‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 76 sur 400 · I. Action des intermittences rapides des courants · texte numérisé non relu

I. Action des intermittences rapides des courants

A. Sur la contraclilité électro-musculaire. — Le muscle qui reçoit l'excitation d'une seule intermittence d’un courant d'induction, se contracte, puis retombe immédiatement dans un relâchement complet. Si cette intermittence est suivie de plusieurs autres assez rapprochées, les contractions musculaires se succèdent, et le muscle se relâche d’autant moins pendant les intervalles des intermittences que celles-ci sont moins éloignées. Il en résulte alors que les fibres musculaires se raccourcissent d'autant plus que le courant d’induction est plus rapide.

Il faut se garder d’en conclure qu’un courant rapide fait contracter plus énergiquement les muscles qu’un courant à rares intermittences. Ce serait un erreur, comme le prouve l’expérience suivante : Que l’on fasse contracter avec des intermittences alternativement rares et rapides un muscle paralysé, dont l’irritabilité est intacte, par exemple le fléchisseur des doigts, et qu’on attache un poids à l'extrémité des doigts mis en mouvement par la contraction de ce muscle; on verra que les intermittences rapides ne donnent pas à ce muscle la force de soulever un poids plus lourd que les intermittences rares. Si, par les intermittences rapides, l'étendue de la contraction musculaire est augmentée, si alors le mouvement 1mprimé au doigt, quand c’est un de ses muscles, est plus étendu, c’est que, les fibres musculaires se relâchant peu, ou ne se relâchant point dans l'intervalle des contractions, chaque excitation raccourcit de plus en plus le muscle, Pour obtenir une contraction plus énergique, il faudrait que le courant fût plus intense.

Les secousses musculaires, produites par les intermittences, diminuent d'autant plus que ces dernières sont plus rapides, et à une vitesse donnée de ces intermittences, les contractions paraissent continues, comme si elles étaient provoquées physiologiquement par un courant nerveux, c’est-à-dire par la volonté; mais il faut pour cela que les intermittences se fassent avec une rapidité

extrême, car, dans le cas contraire, les mouvements ressembleraient à une sorte de tremblement.

B. Sur la sensibilité musculaire. — Je viens d'établir que la force de la contraction musculaire n’est pas augmentée par la rapidité plus grande des intermittences. Il n’en est pas de même de la sensation produite par l'excitation électro-musculaire, sensation qui est, en effet, d'autant plus grande, que les intermittences se succèdent plus rapidement; cette sensation devient des plus douloureuses, presque tétanique, et s’accompagne de crampes au delà d’une certaine vitesse.

C. Sur la tonicité musculaire. — 11 m'a été démontré par mes recherches que les intermittences rapides augmentent Ja puissance tonique des muscles, non-seulement lorsque cette puissance est diminuée, comme on l’observe dans certaines affections musculaires, mais aussi lorsque les muscles sont dans leur état normal. Cette action spéciale des intermittences rapides, si elles sont longtemps prolongées, peut aller jusqu’à produire la contracture. Les faits desquels ressort la proposition que je viens de formuler seront exposés par la suite. On verra alors comment j'ai été conduit à l’observation de ce phénomène, et que, pour le produire, les courants d’induction doivent marcher avec une extrême rapidité.

D. Sur la nutrition musculaire. — Quelquefois la nutrition musculaire se développe beaucoup plus sous l'influence des courants à intermittences rapides. Les faits d’atrophie musculaire ou de paralysies atrophiques, dans lesquels jai employé comparativement les courants à intermittences lentes et rapides, ne permettent pas Île moindre doute à cet égard. Cependantil faut en user avec circonspection, car, dans certaines conditions morbides, elles peuvent détruire ou éteindre ce qui reste de l’innervation des muscles.

E. Sur la sensibilitité électro-cutanée. — Il suffit d’expérimenter sur soi-même pour être convaincu que l'excitation électrocutanée augmente autant en raison directe de la rapidité du courant qu'en raison de son intensité.

Afin de compléter cette étude de l'influence des intermittences rapides d’un courant électrique sur la sensibilité, je dirai qu’en général tout organe qui reçoit des nerfs de la vie animale, est excité d’autant plus douloureusement par un courant, que ses intermittences se succèdent avec plus de rapidité.

Enfin les muscles de la vie organique, les intestins, par exemple,

se eontractent plus fortement, si les intermittences sont plus rapides.

Il. Indications et contre-indications des intermittences rapides.

La connaissance des faits que je viens d’exposer laisse entrevoir les indications ou les contre-indications nombreuses que les intermittences rapides des courants doivent souvent rencontrer. Je vais faire connaître ce qu’une expérience longue et journalière m'a appris sur ce sujet.

A. Cas dans lesquels l’emplot des intermittences rayndes est indiqué. — a. La propriété que possèdent les intermittences rapides de provoquer des contractions artificielles imitant parfaitement les mouvementis volontaires, permet d’en faire l’application à l’étude de l’action individuelle des muscles. Mais on conçoit que ce genre de recherches exige l'emploi d’un courant intermittent d’une grande vitesse, surtout pour les muscles de la face. Ainsi les appareils électromagnétiques, dont les intermittences ne sont pas en général assez rapides pour produire, sur les membres et letrone, des contractions musculairessans tremblement, n’ont pu me servir à l’étude des fonctions musculaires, à la face. Les frémissements continuels dont sont agilés les muscles de cette région par les courants de ces appareils, empêchent d'observer exactement l'influence que laction individuelle des muscles exerce sur l’expression du visage.

b. L'étude de l’action physiologique des intermittences rapides ou lentes a démontré que l’on peut, à l’aide de ces dernières, agir avec plus ou moins d'énergie sur la contractilité ou sur la sensibilité musculaire. Ainsi, bien que toute excitation électrique d’un muscle produise nécessairement à la fois une sensation et une contraction, on diminue à volonté la force des contractions et l’on augmente la sensation, en combinant un courant de la première hélice dont on connaît l’action spéciale sur la sensibilité musculaire avec des intermiltences rapides, et vice verst.

Ce pouvoir de réveiller énergiquement la sensibilité musculaire, à l’aide des intermittences rapides, peut trouver de très-beureuses applications, dans les cas où les muscles ont perdu leur sensibilité ; ces dernières conditions se rencontrent assez fréquemment, comme j'aurai l’occasion de le démontrer. Je vaisen citer plusieurs exemples.

