faiblesse dans le membre droit. Lorsqu'elle écrivait, cette faiblesse augmentait rapidement ; les douleurs se faisaient sentir dans le poignet, revenaient à des intervalles irréguliers et duraient uns à deux heures.

ARTDIIIN. 121 VALEUR THÉRAPEUTIQUE DE LA GALVANISATION. 9201

Vers l’âge de 13 anset demi, après avoir dansé un soir avec beaucoup d’animation (une ronde bretonne), la douleur du poignet droit qui avait été tiraillé un peu violemment, revint avec une telle intensité que tout travail manuel devint impossible. On ne voyait cependant alors ni rougeur ni gonflement du poignet. La douleur persistant, Jobert de Lamballe, consulté deux mois après, conseilla des vésicatoires volants loco dolenti, qui ne produisirent aucun résultat. En décembre 1864, la douleur persistait encore; quoique limitée au poignet, elle empêchait tout mouvement ou tout usage de la main, et occasionnait de l’insomnie. À cette époque, M. Nélaton consulté avait fait appliquer un appareil inamovible et compressif qui fut renouvelé tous les dix jours, avec frictions à la teinture d’iode.

Cet appareil fut ainsi porté pendant quatre mois, maissansrésultat;la douleur devint au contraire plus forte, et, après deux mois de son usage, en mars 41864, une contracture apparut dans les radiaux et les pronateurs du côté malade. — Pendant l’année 1865, d’après les conseils de M. le docteur Regnault de Rennes, on eut recours successivement à six vésicatoires volants, aux bains de mer, à l'application de sable chaud, aux bains aromatiques, enfin à la cautérisalion transcurrente, pratiquée sur le membre au niveau des muscles contracturés, et tout cela sans modifier ni la douleur ni les contractures.

En 1866, mademoiselle X** a été ramenée à M. Nélaton qui me l’a

adressée. Alors j'ai constaté les phénomènes suivants : flexion permanente de la main sur l’avant-bras avec pronation ; impossibilité de redresser volontairement le poignet et de mettre la main en supination. Avec des efforts, cependant, je parvins à redresser ce membre, mais en arrachant des cris à la malade ; ensuite, abandonné à lui-même, il revint à sa position première. Usages de la main abolis; intégrité du mouvement de l'épaule et du coude ; les membres ont conservé leur volume normal ; état général satisfaisant ; appétit conservé; pas de lésion dans la circulation ; pas de traces d’anémie.

Je conseillai alors l'application des courants continus et un traitement ferrugineux. La première partie de ce traitement fut remise à une époque plus reculte, à cause de l'épidémie de choléra qui sévissait alors à Paris. A peine mademoiselle X** fut-elle rentrée chez elle que Ja contracture s’étendit à d’autres muscles ; les fléchisseurs des doigts maintenaient la main constamment fermée, au point que les ongles rentraient dans la peau : des douleurs profondes se firent sentir vers l’origine du plexus brachial, descendant jusqu’à la région dorsale ; puis la fièvre survint avec de l’insomnie. Alors, ventouses scarifiées trois ou quatre fois appliquées loco dolenti, ensuite vésicaloires volants sur ia même région, sans amélioration aucune.

De retour à Paris le 18 avril 1866, mademoiselle X*** m'a été denouveau présentée. Je constatai encore, dans le membre supérieur droit, des contractures des fléchisseurs superficiels et profonds des doigts, du biceps brachial et enfin de la plupart des muscles moteurs du bras sur l'épaule. Ces contractures éveillaient des douleurs dans tout le membre et dans la portion cervico-dorsale du rachis, douleurs qui augmentaient dès que

l’on s’efforçait de vaincre les contractures. La flexion continue des doigts enfonçait les ongles dans la paume de la main qui était enflammée et menacée de s’ulcérer; on éprouvait alors la plus grande difficulté pour étendre les doigts. Le pouce, fortement serré entre les quatre doigts et la paume de la main, était comme atrophié par cette compression continue ét s’étendait encore plus difficilement que les autres doigts; le volume du membre contracturé était conservé. Le sommeil était interrompu surtout par la douleur rachidienne dorsale ; il n’y avait pas de céphalaleie, ni de fièvre; l'appétit était bon, la menstruation régulière.

