‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 163 sur 543 · CIIAP. III. — PARALYSIES SPINALES DE L'ADULTE · texte numérisé non relu

CIIAP. III. — PARALYSIES SPINALES DE L'ADULTE

Observation LXXVI. — Résumé : Fracture de la colonne vertébrale, vers la partie supérieure de la région dorsale, produite par une chute de 50 pieds de hauteur, chez un sujet Agé de 19 ans ; — paralysie complète avec perle de la sensibilité et sans contractions réflexes des muscles paralysés. — Perte de la contraclilité électrique de la sensibilité électromusculaire, le sixième jour après l'accident, dans les musclesde la région antérieure et externe de la jambe, et, à un faible degré, dans le droit antérieur et le vaste externe, le dixième jour, dans tous les muscles de la cuisse, enfin, quelques jours plus tard, dans les gastroméniens; mort en avril 1854 (32 jours après son entrée à la Cbarilé, salle Sainte-Vierge, n°38). (Voir pour les détails, É lectrisation localisée, 2e édit., obs.XXX.)

Les signes fournis, chez ce malade, par l'exploration électro-musculaire, m'avaient annoncé une lésion profonde et en masse de la partie inférieure de la moelle épinière. On remarquera que, dès le sixième jour, un certain nombre de muscles avaient perdu complètement leur contractilité et leur sensibilité électriques, que plus tard ces propriétés n'existaient plus dans un très-grand nombre d'autres muscles, et que la sensibilité de la peau était également éteinte. Mon pronostic fut en conséquence très-grave. Les muscles s'atrophièrent, en effet, rapidement; des escharres ne tardèrent pas à se montrer au sacrum et aux talons, et le malade succomba quelques semaines après mon examen. Je n'ai pu malheureusement assister à son autopsie; mais j'ai appris que la moelle était entièrement ramollie, dans l'étendue de plusieurs pouces, au niveau de la région dorso-lombaire. La pièce anatomique a été montrée à la clinique du professeur Velpeau.

J'ai observé, dans les hôpitaux, plusieurs cas analogues au précédent, et qui se sont terminés par une escharre du sacrum et par une mort plus rapide encore. J'avais prédit cette terminaison fatale, après avoir constaté, du dixième au douzième jour, l'abolition de la contractilité et de la sensibilité électriques dans la plupart des muscles paralysés. Je ne rapporte pas ces faits (dans la crainte de donner trop d'extension à ce paragraphe).

§ If. Paraplégies aiguës par lésion spontanée-aiguë de la

moelle.

Les paraplégies aiguës, produites par une lésion spontanée et inflammatoire de toutes les parties constituantes de la moelle , quelle qu'en soit la cause (par myélite diffuse, par hémorrhagie, etc.), sont caractérisées par les mômes troubles de la sensibilité et de la contractilité électro-musculaire que les paralysies traumaliques de la moelle.

Je choisirai, comme preuve de la vérité de cette proposition, le

A HT. f[. — PARAPLÉGIES SPINALES AIGUËS. 4 49

plus important des faits cliniques de ce genre que j'ai recueillis : un cas d'hémato-myélie. Il a été relaté avec détails, par M. le docteur Duriau (1), je n'en donne ici que le sommaire.

Observation LXXVIH. Paraplégie survenue subitement, chez un jeune homme de 26 ans, sans cause appréciable, avec douleurs lombaires et fourmillements da?is les extrémités inférieures, avec anesthésie des membres paralysés et paralysie de la vessie et du rectum. — Pronostic très-grave porté, d'après l'abolition de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires (2). — Eschare au niveau du sacrum. — Mort le dix-huitième jour. — Autopsie: Hémorrhagie de la moelle, le neuvième jour, au niveau de la onzième paire, et son ramollissement rouge.âtre, de la douzième vertèbre dorsale à sa partie inférieure. (Voy. pour les détails, Electris. loc, 2e édit., obs.XXXl (2).)

M. Duriau avait eu l'obligeance d'attirer mon attention sur ce malade, dont j'ai exploré, le quatrième jour de sa paralysie, l'état de la contractilité électro-musculaire, en présence de M. Piorry et de ses élèves. L'irritabilité était à peu près normale ; mais j'ai déclaré, m'appuyant sur l'expérience acquise dans des cas analogues, que, si dans un temps prochain, elle diminuait, elle serait l'indice

(() Duriau, Union médicale, 17 février 1859, p. 308.

(2) A partir du quatrième jour, j'ai exploré presque chaque jour l'état de la contractilité électro-musculaire que j'ai vu diminuer peu à peu, jusqu'à son abolition le neuvième jour. Alors je ne me suis pas contenté de l'examen à l'aide des réophores humides appliqués sur la peau; j'ai enfoncé plusieurs fois dans les gastrocnémiens des aiguilles que j'ai mises en communication avec mon appareil d'induction, et alors je n'ai pas obtenu plus de contractions que par l'autre procédé. Ce phénomène électro pathologique de la diminution si rapide de la contractilité électrique dans les muscles innervés par la portion de la moelle où siégeait l'hémorrhagie, s'explique par l'inflammation qui en a été la conséquence. On se rappelle en effet que l'examen microscopique a révélé l'existence d'un ramollisement rougeàtre de la moelle.de la douzième vertèbre dorsale,à l'extrémité inférieure de la queue de cheval. Ce fait clinique est donc confirmatif de l'opinion de M. Brown-Séquard sur la cause de la diminution rapide de la contractilité électrique consécutivement aux lésions de la moelle épinière de l'homme. On remarquera en outre qu'il est en parfaite concordance avec les phénomènes électro-pathologiques observés cliniquement, à la suite des lésions traumatiques des nerfs mixtes ou moteurs, et que la cause de la diminution rapide de la contractilité électrique, dans ces différents cas, est la môme : l'irritation ou l'inflammation. Ici donc l'observation clinique paraît être en désaccord avec la physiologie expérimentale qui, à la suite de la section d'un nerf moteur, accuse une persistanceplusou moins prolongée des propriétés électriques des muscles.

M. Charcot, dans ses leçons de la Salpêtrière, s'est efforcé de montrer que ce désaccord n'est qu'apparent. Il a faitr emarquer, entre autre, que dans leurs expériences faites récemment en Allemagne, MM. Erb (*) et Ziemssen (**), en déterminant l'écrasement des nerfs, provoquaient une névrite plus ou moins intense, très-rapidement suivie de la diminution et de l'abolition de la contractilité faradique des muscles animés par les nerfs lésés. S'il se fût agi dans ces expériences d'une section complète des nerfs et non pas d'un écrasement, les résultats obtenus eussent été très-différents. Ilfautcn effet, suivant M. Charcot, en ce qui concerne les effets produits par leslésions des ncTfs sur les muscles, tenir compte de la distinction fondamentale, absolue, entre les effets de l'absence d'action et ceux de l'action morbide {***).

QDeuisches Archio fur klinisch. Medizin. 4 Bil, 1868, à 5 Bd. 1869. (**) Idem., 1868.

('") Mouvement médical. Juin et juillet 1869.

DuciiENNE. — 3e édition. 29

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