I. — APPAREILS MAGNÉTO-ÉLI CTRIQUES
A. Double induction. — Quelle que soit la théorie physique des phénomènes de la double induction, dans les appareils magrétoélectriques, — théorie sur laquelle les physiciens ne tarderont pas, J'espère, à s’entendre, — on ne saurait nier aujourd'hui quelescourants qui émanent de chacune des deux hélices, exercent, comme dans les appareils électro-dynamiques, des actions physiologiques qui les distinguent entre eux et qui répondent à des indications thérapeutiques spéciales.
Il est ressorti en effet des faits, des expériences et des considéralions que j'ai exposés antérieurement (chap. 1, p. 22) :
1° Que le courant de la deuxième hélice excite plus vivement la rétine que la première hélice, lorsqu'il est appliqué à la face ou sur le globe oculaire, par l'intermédiaire des rhéophores humices (voy. A, p. 23);
2° Que le courant de la deuxième hélice excite plus vivement la sensibilité cutanée que le courant de la première hélice (voy. B, p. 23);
3° Que le courant de la première hélice excite plus vivement que celui de la deuxième hélice la sensibilité de certains organes placés plus ou moins profondément sous la peau (voy. C, p. 24);
4° Que, dans la faradisation des extrémités nerveuses par action réflexe, le courant de la deuxième hélice provoque des contractions musculaires plus énergiques que le courant de la première hélice (voy. D, p. 25);
6° Que lorsque les rhécphores humides sont appliqués sur la surface cutanée, le courant de la deuxième hélice pénètre plus profondément dans les tissus que le courant de la première hélice (voy. E, p. 26) ;
7° Que les actions physiologiques différentielles des courants de la première et de la deuxième hélices ne peuvent être appliquées indifféremment à la thérapeutique (voy. A, p. 34).
Comme corollaire des propositions qui précèdent, il faut donc conclure que tout appareil magnéto-électrique destiné à la pratique médicale, qui ne possède pas la première et la seconde hélices construites dans certaines proportions relatives de sections et de longueur de leurs fils, ne répond pas à tous les besoins de la thérapeutique.
Les préceptes qui précèdent n’ont j'as tardé à exercer une grande influence sur la fabrication des appareils magnéto-électriques. En
effet, soit qu’ils en eussent compris l’importance, soit qu’ils voulussent répondre aux demandes des médecins, les fabricants des appareils magnéto-électriques les plus répandus, dans la pratique médicale, MM. Breton frères et Gaiffe leur ont appliqué la double induction.
C’est sans doute par oubli que M. C. Le Roux n’a pas signalé cet important perfectionnement de l’appareil magnéto-électrique de M. Gaiffe, dont il a fait d’ailleurs un éloge mérité (voy. p. 286). Cet oubli est d'autant plus regrettable, que cet habile fabricant a su trouver les proportions relatives de section et de longueur des fils en rapport avec la puissance de l’aimant, qui donnent aux hélices le max:mum d'action physiologique différentielle. M. Gaiffe à fabriqué un pelit, un moyen, et un grand appareils magnélo--électriques, et c’est aux deux derniers modèles qu’il adapté la double induction. Il est à regretter que l’on ne trouve dans les hôpitaux de Paris que le plus petit modèle bien insuffisant non-seulement par la faiblesse de son courant, mais aussi par l’absence du courant de la deuxième hélice,
MM. Breton frères ont livré au commerce un grand et un pelit appareils magnéto-électriques. D’après M. Le Roux, ils auraient essayé d'ajouter la double induction au premier modèle.
J'ai eu l’occasion d'examiner l’action différentielle des deux hélices.de l’un d’eux que j'ai rencontré dans un de nos hôpitaux de Paris, et, à ma grande surprise, j'ai trouvé que les caractères distinctifs de leur action différentielle étaient à peine appréciables.
Quelle en est la raison ? MM. Breton frères ont-ils observé les proportions de section et de longueur que doivent avoir, pour la prcduction de la double induction, les fils de la première et de la seconde hélices, eu égard à la force initiale de l’aimant ? les deux hélices sont-elles parfaitement indépendantes l’une de l’autre ? Ne les ayant pas débobinées, j’en ignore la véritable cause. Il sera facile à ces habiles fabricauts qui ont tant contribué à vulgariser l’application des courants d’induction, en construisant, les premiers, les appareils magnéto-électriques les plus portatifs, de remplir le desideratum qu'il était de mon devoir de signaler ici.
