ART. IV. — ACTION THÉRAPEUTIQUE DE LA PARADIS. LOCALISÉE
les paralysies celle sur laquelle la faradisation exerce la plus heureuse influence.
Je crois bien que la proportion des guérisons de paralysies traumatiques, que j'ai établie sur des faits recueillis dans ma pratique, paraîtra exagérée à certains praticiens; je crains môme qu'ils n'obtiennent pas exactement les mômes résultats. Qu'on n'en accuse pas la faradisation localisée, mais plutôt l'inobservance des règles que j'ai établies, et le plus souvent les difficultés sans nombre d'un traitement qui exige beaucoup de temps et de patience . C'est à tort, eu effet, que l'on a cru longtemps et qu'on s'imagine encore, dans la pratique, que l'action thérapeutique de l'électricité doive toujours se manifester rapidement.
§ VI. — Durée du traitement des paralysies traumatiques des nerfs mixtes par la faradisation localisée.
La durée moyenne du traitement faradique des paralysies traumatiques des nerfs mixtes est de deux à trois mois^mais il en est qui exigent plusieurs années. Je citerai, comme exemple, cet ouvrier (obs. XVIII) chez lequel une luxation scapulo-humérale a produit la paralysie et l'atrophie du membre supérieur et qui n'était pas encore entièrement guéri après deux ans de faradisation. J'écrivais en 1851, c'est-à-dire deux ans après le commencement du traitement : « Son bras et son avant-bras étaient guéris; à la main, les muscles de l'éminence thénar ne sont pas encore entièrement revenus. Combien de temps faudra-t-il encore pour refaire ces derniers muscles ? Je ne doute pas cependant que l'éminence thénar ne guérisse aussi bien que le bras et l'avanl-bras, parce qu'on y observe les mêmes phénomènes thérapeutiques que dans les autres régions (1). »
Il est incontestable qu'un certain nombre de paralysies traumatiques guérissent avec le temps, ou spontanément, ou par les remèdes ordinaires. Dès lors, on serait autorisé à penser que celles qui ont exigé un aussi long traitement électrique que chez le malade de l'observation XVIII, auraient pu guérir également avec le temps. Mais ces paralysies traumatiques des nerfs mixtes, qui peuvent guérir avec le temps et sans traitement, sont celles dans lesquelles les muscles ont conservé complètement ou presque entièrement leur contractilité électrique.
Que l'on ne s'appuie pas sur ces guérisons spontanées des paraît) « Depuis que j'ai porté ce jugement, le malade a suivi son traitement pendant plusieurs mois encore, mais d'une manière incomplète et irrégulière. 11 se faisait farndisor à peine une fois par semaine. Le court abducteur du pouce est resté paralysé et atrophié ; les autres muscles de la région thénar sont revenus à peu près complètement. » Elect. /oc, 1" édit., 1851.
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lysies dans lesquelles la lésion des nerfs a été légère, pour attendre leur guérison du temps. J'ai vu ces paralysies légères résister quelquefois aux médications ordinaires (vésicaloires, strychnine), durer jusqu'à une année et guérir par la faradisation localisée en quelques séances. J'en ai rapporté un exemple dans l'observation XXVI!. Si la faradisation localisée eût été employée plus tôt, comme dans l'observation XXXII, la guérison eût été probablement aussi rapide.
On doit encore moins s'en rapporter au temps pour la guérison de ces paralysies traumatiques des nerfs mixtes, dans lesquelles la contractilité et la sensibilité électro-musculaires sont profondément lésées. Voici deux faits qui montrent quelles peuvent être les suites déplorables de la temporisation, dans des cas de ce genre.
