ART, PARALYSIE »E LA SENSIBILITÉ MUSC. ET AUTIC
En effet, chacun des mouvements que j'imprimais successivement aux articulations de ce membre, pendant que la malade tenait ses yeux fermés, fuient perçus au niveau des articulations mises en mouvement. La malade avait conscience de toutes les attitudes dans lesquelles ce membre -se trouvait, la nuit, dans son lit, et elle en rap-
sur ce nouvel ordre de phénomènes pathologiques, exposés dans ce paragraphe, j'en ai recueilli plusieurs autres analogues qui sont venus démontrer de nouveau le rôle important rempli par la sensibilité articulaire, dans la locomotion. J'ai eu l'occasion tout récemment (au moment où je corrigeais l'épreuve de cette feuille) d'en voir un nouveau cas, dans le service de M. A. Fournier, à l'hôpital de Lourcine. Ce pathologiste qui, on le sait, a fait des recherches intéressantes sur les troubles de le sensibilité, symptomatiques de la période secondaire de la syphilis (*), m'ayant invité à venir analyser ces désordres daus son service, j'ai observé, chez un bon nombre de ses malades, les différentes variétés de paralysies delà sensibilité qui font ïe sujet de ce chapitre et qui avaient apparu dans la période secondaire dont elles étaient atteintes. Voici sommairement, entre autres, un fait clinique qui montre, chez le même sujet, l'importance relative de la sensibilité articulaire et de la sensibilité musculaire [sens musculaire, sentiment d'activité musculaire), dans l'exercice de la locomotion.
Observation CLIII. — Au n° 3 de la salle Saint-Louis (hôpital de Lourcine), est couchée une fille L. N., âgée de 22 ans (non hystérique), entrée le 3 août I87i, pour s'y faire traiter d'un chancre à la vulve. Trois semaines environ après l'infection, ont apparu, avec les accidents secondaires, des troubles de la sensibilité, qui étaient généralisés, au lieu de se localiser, comme dans la majorité des cas d'anesthésies syphilitiques, dans les sièges d'élection signalés par M. Fournier*. Ainsi, à l'exception de la sensation de température, les membres et le tronc avaient perdu toute espèce de sensibilité (sensibilité tactile et douloureuse) -, de plus, la malade ne sentait pas les fortes compressions que l'on exerçait sur ses masses musculaires, ni les excitations électro-musculaires. Malgré son insensibilité profonde et générale, la locomotion se faisait normalement, pourvu qu'elle pût voir; mais dès qu'on la privait de la vue, se manifestaient les troubles fonctionnels qui viennent d'être décrits et qui n'avaient aucun rapport avec ceux que l'on observe dans l'incoordination motrice propre à l'ataxie locomotrice.
Voici maintenant, dans les expériences suivantes, les phénomènes morbides qui ont mis en lumière l'importance fonctionnelle de la sensibilité articulaire, comparativement avec celle de la sensibilité musculaire. Si, étant couchée et privée de la vue, on imprimait des mouvements aux articulations de ses membres inférieurs, elle ne les sentait pas, et elle n'avait pas conscience des divers changements d'attitude qu'on leur avait imprimés; les mômes expériences répétées sur les membres supérieurs donnaient des résultats différents; en effet, bien que la sensibilité de la peau et des masses musculaires fût aussi profondément lésée, elle y percevait les plus légers mouvements imprimés à ses jointures.
En somme, les expériences exposées dans le fait clinique précédent et que noua avons variées de plusieurs manières, n'ont laissé aucun doute dans l'esprit des personnes présentes à la visite; elles démontrent : 1° que, malgré l'absence de sensibilité musculaire et cutanée des membres supérieurs, le sujet percevait les mouvements imprimés aux articulations et qu'il avait conscience de l'attitude de ses membres; conséquemment, que la propriété désignée sous le nom de sens muscul av-e et de sentiment d'activité musculaire, n'a arcune signification, et, comme je l'ai dit, qu'elle n'est qu'un mythe imaginé par Ch. Bell; 2" que, chez le môme sujet dont la sensibilité cutanée et musculaire des membres inférieurs était dans le même état qu'aux membres supérieurs, la perception des mouvements imprimés à ses articulations et des attitudes différentes qu'on leur donnait, était entièrement abolie ; conséquemment que la propriété physiologique appelée sens musculaire, ou sentiment d'activité musculaire, appartient en réalité aux surfaces articulaires.
