INTIME DU BULBE HUMAIN, A L'ÉTAT NORMAL
Je n'eus pas plutôt exposé, en 1860, l'étude clinique de cette maladie (non encore décrite à celte époque), que je fus tourmenté par le désir de rechercher l'explicalion physiologique de ta série de symptômes qu'elle avait successivement offerts à mon observation, pendant sa marche progressive.
Il était établi par mes faits cliniques : 1° que la paralysie glossolabio-laryngée atteint d'abord l'articulation des consonnes linguales, et un peu plus lard celle des labiales ; que le pouvoir d'articuler se perd aussi progressivement; 2° qu'en môme temps la déglutition est atteinte et devient de plus en plus difficile; que la voix est nasonnée et que le mouvement de diduction de la mâchoire inférieure se paralyse peu à peu (1); 3° que, dans une période peu avancée de la maladie, la puissance expiratrice s'affaiblit, ainsi que la phonation;^ que, dans la période ultime, les fonctions cardiaques sont quelquefois profondément atteintes; enfin que le cœur cesse tout à coup de battre, et conséquemment que la mort est instantanée.
« Pour quelle raison, écrivais-je en 1860, la lésion anatomique « (dans cette maladie) affeclc-t-elle toujours les muscles qui pré- « sident à l'articulation des mots et à la déglutition? peut-il exister
tion de mes premières recherches et qu'aujourd'hui j'en puis compter plus de 39 cas recueillis par moi dans la pratique et dans les hôpitaux. J'en ai rencontré en outre un bon nombre en visitant les hôpitaux de Londres, en mars 1871.
(I) Ce dernier fait avait échappé à mes premières observations; mais depuis la publication de mon mémoire dans les Archives, je l'ai constaté chez tous les malades arrivés à une période un peu avancée de la paralysie glosso-labio-laryngée.
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a une lésion centrale, soit anatomique, soit dynamique, qui explique « la localisation de ces troubles fonctionnels périphériques? Il fouis droit pour cela que, dans cette espèce morbide, une même et unique « lésion intéressât toujours à leur origine, et cela sans s'étendre aux nerfs « ni aux filets: 1° l'hypoglosse; 2° les fibres nerveuses motrices du voile du palais; 3° celles des lèvres; 4° le spinal et peut-être le pneumogastrique » (1). Ces lignes prouvent que déjà l'observation de ces faits cliniques me faisait entrevoir que les organes centraux (les groupes de cellules) qui président au fonctionnement de la parole, dans ce qui a trait à son mécanisme, pouvaient être assez rapprochés les uns des autres pour être atteints successivement et quelquefois tous à la fois par la même lésion ; je ne me dissimulais pas les difficultés de la question anatomique à résoudre.
Alors je m'éclairai desbeaux travaux deMM. Stilling , Schrœder, Van der Kolice et Luys; mais je ne trouvai pas une parfaite concordance entre mes figures photographiées d'après mes coupes du bulbe et les dessins publiés par ces auteurs (2).
J'étais ainsi arrêté dans mes recherches, lorsqu'en 1867, le célèbremicrographeanglais, M.LockhartClarke, — qui était venu visiter notre Exposition universelle,— voulut bien m'expliquer, sur de belles sections du bulbe qu'il avait préparées lui-même, le mode de formalion (la morphologie) de cette région de l'axe célébro-spinal. Il me montra principalement les noyaux ou amas de cellules, d'où les nerfs tirent leur origine intra-bulbaire, et les fibres multiples qui en émanëntpour les mettre en. connexion avec d'autres noyaux, par exemple le fasciculus teres (les fibres nerveuses qui entourent ou avoisinent le noyau de la septième paire, et qui, de là, se dirigent,
(!) Duchenne (de Boulogne), Paralysie musculaire progressive de la langue, etc. (Archives gén. de méd., septembre et octobre, 1860.)
' (2) J'ai pris la liberté de soumettre cette remarque critique à M. Stillmg, qui, ayantété frappé de la netteté et de l'exactitude de mes figures photographiées d'après des coupes transversales de la moelle et du bulbe, m'a fait 1 honneur de me visiter en 18G9, avec le désir de connaître mes procédés de photographie.il a reconnu que certaines figures de son atlas {De medulla oblongata), publié en 1863, sur la struc^ tnre intime du bulbe laissent à désirer, au point de vue de la fidélité, et peuvent donner une idée inexacte de la morphologie du bulbe. On remarque, par exemple,dansles figures 1 et 2 pl. IV, de cet atlas, que les corps restiformes sont déjà arrivés à un certain degré de développement et que cependant les pyramides postérieures n'ap^ paraissent pas encore, tandis que ce devrait être le contraire; que, dans les figures 1 et 2, pl. IV, les corps restiformes et les pyramides postérieure sont déjà atteint la circonférence,- tandis qu'iis devraient en être encore à une certaine distance et séparés par de la substance blanche. Ces inexactitudes, m'a-t-il dit, ont été commises par son dessinateur. Je m'empresse néanmoins de reconnaître que la plupart des figures de l'atlas de M. Stilling sont en général d'une admirable exactitude, comme dans les planches V et VI, bien qu'il ait été impossible a la main de l'homme de suivre et de rendre les mille détails que produit la photographie d'après les coupes transversales du bulbe Taites à peu pWs au môme niveau et représentées dans lés figures 9 et 10 de mon atlas.