B, /ntermittences lentes ou rapides. — Dans l’article (chap. 1, art. A) où j'ai exposé les propriétés: et les dispositions particulières que doit posséder tout appareil d’induct'on destiné à la pratique médicale, j'ai fait connaître l’action spéciale des intermiltences lentes et des intermittences rapides, 4° sur la contractilité électromusculaire, 2° sur la sensibilité musculaire, 3° sur la ton'cité musculaire, 4° sur la nutrition musculaire, 5° sur la sensibilité électrocutanée.
Ensuite j'ai pasté en revue les principales conditions pathologi-
ques dans lesquelles les intermittences rapides méritaient la préférence etdans lesquelles elles étaient formellement contre-indiquées et dans lesquelles devaient être remplacées par des intermittences plus ou moins éloignées, sous peine de produire quelquefois des accidents. Il faut en conclure que tout appareil magnéto-électrique qui n’est pas construit de manière à fournir des courants avec des intermittences lentes ou rapides, selonles indications thérapeutiques à remplir, ne sont pas applicables dans un grand nombre de cas.
C’est ce qui vient d’être compris enfin par M. Gaiffe, qui, à l’imitation de mon appareil magnélo-électrique, ne laisse arriver aux électrodes qu’une ou deux intermitlences par révolution de la grande roue. 7
Il est à espérer que tous les fabricants d'appareils magnéto-électriques suivront cet exemple facile à réaliser. Ce sera un grand progrès.
C. Graduation. — Tout appareil d’induction médicale doit pouvoir distribuer ses courants à des doses proportionnées aux différents degrés d’excitabililé très-variables, dans l’état de santé ou dans l’état de maladie, des nerfs sensibles. ou moteurs, des muscles et d’autres organes situés plus ou moins profondément (voy. $ IV, p. 228); en outre la graduation doit se faire exactement et sur une échelle d’une étendue suffisante (voy. S IH, p. 229).
Sans ces conditions, les appareils magnéto-électriques sont souvent inapplicables à la pratique médicale.
Les appareils de Pixti, de Clarke et de Saxton sont complétement dépourvus de gradualion. C’est Page qui, le premier, a essayé de l’obtenir en mobilisant l’aimant de son appareil magnéto-électrique (voy. fig. 68) et en le rapprochant ou en l’éloignant plus ou moins du fer doux. Cette idée reposait sur ce principe : que, dans un appareil magnélo-électrique, plus l’aimant est éloigné de son fer doux ou de son électro-aimant, pius l'influence inductrice des changements alternatifs d'état de ces aimants s’affaiblit et vice versa.
Depuis lors, ce mode de graduation a été imité par la plupart des fabricants. Mais il est très-défectueux, car il n’existe aucune proportionnalité entre les divisions dugraduateur et la diminution ou l’augmentation d'intensité du courant, lorsque l’on éloigne ou que l’on rapproche l’aimant du fer doux.
Le graduateur est, en général, une pelile tige métallique qui sert à éloigner ou à rapprocher l’aimant du fer doux. Ce graduateur a un centimètre el demi environ de longueur; son action ne devient sensible que dans sa seconde moitié, parce que, dans cette première moitié, le fer doux n’exerce sur l’aimant aucune influence physiologiquement appréciable, chez l’homme. A partir de la seconde moitié, à peu près, du graduateur, le courant va croissant dans des propor-
tions énormes(dans des proportions géométriques, presque en raison du carré des distances). Il est impossible de doser exactement la puissance faradique sur un système de gradualion aussi irrégulier. |
D'autre part, la progression du graduateur et l’accroissement de la force du courant d’induction fussent-ils dans des rapports exacts, en d’autres termes, l’augmeatation ou la diminution de l'intensité du courant fussent-elles dans des proportions arithmétiques, ce système de graduation n’en serait pas plus applicable à la faradisation localisée, ni à certaines recherches physiologiques ou pathologiques ni même souvent à la thérapeutique, parce qu’elle ne se fait pas sur une échelle d’une assez grande étendue.
On a vu cependant que j'ai appliqué le système de Page à mon appareil magnéto-faradique {avec cette différence, qu’au lieu de l’aimant, c’estle fer doux que j’airendu mobile), mais que je l’ai employé seulement comme modérateur des courants (voy. E, p. 271), c’esta-dire qu’il est destiné à convertir l'appareil magnéto-électrique le plus puissant en un appareil plus ou moins faible, dont je mesure les doses fortes ou les doses les plus faibles avec les cylindres métalliques graduateurs (voy. D, p. 271). Ce système de graduation par les cylindres n’est applicable qu'aux hélices enroulées sur laimant..