J'ai souvent trouvé des muscles qui, privés où non de mourvements volontaires, étaient complétement insensibles à J'excilation électrique. Ainsi je pouvais, dans ces Cas, provoquer des contrections énergiques avec les courants les plus rapides, sans que les malades en eussent la conscience. Tantôt aussi la peau qui recouvrait ces muscles était frappée d’anesthésie ; tantôt elle jouissait de sa sensibilité normale.

Les sujets privés seulement de la sensibilité de ia peau (anesthésique ou analgésique) conservent encore la conscience des mou-

ee L'OPNER ART. 1. — PROPRIETES QUE DOIVENT POSSEDER LES APPAREILS. 993

vements qu'ils exécutent ou que l’on imprime à leurs membres, ils ressentent les coups qu’ils reçoivent et qui atteignent les tissus profonds ; lorsque leurs pieds reposent sur le sol, 1ls leur semblent placés sur un corps mou, sur un tapis, par exemple. Aussi leur voilton frapper fortement le sol en marchant, afin de le mieux sentir. Sont-ils à la fois privés de sensibilité cutanée et de sensibilité musculaire et articulaire, les os sont-ils aussi privés de sensibilité (ce que l’on constate par l'excitation électrique des surfaces osseuses), ils ne perçoivent pas les coups les plus violents, ils n’ont plus la conscience de leurs mouvements ; ils ne peuventse tenir dans Ja station verticale, sans regarder le sol qu'ils ne sententpas ; au ht, ilsne retrouvent pas leurs membres, s'ils ne les voient pas.

OBservarion XVIT.—J’ai observé à la Charité, salle Sainte-Marthe, n° 28, une malade complétement anesthésique et analgésique, qui se croyait comme suspendue dans l’air, dès qu’elle ne voyait pas le lit sur lequel elle reposait. Cela lui occasionnait des terreurs continuelles au moment du réveil ; nesentant pas son lit, elle se croyait menacée d’une chute, et elle ‘n’était bien rassurée que lorsqu'elle avait constaté par la vue qu’elle reposait sur un lit solide.

Eh bien! les courants d’induction les plus intenses seraient impuissants contre ces lésions profondes de la sensibilité, si leurs intermittences ne marchaient pas à grande vitesse, La malade dont il vient d’être question, et qui était frappée d’insensibilité générale depuis plusieurs semaines, fut très-vite guérie, grâce aux courants à intermittences rapides dont j’opérais la recomposition dans ses muscles,ses nerfs etses os. Je dois dire que je l’avais vainement faradisée avec des intermittences rares, l’appareil étant au maximum.

C’est surtout dans l’anesthésie cutanée, affection si commune, que les intermittences rapides sont nécessaires, lorsque l'on veut exercer une influence électrothérapeutique avec les courants d’induction ; sans elles, on échouerait presque toujours, malgré l’emploi da courant de la deuxième hélice gradué au maximum.

c. J'ai utilisé, en thérapeutique, la propriété singulière que possèdent les courants d’induction rapides d’augmenter la puissance de la tonicité musculaire, force qui ne sommeille jamais. C’est cette force tonique qui, dans l’absence des contractions volontaires, constitue la physionomie, qui maintient les membres dans leur attitude naturelle; c’est elle enfin qui, si elle venait à diminuer ou à augmenter, dérangerait le mécanisme le mieux combiné comme cela s’observe en pathologie musculaire. Celle-ci démontre l’exactitunde de ces assertions; on voit, en effet, des muscles se contracturer ou perdre plus ou moins leur force tonique; ce sont des ressorts qui se tendent ou se relâchent; que l’on me pardonne celte

224 CHAP. IV. — DES APPAREILS ÉLECTRO-MÉDICAUX. comparaison lriviale, mais juste ; alors la physionomie perd son cachet individuel ; les membres prennent des attitudes vicieuses, etc. C'est dans ces circonstances que, pour rétablir l'harmonie des traits du visage ou afin de combattre certaines difformités des membres, on me verra tendre, pour ainsi dire, les ressorts musculaires, tantôt en agissant sur les muscles relâchés, tantôt en opposant une contracture artificielle des muscles antagonistes à la contracture morbide, et cela au moyen de courants d’induction d’une extrême rapidité. Ce sujet important et entièrement nouveau sera traité avec soin dans le cours de ce livre.

d. Enfin l'expérience m’a démontré que l’emploi des courants à intermittences rapides est nécessaire au traitement de certaines atrophies musculaires, qu’elles soient où non compiiquées de paralysies. Cependant lorsqu'un muscle a éprouvé, en grande partie, la dégénérescence graisseuse ou granuleuse ou granulo-graisseuse, etqu'il ne lui reste qu’untrès-petit nombre de faisceaux ou de fibres, j'ai remarqué que les intermittences rapides pouvaient en hâter la destruction.

B. Cas dans lesquels les intermittences rapides sont contre-indiquées. — L'utilité et même la nécessité des courants d’induction à intermittences rapides ont été parfaitement établies par les considérations précédentes. Malheureusement toutes les médailles ont leurs revers : on va voir que les propriétés mêmes de ces courants rapides en rendent, dans certains cas, l'emploi dangereux ou difficile.

a. Il existe une époque à laquelle les paralysies de cause cérébrale peuvent être avantageusement traitées par la faradisation localisée ; c’est lorsque la lésion primitive est disparue où diminuée. L'épanchement sanguin, par exemple, est résorbé en tout où en partie, après six mois, un an. Il peut ne rester, dans le cerveau, qu’une cicatrice ou kyste peu volumineux. L'influence cérébrale arrive librement ou moins difficilement aux muscles, mais ceux-ci ne réagissent plus sous l'influence de l'excitation volontaire, Dans ce cas, la paralysie peut être considérée comme étant limitée aux muscles, et alors la faradisation localisée rend leur aptitude motrice ; c’est ce que je démontrerai. Mais comment diagnostiquer exactement l’état du cerveau ? Est-il jamais possibie d’affirmer qu’il n'existe plusautour du kyste cérébralunrestede travailinflammaioire, résolutif, qu’une étincelle pourrait rallumer? Nesait-on pas d’ailleurs qu’une première hémorrhagie cérébrale prédispose à une seconde, en raison des conditions pathologiques dans lesquelles se trouve le système vasculaire ou le cœur, conditions qui produisent soit l’artériosclérose, soit des anévrismes miliaires, soit enfin des ambalies? Ne sait-on pas qu’alors toute excitation générale trop forte peut retentir sur les centres nerveux et provoquer des accidents du même

ordre ? L'application d’un appareil dont les intermittences sont rapides et excitent vivement la sensibilité n’en est donc que plus dangereuse, dans le traitement des paralysies cérébrales, Je dois avouer que j'en ai fait la triste expérience, au commencement de mes recherches.