(*) Alfred Fournier, de l'Analgésie njphUitique secondaire, 1869.
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portait la sensation aux articulations. Mais le sentiment de l'attitude de ce membre était moins net que du côté sain; les seuls troubles fonctionnels occasionnés par l'insensibilité de son membre, et pour lesquels elle avait réclamé mes soins, c'était une grande maladresse pour s'en servir, et une sorte de -sensation de profonde lourdeur et de fatigue qu'elle y éprouvait, môme au repos, et d'une manière continue.
Une fois sur la voie des troubles fonctionnels, produits par la paralysie de la sensibilité articulaire, je ne tardai pas à les retrouver chez d'autres sujets. Bien des fois, j'ai constaté ces phénomènes morbides dans différents services des hôpitaux ; j'ai fait voir que l'insensibilité articulaire se perdait quelquefois partiellement, et pouvait même se localiser dans une ou plusieurs petites articulations des phalanges, dont les mouvements n'étaient plus alors perçus.
D'autre part, enfin, je découvris, dans certains cas d'ataxie locomotrice, que des sujets qui avaient conservé, à un degré assez prononcé, la sensibilité cutanée et musculaire d'un membre ne percevaient plus, dans l'obscurité, les mouvements imprimés aux articulations de ce membre, ni les différentes attitudes qu'on lui donnait.
Conclusions générales.
I. L'existence de la sensibilité musculaire ne saurait être contestée. Admise théoriquement par Ch. Bell, qui a proposé de l'appeler sens musculaire^ elle est démontrée par l'exploration électro-musculaire et par l'observation pathologique.
II. La sensibilité musculaire et le sens musculaire de Ch. Bell (appelée plus lard sentiment d'activité musculaire par Gerdy) sont une seule et même propriété musculaire, qui n'est qu'un phénomène de sensibilité générale et qui n'offre aucun titre particulier pour être rangée parmi les sens.
III. L'observation rigoureuse de faits cliniques recueillis par moi et appartenant à des maladies diverses, prouve que la sensibilité musculaire ne remplit pas un rôle aussi important que celui qui lui a été assigné par Ch. Bell ; que les troubles fonctionnels locomoteurs, attribués par ce célèbre pathologiste uniquement à la paralysie de cette propriété musculaire, étaient en réalité occasionnés principalement par la paralysie concomitante de la sensibilité articulaire.
ç IV. Description de la paralysie rte la sensibilité musculaire
et rte la sensibilité articulaire.
La paralysie de la sensibilité musculaire (sens musculaire de Ch. Bell, sentiment d'activité musculaire de Gerdy) avait été obser-
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vée seulement dans un but physiologique. Mais son étude, au point de vue pathologique, avait été négligée. Quelle était la valeur diagnostique et pronostique de ce trouble fonctionnel? C'est ce qu'il importait de rechercher, ainsi que l'a parfaitement compris Landry qui, le premier, a essayé de décrire cette espèce de paralysie, sous le nom de paralysie du sentiment d'activité musculaire.
Mais, hélas! je regrette d'avoir à le dire; il a défiguré la paralysie du sens musculaire de Ch. Bell, en la confondant 1° avec un état pathologique qui fera le sujet de l'article prochain, et que j'ai appelé paralysie de la conscience musculaire ; 2° avec une espèce morbide qui s'en distingue par ses symptômes, sa marche et son pronostic, et que j'ai décrite, dans le chapitre VIII, sous le nom d'ataxie locomotrice progressive.
Je vais essayer d'exposer, aussi rapidement que possible, les symptômes principaux, le diagnostic différentiel, et le pronostic de la paralysie de la sensibilité musculaire et de la sensibilité articulaire.