IV. — Faradisation musculaire indirecte
La faradisation musculaire indirecte exige, on le conçoit, la connaissance exacte de la position et des rapports anatomiques des nerfs. Elle est des plus simples sur les membres, où la plupart des troncs nerveux, sous-cutanés dans un point de leur continuité, sont accessibles aux rhéophores.
L'action électrique peut être limitée exactement, dans le nerf médian, au niveau du tiers inférieur et interne du bras ; dans le nerf cubital, à son passage dans la gouttière qui sépare l'épitrochlée de l'olécrane. — La faradisation du nerf radial se pratique en dehors de l'humérus et à la réunion de ses deux tiers supérieurs avec son tiers inférieur, dans le point où ce nerf se dégage de la gouttière numérale. Il est impossible alors d'e ne pas stimuler en môme temps, d'une manière directe, quelques fibres des muscles triceps et brachial. — Le nerf musculo-cutané se faradise dans le creux de l'aisselle. — On peut aussi limiter l'action électrique dans quelques branches terminales, par exemple dans celle qui anime les muscles de l'éminence thénar et dans les nerfs collatéraux.
Au membre inférieur, la faradisation musculaire indirecte est encore plus simple. — On trouve, en effet, le nerf crural au pli de l'aine, en dehors de l'artère crurale, et les deux nerfs poplités dans le creux du jarret. On doit savoir que l'excitation électrique ne peut arriver, sans un courant assez intense, au nerf poplité interne, qui est protégé par une grande épaisseur de tissu cellulaire. — Le nerf sciatique n'est accessible qu'à son origine dans le bassin, à travers la paroi postérieure du rectum. Le procédé de faradisation qu'il convient d'employer, dans ce cas, sera exposé plus tard.
Dans les autres régions, la faradisation musculaire indirecte devient plus difficile et plus délicate. A la face, le tronc de la septième paire, caché dans l'épaisseur de la parotide, est inaccessible à l'excitation électrique, quelle que soit l'intensité du courant. On peut atleindre le tronc de ce nerf à sa sortie du trou stylo-mastoïdien, en plaçant dans le conduit auditif externe un rhéophore conique coiffé d'une peau humide, et en appuyant sur le cartilage inférieur ; dans ce point, son tronc nerveux n'est séparé du rhéophore que de 3 à 4 millimètres. Ses rameaux doivent être faradisés à leurs
points d'émergence de la parotide ; la contraction des muscles qui sont sous la dépendance de ces rameaux est l'indice certain de leur excitation électrique.
Dans la région sus-claviculaire, le rhéophore, placé immédiatement au-dessus de la clavicule, agit sur le plexus brachial ; — au sommet du triangle sus-claviculaire, il se trouve en rapport avec la branche externe du nerf spinal ; — a un travers de doigt au-dessus de la clavicule, au niveau de l'attache claviculaire du trapèze, le rhéophore agit sur les branches nerveuses qui animent le grand dentelé et le deltoïde ; — à la même distance de la clavicule et vers l'attache inférieure du cléido-mastoïdien. ce sont les nerfs qui se distribuent aux pectoraux, aux fléchisseurs de l'avant-bras sur le bras et à tous les muscles de la région antérieure de l'avant-bras qui reçoivent l'excitation (1). —Enfin, au niveau du scalène antérieur, il porte l'influence électrique dans le nerf phrénique. (A l'occasion de l'élude électro-physiologique et pathologique du diaphragme, j'exposerai le procédé qu'il convient d'employer, si l'on veut faradiser ce dernier nerf.) — Le nerf grand hypoglosse est presque sous-cutané au niveau de la grande corne de l'os hyoïde, d'ans le point où il s'engage entre le stylo-hyoïdien et l'hypoglosse ; c'est là que doivent être placés les rhéophores, lorsqu'on veut faradiser ce nerf. — Je dirai plus tard comment on doit procéder à la faradisation des nerfs glosso-pharyngien, pneumogastrique et récurrent.
Y . Faradisation musculaire directe.