De tout ce qui précède il ressort que, pour les paralysies cérébrales, on doit être très-circonspect dans l’emploi de la faradisation localisée et qu’il faut éviter d’exciter trop vivement alors la sensibilité générale, sous peine d’exposer le malade à de graves accidents, Or, — on le sait, — la faradisation par les intermittences rapides provoque vivement la sensibilité.

De ce que les courants à intermittences rapides soient dangereux ou inapplicables dans le traitement des paralysies cérébrales, :1l ne faudrait pas en conclure que ces paralysies ne doivent pas être soumises à la faradisation localisée. Que l’on se rappelle, 'en effet, qu’il est possible de’provoquer par la faradisation localisée les contractions les plus énergiques, sans produire des sensations trop douloureuses, pourvu que les intermittences soient suffisamment éloignées les unes des autres (une ou deux par seconde, par exemple). Pratiquée ainsi avec de rares intermittences, la faradisation localisée ne fait courir aucun danger aux malades; elle peut, au contraire, leur être d’une grande utilité.

La faradisation musculaire rapide est nécessaire seulement lorsque les muscles ont perdu, à des degrés divers, leur sensibilité, ou lorsqu'ils sont menacés dans leur nutrition. Or, la sensibilité des muscles est rarement atteinte dans la paralysie cérébrale, et, quant à leur nutrition, j'établirai plus tard que la fibre musculaire reste intacte dans cette affection ; car on ne peut pas considérer comme une lésion de nutrition l’amaigrissement qui se produit quelquefois alors, à la longue et uniquement par défaut d’exercice.

b. Quand bien même l’état des centres nerveux ne contre-indiquerait pas l’emploi des intermittences rapides, il n’est jamais indifférent de pratiquer la faradisation musculaire avec ou sans douleur, car il est des sujets qui, soit par défaut d'énergie, soit en raison de leur excitabilhté nerveuse, ne peuvent la supporter. Je citerai comme exemple les femmes et les enfants.

Si, d’un côté, la propriété que possèdent les intermittences rapides d'augmenter la puissance tonique des muscles et de produire souvent leur contracture, est quelquefois utilisée en thérapeutique, d’un aulre côté, elle peut occasionner de grands désordres. Ainsi j'établirai, par des faits, qu’appliquée à la face elle provoque, dans certains cas, des contractures qui entraînent après elles des difformités incurables.

ce. Enfin il est une foule de circonstances où les besoins théra-

DUCHENNE. — 3e édition. 15

peutiques ne demandent que l'application d’un très-petit nombre d’intermittences isolées, comme lorsqu'il s’agit d’exciter la membrane du tympan dans le traitement de la surdité, etc.

En résumé, ces considérations démontrent surabondamment que la faradisation à intermittences rapides trouve de nombreuses et utiles applications en physiologie et en thérapeutique, mais que, dans certains cas où elle est appliquée à l'excitation musculaire, elle est dangereuse, à cause des accidents ou des difformités qu’elle peut occasionner et qu’alors elle est remplacée avantageusement par la faradisation à rares intermittences.

S HE, — Dans un grand nombre de cas, les appareils faradiques ne sauraient être trop puissants.

Que doit-on entendre par puissance d’un appareil d’induction ? Comment la mesurer?

Un appareil est puissant, s’il agit avec énergie sur la contractilité musculaire, sur la sensibilité de la peau, des muscles et d’autres organes sous-cutanés, sur la sensibilité de la rétine, enfin s’il peut traverser une grande épaisseur de tissus, c’est-à-dire si les recompositions électriques peuvent se faire profondément dans les organes.

On sait maintenant, après les faits et les considérations qui ont été exposés précédemment (art. ILT, chap. 1°"), que les actions différentielles des courants d’induction, applicables à la pratique, se trouvent réunies seulement dans un appareil à double induction, dont les hélices sont construites dans certaines proportions; que l'énergie de ces actions différentielles, exercée spécialement, les unes par la première hélice (l’extra-courant), les autres par la seconde hélice (le courant induit), est en raison directe de la longueur des fils. On comprend donc que la puissance d’un appareil d’induction est nécessairement proportionnée à son volume et à son poids. (On n’a malheureusement pas encore découvert le moyen de produire une induction très-puissante avec peu de longueur de fil de cuivre.)

Cependant on s’exposerait à se laisser tromper par les apparences, en jugeant de la force d’un appareil d’après son volume etson poids, si l’on ne mesurait pas sa puissance réelle. Nous ne sommes plus au temps où, pour décider de la force d’un appareil, on se contentait de prendre un rhéophore dans chaque main. Il faut, si l’on veut connaître exactement son degré de puissance sur telle ou telle fonction, diriger et limiter l’un ou l’autre courant de cet appareil dans les organes, et procéder, dans ce genre d’expérience, comme je lai indiqué précédemment.

Je vais maintenant prouver, par quelques exemples, la vérité

de la proposition suivante écrite en tête de ce paragraphe : Dans certains cas, les appareils d'induction ne sauraient être trop puissants.

J’ai démontré, dans le chapitre 11, que, lorsqu'on localise l’excitation électrique dans les tissus ou dans les organes placés sous la peau, la recomposition du courant se fait d'autant plus profondément que ce dernier a plus detension. Il en résulte qu’un courant dont la tension est trop faible ne peut pénétrer jusqu'aux muscles, ei la couche cellulaire sous-cutanée offre une trop grande épaisseur, par le fait de l’abondance de la graisse ou d’une infiltration séreuse. Eh bien! les cas dans lesquels le tissu cellulaire sous-cutané oppose, par son épaisseur, une grande résistance aux Courants, ne sont pas rares, surtout aux membres inférieurs. Dans certaines circonstances où la tension de mon plus puissant appareil faradique ne pouvant vaincre la résistance que lui opposait épaisseur de tissus sous-cutanés, l’excitation n’arrivait pas aux muscles, il m’est arrivé même d’être forcé de recourir à la tension plus pénétrante de la bouteille de Leyde. C’est en présence de cas semblables, que lon peut dire qu’un appareil faradique ne saurait être trop puissant. Je dois rappeler ici que, quel que soit le degré de tension de son courant, on pourra toujours en faire l’application, sans produire trop de douleurs, pourvu qu’on ait le soin d’en éloigner suftisamment les intermittences.