If. — APPAREILS ÉLECTRO-DYNAMIQUES.
À. Double induction. — L'action électro-physiologique différentielle des courants de la première hélice (extra-courant) et de la deuxième hélice (courant induit) est incomparablement plus prononcée dans les appareils volta-électriques, que dans les appareils magnéto-électriques. En outre, on obtient des premiers, sous un petit volume, une puissance beaucoup plus grande. Ce sont ces principales raisons qui rendent les appareils volta-électriques plus utiles, au point de vue thérapeutique, et qui leur ont valu la préférence dans la pratique et surtout dans les hôpitaux de Paris, où ils sont plus répandus que les appareils magnélo-électriques.
Lorsque j'ai commencé mes recherches (vers 1846), les appareils électro-dynamiques ne présentaient en général qu'un extra-courant ; ceux qui possédaient la double induction, comme l'appareil de Roguetta, construit par MM. Breton frères, n’utilisaient que le courant induit, Mais depuis que j'ai démontré que l’extra-courant et le courant induit exercent des actions différentielles (ce qui m'a forcé à écrire qu'ils jouissent de propriétés physiologiques différentielles, expression laut et injustement critiquée par MM. Becquerel), les fabricants se sont empressés de les construire de manière à pou-
voir recueillir, à volonté, l’un ou l’autre courant et à en faire l’application suivant les indications.
Il faut que l’on sache que, pour obtenir de l’extra-courant une intensité qui le rende utile, il faut que son fil ait une longueur suffisante. Je n’ai pas rencontré dans tous les appareils électrcdynamiques même les plus volumineux une action également différentielle entre les courants des deux hélices, ce qui dépend évidemment d’un vice de construction (d’un défaut de proportionnalité entre la section et la longueur de leurs fils); dans certains appareils, je n’en ai même trouvé aucune; ce qui s’est explique par une fraude que je dois ici signaler, Ces appareils n'ont qu'une hélice composée d’un fil gros (un demi-miil. de section environ) assez long et se continuant dans un fil relativement très-fin (d'un septième à un sixième de mill. de section). Deux boutons électrodes recueillent le gros fil au moyen de fils conducteurs qui en dérivent le courant, et deux autres boutons qui communiquent avec les extrémités du fil fin, reçoivent le courant de toute l’hélice composée alors d’un fil gros dans sa première partie et d’un fil trèsfin et beaucoup plus long dans sa seconde. Tout le monde comprend que ces boutons électrodes ne donnent qu’un extra-courant provenant d'une même hélice, et que le courant de l'hélice entière doive être plus intense que celui de sa première portion, mais que ces courants ne peuvent jouir des propriétés différentielles de l’extra-courant et du courant induit, Ces appareils sont livrés au commerce, comme possédant un exlra-courant et un courant induit ! Leur fabrication est, on le conçoit, plus simple et coûle moins de fil que les appareils à double induction ; mais l’acheleur est trompé. Il lui sera facile heureusement, aujourd’hui qu’il est prévenu, de reconnaître alors la fraude par l'absence des propriétés différentielles des deux courants.
B. Intermittences.— Jadis les appareils électre-dynamiques ne possédaient que des intérmittences rapides obtenues, soit au moyen de roues analogues à celle de Masson, soit par des trembleurs construits sur les principes de l’appareil de Nœff,
Aujourd’hui la plupart de ces appareils marchent, à volonté, avec des intermiltences espacées ou très-rapides. Mais chaque intermittence éloignée doit être parfaitement isolée, nette et sans vibrations.
Les intermittences éloignées du grand appareil électro-médical de M. Ruhmkorff (voy. fig. 72) sont illusoires; chaque dent de sa roue en étoile recueille en effet une série d’intermittences très-rapides de son trembleur. J’ai signalé ce vice de construction à cet habile fabricant, qui s’est empressé de le corriger et de produire sur sa roue ces intermiltences nettes et isolées.
Les intermiltences produites par le contact d’une lame métalli-
que faisant ressort ne sont pas toujours bien nettes. Le frottement de ces vibrations donne une forte intermitlence suivie d’une série de petites vibrations extrêmement rapides qui excitent vivement la sensibilité et rend la faradisation musculaire douloureuse.
