‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 166 sur 543 · ART. IT. — PARAPLÉGIES SPINALES AIGUËS · texte numérisé non relu

ART. IT. — PARAPLÉGIES SPINALES AIGUËS

Dans quelle espèce de lésion spinale, la contractilité électro-musculaire diminue-t-elle ? A l'époque où je publiais l'examen critique précédent des recherches de Marshall-Hall, sur l'étal de la contractilité électro-musculaire dans les paralysies cérébrales et spinales, je n'avais pas rencontré l'altération de cette propriété musculaire dans un cas de parésie compliqué de mouvements choréiformes et considéré alors comme une des variétés graves de la chorée. Ce cas, dans lequel existait une lésion spinale, offrait les symptômes de l'espèce morbide appelée aujourd'hui sclérose en plaques. J'avais opposé cette exception au théorème que Marshall-Hall avait présenté comme une loi. Voici la relation de ce fait.

Observation LXXIX.— En 1847, était couché, au n°6 delasalle Saint-Félix, un homme Agé de 38 ans, vigneron, atteint depuis sept ans d'une chorée générale avec affaiblissement musculaire. Cette affection était survenue

l'état de l'irritabilité musculaire dans les paralysies qu'il a appelées, principalement au point de vue physiologique, paralysie cérébrale et paralysie spinale (*). Il l'a formulée de nouveau très-nettement, en 18G0, dans une réclamation adressée par lui à uu journal, à l'occasion d'un mémoire que je vennis de publier sur l'application de l'électrisation localisée au diagnostic des paralysies (**). Voici comment il s'est exprimé : pur paralysie cérébrale et paralysie spinale, je veux dire une maladie, quelle qu'elle soit et dans quelque localité qu'elle soit, qui isole les muscles de l'influence du cerveau et de celle de la moelle épinière respectivement (***). Il faudrait avoir une intelligence bien obtuse pour ne pas saisir le sens réel de cette proposition. Cependant M. Jaccoud m'a accusé de n'avoir pas compris celte distinction, découverte par l'illustre physiologiste anglais : « S'il (M. Duchenne) l'eût saisie, dit-il, il se fût abstenu, je pense, de combattre le théorème de Hall, et il n'eût pas été tenté dé s'attribuer, enla dénaturant, une distinction qui ne lui aj)partientpas. » Celui qui a lu le sous-paragraphe précédent, publié en 1850 et reproduit dans les deux précédentes éditions, s'il se rappelle surtout que dans la cinquième conclusion qui le termine, où je reconnais le premier que Yéminent physiologiste anglais a annoncé l'existence d'un phénomène qui s'est trouvé presque toujours d'une exactitude merveilleuse, lorsque l'on examine alors l'état de la contractilité électrique, en portant l'excitation sur chacun des muscles, celui-là, dis-je, sera bien étonné de me voir ainsi accusé, dans une forme aussi blessante, d'avoir tenté de m'attribuer la découverte de ce phénomène. Comment expliquer une pareille insinuation? L'accusation qu'il a portée contre moi d'avoir dénaturé le théorème de Marshall-Hall, assertion toute gratuite dont la pensée môme ne saurait être justifiée par mes écrits. J'ai dit (et j'ai de nouvelles raisons pour le soutenir encore plus que jamais) que, par son procédé de galvanisation, le seul qu'il ait fait connaître dans ses mémoires et que j'ai rappelé ci-dessus , Marshall-Hall n'a pu produire que des contractions réflexes qui sont toujours irrégulières et dans lesquelles on observe des contractions d'ensemble de certains muscles, et presque toujours des mêmes muscles (les fléchisseurs en général) ; 2° que, dans une paralysie, on ne peut connaître l'état de la contractilité de chacun des muscles, ou de leurs faisceaux, qu'en plaçant les rhéophores humides^ sur tous les points de leur sniface, enfin que, dans ses publications, Marshall-Hall n'avait pas dit qu'il avait employé mes procédés d'électrisation localisée. C'est sur ces questions vraiment scientifiques, que la discussion s'est élevée entre l'illustre physiologiste anglais et moi ; c'est sur ces questions que M. Jaccoud devait porter sa critique, si elle avait quelque raison d'être.

vol'' £yr*kalI"HaW> Transaction of the rouai médical and chirurgical Society, vol. XXII, i'c série,

(") Duchenne (de Boulogne), Exposition dune nouvelle méthode de galvanisation, dite aahawsatmn localisée fArchiu. ijén. de médecine, tttyj.

C") Marshall-Hall, toc. cit. (Archio. gén. de médecine).

CHAI». III. — l'AHALYSIES SHNALES DE L'ADULTE.