Il existe aussi des états pathologiques contre lesquels les appareils faradiques ne sauraient être trop puissants. Parmi les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs, il en est quelques-unes qui enièvent aux muscles toutes leurs propriétés ; ceux-ci perdent alors complétement leur contractilité et leur sensibilité ; la peau et même les os sont également frappés d’insensibilité ; enfin les membres paralysés se dessèchent pour ainsi dire et semblent frappés de mort. Dans des cas de ce genre, que j'ai observés en assez grand nombre et qui ont fait Pobjet d’un travail spécial, il m'a fallu recourir à un appareil faradique d’une intensité énorme, et j'ai eu quelquelois à regretter de n’avoir pas à ma disposition un appareil plus puissant, C’est seulement après avoir rappelé un peu de vie dans les membres, que j’ai pu diminuer l'intensité des courants ; alors un appareil de force moyenne est devenu suffisant, Des affections musculaires d’une autre nature, dont il sera question dans le cours de ce livre, exigent aussi l’emploi des appareils les plus puissants.

Les anesthésies cutanées hystériques peuvent être guéries, en général, par un appareil de force ordinaire, pourvu que ses intermittences marchent avec une grande rapidité; mais j'en ai rencontré, parmi elles et dans des anesthésies cutanées d’une autre nature, un assez grand nombre qui, rebelles aux courants d’une

intensité moyenne, n’ont cédé qu'aux appareils agissant le plus énergiquement sur la sensibilité cutanée.

S HW. — Wout appareil de faradisation doit posséder un mode de graduation qui permette de mesurer les doses électriques exactement et proportionnellement au degré d'excitabilité des organes, degré variable dans l’état de santé et de maladie.

I. Les considérations dans lesquelles je suis entré (chap. 11), pour ce qui a trait au degré d’excitabilité spéciale dont jouissent chacun de: nos organes, chacun des mucles et des nerfs, chacune des régions de la peau, excitabilité qui varie encore suivant l’état de santé et de maladie, ces considérations, dis-je, devraient suffire à la démonstration de l’importance et de l’exactitude de la proposition que je viens de formuler.

Comment, en effet, limiter la puissance électrique dans les organes, si l’appareil n’est pas construit de manière à pouvoir distribuer à chacun d’eux la dose qui lui convient? Afin de me faire mieux comprendre, je citerai encore quelques exemples. A l’état normal, la sensibilité du col de l'utérus, de la vessie, du rectum, est peu excitable ; les courants les plus faibles agissent, au contraire, énergiquement sur la sensibilité des muscles de la face. Entre ces extremes, il existe des degrés d’excitabilité intermédiaires, propres aux autres organes. Pour s’en convaincre, que l’on compare seulement la différence de sensibilité et de contractilité, existant entre les muscles de la face dont le moins excitable l’est encore infiniment plus que ceux des autres régions, et l’on verra que chacun d'eux esl doué d’un degré d’excitabilité spéciale, qui exige une dose électrique au delà de laquelle on ne doit pas aller, si l’on veut obtenir des contractions partielles, sans provoquer de trop vives douleurs. (Je ne reviendrai pas à ce propos sur ce que j'ai déjà dit, dans le chapitre n, du degré d’excitabilité individuelle des muscles de la face.) On comprendra enfin la nécessité absolue de donner aux appareils faradiques une graduation exacte et qui se fasse sur nne échelle d’une étendue suffisante, si l’on se rappelle que le degré d’excitabilité de la sensibilité varie dans chacune des régions et même dans chacun des points de la face. Lorsque, en outre de ces différences d’excitabilité des organes, on considère les différences quiexistent dans l'état anatomique des tissus sur lesquels on agit (la plus ou moins grande épaisseur du derme, de la couche cellulo-graisseuse souscutanée et des aponévroses à traverser, où de la couche musculaire dans laquelle on doit localiser l’excitation), état anatomique qu'il faut connaître, lorsque l’on veul produire, à coup sûr, les recompositions électriques à telle ou telle profondeur.

IT. Mais la graduation ne serait pas exacte, s’il n’y avait pas proportionnalité arithmétique entre les divisions du gradualeur et la force progressive de l’appareil.

La graduation doit s’opérer sur une échelle d’une étendue suffisante, en mesurant tous les degrés d'intensité des courants, Proportionnellement au degré d’excitabilité de chacun des organes.

Il faut pour cela que l'appareil faradique puisse être converti en appareil très-fort ou très-faible, suivant les indications à remplir, à l’aide d’un système indépendant du graduateur el destiné à mesurer ou à distribuer exactement les courants forts et les courants faibles.

Il faut enfin, si c’est un appareil volta-élecirique, que la force initiale de la pile agisse au même degré d'intensité, ou du moins qu’elle soit connue de l'opérateur. On sait, en effet, que la pile qui anime les appareils volta-faradiques, est plus ou moins constante, suivant que ses acides sont plus ou moins concentrés, suivant qu'elle se polarise ou qu’elle s’épuise plus ou moins vite, ou qu'elle s’engorge plus ou moins de sels cristallisés et mauvais conducteurs. On conçoit qu'avec de telles variations dans la force initiale, la mesure des doses électriques devienne illusoire, et en conséquence qu'il soit impossible de formuler exactement les doses électriques qu’il convient d’administrer à chacun des organes.

Telles sont les propriétés principales que l’on doit trouver réunies dans tout appareil faradique destiné à des études électro-phystologiques et pathologiques médicales et à la thérapeutique. Il est d’autres conditions encore qu’il est très-important de rechercher dans les appareils faradiques. Ainsi ils doivent être porlalifs, d’un manliement facile et d’un prix modéré. Comme ces questions n'ontrien de scientifique, je n’ai pas jugé opportun de les discuter dans cet article, me réservant d'y revenir par la suite; quoique secondaires, elles intéressent, au plus haut degré, la pratique de l'électricité médicale.