Observation XLVt. — Au n° 15 de la salle Saint-Ferdinand, hôpital de la Charité, était couché en 1851 un homme dont un coup de faux sur la partie interne du bras avait blessé quelques-uns des nerfs destinés aux muscles qui meuvent, les doigts el le pouce. Après la guérison de sa blessure, sa main resta paralysée et s'atrophia rapidement. Je constatai, au moyen de la faradisation localisée, que les muscles inlerosseux et lombricaux et ceux de l'éminence thénar, à l'exception de l'adducteur du pouce, étaient les seuls qui ne répondissent pas à l'excitation électrique. De la perte de ces muscles, il élail résulté que ses premières phalanges avaient conservé l'altitude de l'extension, d'une manière continue, et les deux dernières, celles de la flexion, sans que la volonté pût changer celte atlilude. Mais, la paralysie alrophique de ce membre datant de quinze ans, il s'étail pro-, duil de graves désordres auxquels il n'était plus possible de remédier. Ainsi, l'action des fléchisseurs n'étant plus modérée par les interosseux seuls extenseurs réels des deux premières phalanges), ces fléchisseurs s'étaient rétractés, au point de produire la luxalion des deuxièmes phalanges sur les premières. Les surfaces articulaires s'élant abandonnées à la longue, l'extrémité supérieure des deuxièmes phalanges avait glissé sur la face antérieure des premières et s'était arrêtée au niveau de leur partie moyenne. Le pouce avait perdu son mouvement d'opposition; l'altitude pathologique dans laquelle il était resté, pendant quinze ans, avait aussi occasionné des déformations irrémédiables dont j'ai expliqué le mécanisme, dans l'élude électro-physiologique des interosseux.
Observation XLVII. — En 1851 , j'avais observé, dans le même hôpital au n° 13 de la salle Sainte-Marguerile, une atrophie du membre supérieur, datant de vingt ans, et consécutive à une lésion du plexus brachial. Je n'exagère pas en disant qu'il ne restait plus de ce membre que la peau et les os. Il me paraît probable que si ce maiade eût été faradisé à temps, ses muscles auraient pu revenir à la vie tout aussi bien que dans les cas analogues que j'ai cités, car sa peau avait conservé, comme dans ces derniers, une partie de sa sensibilité, ce qui prouve que la communication du membre avec les centres nerveux n'était pas complètement abolie.
J'ai aussi la conviction que le membre du sujet de l'observa-
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tion X VIII aurait eu le môme sort que celui du sujet de l'observation XLY1 que je viens de rapporter, si l'on s'était confié au temps pour la guérison de sa paralysie»
Et qui n'a pas eu l'occasion d'observer les suites déplorables de ces anciennes paralysies consécutives aux lésions Irauraatiques des nerfs? Ces paralysies, et principalement celle qui est produite parla luxation de l'épaule, ont été l'objet d'une savante discussion dans le sein de la Société de chirurgie de Paris, et il en est ressorti celle proposition, à savoir, qu'elles sont souvent incurables. C'est le pronostic qui a été porté chez Guille (obs. XXXI) qui a été renvoyé comme incurable de l'hôpital de la Clinique. On a vu dans son observation que, pendant tout le temps qu'il est resté dans le service de M. Nélaton, il a élé soumis à un traitement faradique régulier qui n'a exercé aucune influence sur sa paralysie et qui n'a pas empêché les muscles de s'atrophier. Je l'avais annoncé; mais j'ai affirmé aussi que cette paralysie serait améliorée, et j'ai tenu ma promesse. Le pronostic porté par M. Nélaton eût été moins grave, si la puissance thérapeutique de la faradisation localisée, appliquée avec cette persistance, eût été mieux connue.
Les faits que j'ai rapportés et d'après lesquels je me crois fondé à dire que la faradisation. localisée est toute-puissante dans le traitement desparalysies qui font l'objet de ce chapitre, ne peuvent laisser aucun doute dans les esprits, car, s'il en est dans lesquels le traitement faradique a commencé une semaine à deux mois après le début, il en est d'autres où l'on a vu la paralysie datant de six mois à quatre ans rester stalionnaire, et dans lesquels cependant les muscles étaient quelquefois tellement atrophiés, qu'il était impossible d'en soupçonner l'existence. Il n'est pas douteux pour moi que, sans l'application de la faradisation localisée, les membres affeclés étaient à jamais perdus, ainsi que je viens d'en rapporter des exemples.
En résumé, je me crois fondé à dire qu'il serait très-imprudent de s'en rapporter au temps pour la guérison des paralysies traumatiques; que la faradisation est, de tous les agents thérapeutiques, celui qui convient le mieux au traitement de ces paralysies, et qu'elle peut encore rétablir les mouvements et la nutrition, alors môme que les muscles paraissent entièrement atrophiés et privés des conducteurs naturels de l'innervation centrale.