Les rhéotomes à intermittences rares ont l’inconvénient d’occuper une des mains de l'opérateur ou de nécessiter le concours d’un aide ; avec la pédale rhéotome, comme celle dont je me sers (voy. Y, fig: 45), cet inconvénient est évité. Il est à désirer que les fabricants joignent cet accessoire à leurs appareils électro-dynamiques.
La plupart des trembleurs des appareils électro-dynamiques donnent des intermitteuces vibratoires. M. Guiffe s’est appliqué particulièrement à éviter ce défaut.
C, Graduation. — Lorsque j'ai commencé mes recherches sur les améliorations à faire subir aux appareils d’induction, MM. Breton frères avaient déjà construit, sous l'inspiration de Rognetla, un appareil électro-dynamique à double induction, dans lequel Ia graduation du courant induit était oblenue par le glissement de l'hélice à fil gros dans l’hélice à fil fin. En enfonçant graduellement la première dans la seconde, l’indueclion n’avait lieu que dans les spires qui se trouvaient mutuellement en rapport et conséquemment l'intensité du courant allait en augmentant proportionnellement. C'était l'inverse, lorsque l’on retirait la première hélice. Ge mode de graduation était parfait; aussi l’avais-je primitivement adopté pour mes appareils volta-électrique et magnéto-électrique (voy. fig. A4); mais en le modifiant d’une manière importante et en l'appliquant à la graduation des deux hélices {ce qu'avait négligé Rognetla qui n'avait pas utilisé l’extra courant, parce qu'il ne connaissait pas l’action différentielle de celui-e1 et de la deuxième hélice).
Au lieu de l’hélice interne à (fil gros), comme dans l’appareit de Rognetla, c’est l’hélice externe à fil fin que j'avais rendue mobile et qui, en recouvrant ou en découvrant plus ou moins l’interne, glissait sur deux tiges conductrices métalliques, mises en communication avec les extrémités de son fil et avec les boutons électrodes. Afin d'obtenir la gradualion de lextra-courant par la deuxième hélice, je fermais le circuit de son fil et je la faisais progresser sur ia première hélice. Inutile de dire que la gradualion était la même que dans l’appareil de Rognetta.
Ce système de Édualon était excellent, téétdant je l’ai abandonné, dès que j’eus découvert que les cylindres métalliques, marchant graduellement à l’intérieur et à l’extérieur des hélices, graduaient tout aussi bien l’intensité des courants. Alors au lieu de construire deux hélices indépendantes dont l'extérieur emboitait l’interne qui restait fixe, j’enroulai l’hélice à fil fin directement sur le fil gros (chaque rang étant isolé, bien entendu, par un papier
verni). Il en résulla une augmentation d'intensité du courant induit par le fait du rapprochement des deux hélices d’un à deux mille mètres environ et une simplification de fabrication. Mon appareil à double courant a plus de solidité.
La graduation par l'influence mutuelle des hélices (qui, on le voit, est d'origine française) a été adoptée par M. Ruhmkorff qui à construit l’appareil dit à chariot de M. Du Bois-Reymond.
C’est sans doute dans le désir de complaire à quelque admirateur de tout ce qui se fait à Berlin que M. Ruhmkorff à imité l’appareil construit par M. Siemens dans son'‘grand appareil médical. (Je me réserve de faire ressortir les inconvénients de ce système de graduation surtout pour l’appareil de M. Ruhmkorff.)
Mais la préférence donnée par la plupart de nos fabricants de Paris à mon système de graduation par les cylindres métalliques prouve que j'ai eu raison.
Les appareils électro-dynamiques de force moyenne, alors même qu’ils sont gradués au minimum sont encore trop puissants pour certaines applications délicates, par exemple, pour la faradisalion de la corde du tympan. J’engage les fabricants à joindre à ces appareils un tube à eau que j'ai appelé modérateur (voy. F, fig. 45), qui est destiné à réduire à une faiblesse extrême l'appareil le plus puissant et que l’on peut alors graduer à l’aide de cylindres métalliques.
D. Pile. — Les inconvénients de l'emploi de la pile, dans les appareils électro-dynamiques, sont tels, qu'ils leur ont fait souvent préférer les appareils éleetro-magnétiques. Les praticiens reculent devant les manipulations plus où moins longues ou désagréables qu’elle nécessite. La moindre négligence ou maladresse, dans son emploi, peut occasionner une détérioration plus ou moins grave des appareils. C’est pourquoi les fabricants se sont efforcés d’éviler ou de diminuer les inconvénients de l’usage de la pile. Sous ce point de vue, je vais avoir à signaler un progres.
a. Les inconvénients nombreux de lacide azotique, principalement à cause du dégagement de gaz nitreux qui attaque les pièces métalliques de l'appareil, ont fait rejeter par la plupart des fabricants l’application de la pile de Bunsen aux appareils électro-dynamiques.
