ART. IV. — PARALYSIE GÉNÉRALE SPINALE DIFFUSE SIBAIGUE
cordons nerveux et augmentant par la pression, chez une femme (AuguslineC ) à-ée de 29 ans,le lendemain d'une exposition au froid et àla pluie.- Un mois plus tard, ces douleurs envahissentles membres droits. - En octobre à droite, difficulté des mouvements d'opposition et d'abduction du pouce et de rapprochement ou d'écartement des doigts; diminution de la saillie de l'éminence thénar et creusement des espaces interosseux; — diminution de la contractilité des muscles de ces régions.— En avril 1866, la malade est devenue complètement infirme ; elle peut encore se soute?iir sur ses jambes et même marcher, ou plutôt glisser alors alternativement les pieds, sans les élever. Les muscles des membres sont atrophiés, surtout ceux dont la contractilité volontaire et électrique est entièrement abolie. — En septembre 1866, sensibilité encore intacte. — Un an plus lard, contracture non douteuse des fléchisseurs de la main gauche et des jambes, cessation de cette contracture vers la fin d'octobre. - Le 12 décembre, paralysie complète des membres supérieurs. — Aggravation de l'état de la malade.
Vers la fin de 1867, M. Dieulafoy interne de M. Jaccoud à l'hôpital Saint- Antoine, m'a conduit au lit de cette malade.
Voici la note que j'ai prise alors sur ce cas et qui pourra compléter cette intéressante observation.
Mon attention a d'abord été principalement attirée par la gêne de sa respiration; sa poitrine était complètement immobile et sa respiration diaphragmalique, contrairement à ce que l'on observe chez la femme, dont la respiration est surtout ccstale supérieure. J'ai constaté que ce trouble fonctionnel n'était pas occasionné par l'atrophie ou la paralysie des intercostaux, mais par des douleurs très-vives qui, siégeant dans la partie moyenne de la région cervicale et de la partie supérieure de la région dorsale, s'irradiaient dans la moitié supérieure environ de son thorax. — Je lui ai fait faire plusieurs inspirations thoraciques assez grandes; mais elles exaspéraient ses douleurs et l'empêchaient de faire ainsi successivement deux inspirations. C'est pourquoi sa respiration était abdominale; c'est pour cette raison aussi qu'elle tenait instinctivement son thorax immobile et comme resserré. — Les douleurs rachidiennes se faisaient sentir aussi dans les muscles de la partie postérieure du cou, ce qui rendait très-douloureux et presque impossibles les mouvements de la tête, et dans le membre supérieur gauche, où elles augmentaient par la pression de la plupart des muscles et des nerfs. Enfin il existait une hypereslhésie de la peau sur plusieurs points où régnaient les douleurs précédentes. Interrogée sur l'état de la motilité, dans le cours de sa maladie, elle m'a donné les détails les plus précis, desquels il résulte que, dans les premiers temps, les muscles des membres inférieurs ont été atteints, pour la plupart, de parésie, et quelques autres de paralysie, avant que ces membres eussent diminué notablement de volume, ce qui rendait la station et la marche difliciles et presque impossibles. (Je reviendrai sur ce fait, lorsque j'aurai à discuter sur le diagnostic de ce cas.) — Je lui ai trouvé ses membres maintenus infléchis, la cuisse sur le bassin et les jambes sur la cuisse, par la raideur des articulations, due à la contracture permanente de leurs muscles moteurs. Mais avant ces contractures, disait-
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elle, elle ne pouvait les mouvoir. La plupart des mouvements du membre supérieur gauche élaient également empêchés par des contractures; mais, du côté opposé non contracturé, les mouvements étaient complètement abolis, bien qu'il s'y trouvai encore des masses musculaires assez développées dont le tissu devait cire normal. En somme, H est ressorti pour moi, de cet examen, que je me trouvais en présence d'une paralysie spinale atrophique.
Au commencement de 1868, transport de la malade à la Salpêtrière. On constate alors, outre l'élat relaté ci-dessus (el décrit très-minutieusement dans l'observation de M M. Charcot et Jotl'roy qui ont emprunléà M. Jaccoud une partie de cette description (1)), aneslbésie cutanée du côté gaucbe du thorax, du membre supérieur droit, de la main gauche et des membres inférieurs où elle est cependant moins prononcée. —Pendant le mois d'avril, douleurs vives à la partie postérieure du cou, au niveau des dernières vertèbres cervicales et des premières dorsales, s'irradiantdansla partie anléro-supérieure du thorax et dans le bras, douleurs qui reviennent par paroxysmes. — Mômes douleurs clans le membre inférieur gauche. — Vers la fin de mai, aggravation de l'état général, eschare à la fesse droite, diarrhée incoercible; disparition de la contracture du membre inférieur droit et des accès de rigidité. — Mort le 1er juin 1868. (L'examen microscopique de la moelle de ce sujet sera exposé avec détail dans le paragraphe suivant.)
