‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 337 sur 543 · I. — SïMPTOMES · texte numérisé non relu

I. — SïMPTOMES

La paralysie de la sensibilité musculaire est ordinairement liée à la paralysie de la contractilité volontaire. Assez souvent cependant on la rencontre chez des sujets qui jouissent de leur motilité, pour observer les troubles fonctionnels qu'elle exerce sur les mouvements. C'est l'étude de ces troubles fonctionnels qui fait le sujet de ce sous-paragraphe.

La paralysie de la sensibilité musculaire règne-t-elle isolément (ce que j'ai rencontré deux fois, Obs. CLIetCLlII); on constate que le sujet ne perçoit pas les contractions provoquées par les courants d'induction les plus intenses et les plus rapides, localisés dans ses muscles, et qu'il n'éprouve, même dans l'obscurité, aucun trouble apparent dans l'usage des membres où siège cette paralysie. Il y ressent seulement une sorte de lourdeur et une grande fatigue : ses yeux étant fermés, il a conscience, comme à l'état normal, des mouvements imprimés à ses membres et de l'altitude de ces derniers; il perçoit alors le poids des objets, mais avec moins de netteté que du côté sain.

Si, ce qui est habituel^ la paralysie de la sensibilité musculaire est compliquée d'anesthésie et d'analgésie cutanées, aux phénomènes ci-dessus décrits s'ajoute> dans l'obscurité, une gêne, une maladresse dans les fonctions musculaires, mais alors les mouvements et les altitudes diverses des membres sont encore perçus.

11 n'en est plus de même, dès qu'à la paralysie de la sensibilité musculaire se joint la paralysie de la sensibilité articulaire ; alors le sujet se trouve-l-il dans l'obscurité; ou esl-il privé de la vue, ap-

7 72 CHAT. XIII. — l'AHALYSIE DE QUELQUES l'HOPRIÉTÉS MUSCUL.

paraissent, dans la locomotion, les troubles considérables qui ont été attribués faussement, et que j'ai longtemps cru moi-môme appartenir uniquement à la paralysie de la sensibilité musculaire. Ainsi dans ces conditions, le sujet peut mouvoir ses membres normalement, pourvu qu'il les voie. Alors il exécute les différents temps de la marche avec précision; il peut se servir adroitement de ses membres supérieurs pour des travaux manuels assez délicats, bien que l'absence delà sensibilité tactile lui occasionne de la gêne, et qu'il ne puisse apprécier le poids des objets qu'il tient ou qu'il porte. Mais, dès qu'il est empêché de voir, il ne sait plus régler son pas dans la marche qui devient difficile, sinon impossible, ainsi que l'équilibration statique; il n'a plus conscience des mouvements de ses membres, bien qu'il les exécute volontairement; s'il les maintient fléchis ou étendus avec force, il ne perçoit pas les efforts que l'on exerce sur eux en sens contraire; enfin il n'a plus conscience des changements de position ou d'attitude qu'on leur imprime.

Ces troubles fonctionnels de la locomotion sont occasionnés principalement par la paralysie de la sensibilité articulaire, car on les observe dans les cas où, celle-ci étant à son maximum, la sensibilité musculaire et cutanée est incomplète, tandis que la paralysie de la sensibilité des muscles et delà peau, comme on l'a vu, dans l'observation CLIII, ne provoque pas ces mêmes désordres.

II. — DIAGNOSTIC DE LA PARALYSIE DE I,A SENSIBILITÉ MUSCULAIRE ET ARTICULAIRE D'AVEC L'ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE.

De toutes les affections musculaires, la paralysie rie la sensibilité musculaire et articulaire est celle que l'on est le plus exposé à confondre avec l'ataxie locomotrice progressive. Une telle méprise serait on ne peut plus déplorable, parce que, comme je l'ai déjà dit précédemment, le pronostic est en général favorable dans la première, et que souvent la guérison s'en obtient facilement et rapidement, tandis que, dans la seconde, le pronostic est toujours grave, même dès le début.

Avant que j'eusse fait une étude assez approfondie de l'ataxie locomotrice, j'attribuai la perte de la coordination des mouvements à la paralysie de la sensibilité musculaire et arliculaire ; mais il m'a suffi, pour reconnaître l'inexactitude de cette explication, de comparer les mouvements désordonnés de l'ataxie locomotrice aux troubles de la motilité que l'on observe dans d'autres maladies, chez les sujets qui sont seulement privés de sensibilité. Je vais démontrer qu'une telle confusion n'est pas possible, lorsqu'on analyse avec soin ces phénomènes morbides différentiels.

A Troubles de la locomotion occasionnés par l'ataxie locomotrice progressive, — Les mouvements désordonnés qui paraptérisenll a-

ARTt ,. PARALYSIE DE LA SENSIBILITÉ MUSC. ET ARTIC. 77 3

taxie locomotrice, et que je n'ai décrits précédemment que superficiellement, sont difficiles à bien dépeindre ; j'espère cependant qu'après les avoir analysés, le lecteur diagnostiquera parfaitement cette affection au lit du malade. Mais on ne saurait comprendre le mécanisme de ces divers mouvements pathologiques, sans être bien fixé sur celui de la locomotion ; or, avec les données fournies actuellement par la physiologie officielle et avec certains principes nouveaux qu'on a voulu introduire dans la science, il serait difficile, sinon impossible, de se rendre compte de la plupart de ces mouvements pathologiques. Comme ces derniers ne me paraissaient bien explicables qu'avec la connaissance de quelques faits qui ressortent de mes recherches électro-physiologiques et pathologiques et qui ont été exposés dans mes publications antérieures (1), je vais les résumer et les faire servir à l'étude des mouvements pathologiques dont il est ici question.

