‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 351 sur 543 · SENS · texte numérisé non relu

SENS

Tous les sens sont accessibles à l'excitation électrique ; j'ai indiqué, dans le chapitre II, § II, les procédés qu'il convient d'appliquer à la faradisation de chacun d'eux. J'aurai à revenir dans cet article sur quelques-uns de ces procédés.

Les paralysies hystériques des sens peuvent être plus ou moins modifiées par la faradisation exactement localisée dans les organes où ils siègent, à la condition que ces paralysies ne soient pas symplo matiques d'une lésion organique centrale. La question la plus importante dans le traitement des paralysies des sens, est donc celle qui a trait à leur diagnostic, sans lequel on ne saurait juger l'opportunité de l'intervention d'un traitement quelconque.

g f , — Paralysie des sens du toucher, de l'odorat et de la Tue.

Des faits en nombre suffisant, exposés dans le cours de ce livre, ont déjà démontré la puissance modificatrice de la faradisation localisée, dans plusieurs paralysies des sens. Il me suffira donc de les rappeler, sans que je doive donner un grand développement à ces questions thérapeutiques.

I. J'ai fait ressortir, dans l'article précédent, l'heureuse influence thérapeutique de la faradisation cutanée sur l'analgésie (paralysie de la sensibilité tactile) presque toujours liée à l'anesthésie cutanée (paralysie de la sensibilité douloureuse).

II. La paralysie de l'odorat et la paralysie du goût, que l'on ren

AttT. III. § I. — PARALYSIE DES SENS. 82 3

contre fréquemment dans l'hystérie, sont ordinairement limitées au côté gauche de la langue. Elles guérissent, en général, très-rapidement, en quelques séances de faradisation pratiquée sur les points de la langue ou des narines, dans lesquels se ramifient les nerfs linguaux, glosso-pharyngiens et olfactifs. Pendant une dizaine d'années, j'ai eu de très-nombreuses occasions d'observer ces faits thérapeutiques, chez les hystériques de la Charité. J'en ai rapporté quelques exemples dans ce livre.

Est-il besoin de dire que les paralysies du goût et de l'odorat, symptomatiques de la lésion organique des nerfs glosso-pharyngiens et olfactifs, ou consécutives à l'inflammation chronique des muqueuses nasales et buccales, doivent, en général, opposer une grande résistance à cette excitation périphérique. Il se peut toutefois que la lésion organique soit guérie, et que cependant, de même que dans d'autres espèces de paralysies, la lésion fonctionnelle persiste encore. Alors la faradisation peut être utile et môme rétablir la fonction. J'ai aussi guéri la paralysie de l'odorat, consécutive à un coryza qui avait duré une année environ. Enfin dans plusieurs cas où, sans cause appréciable et sans que j'aie pu en établir le diagnostic, j'ai rappelé, par la faradisation, le goût qui était aboli depuis un temps plus ou moins long.

III. Certaines amblyopies ou amauroses peuvent être guéries ou améliorées par l'excitation électrique. Les auteurs qui se sont occupés d'électro-thérapie sont unanimes sur ce point ; la plupart ont rapporté, à l'appui de cette opinion, des faits plus ou moins nombreux. A la liste déjà si longue de guérisons d'amauroses ou d'amblyopies dont on trouve la relation dans les traités spéciaux et dans des monographies, je puis ajouter moi-même des faits tirés de mes propres expériences. Mais, hélas! toutes ces guérisons n'ont ni la valeur ni la signification qu'on leur a données, parce que le diagnostic n'en avait pas été fait et ne pouvait l'être, en général, avant l'emploi de l'ophthalmoscope. Jadis on se contentait de dire que l'on avait obtenu par l'électrisation la guérison des amblyopies et des amauroses. Ces termes sont trop vagues et ne devraient plus être employés dans le langage médical exact, surtout quand il s'agit de faire connaître l'espèce d'affection dont l'œil a été atteint. Les mots amblyopie et amaurose signifient, en effet, affaiblissement et perte de la vue; mais l'on sait aujourd'hui que ces troubles fonctionnels sont symptomatiques d'affections essentiellementdifférentes, de maladies soit du corps vitré, soit de la choroïde, soit de la rétine, soit de la papille du nerf optique, soit de la tache jaune (macula lutea), soit de l'amblyopie de la rétine consécutive aux affections cardiaques, soit du cerveau et même de la moelle; qu'ils s'observent dans l'albuminurie, dans le diabète, dans l'alaxie locomotrice, et enfin qu'ils

8 2 4 CHAP. XIV. — TROUBLES DE LA SENSIBILITE Kl DKS SENS.

peuvent être produits indirectement par certains états nerveux mal définis. Il suffit de jeter un coup d'œil sur celte liste d'affections nombreuses et différentes dont le symptôme commun est l'amblyopie ou l'amaurose, liste qui serait bien plus longue si l'on y ajoutait les variétés de chacune de ces affections, pour comprendre que non-seulement la plupart des amauroses ne peuvent être guéries par l'électricité, mais que, dans un assez grand nombre de cas, cette médication est formellement conlre-indiquée, en raison des accidents qu'elle pourrait occasionner. Dans l'état actuel de l'ophthalmologie, on peut, principalement à l'aide de Pophthalmoscope et en tenant compte bien entendu des symptômes généraux dans différents états morbides, faire le diagnostic différentiel de toutes ces affections diverses de l'œil, et localiser, dans la plupart des cas, le siège du mal avec une assez grande précision.

Avant l'emploi de l'ophtbalmoscope, qui a jeté une grande lumière sur ce que l'on se contentait d'appeler jadis amblyopie et amaurose, on pouvait appliquer empiriquement et au hasard l'excitation électrique au traitement de ce trouble fonctionnel de la vue ; aujourd'hui, procéder de la sorte, alors qu'il est démontré que cette excitation, dans un grand nombre d'amblyopies et d'amauroses, non-seulement ne peut conduire à aucun résultat heureux, mais qu'elle peut aggraver l'état du malade, l'aveugler complètement, au lieu de diminuer son amblyopie, serait un acte irrationnel et condamnable.

En somme, s'il est démontré par des faits incontestables que certaines amblyopies et certaines amauroses guérissent par l'électrisation, ces faits n'auront de valeur réelle que lorsque, éclairé par les progrès récents imprimés à l'ophthalmologie par l'examen ophthalmoscopique, leur diagnostic aura été exactement établi. 11 est donc nécessaire de rechercher, après en avoir ainsi précisé le diagnostic, quels sont les cas d'amaurose et d'amblyopie dans lesquels il est possible d'obtenir une amélioration ou une guérison par l'électrisation, et aussi quels sont les cas où cette médication est contreindiquée.

Il est évident que l'électrisation appliquée empiriquement et au hasard, comme elle l'a été jusqu'en ces derniers temps, au traitement de l'amblyopie et de l'amaurose, a dû exposer les malades non-seulement à des tentatives inutiles, mais aussi à une aggravation : par exemple, dans l'amblyopie congestive ou hémorrhagique, dont on connaît la fréquence. J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs malheureux littéralement aveuglés par des électriseurs, et chez lesquels l'existence d'une amblyopie congestive avait été constatée.

Lorsqu'il n'y a point de congestion ou d'altération des milieux de l'œil, l'excitation électrique peut guérir l'amblyopie et môme

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