‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 218 sur 543 · ART. I, § II. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

ART. I, § II. — SYMPTÔMES

bord l'état du malade; la langue avait repris rapidement son volume normal; sa surface était devenue unie; ses mouvements et ceux des lèvres avaient évidemment gagné; la prononciation était plus facile et plus distincte; mais la déglutition élait toujours aussi pénible, et la salive continuait de s'écouler au dehors. — L'alimentation devenant de plus en plus difficile, le malade perdait rapidement ses forces. Je me décidai alors à porter un rhéophore dans le pharynx et môme clans l'œsophage. Ces nouvelles excitations faradiques furent, hélas! tout aussi impuissantes que les précédentes. Le malade fatigué retourna dans son pays, où il mourut, quelques mois après, épuisé par une alimentation insuffisante. Pendant les derniers mois de sa vie, on avait dû injecter fréquemment dans son estomac des bouillons et des laitages, à l'aide de la sonde œsophagienne. Sa faim ne pouvait jamais être satisfaite. Enfin les accès de suffocation sont devenus de plus en plus fréquents, et le malade est mort dans un de ces accès.

En somme, tous les troubles fonctionnels étaient évidemment dus, dans ce cas, à la paralysie de la langue et à un défaut d'action suffisante des autres muscles qui président à la déglutition et à l'articulation des mots. (Nous verrons bientôt que les suffocations et les syncopes qui survenaient, de temps à autre, annonçaientune autre lésion nerveuse).

La relation que je viens défaire est un tableau assez fidèle des symptômes que j'ai observés chez tous les autres malades : c'est bien ainsi que leur affection a marché et qu'elle s'est terminée. Toutefois, on doit s'attendre, comme dans toutes les espèces morbides, à rencontrer quelques différences individuelles. — Revenons sur chacun des symptômes de la maladie.

§ II. — Paralysie «le la langue.

La paralysie de la langue apparaît, en général, la première. Elle constitue le symptôme principal de la maladie, car c'est elle qui menace la vie en empêchant l'alimentation. Les troubles qu'elle occasionne dans la prononciation sont caractéristiques. La difficulté ou l'impossibilité d'appliquer la pointe de la langue derrière l'arcade dentaire supérieure et la face dorsale de- cet organe contre la voûte palatine rendent incomplète ou impossible l'articulation de certaines consonnes. Les signes de cette affection sont peu apparents d'abord ; cependant il suffit d'avoir entendu une fois celle espèce d'articulation anormale, pour la reconnaître facilement. J'ai déjà dit que, pour s'en faire une idée, il fallait, en parlant, retenir sa langue abaissée et fixée au plancher de la bouche; alors on n'entend que les linguales; les palatines et les dentales sont articulées comme ch, et cela d'une manière d'autant plus frappante, que la langue peut

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moins s'élever. La pnrole devient de plus en plus inintelligible par l'affaiblissement progressif des mouvements de la langue, et lorsque celle-ci ne peut plus se mouvoir, l'articulation des consonnes précédentes devient tout à fait impossible; le malade ne fait plus entendre qu'une sorte de grognement.

En môme temps que l'on observe ces troubles dans l'articulation des mots, la déglutition éprouve une perturbation qui n'occasionne, pendant quelque temps, qu'un peu de gêne; mais, plus tard, le malade avale difficilement les liquides. Alors aussi la bouche se remplit d'une salive qu'il rejette incessamment au dehors, et dont il remplit son mouchoir.

Cette augmentation de la quantité de la salive et sa viscosité s'expliquent de la manière suivante: à l'état normal, la salive est avalée au fur età mesure qu'elle est sécrétée, et à chaque effort de déglutition de cette salive, — effort qui se fait instinctivement et incessamment, — l'extrémité antérieure de la langue et ses côtés s'appliquent assez fortement contre les parties correspondantes de la voûte palatine, de manière à présenter un plan incliné d'avant en arrière et de haut en bas, sous forme de gouttière; ensuite toutes les parties de la face dorsale de la langue se pressent successivement contre le palais, de la pointe à la base.

