ART. I. — PARALYSIE DE LA SENSIBILITÉ MUSCUL. ET ARTICUL
tro-musculaire. Je ne crois pas pouvoir me dispenser de défendre ce point de doctrine attaqué par mon savant contradicteur.
Une seule expérience suffirait pour démontrer rigoureusement que le muscle est sensible, c'est celle que j'ai faite sur la fibre musculaire dénudée et excitée directement par un courant d'induction (elle a été rapportée à la page 40 de ce livre) et que j'ai pratiquée sur un blessé, à l'Hôtel-Dieu de Paris. J'ai dit que ce sujet accusait une sensation sourde pendant la faradisation de ses faisceaux musculaires; Remak en a conclu que le muscle n'est pas sensible; comme si une sensation sourde signifiait absence de sensation.
En vérité 1 cette manière de lire ou d'interpréter un auteur est désespérante. J'ai écrit, en effet, et prouvé, par des faits, que. la sensation musculaire est sourde, lorsque les intermittences du courant sont très-éloignées les unes des autres et qu'alors on peut agir à dose moyenne sans produire de douleurs, mais que la sensation augmente d'autant plus que ces intermittences sont plus rapides, au point de devenir tétaniques. Eh bien! Remak n'y arien compris; il m'a fait dire que l'excitation directe du muscle est toujours sourde et indolente; d'où il conclut que le muscle n'est pas sensible.
Pour que l'on ne pût plus, à l'avenir, interpréter d'une manière aussi étrange l'expérience que j'avais faite sur le muscle dénudé, j'ai répété publiquement, à l'Hôtel-Dieu, sous les yeux de M. A. Richard, chargé provisoirement du service chirurgical de M. le professeur Laugier, cette même expérience sur une portion du grand pectoral dénudé d'un sujet chez lequel la peau et les nerfs sous-cutanés avaient été enlevés dans une opération chirurgicale. Dans ce cas, le rhéophore étant appliqué sur le tissu musculaire, loin du point d'émergence et d'immersion du nerf propre du grand pectoral, les sensations provoquées par la contraction ont été sourdes lorsque les intermittences étaient éloignées d'une seconde et à une intensité modérée; puis ces sensations ont augmenté en raison du rapprochement des intermittences, au point de devenir très-douloureuses, dès que la rapidité de ces intermittences était devenue assez grande pour produire la contraction tétanique delà portion du muscle excité.
Passons maintenant à l'observation pathologique. Que l'on se rappelle ces cas dans lesquels le nerf radial est lésé traumatiquement. Si l'on pose alors les rhéophores humides sur les points où la peau a conservé sa sensibilité, et au niveau des muscles animés par le nerf lésé, on observe que le sujet n'accuse aucune sensation ; mais si au contraire les nerfs cutanés sont lésés et que les nerfs musculaires aient conservé leur innervation intacte, les rhéophores humides provoquent, en môme temps que la contraction musculaire, des sensations qui ne peuvent être attribuées qu'à la sensibilité des
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muscles. Ces faits parlent assez d'eux-mêmes pour que je sois dispensé d'en tirer une conclusion.
Les maladies internes m'ont offert quelquefois l'occasion d'observer l'abolition soit de la sensibilité et de la contraclilité musculaires, soit seulement de la sensibilité musculaire, alors que la sensibilité de la peau était restée intacte ; mais le plus ordinairement ces affections ont aboli ou affaibli en môme temps la sensibilité de la peau. Dans ce dernier cas, on constate aussi que les nerfs cutanés ont également perdu leur excitabilité, et que cependant les contractions musculaires, provoquées par la faradisation localisée sont accompagnées de la sensation musculaire spéciale que j'ai signalée plus haut.
Rien n'est plus facile que d'observer par l'exploration électromusculaire les phénomènes qui prouvent l'existence de la sensibilité des muscles. On connaît les longues recherches que j'ai faites sur ces faits pathologiques. On a apprécié l'importance des déductions que j'en ai tirées, au point de vue du diagnostic et du pronostic des affections musculaires. L'exactitude d'un grand nombre de ces phénomènes pathologiques a été constatée par d'autres observateurs.
Eh bien ! d'un trait de plume, Remak a supprimé tous ces travaux, en disant que les muscles ne sont pas sensibles.. ! Et sur quoi a-t-il appuyé une pareille assertion? Ce n'est pas sur de nombreuses recherches pathologiques (il n'en a fait aucune), ni sur de longues méditations; mais seulement sur quelques expériences, dont j'ai donné un spécimen, en rapportant celle qu'il a faite sur le trapèze, expériences sur lesquelles on ne saurait discuter sérieusement.
Je ne puis me dispenser de faire une prompte justice de plusieurs autres assertions inexactes qu'il a déduites de ses expériences. Suivant cet observateur, la contraction d'un muscle, produite par l'excitation de son rameau nerveux, n'est pas accompagnée de sensation, (c'est de ce fait qu'il a aussi conclu que les muscles ne sont pas sensibles!). Ici Remak commet une erreur matérielle. En voici la preuve expérimentale : lorsqu'on faradise un rameau musculaire avec un courant d'une intensité modérée, on obtient une contraction assez forte avec une sensation sourde, indolente ; si la force du courant est augmentée et que ses intermittences soient plus rapides, les sensations augmentent proportionnellement, au point de devenir douloureuses. Ces sensations douloureuses peuvent môme se prolonger après l'opération et se transformer en douleurs névralgiques.
11 ressort incontestablement de l'ensemble des faits et des considérations précédentes, que les nerfs musculaires, etconséquemment les muscles, sont doués de sensibilité; ce qui concorde avec Fana» tomie, puisque les nerfs musculaires sont mixtes; mnis cette sen-