Alors le traitement gaivanique, par courants continus et réflexes, a été commencé immédiatement. Je me suis servi d’une pile composée de 80 éléments au sulfate de plomb, se graduant de manière à ne donner d’abord que la force de 10, 20, 30 éléments jusqu’au maximum de tolérance, qui était variable suivant les points où étaient placés les rhécphores. Tantôt le rhéophore négatif était placé sur le trajet du nerf médian, au niveau de la partie inférieure de lavant-bras, et le réophore positif au niveau du pli du bras ou de la partie moyenne du bras, surle trajet du même perf; tantôt la main contracturée était plongée dans une cuvelte d’eau mise en communicalion avec le pôle négatif, tandis que le pôle positif élait placé soit à l’origine des nerfs cervicaux et dorsaux, soitsur le plexus brachial, soit enfin sur le trajet des nerfs qui en émanent.

Après dix séances semblables, la malade a pu redresser un peu le poignet, pendant le passage du courant, mais ce pouvoir cessait avec l’opération. A dater de ce moment, la main s’entr’ouvrait progressivement et restait entr'ouverte quelques minutes d’abord, puis, après de nouvelles séances, queiques heures après l’opération. Alors la malade put ouvrir et fermer un peu sa main à volonté, jusqu’à l’époque de la menstruation qui élait arrivée deux jours plus tard et qui avait fait reparaître la contracture des muscles fléchisseurs des doigts aussi complète qu'avant la galvanisation.

Après un repos de six jours, l’application du courant continu fut reprise Comme auparavant, et, au bout de trois séances, la contracture du fléchisseur des doigts et du pouce avait disparu. Mais les spasmes persistèrent dans les autres muscles et augmentèrent dans le biceps et même dans les muscles radiaux, au point que, bien que mademoiselle X** pûütouvrir et fermer sa main assez librement, celle-ci restait dans lasupination et dans l’extension forcée, ce qui en abolissait usage.

Le courant continu, employé encore pendant une douzaine de jours, avec un Courant ascendant, ne produisait plus d'amélioration dans l'état des contractures.

C’est alors que je voulus essayer, avant de renoncer au traitement électrique, la faradisation localisée à intermittences rapides. Je l’appliquai très-énergiquement sur les antagonistes des muscles contracturés, sur le rond pronateur, sur le triceps brachial, sur les inter-osseux et sur les extenseurs des doigts, et à ma grande surprise, en moins de quelques minutes, toutes les contractures avaient complétement disparu. Ce résultat obtenu si rapidement se maintint, et, une demi-heure après, made-

moiselle X*** put écrire, en ma présence, et même faire des gammes sur le piano, ce qui lui avait été impossible depuis plus de deux ans. Pendant une dizaine de jours encore, la faradisation localisée fut continuée, afin de consolider cette : guérison, pour augmenter la force et la sensibilité de la main. Après une dizaine de séances, la force des fléchisseurs des doigts, qui, mesurée à mon dynamomètre, égalait à peine 4 kilos, était montée à 18.

Rentrée chez elle mademoiselle X** conserva tous les usages de la main et du bras droit, jusqu’au mois de‘ décembre 1866; mais aux premiers grands froids, son avant-bras fut remis en supination par la contracture du court supinateur, la main gardant la liberté de tous ses mouvements. La douleur qui s’étendait de la dernière cervicale à la partie moyenne de la région dorsale redevint plus vive. Des vésicatoires pansés à la morphire, des ventouses sèches, l’opium à l'intérieur furent CSSAYÉS sans SUCCÈS.