§ II. — Anatomie pathologique. — Patliogénie.
En s'éclairant des notions acquises par les recherches analomopathologiques et pathogéniques modernes, on peut facilement prévoir à quelles lésions anatomiques doit correspondre chacun des phénomènes morbides qui apparaissent pendant la marche envahissante de la paralysie générale spinale diffuse subaiguë. En effet, les douleurs vives continues qui suivent le trajet des nerfs eL se font sentir dans les articulations, dans les muscles et à la peau, ces douleurs, qui, ordinairement, marquent le début de celle maladie, doivent être symplomatiques d'une méningite spinale; la parésie et la paralysie atrophiques qui envahissent successivement et en masse les différentes parties des membres et du Ironc, doivent, annoncer que le travail inflammatoire a gagné les cornes antérieures de la moelle; quant aux autres symptômes, ils s'expliquent : les contractures musculaires et les raideurs articulaires par un travail sclérosique des cordons antéro-laléraux; les altérations profondes et plus ou moins élendues de la sensibilité, par une lésion des cornes postérieures; les troubles fonctionnels de la vessie et du rectum, par une grande diffusion de la lésion spinale, surtout immédiatement au-dessus du renflement lombaire; enfin un travail hyperémique ou d'irritation principalement par l'augmenlalion du volume des vaisseaux, l'épais-
(1) Charcot et Joflroy, loc. cit., p. C39.
AllTt ,Y. PARALYSIE GÉNÉRALE SPINALE DIFFUSE SUBAIGUE. *T8
sjssement de leurs parois, l'élargissement de leur gaine lymphatique contenant plus ou moins de corps granuleux.
Celte pathogénie n'est pas théorique, car MM. Charcot et Joffroy ont constaté toutes ces lésions anatomiques dans la nécropsie du "cas dont j'ai exposé sommairement, ci-dessus, les symptômes et la marche (voy. obs. LXXXIV).
Ces observateurs en ont admirablement interprété la signification pathogénique. (Les détails de celte nécropsie ont été longuement exposés dans leur mémoire, ainsi que les considérations pathogéniques dont ils les ont fait suivre; je leur en emprunterai seulement quelques extraits.)
1° Méninges.— « Dans les deux tiers postérieurs de sa circonférence et dans la plus grande partie de sa haufeur, le renflement cervical paraissait enveloppé dans une sorte de manchon fibreux dont la texture, examinée sur des coupes transversales, rappelait assez l'aspect et la consistance du tissu de la cornée. On reconnaissait aisémenl, sur les coupes transversales, que ce manchon était constitué par la dure-mère et la pie-mère considérablement épaissies et intimement unies l'une à l'autre. Cet épaississement des méninges surtout, prononcé à la partie moyenne du renflement, allait on s'amoindiissant rapidement vers les extrémités, et c'est à cetle circonstance qu'était due la tuméfaction fusifôrme que la moelle présentait dans cette région (pl. XIX). 11 n'est pas inutile de Taire remarquer qu'au lieu de leur passage à travers les membranes ainsi hyperlhophiées, les faisceaux des racines postérieures avaient à parcourir de longscanaux creusés, pour ainsi dire, dansl'épaisseur du tissu fibroïtle; mais, dans tous les points de ce parcours, les tubes nerveux, pressés les uns contre les autres, avaient
cependant conservé tous les caractères de l'état physiologique On sait
que, chez A.C., la maladie a débuté le lendemain d'un jour où celte femme était resiée, pendant plusieurs heures, exposée au froid et à la pluie, par des frissons répétés qui ont été bientôt suivis de douleurs paroxystiques, souvent assez vives pour troubler le sommeil, et qui occupaient principalement le trajet des nerfs des membres. Ces douleurs, qui, par quelques-uns de leurs caractères, rappelaient assez bien les fulgurations fie l'alaxie, ont constitué, pendant près de deux mois, pour ainsi dire, toute la maladie, et elles se sont, par la suite, souvent répétées. N'est-il pas vraisemblable qu'elles se soient produites sous l'influence de la méningite spinale postérieure, qui, à celte époque, n'occupait pas, sans doule, exclusivement la région cervicale, et qu'elles étaient dues à l'irritalion des racines sensitives. »
2° Tissu de la substance grise. — «A la région cervicale, la substance grise a perdu à peu près, dans tous les points de son étendue, l'aspect normal. On y distingue en effet un nombre considérable d'éléments nucléaires colorés par le carmin, souvent réunis en amas et pressés les uns conlre les autres; les vaisseaux y sont en outre très-nombreux, plus volumineux que d'ordinaire; leurs parois sont épaissies, et leur gaine lymphatique offre une multiplication considérable des noyaux.»