La coordination des mouvements se compose de deux ordres de fonctions musculaires, dont la lésion s'observe isolément dans l'ataxie locomotrice, et constitue deux degrés différents des troubles de la coordination des mouvements. Au premier ordre- de phénomènes je donne le nom d'harmonie des antagonistes, dont l'existence a été méconnue ou n'avait pas été démontrée en physiologie ; le second est constitué par les associations musculaires instinctives ou volontaires qui président à tout mouvement physiologique.

Je vais étudier ou analyser séparément ces deux ordres de phénomènes qui président à la locomotion, dont la connaissance exacte est d'une grande importance dans l'élude du diagnostic différentiel de l'ataxie locomotrice.

a, Harmonie et disharmonie des muscles antagonistes. Contrairement à la doctrine de Galien sur l'inaction des muscles antagonistes, pendant l'exercice des mouvements volontaires (2), doctrine qui s'est propagée de siècle en siècle jusqu'à nos jours, j'ai démontré expérimentalement que tout mouvement volontaire des

(1) VoirDuchenne (de Boulogne',, Physiol. des mouvements, 1866.

(2) Le célèbre médecin de Pergame professait, en effet., que pendant les mouvements volontaires, certains muscles se contractent, tandis que leurs antagonistes restent inactifs; voici un passage dans lequel il exprime très-nettement cette opinion : h Le muscle contracté attire donc vers soi, tandis que le muscle relâché est attiré conjointement avec la partie. Pour cette raison, les deux muscles se meuvent pendant l'accomplissement de chacun des deux mouvements; mais ils n'agissent pas tous les deux, car Vactivité consiste dans la tension de la partie qui se meut, et non pas dans l'action d'obéir : or un muscle obéit quand il est transporté inactif, comme le serait toute autre partie du membre. » (Œuvres de Galien : De l'utilité des parties, traduction de M. Daremberg. Paris, 1856, t. II.) — Les muscles antagonistes seraient donc, d'après Galien, seulement passifs, inactifs, pendant les mouvements physiologiques. Il ajoute, dans un autre passage, que ces muscles n'interviennent activement et concurremment avec d'autres musc/es que pour maintenir les positions fixes.

77 4 CllAP. Xlir. — PARALYSIE DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCUL.

membres et du tronc est le résultat d'une double excitation nerveuse, en vertu de laquelle les deux ordres de muscles qui possèdent une action contraire (fléchisseurs et extenseurs) sont mis simultanément en contraction, les uns pour produire ce mouvement, Les autres pour les modérer(1). Sans cette espèce de solidarité des antagonistes {d'harmonie des muscles antagonistes) , le mouvement perd inévitablement de sa précision et de sa sûreté. Ce doit être d'ailleurs un principe élémentaire en mécanique, et l'on s'étonnera qu'il ait échappé à l'esprit profond de l'auteur du De usu partium. Agissez en effet avec un peu de force sur un levier, vous verrez qu'il est impossible de l'arrêter exactement en un point donné, s'il n'est pas retenu par une force opposée modératrice.

Cette harmonie des muscles antagonistes, de laquelle dépendent la précision et la sûreté des mouvements, est lésée une des premières, dans Tataxie locomotrice progressive. Dès qu'elle est troublée ou abolie, le sujet perd la faculté instinctive de régler la portée ou l'étendue de ses mouvements, bien que l'association des contractions musculaires, nécessaires à l'exercice des mouvements physiologiques se fasse encore normalement. C'est ainsi, par exemple, que l'on voit, dans cette désharmonie des muscles antagonistes, les malades exagérer la plupart des mouvements de la marche, dont cependant ils peuvent encore exécuter les différents temps. C'est surtout dans le second temps de la marche qu'ils lancent brusquement le membre inférieur en avant sans pouvoir le retenir, et dépassent ainsi la longueur du pas. Cette force de projection, qu'ils n'ont pas le pouvoir de maîtriser ou de modérer, leur donne une impulsion telle, qu'ils n'osent plus marcher vite ou courir, sans craindre de perdre l'équilibre; ils se sentent, disent-ils, comme poussés en avant par une force invisible. Des désordres analogues ont lieu dans les membres supérieurs. N'a-t-on pas vu, dans l'observation CIII, que le malade, en portant le verre à ses lèvres et bien qu'il le suivît très-attentivement du regard, avait la plus grande peine à ne pas le briser contre ses dents, parce que ses mouvements allaient au delà de sa volonté?

Que l'on me permette, en passant, de tirer de ce qui précède la déduction physiologique suivante : si l'existence de l'harmonie des antagonistes n'avait pas été démontrée par mes expériences antérieures, les faits pathologiques que je viens d'analyser suffiraient pour mettre en lumière cette fonction musculaire, pour ainsi dire latente à l'état normal,

(1) Mes expériences, qui démontrent le peu de fondement de la théorie du repos alternatif des muscles antagonistes, pendant les mouvements volontaires, ont été exposées dans un travail intitulé : Orthopédie physiologique, ou déductions pratiques de recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les mouvements du pted (Bulletin thérapeutique, 1858).

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