Le 29 septembre 1867, mademoiselle X*** me fut présentée dans cet état. En quelques séances, je triomphai encore de la contracture du court supinateur par la faradisation énergique et à intermittences rapides des pronateurs. Je parvins ensuite à diminuer notablement les douleurs spinales par l'excitation électro-cutanée loco dolenti. Depuis lors, ies contractures n’ont plus reparu, mais, quelques semaines après, les douleurs rachidiennes sont revenues, plus vives que jamais, avec exacerbation pendant la nuit; elles persistaient encore en 1869, malgré toutes les médications employées.

Me réservant de revenir, dans la seconde partie, sur la question pathologique soulevée par le fait clinique précédent, je me bornerai, pour le moment, à faire remarquer l’enseignement qui en ressort, comme conclusion thérapeutique à en tirer au point de vue de la valeur des courants continus et de la faradisalion localisée.

Bien que j’eusse obtenu en général la guérison des contractures rhumatismales par la faradisation énergique et à intermiltences rapides de leurs muscles antagonistes, on à vu cependant dans Île cas de contracture réflexe ascendante par traumatisme articulaire relaté ci-dessus, que j'ai donné la préférence à la galvanisation réflexe par courant continu; elle me paraissait ici plus rationnelle. H était en effet évident pour moi que ces contractures avaient été provoquées par l’irritalion articulaire consécutive à la chute faite sur le poignet, et en conséquence qu’elles étaient réflexes. Croyant qu’elles étaient symptomatiques d’un état hypérémique d’un point de la région cervicale de la moelle, correspondant à l’origine du plexus brachial, lapplication, sur le membre supérieur, de la galvanisation réflexe par courant continu descendant qui est considéré comme hyposthénisant, me parut parfaitement indiquée, et offrir, dans ce cas rebelle et déjà ancien, plus de chances de succès que là faradi-

sation des antagonistes des muscles contracturés. Mais on à vu que j'ai été trompé dans mon attente ; que ce traitement appliqué longtemps et suivant les règles prescrites s’est montré impuissant contre celte espèce de contracture; qu'avant d'abandonner l’électrisation, je voulus essayer, quoique le succès ne me parût pas probable, la faradisation des muscles antagonistes ; qu’alors, à ma grande surprise, j'obtins, par ce mode d’électrisation, la guérison de celte contracture avec une grande rapidité.

L'action de ce mode de faradisation des muscles antagonistes a été tellement héroïque dans cette circonstance, que, malgré la persistance des douleurs spinales, elle a triomphé rapidement une seconde fois de la contracture du court supinateur qui était revenue quelques mois après et avait duré plusieurs mois.

Je me réserve de démontrer, que par la suite les douleurs spinales symptomatiques d’un état morbide secondaire de la moelle (sclérose), qui existent aujourd’hui novembre 1869, sont la terminaison habituelle de la contracture réflexe ascendante par traumatisme articulaire, et que leur longue persistance donne à cette maladie une certaine gravité.

e. Chorée. — OBSERVATION XV. — J'ai soumis à l’action des courants continus de 30 à 50 éléments de ma pile au sulfate de plomb deux cas de chorée, chez deux jeunes sujets âgés, l’un de 14 ans et l’autre de 16 ans, le courant ayant parcouru les membres agités et la colonne vertébrale, dans une direction tantôt ascendante et tantôt descendante, et chaque séance ayant duré 10 à 15 minutes. Dans l’un de ces cas, les membres supérieurs et l’un des membres inférieurs étaient agités par des contractions musculaires partielles. Il a été guéri en 15 séances, une amélioration progressive ayant été obtenue après quelques séances. — L'autre cas, chez lequel les spasmes musculaires choréiques étaient moins généraux, mais dataient de plus d’une année, n’a éprouvé aucune amélioration par les courants continus, bien qu’ils cussent été appliqués de la même manière.