47 4 CIIAP. IV. — PARALYSIE GÉNÉRALE SPINALE SUBAIGUE.
«En certains poinls, principalement dans les cornes antérieures, l'espace qui sépare les noyaux esl en grande partie constitué par un tissu dense, de structure fibrillaire. »
«Ailleurs, surtout dans les cornes postérieures, les noyaux sont par places moins nombreux et paraissent englobés dans une substance amorphe, finement grenue, demi-transparente et de consistance molle. Enfin, en d'autres points de ces mômes cornes postérieures, les noyaux ont disparu, etla substance amorphe constitue là, à elle seule, des foyers plus ou moins volumineux, à contours nettement accusés, et circonscrits par une sorte de zone ou mieux de membrane très-résistante (Voy. a,fig. \ll pl. I) (t). Nous désignerons ces foyers sous le nom de foyers de désintégration granuleuse, en raison de l'analogie qu'ils nous semblent présenter avec la lésion particulière décrite par L. Clarke, sous la môme dénomination.... Des coupes transversales, pratiquées successivement dans la moelle à diverses hauteurs et suffisamment multipliées, montrent que les foyers observés sur les surfaces de section correspondent à de longs canaux qui parcourent l'organe dans le sens de son grand axe, suivant un trajet en général rectiligne, mais offrant ça et là quelques déviations; de telle sorte que ces canaux, enveloppés de toutes parts par la substance grise dans la plus grande partie de leur étendue, intéressent cependant en certains points la substance blanche (2). »
Voici la déduction pathogénique que MM. Charcot et Joffroy ont tirée de ces lésions à la corne postérieure.
« Chez la malade qui fait l'objet de notre deuxième observation (voy. cidessus, ohs. LXXXV), la sensibilité s'est montrée, pendant les derniers temps de sa vie, soit complètement abolie, soit au moins notablement amoindrie, dans tous ses modes, au membre supérieur droit et sur le côté droit du thorax; elle était seulement légèrement affaiblie au membre inférieur du môme côté, depuis l'extrémité du pied jusqu'à l'aine. Au contraire, sur les mômes parties du côté gauche, la sensibilité était normale; elle paraît môme s'ôtre montrée quelque peu exaltée au thorax. 11 est clair que celle anesthésie, limitée au côté droit du corps, était ici en rapport avec la lésion qui, à la région cervicale de la moelle, avait détruit la corne postérieure de la substance grise du côté gauche. Ce fait vient donc augmenter le nombre des observations pathologiques dans lesquelles une lésion hémilatérale de la moelle épinièrea déterminé une anesthésie croisée (3).»
3° Altération des cellules nerveuses. — « En raison du haut degré d'altération que présentent les éléments de la névralgie, il est remarquable de voir que beaucoup de cellules nerveuses, dans les cornes antérieures, ont conservé la plupar t de leurs caractères normaux : noyau et nucléole très-distincts; pigmentation, dimension comme dans l'état physiologique; la seule altération appréciable que présentent ces cellules, consiste dans l'absence
(1) Section transversale de la moelle, vers le tiers supérieur de la région dorsale; a, foyer de désintégration granuleuse ; b, sclérose symétrique des cordons latéraux.
(2) Charcot et Joffroy, loc. cit.., p. C15. (3j Idem, loc. cit., p. 7 69.
ART. m PARALYSIE GÉNÉRALE SPINALE DIFFUSE SUBAIGUE. 47 5
ou l'extKôme brièveté de leurs prolongements. Quelques cellules, qui ont conservé également leur volume normal, se font remarquer seulement par une pigmentation jaune très-prononcée. Par contre, on distingue trèsnettement, sur chaque coupe, un assez grand nombre de cellules nerveuses qui ont subi, à un dégré très-marqué, l'altération atrophique; elles sont petites, irrégulières, ratatinées, privées de prolongements, et l'on n'y distingueras ni nucléole ni noyau. Enfin il nous a paru évident, tout compterait, que quelques cellules avaient complètement disparu, sans laisser de traces.»
