ART. II, § I. — ANAT0MI1Ï PATHOLOGIQUE. — PATHOGÉNIE
mais ici plus généralisée. J'en fis faire la remarque à M. Cruveilhier qui à cette époque, secondant déjà mes recherches, me permit d'explorer, chez ce malade, l'état de la contractilité électro-musculaire. Peu de temps après, Legrand étant mort à la suite d'une variole, M. Cruveilhier en fit l'autopsie, et voulut bien m'en communiquer verbalement les résultats : à l'œil nu, « il avait trouvé un grand nombre de muscles entièrement graisseux. »
En somme, après un certain degré d'atrophie (diminution de quantité) des faisceaux musculaires, nous avons vu apparaître dans le cas de Le.com te, des granulations plus ou moins abondantes qui masquaient peu à peu la slriation et prenaient de plus en plus les caractères d'éléments graisseux.
C'est la connaissance de ce fait, qui m'a décidé alors à donner à la maladie, qui faisait l'objet de mon Mémoire à l'Institut, la dénomination d'atrophie musculaire, avec transformation graisseuse.
Ce fait anatomo-pathologique me paraît caractC-riser la forme la plus fréquente de l'atrophie musculaire progressive ; il n'est pas contestable, parce qu'il a été confirmé par des pathologistes dont le nom était une autorité. Le passage suivant démontre qu'il a été constaté par M. Virchow lui-même.
«Une des pièces soumises à noire examen présenlc une altération pathologique intéressante, c'est la portion du muscle rouge dont l'un des faisceaux présente l'atrophie graisseuse progressive. Le faisceau dégénéré est plus petit et plus étroit que les autres; des globules graisseux sont interposés entre les stries longitudinales (voy. fig. 144). L'atrophie agit sur les muscles en diminuant le diamètre du faisceau primitif. A mesure que cette graisse se développe, la substance contractile diminue de volume; le pouvoir contractile du muscle devient moins intense à mesure que le contenu de ses faisceaux primitifs devient fig. 144. — Un groupe de faisceaux
. , , ,, . , . . musculaires.
moins abondant, et dans 1 atrophie graisseuse, la graisse remplace peu à peu le contenu de la fibre musculaire. Plus il y a de graisse, moins nous trouvons de substance contractile. En un mot, le pouvoir contractile du muscle devient plus faible à mesure que le contenu normal de ses faisceaux primitifs diminue » (1).
H a, aspect normal d'un faisceau primitif frais avec ses stries transversales. — b, faisceau traité par l'acide acétique étendu. Ses noyaux sont devenus très-distincts : dans l'un, se trouvent deux nucléoles, l'autre est entièrement divisé. — c, traité pai l'acide acétique concentré, le contenu s'échappe par l'extrémité de l'enveloppe (sarcolemme). — d, Atrophie graisseuse. — Grossissement lui) diamètres.
(1) Virchow, La pathologie cellulaire, etc. Traduit de l'Allemand par P. Picard, p. M, 1801.
C1IAP. V.
— ATROl'llIE MUSCULAIRE l'HOGRliSSIVE.