sans cause connue, et avait été précédéede douleurs rachidiennes ti -es-vives. Malgré le traitement le plus énergique (venlouses, cautères sur le trajet du rachis, strychnine), la maladie n'a fait qu'empirer progressivement depuis le début, et a réduit le malade à l'étal suivant : l'amaigrissement n'est pas très-considérable, les muscles offrent partout des reliefs assez prononcés; dans la position verticale, la tûfe, le corps sont tellement agités que la station est impossible; dans la position horizontale, le moindre effort musculaire, soit des membres supérieurs, soit des membres inférieurs, excite une ngitation générale. Quand il veut prendre quelque chose, ses bras décrivent des arcs de cercle et se dirigent du côté opposé; l'affaiblissement musculaire est considérable, le malade marche à peine à l'aide 'd'un bras, il ne peut serrer la main. La voix est saccadée, par les secousses convulsives du diaphragme; pas d'aneslhésie cutanée: état général satisfaisant. Nous avons constaté que, dans ce cas, la conlractilité électro-musculaire était normale dans tous les muscles. Plusieurs mois après, le malade ayant succombé à une fièvre continue, son autopsie fut faite avec le plus grand soin par M. Racle, interne et lauréat, des hôpitaux. Voici l'état de la moelle, décrit par M. Racle, interne de service dans une note qu'il nous a communiquée el que je transcris ici : (Les membranes sont saines, au niveau des dernières vertèbres dorsales : la moelle est amincie dans une étendue de 4 à 5 centimètres; sa couleur extérieure est normale; sa consistance n'est ni augmentée ni diminuée); coupée en travers, elle ne présente que de la substance blanche; la substance grise a complètement disparu dans chacune des deux moitiés de la moelle et sur la ligne médiane ; la place de celte substance ne présente qu'une* coloration rosée. Un canal manifeste existe dans chacune des moitiés de l'organe, et Ton peut sans effort y introduire un stylet de deux millimètres de diamètre.

Marshall-Hall avait récusé ce fait clinique qui faisait une brèche à son théorème, sous prétexte que ce n'était pas un cas de paralysie et croyant sans cloute que c'était un simple cas de chorée (1). On ne saurait cependant méconnaître que le maljade s'affaissait dès qu'on le mettait dans la station debout; on se rappelle aussi qu'il

(I) Ce cas était considéré, par les personnes qui venaient l'observer, comme une variété grave de la chorée. Mais j'avais remarqué qu'au repos, ses membres étaient agités par des mouvements convulsifs, seulement pendant les mouvements volontaires; que les contractions spasmodiques différaient essentiellement de celles de la chorée ordinaire, par des mouvements circulaires allant en augmentant d'étendue, depuis le commencement jusqu'à la fin ; que la parole était étrange, lente et par secousses; qu'enfin il existait une diminution considérable de forces; que le sujet, par exemple, fermait incomplètement et faiblement ses mains, et que debout il s'affaissait si on ne le soutenait sous les bras.

J'observais au môme moment un cas absolument analogue, chez une femme du même service. Le début de la maladie remontait à une quinzaine d'années, et il paraissait incurable. A mes yeux, en un mot, ces deux cas n'appartenaient pas à la chorée; ils devaient constituer une espèce morbide spéciale, que j'avais observée à cette époque dans ma pratique civile, chez des enfants qui m'étaient adressés comme des choréiques, bien qu'ils n'eussent pas guéri, et chez lesquels dans mes consultations écrites, je posais un pronostic grave, les appelant alors paralysies chorèiformes, afin de les distinguer de la chorée. Le temps m'a manqué pour eu faire la description ou le sujet d'une étude clinique.

ART. H. — PARAPLÉGIES SPINALES AIGUËS. 4b5

fermait les mains difficilement et faiblement. J'ajouterai enfin que, couché, il exécutait les mouvements de ses membres inférieurs avec une extrême faiblesse. C'était donc incontestablement une parésie, avec mouvements choréiformes, qui apparaissaient seulement pendant les mouvements volontaires.

Mais, depuis lors, mes recherches sur ce point de l'électro-physiologie sont devenues plus précises, lorsqu'elles ont pu s'éclairer de l'anatomie pathologique, surtout de l'examen hislologique de la moelle. Ainsi j'ai constaté que la contractilité électro-musculaire n'est pas affaiblie par les altérations de la substance blanche, à savoir, la sclérose des cordons anléro-latéraux (dans les contractures secondaires, dans l'ataxie locomotive progressive) par la sclérose des cordons postérieurs, enfin par la sclérose en plaques ou disséminée, des cordons antéro-latéraux, antérieurs, postérieurs et de la substance (grise dans la paralysie choréiforme) ; tandis qu'elle n'est affectée dans les lésions de la moelle que lorsque les cellules motrices sont altérées ou atrophiées, comme dans les paralysies spinales aiguës, par atrophie des cellules antérieures, de l'enfance ou de l'adulte.

§ IV. — Paraplégies par compression d'un point plus ou moins étendu de la partie inférieure de la moelle.

La compression d'un nerf mixte produit toujours, outre la paralysie à des degrés, divers des mouvements volontaires, la diminution ou l'abolition rapide delà contractilité électrique, et cela par le fait de l'intlammation de ce nerf, de la sensibilité etde lanutrilion des muscles placés sous la dépendance de ce nerf. Je ne connais pas encore une seule exception à celle règle dont on pourrait par conséquent faire une loi. Il n'en est pas de môme de la compression de la moelle, dans laquelle on n'observe pas toujours des phénomènes symplomatiques, semblables à ceux de la compression des nerfs. Supposons, par exemple, que la moelle soit modérément comprimée par une tumeur osseuse, par un névrome, par une incurvation trop brusque, à angle aigu, comme dans le mal vertébral, par une lésion quelconque de ses enveloppes séreuses ou fibreuses, la suite d'une affection rhumatismale ou inflammatoire des méninges, etc., alors les mouvements volontaires seront affaiblis ou abolis; des contractures symplômes d'une sclérose secondaire des cordons antéro-latéraux pourront apparaître ; la sensibilité sera plus ou moins profondément lésée, des eschares pourront môme se montrer au sacrum ; mais la contractilité électro-musculaire pourra rester intacte et les muscles ne s'atrophieront pas ou n'éprouveront qu'un peu d'amaigrissement si la substance grise des cornes antérieures n'est pas lésée.

Page 1