MM. Legendre et Morin qui ont continué de l'appliquer à leur appareil, parce qu’elle est beaucoup. plus puissante que les autres piles (piles Daniel ou au bisulfate de mercure de Marié Davy), que donnaut une quantité notable d'électricité, elle à l'avantage de pouvoir êlre montée plusieurs heures à l’avance, de rester plusieurs heures en action et enfin être démontée à loisir, Ces fabricants ont fait, il est vrai, disparaîlre les inconvénients du dégagement de gaz acide nitreux, en adoplant à leur pile (/ig. 79) un
couvercle en gutta percha B qui ferme à peu près herméiiquement {out son système. Cependant, malgré ce perfectionnement, MM. Legendre et Morin doivent renoncer à cette espèce de pile de Bunsen, sous peine de voir leur petit appareil perdre, surtout dans les hôpitaux, la faveur méritée sous d’autres rapports, dont il a Joui jusqu’à présent.
b. La pile de M. Marié Davy (charbon, zinc, solution de bisulfate de mercure) peut heureusement remplacer la pile de Bunsen dont elle n’a aucun des inconvénients que je viens de signaler; aussi me suis-je empressé de l'appliquer à la pile plate de mon appareil voltafaradique (voy. p. 252).
La plupart des fabricants ont suivi cetexemple, etils ont construit des éléments à forme plate analogue à celle que j'ai appliquée, depuis bien des années, à mes appareils, c’est-à-d're des éléments composés de charbons placés iaférieurement, chargés de poudre de bisulfate de mercure sur laquelle on verse un peu d’eau et de plaque, de zinc recouvrant le tout. (On se rappellera qu'avant l’emploi du bisulfate de mercure ces éléments étaient disposés de la même manière, el qu'au lieu de la solution de bisulfate de mercure, j'ai employé d'abord l'acide azotique et plus tard l'acide sulfurique étendu dont j'imbibais mon charbon.) Mais le mode de préparalion de leur pile ne me paraît pas donner des résultats aussi a vantageux que la mienne.
En effet la poudre de bisulfate que je mets sur la surface de mon charbon plat, est en assez grande quantité pour former, lorsqu'elle est humectée, une couche d’un demi-millimètre d'épaisseur. L’eau que je verse sur celle pâte, au moment de m’en servir, délaie complétement cette pâte, et le drap épais qui est placé entre cette pâle et le zinc est lui-même bien imbibé d’eau. Ainsi chargée ma pile peut faire un service continu pendant une douzaine d'heures, en marchant avec des intermiltences rapides et conséquemment pendant plusieurs jours, avec les intermittences éloignées que J'applique habituellement, Dans l'intervalle des applications, le zinc est seulement reuiré et essuyé (de sorte que sa surface brillante est toujours amalgamée); puis afin d'éviter l’évaporation du liquide de la pile par le contact de l'air, une plaque en caoutchouc durci remplace le zine.
Avec ce mode de préparation, une pile est toujours prête à fonctionner longtemps avant que j'aie à renouveler la pâte de bisulfate de mercure; elle conserve sa force jusqu’à l'entière décomposition de ce sel ; j'ai seulement à verser de temps en temps un peu d’eau sur le drap qui recouvre le charbon.
Les piles au bisulfate de mercure, dans les petits appareils de M. Gaiffe, Ruhmkorf et Trouvé, contiennent seulement la quantité de
bisulfate de mercure qu’elle peut tenir en solution, de sorle que l’on ne saurait s’en servir plus d’une heure de suite, sans que l’on ait à recharger la pile; en outre ne l’applique-t-on que quelques minutes, il faut chaque fois jeter le liquide, essuyer son zinc afin de remporter l'appareil, el renouveler la préparation de la pile pour un autre malade.
Enfin j'ai remarqué que ma pile se polarise moins; ce que j'atiribue à l’application immédiate contre le zinc, du drap humide qui empêche sans doute un grand nombre de bulles de gaz hydrogène, produites par Paction de la pile, d’aller adhérer contre sa surface; tandis que dans les autres piles ces bulles d'hydrogène ne rencontrent aucun obstacle pour aller se coller contre le zinc el dérober ainsi une plus grande partie de sa surface à l’action chimique de la pile.