A. La faradisation musculaire directe consiste,— je l'ai déjà dit, — à faire contracter individuellement chaque muscle ou chaque faisceau musculaire, ou plutôt à exciter directement le tissu musculaire en plaçant les rhéophores humides sur les points de la peau qui correspondent à leur surface.
On ne doit administrer aux muscles qu'une dose d'électricité proportionnelle à leur degré d'excilabililé qui est variable pour chacun d'eux. En conséquence, il est nécessaire que l'opérateur ait toujours une main libre, prête à agir, pendant la faradisation, sur le graduateur de l'appareil. Cette même main sert aussi à opérer les intermittences du courant (je dirai plus tard comment elles se pratiquent). Cette partie de l'opération ne doit jamais être confiée à un étranger, car le médecin doit ralentir ou presser le mouvement
(1) Je suis certain que, dans les différents points que j'indique, se trouvent, au milieu du plexus brachial, les fibres nerveuses constitutives de chacun des nerfs qui en naissent ; car j'ai répété des milliers de fuis ces expériences, et toujours en plaçant les rhéophores sur ces points, j'ai vu entrer en contraction les muscles qui reçoivent l'action nerveuse spinale de chacun de ces nerfs.
ART. H, § fil. — FARADISAT10N MUSCULAIRE. 7 1
du rhéolome, suivant les indications particulières. Ces indications se présentent à chaque instant, quelquefois môme pendant la faradi-
Fig. 24. — Manière de tenir les rhéophores à cylindres ou à disques dans une seule main.
sation d'un seul muscle. Une seule main (la main opposée à celle qui exécute la graduation ou les intermittences) doit tenir et manœuvrer les rhéophores, la poignée de l'un étant plac'e entre le pouce et l'index, et celle de l'autre entre le médius el l'annulaire; les doigts sont fléchis de manière à les maintenir dans la paume de la main. Ce procédé permet de pratiquer la faradisation avec une grande rapidité. Les figures 24 et 25 sont destinées à montrer la manière de tenir les rhéophores d'une seule main.
Dans la figure 25, les rhéophores cylindriques garnis d'épongés humides, ou les rhéophores à disque recouverts de peau humide, sont placés dans la main gauche, et l'autre main exécute les intermittences lentes, en imprimant des mouvements de rotation en sens opposé à la vis G de l'appareil.
La figure 26 représente les rhéophores coniques coiffés d'une peau humide, tenus dans la main gauche et posés sur le muscle triangulaire des lèvres.
Il faut toujours placer les rhéophores au niveau de la masse Char-
Fn;. 25.
- Manière de tenir les rhéophores coniques.
72 Cil A P. [T. — ÉLECTHJSAT10N LOCALISÉE.
nue des muscles, el jamais au niveau de leurs tendons ; car (esl-il besoin de le dire ?) la stimulation de ces derniers ne peut produire la contraction musculaire.
B. Pour faradiser complètement un muscle, il serait nécessaire que les rhéopkores recouvrissent toute sa surface; ou, s'ils n'étaient pas assez larges, ils devraient être appliqués successivement sur tous les points de cette surface. — Plus un muscle est épais, plus le courant doit être intense; car, si ce courant est faible, l'excitation n a lieu que dans ses couches superficielles.
Je vais développer celte proposition capitale et en démontrer la vérité.
a. Lorsque, s'éloignant des nerfs ou des rameaux nerveux-moteurs, l'on pose des rhédphores humides au niveau de la partie supérieure d'un muscle long, on voit, sous l'influence d'un courant d'induction, de force moyenne, cette partie se gonfler, el on la sent se durcir; si les mêmes rhéophores sont placés au niveau de la partie inférieure du môme muscle, c'est cette dernière quj se gonfle et se durcit à son tour. Des rhéophores appliqués sur un point correspondant à la surface d'un muscle large font contracter seulement les fibres qui se trouvent en rapport avec lui, tandis que les fibres voisines restent dans le relâchement. Il résulte donc de ces faits que l'excitation musculaire n'a lieu que dans les points qui sont en rapport avec les rhéophores.