Les cellules nerveuses se présentent avec les caractères que nous venons d'indiquer dans toute l'étendue de la partie supérieure de la région cervicale. Dans la partie inférieure de la môme région, les altérations sont moins prononcées : « Quant à la nature môme de l'altération (de la substance grise), il semble qu'il s'agisse là, le plus communément, d'un processus d'irritation qui désorganise lentement la cellule et en détermine finalement l'atrophie complète (1). » Et plus loin, MM. Charcot et Joffroy font observer que « l'anatomie pathologique semble aujourd'hui désigner la substance grise des cornes antérieures, comme étant le siège commun des altérations spinales, et qu'elle désigne plus précisément les cellules nerveuses de celle région, comme les organes dont la lésion doit entraîner celle des fibres musculaires (2). »
4° Altération des faisceaux blancs.— « Dans la partie supérieure du renflement cervical, les lésions de la sclérose occupent, à des degrés divers, la presque totalité des faisceaux blancs, tant postérieurs qu'anléro-latéraux, mais elles prédominent d'une manière remarquable à la partie la plus postérieure de ces derniers faisceaux, c'est-à-dire dans le lieu où siège de préférence la sclérose rubanée symétrique, quand elle occupe les cordons latéraux.» (Voy. b,b' , fig. 117, pl. 1.)
Les symptômes paralytiques et les contractures observés chez celte malade ont paru à MM. Charcot et Joffroy devoir se rattacher à la sclérose syraélrique des cordons latéraux. Ils ont raison pour ce qui concerne les contractures, mais je crois que les phénomènes paralytiques doivent ôtre principalement attribués, ainsi que les phénomènes atrophiques, à la lésion des cellules antérieures. D'ailleurs, les troubles delà molilité se sont manifestés bien avant les contractures; c'est sans aucun doute par défaut d'attention qu'ils ont écrit, dans leurs considérations, que les symptômes paralytiques ont apparu dans les derniers temps de la maladie; car il est dit, dans le cours de l'observation, qu'en avril 1866, un an avant l'apparition des contractures, outre les troubles de la molilité de ses membres supérieurs, où ils marchent de paire avec Pamyatro-
(I ) Idem, loc. cit., p. 753.
(2) Idem, loc. cit., p. 765.
47 6 CHAI'. IY. — l' A II ALYSIE GÊNÉ HA LU SI'JNALE SUIUIGUE.
phie, a la malade peut se tenir debout et même marcher, mais plutôt en glissant alternativement les pieds qu'en les élevant. En môme temps, il se produit une oscillation singulière du tronc d'un côté à l'autre.» Ces troubles fonctionnels sont certainement l'indice de la paralysie des muscles fléchisseurs de la cuisse sur le bassin, qui, pendant la déambulation, détachent les pieds du sol (ce qu'elle ne pouvait faire); ils montrent en outre la paralysie des moyens fessiers sans lesquels le tronc est forcé de s'incliner latéralement, à chaque pas, pendant la marche (1). En outre, lorsque j'ai examiné cette malade en 1868, je l'ai questionnée particulièrement sur ces troubles de la motilité, et j'ai appris que depuis longtemps, lorsque ses membres inférieurs n'étaient pas raides, ils étaient trèsaffaibliset amaigris; qu'elle ne pouvait plier ses pieds; que non-seulement elle marchait difficilement, mais que debout, comme il vient d'être dit, elle éprouvait une extrême fatigue et qu'elle ne pouvait faire quelques pas sans se reposer. Ce sont là des phénomènes de paralysie et de parésie vraies qui caractérisent la paralysie générale spinale subaiguë, et que l'on n'observe pas dans l'atrophie musculaire progressive, alors même que les malades ont perdu un grand nombre de muscles moteurs des membres inférieurs. On en verra de nombreux exemples dans le chapitre suivant.