Dès l'instant que ces mouvements de la langue sont affaiblis, la salive est avalée incomplètement, et plus lard la déglutition en est impossible; alors elle s'accumule dans la bouche, où elle devient visqueuse par le long séjour qu'elle y fait. Aussi s'écoule-t-elle abondamment au dehors; et lorsque le malade ouvre la bouche, on voit se former un grand nombre de colonnes ou de filaments produits parcelle salive visqueuse et qui adhèrent par leurs extrémités aux lèvres, à la langue, à la voûte palatine. Celle salive est quelquefois tellement gluante, que le malade a de la peine à la détacher des parois buccales; il en éprouve une si grande gêne, qu'on le voitse nettoyant continuellement la bouche avec les doigts ou avec son mouchoir. On ne constate cependant ni rougeur ni altération quelconque de la muqueuse buccale ou pharyngienne.

Bientôt les aliments solides ne sont pas mieux avalés que les boissons; la déglutition des aliments demi-liquides ou des potages est seule possible. Enfin, lorsque la langue est entièrement privée de mouvement, la déglutition est tout aussi impossible que lorsque la bouche est maintenue largement ouverte et la langue abaissée (I). Il suffit, en un mot, de se rappeler l'importance physiologique delà langue, dans le premier et le second temps de la déglutition, pour

(1) Alors pour avaler, les malades renversent leur teto en arrière et placent la main devant la bouclic, afin d'empeclicr les aliments d'être rejetés an dehors, pendant les efforts de déglutition.

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comprendre la gravité de la paralysie complète de tous les muscles chargés de l'exécution de ses mouvements.

§ m. — Paralysie des muscles tlu voile «lu palais.

La paralysie des muscles moteurs du voile du palais vient aggraver singulièrement les désordres fonctionnels occasionnés par la paralysie de la langue. La phonation en est affectée; l'articulation des labiales, qui était restée normale, s'en trouve altérée : le p et le 6 sont alors articulés comme me, fe, ou ve. C'est que l'orifice postérieur des narines ne peut plus être fermé par l'espèce de sphincter constitué par l'action synergique de quelques muscles du voile du palais et du constricteur supérieur du pharynx, sphincter découvert par Gerdy et encore mieux étudié par Dzondi et sur le mécanisme duquel jaurai l'occasion de revenir; c'est qu'alors la colonne d'air expulsée, au lieu de sortir seulement par la bouche et de séparer plus ou moins fortement les lèvres rapprochées l'une de l'autre pour l'articulation de ces labiales, se divise en deux colonnes, l'une qui s'engage par cet orifice béant et fait entendre un son ou souffle nasal particulier, tandis que l'autre va séparer mollement et faiblement les lèvres. Cette division de la colonne d'air expulsé rend encore plus confuse l'articulation des autres consonnes, déjà tant altérée par la paralysie de la langue.

A la difficulté de la déglutition causée par la paralysie de la langue s'ajoute, consécutivement à la paralysie des muscles moteurs du voile du palais, le passage d'une partie des boissons ou des aliments liquides par les fosses nasales.

Il estl'acile de reconnaître la paralysie des muscles moteurs du voile du palais, à la déviation de la luette ou à l'inégalité des arcardes formées par les piliers du voile du palais, lorsque la paralysie n'existe seulement que d'un côté ou qu'elle y prédomine. Mais, dans la grande majorité des cas, je n'ai vu ni déviation de luette, ni inégalité de ces arcades; c'est qu'alors la paralysie est égale des deux côtés. On pourrait donc méconnaître l'existence de la paralysie fonctionnelle des muscles moteurs du voile du palais, et cela d'autant plus facilement, que la sensibilité de cet organe, étant ordinairement intacte ou seulement diminuée, la titillation y provoque souvent la contraction réflexe de ses muscles moteurs, en même temps que celle des muscles du pharynx, comme on le voit dans un effort de vomissement. La phonation nasale et l'articulation vicieuse des labiales, ci-dessus décrites, sont, dans ce cas, les seuls symptômes qui en décèlent l'existence. On en acquiert la preuve évidente, si on force le volume d'air à passer avec plus de force par l'ouverture buccale, en pinçant

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