Dans la première édition, j'avais joint à l’élude des propriétés différentielles des divers courants des appareils d’induction, l’examen critique des appareils faradiques alors en usage dans la pratique médicale; j'avais démontré que ces derniers ne réunissalent pas l’ensemble des conditions nécessaires à la faradisation localisée ou à l’application de celte méthode d’électrisation à mes recherches électro-physiologiques et qu’ils ne répondaient pas aux besoins de l’électro-thérapie.

Cet examen critique a porté ses fruits. En effet, l'utilité de l’application de la faradisation localisée à l’étude de la physiologie et de la pathologie musculaires, el la vulgarisation de l’électrothérapie ont imprimé une grande activité au commerce des appareils d’induction. Il en est résulté que les physiciens et les fabricants, les uns dans

un but de progrès, les autres pour s’attirer la préférence des médecins, se sont appliqués à corriger ou à perfectionner leurs appareils. Aussi le nombre de ces appareils d’induction, perfectionnés ou modifiés, s'est-il tellement accru en France et à l’étranger, que, pour les examiner ou les critiquer, il me faudrait entrer dans des développements qui me feraient sortir des limites que je me suis imposées. Ces efforts louables ont produit quelques appareils très-ingénieux. Malheureusement les inventeurs s'étant attachés particulièrement à diminuer leur volume et leur prix, ne se sont pastous assez pénétrés des nouveaux besoins de la science et de la thérapeutique, besoins nés de la création de la méthode de faradisation localisée et de la découverte des propriétés différentielles des courants de diverses hélices.

Les observations critiques que j'avais faites sur lés appareils, en général, m’avaient été inspirées par la longue expérience de ceux qui alors étaient les plus usités. Mais j'avais pensé qu’un nouveau devoir m’étaitimposé par la sévérité même de cette critique, celui d'essayer de faire mieux. C’est pourquoi je n'étais livré avec ardeur à un nouveau genre de recherches peu en harmonie avec mes habitudes, et qui m’eussent été bien pénibles, si je n’avais eu quelque aptitude et quelque goût pour la mécanique, et surtout si Je n’avais eu constamment présente à l’esprit la réalisation d’une idée ; la localisation de la puissance électrique dans les organes et son application aux sciences médicales.

Je m'élais donc mis à fréquenter les ateliers où j'avais appris bientôt les secrets de la fabrication ; après bien des essais, j'avais pu produire des appareils construits de mes propres mains, quoiqu'auparavant je n’eusse jamais manié la lime ni le marteau. C’est d’après ces modèles que j'avais tracé le plan des appareils voltafaradique et magnéto-faradique, qui ont été exécutés avec talent par MM. Charrière et Deleuil. Depuis lors, ils ont subi de nouvelles et importantes modifications; j'en vais donner la description dans l’article suivant, me réservant de passer en revue dans un autre article les appareils électro-médicaux les plus usités, et d’en faire l'examen critique.

ARTICLE Il

GRAND APPAREIL VOLTA-FARADIQUE A DOUBLE COURANT DE M. DUCHENNE (DE BOULOGNE).

Mon appareil volta-faradique à double courant était assez compliqué à son origine ; il subissait le sort de tout appareil nouveau. La multiplicité de ses contacts en rendait la description difficile à comprendre, et bien que sa mise en action fût très-simple, elle oc-

casionnait de fréquents dérangements. L'usage de cet appareil primitif m’ayant bientôt fait connaître tous ses défauts, je lui ai fait subir successivement des modifications importantes qui l'ont ramené à une grande simplicité, et ont diminué conséquemment la fréquence des accidents qui pouvaient en arrèler la marche ou en affaiblir la force.

De plus, l'appareil modifié offre aujourd’hui un système de graduation plus parfait et des moyens plus variés de produire des intermittences plus ou moins rapides.

Afin de faire mieux ressorlir l'importance de ces modifications,

j'ai représenté (fig. 44) l'appareil primitif et (fig. 45 et 47) les

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Er.

FIG. 44, — Grand appareil volta-faradique à double courant — appareil primitif de M. Duchenne (de Boulogne).

appareils perfectionnés, l’un (fig. 45) dont les hélices sont cachées

par une enveloppe, et l'autre (fig. 48), dont les hélices sont à découvert.

S HE. — Description.

A. — Grand appareil volta-faradique recouvert, de M. Duchenne (de Boulogne) (dernier modèle).

Le premier modèle de l'appareil volta-faradique (fig. 44) (4) se composait : 4° d’une pile plate O ; 2° de deux hélices su perposées ; 3° d’un graduateur formé par l’hélice externe mobile et que l’on faisait marcher sur l’hélice interne au moyen de la tige R; 4 d'un rhéomètre magnétique V; 5° d’une roue dentée D fixée sur une petite planche enfermée dans le tiroir U, qui, lorsqu'on voulait s’en

servir, pouvait être relevée comme dans la figure 44; 6° d’un trembleur A.

(1) Get appareil a été présenté à l’Académie des sciences de France par M. le professeur Despretz en 1848.

Le dernier modèle (1) (fig. 45 et 48) diffère du premier : 1° par la suppression de la roue dentée D (fig. 44), qui est remplacée par une pédale rhéotome Y (/ig. 45), dont le mécanisme sera expliqué bientôt; cette modification a permis de supprimer les contacts trop multipliés de la figure 44 et de simplifier la fabrication de l'appareil;

eu TON

Fic, 45. — Grand appareil volta-faradique recouvert, de M. Duchenne (de Boulogne).

20 par la graduation opérée au moyen d’un cylindre de cuivre B, recouvrant plus ou moins les deux hélices qui constituent la double induction; 3° par l’emploi d’un tube F rempli d’eau, appelé modérateur, et qui, combiné avec les tubes graduateurs, permet de mesurer les doses électriques plus ou moins petites, de

Fi, 46,— Les deux piles du tiroir supérieur Fic, 47, — La pile de son tiroir inférieur. de la figure 43.

même que les doses les plus élevées ; 4° par l’emploi d’un commutateur des hélices E (/ig. 48), dont l’usage sera bientôt

(1) Cet appareil modifié a été présenté en 1850 à l’Académie de médecine de Paris. Voy. Rapport de Soubeiran (Ru/{. de l’Acad. de méd., 1850, tome XVI, p. 656),

exposé; 5° enfin, par une modification importante de la pile.

