‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 221 sur 543 · ART. I, § Y. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

ART. I, § Y. — SYMPTÔMES

mouraient par asphyxie ou par un arrêt des battements du cœur (1).

On me pardonnera d'avoir oublié de signaler, dans mon premier travail, un accident qui est la conséquence des troubles considérables occasionnés, dans la déglutition, par la paralysie musculaire de la langue et surtout des muscles qui, en portant la langue en arrière, appliquent l'épiglolle sur la glotte : je veux parler du passage, au moment de la déglutition, de la salive ou d'une portion des aliments ou ' des boissons dans la trachée. Tous mes malades se sont plaints de celte introduction des boissons dans les voies aériennes, à une époque avancée de leur affection.

(t) L'occasion d'observer ces crises ultimes qui se terminent rapidement parla mort n'a pas tardé cependant à se présenter, dans ma pratique civile ; j'ai alors constaté que les sujets tantôt succombaient à l'asphyxie, et tantôt mouraient dans une syncope. Ces faits m'ont bientôt mis sur la voie d'une série de phénomènes morbides respiratoires ou cardiaques, légers en apparence à leur début, mais extrêmement graves, parce qu'arrivés à un certain degré d'intensité, ils sont fatalement une cause de mort. (J'essaierai bientôt d'expliquer ces phénomènes morbides par l'anatomie pathologique et par la physiologie.)

1° Les troubles respiratoires s'annoncent par une diminution dans la puissance de l'expiration. Les malades commencent par accuser de la fatigue et bientôt un épuisement rapide, lorsqu'ils parlent; on constate alors que la puissance de leur expiration est considérablement affaiblie ; qu'ils ne peuvent, par exemple, éteindre une bougie placée devant leur bouche. Cependant rien ne paraît anormal, dans l'étendue ou le rhytbme des mouvements respiratoires. A l'auscultation, on ne constate l'existence d'aucun râle; mais si alors on fait respirer largement le malade, on entend l'air entrer avec force dans les bronches, pendant l'inspiration qui est longue, tandis que l'on distingue le bruit de l'expiration qui est très-courte. Bien qu'à chaque inspiration une grande quantité d'air soit entrée, sans obstacle, dans les bronches, le malade éprouve incessamment un besoin d'air ; il l'exprime en disant que sa poitrine est toujours pleine, et souvent il Tait vainement des efforts d'expiration, en contractant les muscles de l'abdomen pour la débarrasser. Le malaise qu'il ressent ressemble à celui que l'on éprouve, lorsqu'après une grande inspiration on ne laisse échapper qu'une petite portion de l'air qui a pénétré dans la poitrine. En un mot, c'est le séjour prolongé, dans les vésicules pulmonaires, d'un air non respirable (privé de sa quantité normale d'oxygène et chargé d'acide carbonique) qui occasionne ce malaise. J'ai démontré ailleurs (*) que ces troubles fonctionnels de la respiration devaient ê;re le résultat delà parésie des muscles bronchiques de Reissessen. On conçoit qu'alors les malades ne puissent ni se moucher, ni cracher, ni expectorer facilement et que'la moindre bronchite puisse mettre leur vie en danger, en produisant l'asphyxie. Cet état est permanent, à des degrés divers ; c'est dans ces conditions qu'arrivent des crises d'étouffement avec cyanose (sans doute par une paralysie plus complète des muscles bronchiques), crises qui peuvent se terminer par l'asphyxie, ce que j'ai constaté plusieurs fois de visu. (Je rappellerai ici que j'ai observé cette espèce d'asphyxie consécutive à la paralysie des muscles expiratcurs de Reissessen, dans l'intoxication diphthérique) (Voy. p. 131, obs. VIII).

2° Les troubles cardiaques se montrent, par crises et sont caractérisés par un sentiment de défaillance, par une sorte d'oppression cardiaque, avec anxiété extrême et crainte d'une mort prochaine, par une grande vitesse (UO pulsations), avec irrégularité, intermittences et petitesse du pouls. A l'auscultation cardiaque, on n'entend aucun souffle; niais les claquements valvulaires sont très-confus; le cœur semble s'agiter dans un liquide; la face est très-pàle et les yeux sont ternes. Alors souvent peut survenir une syncope plus ou moins longue. C'est par l'une d'elles que 'se termine habituellement la paralysie glosso-labio-laryngée.

(*) Duchenne (de Boulogne), Physiologie des mouvements, etc., p. 688, 1 866.

57 4 CHAP. VI. — PARALYSIE GLOSS0-LABI0-LAIIYNGÉE.

Observation C. — J'ai été témoin de cet accident, chez un sujet que je traitais dans mon cabinet. Souvent (mu disait-il) il avalait de travers en buvant; alors il étranglait tellement, qu'un jour il avait perdu connaissance, et que, pendant quelques moments, on l'avait cru mort. Quelquefois c'était sa salive qui, s'accumulant dans sa bouche, sans qu il pût l'avaler, tombait dans le pharynx et s'introduisait dans sa trachée. C'est ce qui lui est arrivé une fois en ma présence. Longtemps alors il fil des efforts les plus violents, sans pouvoir s'en débarrasser: sa face était injectée, ses lèvres violettes; ses mouvement convulsifs indiquaient qu'il étouffait. Un instant, il m'inspira les plus vives inquiétudes.

N'est-il pas possible que les sujets atteints par cette maladie aient péri quelquefois de cette manière, surtout lorsque, pendant leur sommeil, la salive accumulée dans leur bouche s'est introduite ainsi dans leurs voies aériennes ?

§ VI. — Troubles dans la phonation.

On observe aussi, à une période avancée delà paralysie glosso-labio-laryngée, alors que l'articulation des mots n'est pluspossible, des troubles dans la phonation, que je vais essayer d'analyser ou d'expliquer. J'ai déjà dit que les muscles qui président au mécanisme de la respiration ne sont pas paralysés; je m'en suis assuré en engageant les malades à inspirer et à expirer lentement et largement.

Cependant, lorsqu'ils ne peuvent plus articuler les mots, la parole les fatigue, au point qu'après avoir fait entendre quelques sons assez forts, ils se sentent souvent épuisés et que leur voix s'affaiblit. On pourrait expliquer ce fait par les efforts qu'ils doivent faire pour être compris : car, chose singulière ! ils ont en général la manie de vouloir parler, quand bien môme ils ne peuvent plus émettre que des sons inarticulés. L'un des malades dont il a été question ci-dessus (obs.XClX) répondait toujours avec une voix forte aux questions qu'on lui adressait, quoiqu'il ne pût faire entendre que la voyelle a. Il savait cependant qu'on ne le comprenait pas. Après de longs efforts qui l'épuisaient, sa voix s'éteignait, et alors il se décidait à se faire comprendre par signes ou en écrivant.

J'ai observé les troubles de la phonation, chez les sujets qui étaient arrivés à la môme période de la maladie. Cet affaiblissement de la voix dépend-il, dans ces cas, d'un état nerveux particulier, de môme que l'on remarque que la phonation est également affaiblie et fatigante, chez les sujets qui sont affectés d'une paralysie du voile du palais ? Ou bien existe-t-il en môme temps un certain degré de paralysie des nerfs qui président à la phonation, par exemple du nerf laryngé inférieur? Je crois que ces deux causes agissent à des degrés divers. Ainsi j'ai môme vu une dame qui, arrivée

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