En somme, ainsi que l'ont fait remarquer judicieusement MM. Charcol et Joffroy, « dans ce cas, la méningite aurait été le fait initial; puis le travail d'irritation dont la dure-mère et la pie-mère étaient le siège, se serait propagé ensuite, par la voie des grandes trabécules conjonctives, jusqu'à la substance grise. Enfin il aurait envahi en dernier lieu les cordons latéraux, d'abord à la région cervicale, puis progressivement dans toute la hauteur de la moelle. »
Observation LXXXV. — Dans un autrecas de paralysie générale spinale diffuse, rapporté cependant, dans le même travail, sous le titre: Atrophie musculaire progressive (2), la symptomatologie (paralysie des membres inférieurs, le 6 septembre 1864, affaiblissement et atrophie des membres supérieurs avec douleurs dans les mains, le 20 septembre 1804), montre encore que la lésion spinale a dû débuter par les cornes antérieures à différentes hauteurs; qu'elle s'est ensuite étendue au quatrième ventricule principalement au noyau de l'hypoglosse (paralysie glosso-laldo avec atrophie) vers le 1er octobre ; qu'enfin elle a gagné en dernier lieu les cordons antéro-latéraux (contracture des muscles moteurs de quelques articulations des membres inférieurs).
Je me borne à exposer ici ce sommaire qui montre un cas type de paralysie générale spinale diffuse, dans sa plus grande extension
(1) Voir pour le mécanisme de ces troubles fonctionnels mon livre sur la physiologie des mouvements.
(2) Cliarcot et JofTroy, loc. cit. Obs. I, p. 36G.
en hauteur, bien que la lésion ait épargné les cornes postérieures. (Je reviendrai sur ce fait clinique dans le chapitre où j'aurai à traiter la paralysie glosso-labio-laryngée).
La lésion de la paralysie générale spinale diffuse subaiguë siège quelquefois, au début, dans la substance grise qui avoisine le canal central; c'est alors une myélite centrale péri-épendymaire subaiguë; alors elle rayonne vers les parties voisines en les atteignant successivement, et occasionne des troubles fonctionnels périphériques, symptomatiques de l'altération de chacune d'elles.
M. H. Hallopeau, interne des hôpitaux, a communiqué, le 45 août 1869, à la Société biologique un cas de ce genre qu'ila recueilli à la Salpêtrière, dans le service de M. Vulpian, avec examen microscopique de la moelle (1). Il en a fait le sujet d'un travail très-intéressant, où il a réuni toutes les autres observations de 'dilatation du canal central connues dans la science. La plupart des auteurs ont attribué celte lésion à une hydro-myélie ; mais ce patholpgisle a démontré qu'elle estcausée, dans la plupart des cas, par une inflammation de la substance grise centrale (sclérose péri-épendymaire).
Dans ces cas d'agrandissement du canal central, presque tous ceux dont la symptomatologie avait été recueillie et observée avec soin, ont présenté l'ensemble à peu près complet des phénomènes morbides symptomatiques de la paralysie générale ôpinale diffuse, et la sclérose péri-épendymaire s'étendait plus ou moins à toutes les parlies constituantes de la moelle. Parmi ces observations je citerai surtout celles de M. Hallopeaux (2), et de M. O-Schûppel (3).
ARTICLE V
DIAGNOSTIC
Le diagnostic de la paralysie générale spinale subaiguë, par lésion des cornes antérieures de la moelle, paraît être des plus simples. En effet, ses symptômes peuvent se résumer facilement en quelques groupes caractéristiques. Ainsi début, en général, par une faiblesse des extrémités ou de l'une des extrémités inférieures ou supé-
(I) J'ai photographié plusieurs coupes transversales de la moelle de ce malade, préparées par M. Hallopeau; les unes montrent que la sclérose a envahi presque toute la substance gi ise, et qu'elle a produit l'agrandissement énorme du canal central. Dans une de ses coupes, le canal est très-peu agrandi, mais la sclérose n'en existe pas moins dans la commissure antérieure et postérieure et s'étend de là aux autres parties de la substance grise. Cette préparation prouve qu'il n'y a pas eu, dans ce cas, une hydropisie du canal , mais que la lésion ici est une sélérose péri-épendymaire.
(2i Hallopeau Contribution à l'étude de la sclérose diffuse {Gazette méd.y 23 juillet 1870).
