CHAP. I. — PARALYSIES C0NSÉC. AUX LÉS. DES NERFS MIXTES
pies, ou bien elles étaient compliquées et masquées par une fracture, par une paralysie de cause cérébrale, ou par une luxation scapulo-huméraîe. — Elles se sont présentées assez fréquemment à mon observation, pour que l'on ne puisse les considérer comme des cas trèsrares. Il n'en a pas été fait mention dans les auteurs ; je ne sache pas qu'ils aient relaté un seul fait clinique analogue à ceux que j'expo- • serai bientôt. Ces paralysies sont quelquefois d'un diagnostic difficile; elles ont été souvent méconnues. Rarement, elles sont légères; presque toujours j'ai trouvé leur pronostic plus ou moins grave.
C'est principalement à l'étude de celte dernière espèce de para lysie obstétricale que sera consacré cet article. Cependant, afin de présenter, dans son ensemble, l'étude clinique et électro-thérapeutique des paralysies obstétricales infantiles, je jetterai d'abord un coup d'œil historique et critique sur les paralysies produites par l'application du forceps.
§ f t Paralysies obstétricales infantiles par application
du forceps.
I. — On a attribué à Smellie la première observation de paralysie bi-latérale du membre supérieur, produite par l'application du forceps; mais la relation en est tellement incomplète et obscure qu'il est impossible de juger si cette paralysie était Iraumatique, c'està-dire, due à la compression du plexus brachial par le forceps.
Le premier fait clinique qui ait réellement établi d'une manière incontestable l'existence de cette espèce de paralysie du membre supérieur a été communiqué en 1851, comme je l'ai dit plus haut, à la Société de chirurgie par M. Danyau. En voici la relation.
« Observation XXXV11I. — Une femme primipare, dont l'urine était chargée d'albumine, était arrivée presque au terme d'un travail assez pénible qui avait duré plus de vingt-quatre heures, lorsqu'une attaque d'éclampsie survient. La tète, en position occipito-iliaque droite postérieure, venait de franchir l'orifice. On disposa tout pour l'application du forceps. Pendant ces préparatifs, une seconde attaque très-forte eut lieu. Bien que très-basse, la tête fut un peu plus difficilement extraite que dans les cas simples, où elle est à la vulve en position occipilo-antérieure. L'occiput rut dégagé en arrière, la face en avant.
«L'enfant, garçon fort, à terme, pesant près de 3 kilogrammes et demi (3,22o), naquit dans un état de mort apparente. Il fut ranimé par l'insurflation'après une demi-heure de soins. Lorsqu'il me fut présenté (trentesix heures après sa naissance), il respirait assez bien, mais sans crier ; il avait évacué son méconium, prenait de l'eau sucrée et du lait à a cuiller, mais ne telait pas. Il y avait à la fois hémiplégie faciale a gauche et paralysie du membre supérieur du même côlè. Je ne dirai rien de l'hémiplégie faciale qui n'était pas tout a fait complète et qui otlraU d ail-
leurs les caractères particuliers qu'elle présente chez les nouveau-nés.
« Le membre supérieur gauche pendait immobile sur le côté du corps, l'avant-bras dans la pronation, les doigts demi-fléchis. Lorsqu'on le soulevait, il retombait inerte à sa place; la flexion de l'avant-bras sur le bras était instantanément suivi du retour à l'extension passive; non-seulement aucun mouvement spontané n'avait lieu dans le membre, mais alors on essayait vainement d'en provoquer en pinçant la peau. L'enfant témoignait bien, par un petit grognement et par un léger mouvement d'élévation de l'épaule produit par l'action du trapèze, que la sensibilité n'était point affaiblie, mais la paralysie du mouvement était évidemment complète.
« En examinant la partie latérale gauche du col, je vis qu'une escharre presque linéaire, de 1 centimètre de longueur, et dont la chute laissa plus tard une plaie pénétrante dans le tissu cellulaire, existait ie long du bord externe du trapèze. Elle avait été produite par la branche droite du forceps, qui, sans doute, par suite d'un peu de déflexion et d'inclinaison delà tête, avait pénétré loin sur le côté du col et comprimé le plexus bracbial, comme elle avait comprimé le nerf facial à sa sortie du trou stylo-mastoïdien.
a La vie de l'enfant avait toujours été si précaire, que je ne fus pas étonné de le voir s'affaiblir de plus en plus. Il vécut cependant huit jours, et succomba après être resté, pendant quarante-huit heures, dans une sorte de léthargie, à laquelle se joignirent, le dernier jour, une cyanose assez prononcée, un refroidissement très-marqué et une insensibilité générale presque complète.
Il y avait un léger épanchement de sang dans les tissus environnant le plexus brachial du côté gauche à son origine. Depuis ce point jusqu'au dehors des scalènes, les branches qui concourent à la formation du plexus présentent une teinte sanguinolente, qui ne disparaît nullement par le frottement ; au delà des scalènes, au niveau du creux axillaire, les nerfs sont décolorés, comme à l'état normal. Le tissu nerveux présente partout la consistance ordinaire.
« Les tissus qui environnent le nerf facial, au moment où il sort du trou stylo-mastoïdien pour aller s'enfoncer dans la glande parotide, sont ecchymoses; le nerf lui-même est injecté dans celte partie de son trajet; au delà de la parotide, les rameaux nerveux présentent leur coloration normale. »
En 1867, M. Guéniot a aussi communiqué à la Société de chirurgie un cas de paralysie du membre supérieur produit par l'application du forceps (1), et qui ne différait du précédent que par l'absence de paralysie de la septième paire, et par le défaut d'autopsie. Vingt jours après, il y avait une légère amélioration de quelques mouvements (de flexion de l'avant-bras sur le bras), mais la paralysie du deltoïde persistait depuis lors, et l'enfant a été perdu de vue.
(1) Guéniot, Paralysie du bras chez un nouveau -né extrait par le forceps (Bulletin de IdSociété de chirurgie, p. 34, 1 8 5 1 . )