Voici la description de l’appareil qui a subi les plus récentes modifications. Je me servirai des figures 45, 46, 47, 48, 49, pour en décrire toutes les parties.

L'appareil est mis en action par une pile formée de trois couples. Ces derniers sont renfermés dans les tiroirs U et U' (fig. 45). I y a deux couples dans le tiroir supérieur et un couple seulement dans le tiroir inférieur (fig. 41).

Chaque couple est composé d’un charbon plat CC (fig. 46) adhérent à un bac en caoutchouc durci À et d’une plaque en zinc Z7, ayant la même surface que le charbon dontilest séparé par un diaphragme en drap.

Les fils de platine destinés à établir les contacts des charbons sont aussi disposés comme dans Je couple (fig. 55) du petit appareil, tandis que les contacts des zines diffèrent dans chacun des couples. Ainsi : 4° Dans le couple du tiroir inférieur V (fig. 45), une lame en fer à (Jig. 47), rivée et soudée au zinc Z, est pliée à angle droit en haut, à son extrémité antérieure, de telle sorte que lorsque ce tiroir est rentré (voy. U, fig. 45), il se trouve en contact avec une petile lame en platine fixée à la paroi antérieure de l’appareïl, au niveau du bouton L: 2 dans le compartiment postérieur du tiroir supérieur, le zine Z (fig. 46) est également prolongé par une lame en fer b. Celle lame est pliée à angle droit en haut, à son extrémité antérieure, et, lorsque ce tiroir est fermé, elle peut être mise en contact avec une petite lame platinée fixée à la paroi antérieure de l'appareil dans le point correspondant au bouton G ; 3° enfin le zinc Z (fig. 46) du couple placé dans le compartiment antérieur du tiroir supérieur repose sur un fil de platine qui se replie sur la paroi postérieure du bac après l'avoir traversé, et ce fil de platine se trouve alors en contact avec un double ressort a fixé à la cloison médiane de ce tiroir supérieur, ressort qui, dans le compartiment postérieur, appuie sur le contact en platine du charbon C’. La paroi latérale gauche de ce tiroir a été enlevée afin de laisser voir la disposition des parties constituantes de ces deux couples.

9° Les hélices superposées constituant le système d’induclion se composent de deux fils de cuivre rouge, différant en diamètre et en longueur, et recouverts par de la soie.

Le fil de cuivre le plus gros (1/2 millimètre de diamètre) et le plus court (100 mètres de longueur) est enroulé sur une botte de fil de fer doux, de manière à former une hélice. Les extrémités de ce fil, qui produit le courant de la première hélice (extra-courant des auteurs), aboutissent aux pelites plaques platinées fixées sur l'appareil au niveau des boutons E, L (/ig. 43), qui sont les pôles positif el négatif de la pile enfermée dans ies tiroirs U et UÜ”.

Le fil le plus fin (un dixième de millimètre de diamètre) et le plus long (1000 mètres de longueur) est enroulé sur le fil précédent; il donne naissance au courant de la deuxième hélice (premier ordre des auteurs); les extrémités de ce fil se rendent aux deux ressorts du commuiateur des hélices.

3° Le commutateur des hélices E représenté dans la figure 48, que l'on ne peut voir dans la figure 45, est destiné à faire passer rapidement et alternativement le courant, soit de la première hélice, soit de la seconde hélice, dans les conducteurs attachés aux boulons rhéophores P et Q; je ne crois pas devoir le décrire ici ; il suffira de savoir qu’en tournant l'aiguille F (fig. 48), à droite ou à gauche, on conduit l’un ou l’autre courant dans les rhéophores, comme cela, du reste, est indiqué sur la plaque située au-dessus de cette aiguille.

4° Le graduateur B (fig. 45) est un cylindre de cuivre qui enveloppe les hélices, et à la partie supérieure duquel existe une échelle de gradualion. Le bouton B', fixé à son extrémité, est destiné à l'attirer ou à le repousser sur cette bobine.

»° Le modérateur se compose d’un tube de verre F (fig. 45), terminé à son extrémité inférieure par un fond en métal auquel est soudé un bouton Ï, et à son extrémité supérieure par une virole K de laquelle part un petit crochet qui sert à mettre le modérateur en rapport avec un des boutons rhéophores P où se rend l’un des pôles des hélices des courants. Dans la virole supérieure est placé un petit bouchon traversé par la tige J du modérateur. Le tube est rempli d’eau.

6° Le trembieur se compose d’un fer doux mobile A (fig. 45) et d’une vis platinée S, contre laquelle ce fer doux est repoussé par un petit ressort.

7° La pédale Y (fig. 44), qui remplace la roue dentée D (fig. 45) est destinée à faire les intermittences éloignées avec le pied; ce qui laisse les mains entièrement libres, soit pour tenir les rhéophores, soit pour graduer les courants.

8° Le rhéomètre magnétique mesure l'intensité du courant initial. C’estune boussole divisée en quatre parties dont chacune est sub-divisée à son tour en 90 degrés. Ce rhéomètre ne fait plus partie de l'appareil, comme précédemment.

B.— Grand appareil volta-faradique découvert de M. Duchenne (de Boulogne),

J'ai représenté (fig. 48) l'appareil dont les hélices sont à découvert. Il diffère de l'appareil usuel (#9. 45) de la manière suivante : 4° il n’a pas d’enveloppe extérieure, ce qui permet de voir la disposition de la bobine A et la marche du cylindre B sur cette dernière ;

20 il possède deux cylindres graduateurs : l’un B qui agit sur la deuxième hélice, et l’autre CG qui dépouille la première hélice; 3° son fer doux D est mobile et peut être retiré (fig. 49), de manière à pouvoir étudier l’influence des cylindres B et G, indépendamment de l’aimantation temporaire ; 4° outre le commutateur des hélices E, il possède un commutateur des pôles H faisant corps avec lui, ce qui permet de changer rapidement la direction des courants, sans déplacer les réophores (ce commutateur a encore d’autres avantages qu'il est inutile d'exposer ici); 5° son trembleur (fig. 50, p. 249) est construit de manière que la rapidité des intermittences puisse être augmentée progressivement, depuis 4 à 8 par seconde jusqu’à un nombre presque incalculable dans le même espace de temps.