b. Mes recherches m'ont appris que, sous l'influence d'appareils à forle tension, l'électricité pénètre profondément les tissus. Voici quelques expériences à l'appui de cette proposition. Dans la paralysie saturnine, certains muscles delà région postérieure de l'uvantbras sont atrophiés et ne se contractent pas sous l'influence de la faradisation ; c'est ce que je démontrerai par la suite. Si la tension du courant est modérée, on n'observe aucun mouvement dans le membre, lorsque les rhéophores sont placés au niveau des muscles paralysés; si la tension du courant est très-grande, on voit les muscles situés plus profondément au-dessous des muscles paralysés entrer en contraction. Dans le premier cas, l'excitation électrique a été limitée dans les muscles paralysés; dans le second, elle les a traversés, et elle a fait pénétrer l'excitation jusque dans les muscles qu'ils recouvrent. Chez les sujets très-gras ou infiltrés, l'excitation ne peut arriver aux muscles qu'à l'aide d'un courant à forle tension. Il ressort donc de ces faits que, dans la faradisation musculaire directe, la tension du courant doit êlre proportionnée à l'épaisseur des muscles et des tissus à traverser.
Il est bien entendu que dans toutes ces expériences on a soin de ne pas exciter les nerfs musculaires, ce qu'on évite soit en plaçant les rhéophores loin de leur émergence ou de leur immersion, soit en
ART. II, § Fil. — FARADISATION MUSCULAIRE. 73
opérant à tension modérée, lorsqu'on ne peut les éviter. En effet, les rhéophores humides ne se trouvant en rapport qu'avec la face externe des muscles, et d'autre part les nerfs musculaires n'arrivant aux muscles des régions superficielles que par leur face profonde, on est certain qu'à un courant modéré les contractions musculaires n'ont pas lieu par l'intermédiaire de ces nerfs.
c. Lorsque les rhéophores humides sont posés dans des points correspondant à la surface d'un muscle, l'excitation produite par les recompositions électriques agit simultanément et directement sur tous les éléments anatomiques (fibres musculaires, filets nerveux, moteurs, sensibles, vaso-moleurs et trophiques, vaisseaux artériels et veineux) qui entrent dans la masse de la portion musculaire excitée. Il n'en est plus de même si la contraction musculaire est produite indirectement, c'est-à-dire en plaçant les rhéophores sur un tronc nerveux et loin de la masse des muscles en contraction. Je développerai cette proposition dans le chapitre suivant. En conséquence, la faradisation directe d'un muscle n'est pas complète alors même que l'on a produit sa contraction en masse par l'excitation de son nerf propre, si les rhéophores n'ont pas été promenés sur tous les points correspondants à la surface de ce muscle.
Me faut-il ajouter que chez l'homme vivant, dont on excite les muscles par ce procédé de faradisation directe, on ne peut agir isolément sur chacun de ces éléments anatomiques, puisque tous ces éléments reçoivent inévitablement en même temps l'excitation directe du courant ? Une telle remarque serait, de ma part, une naïveté ou une injure faite gratuitement au savoir de mes lecteurs. Personne, à coup sûr, n'ignore que ces éléments ne peuvent être isolés que par une préparation anatomique.
C. J'ai depuis longtemps préconisé la faradisation musculaire directe dans le traitement des affections où les propriétés musculaires étaient lésées, et principalement dans les atrophies ou les paralysies atrophiques.
Ce précepte reposait sur une longue expérimentation; il ressortait de faits nombreux relatés dans plusieurs mémoires reproduits dans les précédentes éditions. 11 n'a pas été, sans doute, assez explicitement énoncé dans mes écrits; car certains auteurs ont attaqué avec violence la faradisation musculaire directe. Suivant Remak et suivant d'autres auteurs (ses adeptes), je n'agirais sur le muscle, dans ce mode d'éleclrisalion, que par l'intermédiaire de son nerf propre, en plaçant mes rhéophores au niveau du point .l'immersion de ce dernier. Pour travestir ainsi la méthode de faradisation musculaire directe, il faut que mes contradicteurs n'aient pas lu que j'ai recommandé, comme on l'a vu plus haut, de promener