Ces deux faits prouvent et viennent confirmer ce qui était déjà établi par les recherches d’autres expérimentateurs (Remak, Hiffelsheim, Benedikt), que la chorée peut quelqueïois, mais non toujours, guérir par le courant continu.

Je ferai remarquer que la faradisation localisée, surtout par action réflexe, compte aussi des guérisons de la chorée; moimême j'en. ai obtenu, bien que j’en aie traité un très-pelit nombre. On en a même guéri par l'électricité statique.

Puisque la chorée peut être guérie par tous les modes ou espèces d’électrisation, il importera de rechercher à l’avenir quel est le procédé ou quelle est la méthode d’électrisation (de faradi-

sation ou de galvanisation) qui mérite la préférence dans le traitement de cette affection.

M. Onimus dit que dans le traitement de la chorée « les courants d'induction sont rejetés par tous les médecins qui se sont occupés d'électro-thérapeutique », et alors il indique un traitement par les courants continus, qui, dit-il, lui onf toujours réussi dans cette affection, et qui consiste à faire passer un courant continu ascendant dans les membres ou dans la colonne vertébrale pendant quinze à trente minutes (1).

Ce que je viens de dire de l'influence thérapeutique des courants d’induction, surtout lorsqu'ils sont appliqués par action réflexe dans le traitement de la chorée, prouve que cet observateur s’est trompé en avançant qu’ils sont abandonnés par tous ceux qui s’occupent d’électro thérapie.

Je ne saurais croire qu’il prétende que la méthode de galvanisation par courant continu ascendant, proposée par lui, doive toujours réussir dans le traitement de la chorée, car il ne l’a appliquée que dans quelques cas de chorée. D'ailleurs tout praticien expérimenté sait qu'il faut, pour juger une question de thérapeutique, un plus grand nombre de faits et le contrôle du temps.

Est-il bien démontré, comme l’affirme M. Onimus, que le courant continu ascendant ait sur le courant descendant l'avantage de guérir la chorée ? 11 m'a semblé que la contre-épreuve expérimentale était ici nécessaire. Je viens de la faire; on en va voir Île résultat, dans l’observation suivante, exposée en résumé.

OgservarTion XVI. — L'occasion de faire cette contre-épreuve, chez un jeune garçon atteint d'une chorée depuis cinq mois, s’est justement présentée le jour où la découverte de cette curieuse propriété thérapeutique du courant ascendant était annoncée par M. Ouimus, dans la Gazeile des hôpitaux. Y'ai fait passer le courant descendant continu de 30 éléments de ma pile au sulfate de plomb, pendant ÿ à 6 minutes, dans chacun des membres agités par des contractions choréiques, en plongeant allernativement les mains dans une cuvette remplie d’eau en rapport avec le pôle négatif, et en plaçant l’autre rhéopore (positif) dans un point correspondant à l’origine du plexus brachial. Après la deuxième séance, lagitalion des membres supérieurs avait notablement diminué. Je fis alors passer un courant descendant dans les membres inférieurs et (suivant la direction de la moelle) dans le tronc, qui était le siége de quelques contractions convulsives isolées. À dater de ce moment, l'amélioration a été progressive; après quatorze Séances, le jeune choréique paraissait guéri.

Il est possible et même probable qu'un plus ou moins grand

nombre des guérisons de chorée, obtenues par d’autres observa-

(1) Onimus, De Paction des courants continus dans le traitement de la chorée: (Gaz, des h6p., 18 septembre 1869).

teurs, laient été également par le courant continu descendant. Mais le fait qui m'est personnel, fût-il seul, prouve, contrairement à l’assertion de M. Onimus, que le courant continu descendant possède, de même que le courant ascendant, le pouvoir de guérir la chorée.