Je conseille donc aux fabricants qui font usage de piles plates au bisulfate de mercure et non closes de les préparer comme la mienne,
La pile au bisufalte de mercure en flacon que M. Ruhwkorff vient de joindre à son appareil d’induction pour les hôpitaux (voy. A. fig. 72) est bien conçue.
Elle rappelle, il est vrai, par sa forme, sa disposition et son mécanisme, la pile en flacon de M. Grenet, dont elle se distingue seulement par l’emploi d’une solution saturée de bisulfate de mercure au lieu de chromate de potasse, mais surtout par sa monture qui est en caoutchouc durci, au lieu d’être en métal qui serait inévitablement amalgamé par le mercure et deviendrait cassant.
La pile au bisulfate de mercure en flacon de M. Ruhmkorff peut fonctionner assez longtemps, sans que l'on ait à la recharger. Lorsque l’on n’en fait pas l'application, on maintient le zinc en dehors de la solution du bisufalte de mercure à l’aide d’une tige métallique, veut-on s’en servir ensuite, il suffitdel’enfoncer dans le liquide et cela graduellement de manière à l’augmenter peu à peu et à volonté l’intensité du courant. L'usage de cette pile au bisulfate ainsi disposée sera une grande économie pour l’administralion des hôpitaux, car elle ne peut occasionner aucune détérioration dans les appareils, et parce que sa manipulation est des plus simples.
Mais le flacon de cette pile a environ 7 à 8 centimèlres de hauteur, sans compter 6 centimètres de haut pour la tige qui, dans l'intervalle de son application, sert à tenir le zinc en dehors de la solution de bi-sulfale de mercure ; c’est-à-dire qu’en largeur il occupe une place assez considérable dans l'appareil, et qu'en hauteur il ne peut être enfermé dans sa boîte. C'est le seul reproche à faire à cette pile; mais il est incontestable que son volume est un inconvénient réel qui rend l’appareil moins portatif.
D’autres fabricants, tout en s’efforçcant comme M. Ruhmkorff, de rendreles manipulations de la pile plus faciles et moins fréquentes, se sont parliculièrement appliqués à en diminuer le volume et à Les rendre plus portatives. Ils l'ont renfermé dans un étui en caoutchouc durci, à l'aide d’un couvercle à vis, auquel sont fixées les parties solides de la pile. Des petites piles hermétiquement fermées avaient été appliquées antérieurement dans la physique amusantcen raison de leur petit volume. Les preslidigitaleurs les tenaient dans leurs poches, et, en y glissant adroitement leur main, ils faisaient marcher, à distance, des électro-aimants qui communiquaient avec elles, malgré l’origine peu sérieuse de ces petites piles, leur applicalion aux appareils d'induction médicaux n’en est pas moins très-utile et un progrès.
Pour être juste néanmoins, je dirai ici que M. Trouvé paraît être le premier qui ait construit Ja pile à étui en caoutchouc durci appelée par lui pile hermétique ; il en a fait une pile au bisulfate de mercure (voy. sa description, p. 295).
M. Gaiffe a donné à ses piles la forme hermétique en caoutchouc durci de M. Trouvé. Mais sa composition est essentiellement différente ; elle est au chlorure d’argent (voy. fig. 80 et 81.). La pile hermétique au bisulfa'e de mercure de M. Trouvé ne peut fonctionner qu'une heure el demie, après laquelle, il faut la recharger. La pile hermétique au chlorure d'argent de M. Gaiffe pouvait d’abord fournir un travail continu d’une intensité constante et d’une durée de dix heures environ, le circuit étant fermé par un appareil d'induction ; ce fabricant m’annonce que sa pile marche maintenant 24 heures au moins, grâce à une modification qu'il vient de lui faire subir (1).