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Fi. 43, — Grand appareil volta-faradique découvert, et fig. 49, faisceau de fils de fer doux.

La pile est indépendante ; elle peut être fixée à l’appareil, à l’aide des crochets M, M (fig. 48). — Elle est disposée comme celle qui à été décrite, ci-dessus, mais elle se compose de 4 éléments. Cet appareil, comme le précédent, peut être mis en aclion avec une pile quelconque (1).

SEE. — Manière de mettre l'appareil en action.

1° Depuis 1861, comme je l’ai dit plus haut, j'ai tout à fait renoncé

(1) Pour mettre en action le grand appareil découvert qui fonctionne dans mon cabinet, j’emploie une pile au sulfate de plomb de 20 couples. Une pareille source électrique n’est pas nécessaire, mais je ferai remarquer qu'elle fait marcher en même temps toutes les sonneries de mon appartement et mon télégraphe de cabinet.

à l’emploi de l'acide sulfurique pour mettre en action mes piles plates et je me sers exclusivement du bisulfate de mercure.

Afin de charger cette pile, on verse de l’eau sur le charbon, jusqu’à ce qu’il en soit bien pénétré ; on étale sur la surface de ce charbon du bisulfate de mercure, en quantité suffisante pour former une couche d’un demi-millimètre environ d’épaisseur, et on le délaye avec un peu d’eau. On étend ensuite sur ce bisulfate le drap préalablement trempé dans l’eau, puis on pose sur ce drap le zinc amalgamé qui alors se trouve en contact avec le fil de platine. Ainsi préparés les couples sont introduits dans les compartiments qui leur sont destinés ; leur numéro d’ordre est marqué sur une des parois latérales du bac en caoutchouc (voy. fig. 46 et 47). Ensuite on enfonce les tiroirs (voy. U et U'fig.45) et l’on tourne le bouton A de manière que sa barre prenant une direction verticale empêche les tiroirs de s’ouvrir. Alors voici comment sont établies les communications des éléments de la pile entre eux et de celle-ci avec le circuit de la première hélice.

Le zinc du couple du tiroir inférieur, qui est le pôle négatif de la pile, correspond au bouton L (/ig. 45), et le contact en platine du charbon de ce couple communique avec le ressort de la pièce en cuivre sur laquelle se visse le bouton N. Or, comme les boutons N et G se trouvent en face des deux petites lames platinées que l’on voit à droite de la face antérieure de l’appareil et au-dessus des üroirs U, U’, et que ces deux plaques sont reliées entre elles par un fil de cuivre, il suffil de tourner de gauche à droite les boutons N et G jusqu’au contact pour que le charbon de ce couple du tiroir inférieur communique avec le zinc Z (/ig. 46) du couple postérieur du tiroir supérieur. Ensuite le charbon de ce dernier couple étant mis, comme je l’ai dit précédemment, en communication avec le zinc Z' du couple antérieur, par l'intermédiaire du double ressort O, et le fil en platine du charbon de ce dernier couple se trouvant en contact, à l’aide d’un ressort, avec le bouton E, ce dernier devient le pôle positif de la pile. Les petites lames en platine, qui sont fixées à gauche de la paroi antérieure de l’appareil, reçoivent les extrémités du fil de la première hélice ; en tournant donc de gauche à droite jusqu’au contact les boutons E et L, qui sont les pôles de la pile, le courant de cette dernière passera dans le fil de la première hélice.

En somme, il suffit de placer dans chacun de leurs compartiments les trois couples chargés au bisulfate de mercure, ainsi que je lai décrit, de fermer ensuiteles tiroirs U et U'(/ig. 45), de tourner de gauche à droitele bouton L' (par une raison que je ferai connaître plus bas),et enfin de tourner jusqu’au contact les boutons E,G,L,N, pour le courant de la pile passe dans le fil de la première hélice.

ART. Il. — GRAND APPAREIL VOLTA-FARADIQUE DE L'AUTEUR. 237

ou, en d’autres termes, pour que le circuit formé par la pile et la première hélice soit fermé.

L'appareil peut marcher aussiseulement avec les deux éléments du tiroir supérieur U' (fig. 46); alors il possède encore une puissance très-grande et répond aux besoins généraux de la pratique. On aura soin de tourner le bouton L'(fig. 45) de gauche à droite jusqu’au contact, afin de supprimer le couple du tiroir inférieur U, qui pourra servir à renfermera les rhéophores et les conducteurs. Il est inutile de dire que lorsqu’on emploiera les trois éléments de la pile, pour les cas où l’on aura besoin d’une grande force, le bouton L' devra être détourné de gauche à droite.

9° Veut-on obtenir les intermittences rapides du trembleur A (fig. 43), on tourne à gauche le bouton C, qui maintenait fixe la plaque mobile, puis on tourne de gauche à droite les boutons E, G, L, N, jusqu’à ce qu’ils soient en contact avec les petites pièces platinées qui leur correspondent. À l'instant, cette plaque s’agite rapidement entre la vis S et l’aimant temporaire de l’'hélice centrale,

Si les intermittences doivent être plus ou moins éloignées les unes des autres, les choses étant disposées comme précédemment, on tourne de gauche à droite le bouton C, jusqu’à ce que la plaque À du trembleur soit immobile; on détourne le bouton L de gauche à droite, jusqu'à ce qu’il ne soit plus en contact avec la pièce platinée qui lui correspond ; on met en rapport avec ce bouton l’un des conducteurs fixés à l’un des boutons 1 de la pédale rhéotome Y, et l’autre conducteur qui est fixé au second bouton 1’ de cette pédaleest misen communication avec le bouton L’.Alorsil suffit d’appuyer le pied sur le bouton à ressort 2 de la pédale et de Île relever ensuite pour fermer et ouvrir le courant. On conçoit qu'il soit ainsi facile d'obtenir des intermiltences plus ou moins éloignées les unes des autres.

3° Lorsque le graduateur B est entièrement enfoncé dans l’appareil, les courants sont à leur minimum d'intensité; il suffil donc, pour les augmenter, de faire sortir ce graduateur, où par millimètres ou par centimètres.

4° L'appareil étant mis en action, on fixe les conducteurs sur les boutons P et Q auxquels on fait arriver, selon les indications à remplir, le courant de la première hélice ou celui de la seconde hélice, en tournant à droite ou à gauche l'aiguille du commutateur; aux extrémités libres äes conducteurs sont fixés les rhéophores : cylindres, balais métalliques, etc.