Cette action thérapeutique du courant descendant est-elle égale à celle du courant ascendant ? C’est ce que je me réserve de rechercher.

f. Atrophie musculaire progressive. — Scléroses. — Les courants continus par action réflexe exercent-ils sur les centres nerveux une action plus favorable que les courants d’induction localisés, en modifiant les conditions de nutrition ou de circulation locale, par exemple, dans l’atrophie musculaire progressive, dans les scléroses de la moelle. C’est ce que soutenait Remak et ce que prétendent encore obtenir les partisans exclusifs des courants continus.

J’établirai, dans la seconde partie, que la faradisation localisée est lan des meilleurs moyens de combattre immédiatement les désordres symptomatiques des maladies dont il est ici question. Ainsi, par exemple : 4° dans l’atrophie musculaire progressive, la faradisation musculaire peut quelquefois arrêter la marche de l’atrophie musculaire et même développer des muscles en voie de destruction ; 2° dans la paralysie glosso-labio-larnygée, elle améliore momeutanément l’articulation des mots et la déglutition ; 3° dans l’ataxie locomotrice, souvent la faradisation électro-cutanée guérit les anesthésies locales et diminue considérablement, en conséquence, les troubles fonctionnels qu’elle occasionne, lorsqu'elle siége aux extrémités; elle fait disparaître quelquefois les hyperesthésies cutanées fixes ; la faradisation de l'œil peut arrêter i’atrophie de la papille du nerf optique; enfin quelquefois la faraëisation guérit ov améliore la paralysie des muscles moteurs de la vessie du rectum et celle des viscères.

En présence de tels résultats et surtout lorsqu’après avoir appliqué la faradisation d’une manière générale j'avais vu disparaître les symptômes de l’ataxie locomotrice progressive, j'avais conçu l'espoir, au commencement de mes recherches sur cette espèce morbide et avant de la décrire, que la faradisation serait an des meilleurs traitements à lui opposer.

Mais, hélas ! l'expérience m’apprit bien vite que ces résultats obtenus localement, tout incontestables qu'ils fussent, n'étaient que temporaires; que la guérison de la maladie n’était qu’apparente; que, dans sa marche normale, l’ataxie était essentiellement rémittente ; qu'il n’était pas rare de voir survenir, même spontanément (chez des malheureux qui, privés de toutes ressources, n’avaient pu suivre aucun traitement), des rémittences d’une assez

longue durée (quelquefois d’une année el plus), pendant lesquelles tous les symptômes de la maiadie avaient disparu, au point que l’on pouvait la croire entièrement guérie. Je dus reconnaître en un mot, que, par hasard, la faradisation avait été probablement ou peut être appliquée dans un de ces heureux moments de rémittences ; qu’enfin l’ataxie n’avait pas moins repris, plus tard, sa marche progressive. — Même déception aussi pour la paralysie glosso-labio-laryngée. |

Remak et ses adeptes ont annoncé cependant que les courants continus constants ont le pouvoir de guérir les lésions profondes des centres nerveux qui caractérisent l’ataxie locomotrice. J'ai accepté, comme un grand bienfait, la promesse d’une médication efficace dans letraitement de cette maladie,dontla marche m’a paru tellement fatale jusqu’à ce jour, qu’en la décrivant, je l’ai appelée progressive ; et je me suis hâté dès lors d’expérimenter cette médication.

Je n’ose encore formuler mon opinion sur la valeur thérapeutique réelle des courants continus dans ces lésions organiques des centres nerveux. Je ne saurais en effet oublier si vite l’enseignement que j'ai tiré de mes illusions sur les résultats heureux en apparerice de mes premières applications de la faradisation localisée à ces mêmes maladies. Je crains même que ceux qui ont publié des cas de guérisons d’ataxie locomotrice par les courants continus ne se soient trop hâtés de conclure ; ils ne savaient peut-être pas assez qu’elle offre quelquefois dans sa marche, sans l'intervention d’aucun traitement comme je viens de le dire, des rémittences d’une assez longue durée, pendant lesquelles ses symptômes disparaissent, au point de faire croire à une guérison définitive.

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