‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 279 sur 543 · ART. VI, § ITI. — QUELQUES CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

ART. VI, § ITI. — QUELQUES CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES

V. — Ch. Bell (1), on le sait, avait découvert l'existence de la paralysie de la sensibilité musculaire en 1822, et en avait conclu à l'existence d'un sixième sens, qu'il proposait d'appeler sens musculaire, et qui n'était qu'un phénomène de la sensibilité générale. En 1850, j'ai signalé des faits pathologiques analogues à ceux de Ch. Bell.

VI. — En 1852, Landry (2) publiait des observations semblables à celles du grand physiologiste anglais, et en tirait des déductions qui démontraient l'existence de la propriété musculaire découverte par Ch. Bell, et appelée plus tard, par Gerdy, sentiment d'activité musculaire. Landry, ignorant à cette époque que Ch. Bell, le premier, avait observé la paralysie de la sensibilité musculaire, et qu'il l'avait étudiée au même point de vue physiologique, mais avec cette supériorité qui caractérise le génie, s'écriait, après avoir publié ses observations personnelles de paralysie de la sensibilité musculaire : « Je ne crois pas qu'il existe dans la science des faits analogues ! »

Enfin, en 1856, Landry, qui sans aucun doute ne connaissait pas encore les belles recherches de Ch. Bell, a publié un nouveau mémoire sur la môme paralysie de la sensibilité musculaire, qu'il présentait comme une maladie nouvelle, sous le titre de paralysie de la sensibilité musculaire. Avant lui cette maladie n'avait été étudiée qu'au point de vue physiologique; sa description n'était pas faite; le travail de Landry pouvait donc être d'une grande utilité pourla science et pour la pratique. Malheureusement, cet auteur n'a pas su distinguer les troubles fonctionnels provenant de la perte du sentiment du muscle en contraction, comme disait Ch. Bell, de ceux qui sont occasionnés par la lésion de la faculté psychique de la coordination motrice; conséquemment il a relaté, comme des effets identiques, des cas de paralysie de la sensibilité musculaire et des cas, qui, tout incomplets qu'ils sont, appartenaient évidemment ù la maladie que je viens de décrire sous le nom d'ataxie locomotrice progressive. C'est parce que ces deux maladies, faciles à confondre, diffèrent essentiellement entre elles par l'ensemble de leurs symptômes, parleur marche, par leur pronostic et par leur traitement, que je me réserve d'en exposer longuement le diagnostic différentiel (voy. chap. XII).

Des considérations précédentes, il ressort que l'ataxie locomotrice progressive, telle que je l'ai connue et décrite, dont il exislait, il est vrai, dans la science, des faits cliniques incomplets et confondus avec d'autres faits pathologiques essentiellement différents, était inconnue comme espèce morbide distincte, et que quel-

(1) Bell (Ch.), Exposition of the nalurul sysiem of the nerves of the humah body. Londres, 1824.

(2) Landry, Archives générales de médecine, 1853.

670 CIIAP. VIII. — ATAXIE LOCOMOTUICE PROGRESSIVE.

ques-uns de ses symptômes, son diagnostic, sa marche et son pronostic, étaient encore à décrire.

Il était nécessaire de lui donner un nom; j'avoue que j'aurais été heureux de m'en dispenser. Ne pouvant en effet à cette époque la désigner par sa lésion anatomique, qui, si elle existait réellement, me paraissait encore à rechercher, il me fallait choisir une dénomination qui rappelât l'ensemble de ses principaux symptômes. On conçoit que cette dénomination aurait alors été composée d'une longue suiLe de mots, et qu'elle aurait désagréablement affecté la langue et l'oreille, si, sacrifiant à l'usage du néologisme moderne, j'avais, pour la composer, consulté le glossaire grec. Convaincu, dès lors, que le nom d'une maladie tiré de la symptomatologie est inévitablement toujours mauvais ou insuffisant, puisqu'on ne peut y faire entrer une définition complète, je me suis résigné à dénommer, d'après l'un de ses principaux symptômes, la maladie qui était le sujet de mon mémoire : la perte progressive de la coordination des mouvements. Le nom à'ataxie locomotrice progressive m'a paru donner l'idée la plus exacte de cette espèce de troubles de la locomotion.

VII. — En septembre 1863, j'avais déjà exposé la. description de l'alaxie locomotrice dans les Archives générales de médecine (1) sans m'être préoccupé de la question historique, lorsque mon ami, le professeur Sée, très-versé dans la littérature médicale allemande, — que j'avoue avoir trop ignorée, — me prévint que la symptomatologie de la maladie que je venais de décrire, se trouvai!, en partie du moins, dans l'un des chapitres d'un livre de Romberg sur les maladies du système nerveux et qu'il avait intitulé : Tabès dorsalis. Je venais de visiter, dans un but scientifique, Berlin, Leipsig, Zurich; on y avait attiré mon attention, dans quelques hôpitaux, sur des sujets que l'on me disait atteints de tabès dorsalis et dont la plupart étaient cependant des vrais paraplégiques. En 1856, époque où j'ai assisté à Vienne au congrès des naturalistes, j'avais vu commettre les mômes erreurs de diagnostic par Ludwig Turck, chez des sujetsparaplégiques qu'il m'avait présentés, dans son hôpital, comme des types de tabès dorsalis. Je savais donc que, dans la plupart des cas, l'affection musculaire appelée tabès dorsalis par les Allemands, n'était pas la maladie que j'avais décrite sous le nom d'ataxie locomotrice progressive. La lecture du très-court chapitre écrit par M. Romberg sur le tabès dorsalis m'a confirmé dans cette opinion. J'ai dû le dire, tout en rendant justice à l'éminent pathologiste de Berlin.

En somme, voici les faits qui me semblent parfaitement établis : i° avant mes recherches, l'alaxie locomotrice progressive était en-

(1) Duchcnne (de Boulogne), loc. cit.

A «T. I, § I. — PARALYSIE SATURNINE. G7 1

tièrement ignorée en France; 2° la description que j'en ai faite diffère essentiellement, au point de vue de la symptomatologie, des affections musculaires avec lesquelles elle présente quelques points de ressemblance, à savoir : le tabès do?*salis des Allemands et dans lequel se trouvent mêlés ou confondus les symptômes de paralysies vraies de l'alaxie locomotrice; la consomption dorsale de Lallemand, décrite dans son traité des pertes séminales; 3° les paralysies cérébelleuses de M. Bouillaud, qui ne produisent qu'une titubation vertigineuse, parfaitement distincte de l'incoordination des mouvements; la paralysie du sentiment d'activité musculaire, de Gerdy, ou sens musculaire (de Ch. Bell), qui n'est rien autre chose qu'une anesthésie complète et qui a été confondue avec l'incoordination locomotrice par Landry.

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