ART. V, § II. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET TATOOGÉNIE
111. Recherches sur la lésion anatomique centrale de la paralysie g lossolabio-laryngée.
Les autopsies qui avaient été faites, depuis que j'avais écrit ce qui précède, avaient appris que la lésion anatomique de la paralysie glosso-labio-laryngée siège dans le bulbe. M. Luys et moi nous pensions avoir constaté, chez plusieurs de ceux qui avaient succombé à cette maladie dans le service du professeur Trousseau, une sclérose du bulbe, parce que nous y avions trouvé une quantité considérable de corpuscules amyloïdes. Aujourd'hui, connaissant mieux mon anatomie du bulbe et plus familiarisé avec la préparation microscopique des pièces anatomiques, je n'aurais pas négligé de chercher si, oui ou non, il existe des altérations de cellules.
Ma première hypothèse sur la physiologie pathologique de la paralysie glosso-labio-laryngée est aujourd'hui une réalité. Il est en effet parfaitement établi par plusieurs autopsies assez récentes, dans lesquelles l'examen microscopique a porté sur de nombreuses sections transversales du bulbe et de la protubérance, que la lésion anatomique fondamentale de celte maladie siège dans les noyaux d'origine des nerfs bulbaires, comme je l'avais entrevu en 1860, en me fondant uniquement sur sa symptomatologie.
Cette découverte est due aux recherches analomo-palhologiques de M. Charcof. Il a essayé en outre d'établir que la lésion anato. mique est caractérisée par une atrophie primitive des cellules.
En quoi consiste celte altération? « L'accumulation de pigment jaune, paraît-il, joue un grand rôle, dit M. Charcol; il semble qu'elle soil le fait initial ; l'atrophie des prolongements cellulaires, celle du noyau, et enfin du nucléole, sont des phénomènes consécutifs. S'agit-il d'un processus à irritation lente, ou au contraire d'une atrophie progressive? On ne peut rien décider à cet égard d'après les seuls caractères anatomiques; mais il est permis d'affirmer, je crois, que ce processus morbide, quel qu'il soit, a affecté primitivement la cellule.... (1). »
D. Pathogénie. — Dans les observations rapportées par M.Charcot, les paralysies symptomatiques de l'atrophie des noyaux bulbai-
dans la partie inférieure du bulbe, animent, les premières, les muscles moteurs des lèvres, et les secondes, les muscles moteurs du voile du palais et les ptérygoïdiens? Ils montrent en outre, — ce qui n'est pas moins intéressant, au point de vue physiologique, — que les organes nerveux (les noyaux de cellules nerveuses) dont le concours est nécessaire à l'exercice des fonctions de l'articulation des mots et de la phonation, se trouvent réunis dans un point circonscrit du bulbe, où ils siègent dans le voisinage les uns des autres, et qu'ils sont mis en connexion entre eux par des fibres qui en émanent et qui les entourent, comme l'a fort bien démontré M. Stilling et mieux encore M. L.CIarke dans son dernier mémoire. »
(1) Charcot, Note sur un cas de paralysie glosso-labio- laryngée suivi d'autopsie fArch. de physiol., etc., 3e année, n° 2, mars et avril 1870, p. 247;. Voy. aussi : Charcot et Joffroy, Deux cas d'atrophie musculaire progressive, etc . {Arch de plu/s . t. II, 1809).
duciienne. — 3e édition. 38
5 94 C11AP. VI. — PARALYSIE GLOSSO -LABIO-LAHYNGÉE.
res lésés ont été successives et progressives, comme dans tous 1 cas que j'avais recueillis. (J'en compte aujourd'hui trente-cinq. Dans un seul cas la lésion de la moelle allongée a marché de haut en bas, en atteignant, dans la première période, la septième et la sixième paire.) 11 ne peut être douteux que les cellules en rapport d'innervation avec chacun des muscles paralysés n'aient pas été atteintes successivement et proportionnellement au degré de la paralysie. Mais à quelle hauteur ou dans quel point des noyaux étaient situées les cellules primitivement lésées? Ont-elles été atteintes de bas en haut et pour ainsi dire de proche en proche, comme me l'ont fait pressentir, en 1868, le processus morbide, la topographie et les rapports des noyaux du bulbe? La valeur de cette hypothèse ne pourra être définitivement jugée qu'après un plus grand nombre d'examens nécroscopiques, faits à différentes périodes de celte maladie.
L'iconographie photographique pourra concourir à éclairer celte question. Les faits que l'on peut voir déjà dans plusieurs planches que j'ai extraites d'un album (en voie d'exécution) destiné à montrer par la photographie, d'après nature, les lésions du bulbe, et surtout de ses éléments anatomiques, permettentde compter sur ce résultat.
Ainsi des figures photographiées, représentant des sections transversales à différentes hauteurs du bulbe de sujets chez lesquels la paralysie glosso-labio-laryngée a parcouru toutes ses périodes, démontrent : i° que les altérations des cellules existent déjà, mais peu accusées, à la partie supérieure du noyau de l'hypoglosse, et un peu au-dessous du pont de Varole; 2° que les lésions sont à leur maximum d'intensité au niveau de la partie moyenne des olives, et surtout au niveau du bec du calamus scriplorius ; 3° qu'elles s'atténuent dans les coupes qui se rapprochent de l'extrémité inférieure de l'hypoglosse; 4° que le noyau du facial présente des altérations encore plus générales et aux mêmes hauteurs que celles de l'hypoglosse; 5° qu'aux mêmes hauteurs du bulbe, les noyaux du spinal et du nerf vague présentent une pigmentation anormale, très-prononcée, mais que leurs cellules sont beaucoup moins atrophiées que celles de l'hypoglosse et du facial (l).
(1) Ces faits anatomo-pathologiques ont été mis en lumière de la manière la plus évidente par l'examen histologique du bulbe, que j'ai fait en août 18G9, avec le concours de M. Joffroy, interne distingué des hôpitaux, dans un cas de paralysie glosso-labio-laryngée recueilli dans ma clinique civile. Je les ai représentés dans des figures dessinées à la chambre claire et qui ont été reproduites dans une thèse pour le doctorat (Déchéry, Quelques formes d'atrophie et de paralysie glosso-lat yngées, d'origine bulbaire. — Thèse de Paris, 1870. Voyez les planches 2 et 3 de cette thèse). L'observation détaillée de ce cas de paralysie avait été déjà publiée (Duchonne (do Boulogne) et Joffi oy, De l'atrophie aiguë et chronique des cellules nerveuses de la moelle et du bulbe rachidien, à propos d'une observation de paralysie glosso-labiolaryngée [Arc/i. de phys. normale et path., n° 4, 1870]).