5° Doit-on faradiser des organes très-excitables, ou mesurer des doses infiniment faibles ? La partie supérieure K du modérateur F est mise en rapport avec un des boutons P ou Q, et l’un des rbéophores est fixé à son extrémité inférieure I. Alors, plus on

élève la tige J du modérateur, plus l’épaisseur de la couche d’eau que le courant doit traverser est grande, et conséquemment plus l'intensité de l'appareil est affaiblie. Dans cet état d’affaiblissement, les courants de l’appareil peuvent être divisés et mesurés par le tube graduateur B.

6° Dans l'intervalle des faradisations, on interrompt le courant en desserrant la vis E afin de conserver la puissance de la pile. Alors les plaques en caoutchouc durci sont placées entre les draps et le zinc que l’on a eu soin d’essuyer, si l’appareil ne doit pas être de nouveau mis en action, avant plusieurs heures. On remarque, après l'avoir essuyé, que le zinc est amalgamé par l’action propre dela pile.

Une pile au bisulfate de mercure, ainsi chargée, peut servir deux à trois semaines, en fonctionnant plusieurs heures par jour, sans que l’on ait d’autres soins à prendre que d'entretenir l’humidité des draps et de remuer un peu, chaque jour, avant de s’en servir, le bisulfate de mercure étendu sur le charbon. Je recommanderai enfin d'entretenir dans un état de propreté les contacts platinés.

Lorsque le bisulfate de mercure est entièrement décomposé (alors la pâte, de jaune qu’elle était primitivement, est devenue verdâtre), on lave le charbon et les draps, et l’on charge la pile avec du nouveau bisulfate de mercure comme précédemment. Si la pile de l’appareil venait à se détériorer, ou avait besoin d’une réparalion, on pourrait le faire également fonctionner à l’aide d’une pile quelconque (de Daniel, de Bunsen, ou au sulfate de plomb). Il suffirait alors de mettre les pôles de cette pile en rapport avec les boutons E’ et L’ (/ig. 45) qui reçoivent les extrémités des fils de la première hélice.

S EXX. — Mhéorie de Ll’appareil volta-faradique de M. Duchenne (de Boulogne).

Si la pile étant enfoncée dans l'appareil, aucune interruption n’a lieu, soit par le trembleur, soit par la pédale, le courant de cette pile qui est transmis par les boutons L, E (/ig. 45) au fil de la bobine centrale, est continu et ne donne lieu à aucun phénomène d’induction, mais il produit l’aimantation du fer doux @e la bobine.

Dans cet état de choses, laisse-t-on la liberté à la plaque A du trembleur, en desserrant la vis C, cette plaque est attirée par l’aimant de la bobine, À l'instant même, le courant étant interrompu, l’aimantation cesse; le fer doux du trembleur est repoussé par un ressort contre la pointe platinée de la vis $ et ferme le courant, qui produit une nouvelle aimantation. Ces aimantations temporaires

et ces solutions de continuité du courant se succèdent avec une extrême rapidilé dans l’appareil recouvert (fig. 45) et à volonté avec plus ou moins de rapidité dans l’appareil découvert (fig. 48). Quoique la théorie du trembleur soit connue, j'ai dû la rappeler, afin d'expliquer le mécanisme de ses différentes pièces.

Au moment où le courant de la première hélice est interrompu, on observe des phénomènes physiques et physiologiques qui se produisent en vertu de deux forces combinées, savoir : l’action inductrice du courant sur lui-même, par l'influence mutuelle de ses spires et par l'influence réciproque de ce courant et du fer doux aimanté de la bobine.

Si les extrémités du fil fin qui recouvre l’hélice centrale sont réunies par un corps conducteur, un courant se produit dans la deuxième hélice et se manifeste, à chaque intermittence de cette première hélice, par les effets physiques et physiologiques qu’il développe dans les corps placés dans son circuit.

Pour la théorie de la graduation par le cylindre métallique B, voyez plus loin, $ IV, C.

SHV. — Exposition des principales propriétés de mon grand appareil volta-faradique à double courant, et des principes qui m’ont dirigé dans sa fabrication.

A. — Hélices.

Les deux hélices de l’appareïl volta-faradique que je viens de décrire jouissent du maximum de leurs propriétés physiologiques différentielles, grâce aux proportions de diamètre et de longueur que j'ai données à leurs fils, proportions que l’expérience m'a fait connaître comme les meilleures, à ce point de vue.

J'ai professé que la puissance des hélices devait être grande, dans certaines circonstances, mais l’expérience, ou plutôt les besoins de la thérapeutique m'ont obligé à l'augmenter de plus en plus. C’est ce qui explique pourquoi la longueur de mes hélices, qui n'avait primitivement que 8 centimèlres, est aujourd'hui à peu près doublée, la longueur de leurs fils ayant été augmentée proportionnellement (jusqu’à 1000 mètres pour le fil fin et 200 mètres pour le fil gros). Il serait facile d'aller au delà de cette puissance; je n’en vois pas jusqu’à présent l'utilité, et ce serait peut-être imprudent.

Cet accroissement de puissance a nécessairement augmenté le poids de l’appareil représenté dans les figures 45 et 48, mais sans rendre son volume plus considérable.

B. — Commutateur des hélices.

Dans mes premiers appareils, les extrémités des fils de chaque hélice se rendaient dans les boutons métalliques (deux inférieurs pour la première hélice et deux supérieurs pour la seconde) auxquels se fixaient les cordons conducteurs des rhéophores. Il en résultait que lorsque l’on avait à changer d’hélice, il fallait, chaque fois, déplacer les cordons conducteurs. Cette disposition rendait certaines expériences difficiles et était incommode pour la pratique. Il est, en effet, d'autant plus facile de comparer entre elles les propriétés physiologiques différentielles des courants de la première et de la seconde hélices, que l’on peut passer plus rapidement de l’une à l’autre de ces dernières; de plus, il arrive fréquemment, dans la pratique, que l’on doit appliquer alternativement ces deux courants chez un même sujet. Rien n’est alors plus ennuyeux que d’avoir à changer, à chaque instant, l’attache des conducteurs. C’est en outre une perte de temps. Ges exemples font comprendre l’utilité du commutateur des hélices.

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