Lorsque cette pile est épusée, il faut la recharger avec un nouveau fragment de chlorure d'argent (voy. Y, fig. 80), ce qui est d’une exécution facile,
L'un des principaux mérites de ces piles hermétiques à étui est, selon leurs fabricants, de fermer hermétiquement, de manière à n'avoir pas à craindre que leur liquide s’épanche au dehors et ne détériore l’appareil ou les vêtements, lorsqu'on les portesur soi. C’est une illusion, car l’hÿdrogène, dont le développement plus ou moins grand est le résullal inévitable de son aclion chimique, ne tarde
(1) « Le chlorure de sodium, m'écrit M Gaiffe,n’étant employé que dans le but de rendre le liquide conducteur et le produit de la pile étant du chlorure de zinc, j'ai remplacé le premier par une quantité égale du second , afin de n’avoir qu’un seul selet d'éviter l'action que ces deux chlorures exercent l’un sar l’autre, action nuisible à l1 pile, puisque, chargée de la nouvelle manière, elle fonctionne régulièrement beaucoup plus longtemps. »
« Un autre avantage du chlorure de zinc pour exciter la pile, c’est que, par son emp'oi, on évite la production de gaz, même quand la charge de chlorure est épuisée, »
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pas à se créer une voie par une petite fissure, qui existe habituellement dans le voisinage des fils métalliques et qui traverse le couvercle. Arrive-t-il que le mastic, qui entoure les fils métalliques, réciste à la pression du gaz, et que celui-ci ne puisse s'échapper, il y à danger d’explosion, si, à un moment donné, et dans certaines circonstances, il y a production rapide d’une grande quantilé du gaz.
«Un autre avantage du chlorure de zinc pour exciter la pile, c’est que, par son emploi, on évite la production de gaz, même quand la charge de chlorure est épuisée. »
On est exposé davantage à cet accident, avec la pile au bisulfate de mercure dont l’action chimique produit de l'hydrogène par la décomposition de l’eau. L'action chimique dela pile au chlorure d'argent ne dégage pas, on le sait, de gaz hydrogène ni aucun autre gaz (1). Mais si son chlorure d'argent est épuisé, c’est-à-dire si elle perd son action propre et qu’elle se trouve dans le circuit d’une pile composée d’un assez grand nombre d'éléments, elle remplit l'oflice d’un volta-mètre, et alors le courant, enlatraversant, décompose son eau et produit une grande quantité d'hydrogène. C’est dans ces circonstances qu’un élément au chlorure d’argent renfermé dans un étui imperméable peut faire explosion (2).
Ceci étant donc établi, il est plus simple et prudent de pratiquer à travers l’enveloppe en caoutchouc durei nne ouverture capillaire (de sûreté), par laquelle le gaz puisse s’éch1pper, lorsque sa pression devient trop forte.
E. Puissance et volume des appareils électro-dynamiques.
Dans certains cas, ai-je dit, les appareils d’induction doivent être très-puissants (voy. 111, p. 226). Il s’agit ici de leur action physiologique el, à ce point de vue, de déterminer leur puissance. Ce n’est pas alors chose si simple, ainsi quel’ont pensé MM. Becquerel frères qui ont écrit : L’extra-courant et le courant de premier ordre ne jouissent pas d'action élective sur telle ou telle fonction, mais us ont une action plus ou moins énergique, en raison de leur tension... A l'époque où MM. Becquerel fils soutenaient cette thèse pour défendre une théorie physique (voy. p. 28) ; c'était seulement de l’inexpérience, mais lorsque, huit aas après, M. Becquerel père (s’établissant Juge dans sa propre cause) est venu soutenir la même thèse devant l’Institut,
(1) I n'y a pas production de gaz dans la pile au chlorure d’argent, parce qu'il y a simple déplacement du chlore qui quitte l'argent pour se combiner avec le zinc; en effet avant que la pile ait fonctionné, on a : Ag C!, Zn, HO, Na Cl et l’on trouve après la marche: Ag, Zn HO, Na C{. Le chlore n’a donc que changé de place; l’eau ct le sel n’ont eu qu'une action de présence.
(2) C’est ce qui m'est arrivé à moi-même, au moment où la tenant dansla main, une de ces petites piles à étui en caoutchouc durci, son fond est allé frapper la figure d'une personne qui se trouvait en face de moi avec une partie du liquide qu'elle content.