(3) 0 Scliuppel, Fall von Ihjdromyelie {Archiv fur Heilkunde, 1865),
478 CHAP. IV. — i'AHALYSIE CÉNÉHALE SPINALE SUBAIGL'E.
rieures ou l'un de leurs segments, gagnant peu à peu les membres entiers ou les deux à la fois, soit du même côté, soit d'une manière croisée sans lièvre, sans douleurs ni fourmillements, ni engourdissement clans les pieds, ni dans les mains, ni dans les membres; 2° augmentation graduelle de la parésie allant jusqu'à la paralysie complète, affectant des groupes de muscles ou tous les muscles d'une portion de membre, ou d'un membre entier, et de tout le corps dans La période ultime; 3° pendant celte période ultime, ordinairement troubles de la parole et de la déglutition, semblables à ceux de la paralysie glosso-labio-laryngée ; 4° ordinairement affaiblissement ou abolition de la contractîlité électro-musculaire, en raison directe du degré de la paralysie musculaire ; 5° atrophie en masse des membres, peu de temps après le début de la paralysie musculaire, augmentant graduellement et proportionnellement au degré de la paralysie et de la diminution de la contractîlité électro-musculaire ; 6° affaiblissement delà sensibilité électro-musculaire proportionnellement au .dégré de la paralysie ; mais intégrité ou peu de diminution de la sensibilité cutanée; 7° miction et défécation normales ; 8° quelquefois arrêt de la maladie avant sa dernière période, et alors retour des mouvements volontaires, même avant celui de la contractîlité électro-musculaire.
Tels sont les éléments de diagnostic de la paralysie générale spinale antérieure subaiguë. Mais il n'en est pas un seul qui soit palhognomonique ; le diagnostic de cette maladie repose sur l'ensemble de ses symptômes et sur leur mode de développement, aussi présente-t-il, au début, des difficultés qui m'ont fait commettre à moi-même des erreurs regrettables, mais ont été pour moi un enseignement.
Je ne traiterai pas ici du diagnostic différentiel de cette espèce de paralysie d'avec la paralysie générale des aliénés. A l'époque de mes premières recherches, cette question a soulevé en 1852, dans la Société de médecine de Paris, une discussion importante. Aujourd'hui, elle a perdu de son intérêt et de son opportunité. Le lecteur la trouvera d'ailleurs assez longuement exposée dans les précédentes éditions.
Les autres affections musculaires, aveclesquelles cette première variété de paralysie générale spinale subaiguë peut être confondue, sont principalement: 1° l'atrophie musculaire progressive; 2° la paralysie saturnine ; 3° la paralysie spinale aiguë de l'adulte par atrophie des cellules antérieures de la moelle dans la période chronique. J'agiterai ces diagnostics différentiels des deux premières espèces d'affections musculaires, dans les chapitres qui leur seront consacrés ; je ne m'arrêterai qu'à celui de la paralysie spinale aiguë de l'adulte d'avec la paralysie générale spinaledécrile danscel article.
ART. Y. — ÉTiOLOGIE, — PRONOSTIC. 47 9
Bien que ces deux dernières affections (et aussi la paralysie alrophique de l'enfance) se ressemblent par leurs symptômes pris isolément, elles se distinguent, en général, facilement entre elles, par la différence de leur processus morbide et surtout du mode de développement de leur paralysie qui dans l'une, est envahissante ascendante ou descendante et qui augmente graduellement, tandis qu'au début, dans l'autre, elle se montre tout à coup à son maximum et va ensuite en décroissant, pour se localiser dans plus ou moins de muscles qui s'atrophient ou dont la texture s'altère. Mais l'espèce de paralysiegénérale spinale dont il est ici question, at-elle été arrêtée dans son développement, et puis la motilité et la nutrition sont-elles revenues dans la plupart des muscles, tandis que quelques-uns de ceux-ci sont restés atrophiés ou altérés dans leur texture à des degrés divers, alors si l'on ne prend pas garde ou si l'on ne peut obtenir des renseignements sur les antécédents, et surtout sur le mode de développement des phénomènes morbides, il sera absolument impossible d'en établir le diagnostic différentiel d'avec la paralysie spinale aiguë de l'adulte et de l'enfance par atrophie des cellules antérieures.
Les symptômes (douleurs méningitiques spinales, troubles de la sensibilité cutanée, paralysie de la vessie et du rectum, eschare au niveau du sacrum ou des fesses) qui, dans la paralysie générale spinale diffuse subaiguë, s'ajoutent aux phénomènes paralytiques, atrophiques et électro-musculaires, observés dans la première variété de la paralysie générale subaiguë, forment un ensemble d'éléments de diagnostic qui rendent impossible toute confusion de la seconde variété avec une autre espèce de paralysie ou d'atrophie. Aussi estil superflu d'en agiter le diagnostic différentiel.
§ III. — Étiologie. — Pronostic.