alors qu'il lui eût été si facile d'acquérir une conviction personnelle en se soumettant à mes expériences, comme l'ont fait tant d’autres physiciens de sa valeur, alors ce n’est plus seulement de l’inexpérience......,. Mais heureusement, il n’a pas eu le pouvoir d’arrêter le progrès, et il est aujourd’hui parfaitement démontré : — 1° que l’extra-courant, qui a très-peu de tension ou infiniment moins que le courant induit, excite, vivement et plus vivement que celui-ci, la sensibilité de la plupart des organes situés sous la peau (les nerfs, les muscles, la vessie, l'utérus, les testicules); — Go que son application thérapeutique, à forte dose, est indiquée dans les Cas Où ces organes sont privés de sensibilité, dans les cas où il faut agir sur la nutrilion, parce que j'ai remarqué qu'il paraît l’activer davantage (peut-êlre en produisant moins puissamment le resserrement des vaisseaux capillaires que le courantinduit); — 3° qu’en raison de sa faiblesse de pénétration dans la profondeur des tissus (en d’autres termes de la faiblesse de sa tension), l’extra-courant est le seul qui convienne aux cas oùil est indiqué d’exciter fortement la contractilité et la sensibilité des muscles superficiels sans atteindre celle des muscles profonds; — 4° que, pour obtenir cette action électro-physiologique spéciale de l’extra-courant, le fil doit avoir une certaine grosseur, sur une assez grande longueur, comme étant donné une force initiale proportionnelle de l’aimant et de 1a pile; — 5° enfin que cet extra-courant néanmoins devient impuissant, dès qu’il faut lui faire traverser une grande épaisseur de tissu, pour aller exciter un organe profondement situé, comme les muscles des couches profondes, chez des individus irès-gras ou œdématiés, ou bien si l’on a à exciter très-vivement la sensibilité de la peau, comme dans les anesthésies profondes, et qu’alors on doive recourir à un fort courant induit dont la tension est puissante,
Ces faits démontrent l'insuffisance des plus petits appareils d'induction, dits en portefeuille, de MM. Gaiffe, Ruhmkorff et Trouvé, appareils dont l’extra-courant est presque nul en force, et dont le courant induit n’a pas assez de tension pour atteindre les museles ou les tissus des couches un peu profondes (c'est avec des intermittences espacées que l’on peut apprécier la faiblesse de ces petits appareils).
Ces appareils d’un très-petit volume, d’un transport facile, ne peuvent être utilisés dans les applications thérapeutiques que dans un petit nombre de cas; je les considère comme de charmants jou- Joux qu’il faut reléguer dans la physique amusante.
MM. Guiffe, Legendre, Morin et Ruhmkorff ont heureusement
(1) A. Becquerel {et E, Becquerel), Traité des applications de l'électricité à la thérapeutique, 1851.
construit des appareils de force moyenne à peu près égale à celle de mon petit appareil forme de livre (voy. fig. 51 el 53), qui répondent à presque tous les besoins de la pratique.
Celui de M. Gaiffe conserve la forme du petit appareil représenté daos la figure 100 ; son volume n’élant augmenté que d’un quart, il est encore très-porlatif ; sa forme aplatie où en portefeuille permet de le porter sous le bras, à la manière d’un livre. Il n’en est pas de même des appareils de M. Ruhmkorff, Legendre etMorin, qui ayant la forme de boîtes doiventétre portés à la main. L’appareil de M. Ruhmkortffest une fois plus volumineux que celui de M. Legendre et Morin. Il pourrait être facilement réduit d’un tiers environ si son fabricant substituait à la graduation par l'influence mutuelle des hélices la graduation par le tube métallique enfoncé dans leur intérieur. Celle-ci a sur la première des avantages qui m'ont fait lui donner la préférence (voy. p. 240). La modification que je propose simplifierait la fabrication de l'appareil de M. Ruhmkorff, et conséquemment en diminuerail le prix et le volume.
Ces appareils de force moyenne sont loin d'atteindre la puissance de mon grand appareil volta-faradique (voy./ig. 45 el 48), qui m'a rendu (ant de services dans des cas où les premiers eussent été certainementinsuffisants ou impuissantset qui, malgré son plus grand volume et son plus grand poids, est cependant encore portatif. Le plus ordinairementil me sert comme appareilde cabinet,eljele fais marcher avec une fraction de ma pile au sulfate de plomb.
4° Je conseille aux fabricants de le prendre pour modèle, au point de vue de son degré, de sa force qu’ils ne pourraient, je crois, dépasser sans danger pour les malades ; 2° au point de vue de sa double graduation par les tubes métalliques internes et externes ; enfin au point de vue de son commutateur des hélices et des pôles. Qu'ils n’oublient pas d’y joindre un tube à eau modérateur (F, fig. 45) qui convertit au besoin ce puissant appareil en un appareil plus ou moins faible, de manière que, réduit à son minimum, ses tubes graduateurs puissent mesurer les doses les plus faibles aussi exactement que les plus fortes.