ART. III. § I. — PARALYSIE DES SENS
tramauroM qui dépendent de certains états nerveux, comme l'état hystérique et chloro-anémique, ou qui sont produites par toutes les causes d'affaiblissement et d'épuisement, telles que les pertes séminales, la masturbation, l'abus du coït, etc.
C'est sans aucun doute, dans ces conditions, qu'ont été produites les gué'risons, par l'électricité, d'amblyopies ou d'amauroses rapportées par les auteurs. J'en ai obtenu moi-môme de semblables par la faradisation et par la galvanisation localisée. Cependant j ai commencé à expérimenter ce traitement dans des cas d'amblyopie par atrophie partielle de la papille, du nerf optique, et dans lesquels on n'avait pas constaté de phénomènes congestifs. Bien que je n aie pas encore vu, dans ces cas, l'atrophie partielle de la papille diminuer il m'a paru que sa marche en était considérablement ralentie. Je nè suis pas assez avancé dans ces recherches, pour me croire fondé à formuler une opinion sur ce sujet. Si j'en ai parlé ici, c est avec l'espoir que dans cette espèce d'amblyopie réputée incurable, ces expériences seront répétées par d'autres sur une plus grande échelle. Quoi qu'il en soit, il ressort déjà de ces expériences que l'électrisation est de quelque utilité dans certaines atrophies de la
papille du nerf optique.
Le choix de l'espèce d'électricité ou du courant à employer importe beaucoup dans le traitement de l'amblyopie ou de l'amaurose. On doit se rappeler ici ce qui a été démontré dans le cours de ce livre (chap. I), à savoir : l°que la galvanisation excite beaucoup plus vivement la rétine que la faradisalion (l'électricité d'induction) ; 2° que le courant de la deuxième hélice des appareils faradiques (courant induit des auteurs) agit plus vivement sur la rétine que celui de la première hélice (extra-courant des auteurs). Conséquemment le courant galvanique intermittent mérite la préférence dans ce genre d'application électro-thérapeutique. C'est aussi celui quej'emploie, en général, comme agissant d'une manière plus spéciale sur la rétine, et avec des intermittences éloignées d'une demiseconde à une seconde, et chaque séance durant cinq à six minutes. Une pile faible suffit à ces applications ; ses éléments doivent présenter peu de surface, afin d'en diminuer autant que possible l'action électrolytique.La peau etles rhéophores doivent être largement humectés, sous peine de voir apparaître un érylhème et même de petites vésications dans les points excités. S'il arrivait que la galvanisation, malgré ces précautions, fût inapplicable, en raison de l'extrême excitabilité de la peau, ou que l'on n'eût à sa disposition qu'un appareil d'induction, alors on appliquerait le courant de la deuxième hélice, qui, ainsi que je l'ai dit plus haut, exerce une action plus puissante sur la rétine que le courant de la première hélice. J'ai dit ailleurs que dans tous les points où se ramifiait la cin-
un. o.un3imui.fc; BT DES SENS.
quième paire, l'électrisation provoquait le phosphène,mais que plus les rhéophores étaient rapprochés du globe oculaire, plus la rétine était y.vement excitée. Quelques personnes ont pu penser cependant que 1 application directe des rhéophores métalliques sur la sclérotique agissait plus énergiquement sur la rétine que lorsque des rhéophores humides sont posés sur les paupières abaissées. C'est une erreur ; je puis l'affirmer d'après les expériences comparatives que j'ai faites depuis longtemps sur ce sujet. Ainsi, j'introduisais primitivement sous les paupières un rhéophore semblable à celui que j'ai décrit à l'occasion de la faradisation des muscles moteurs de l'œil, pendant que le second rhéophore humide était placé à la nuque. Les malades m'ayant déclaré que le phosphène n'était pas plus éclatant que lorsque j'agissais à travers les paupières avec des rhéophores humides, et ayant remarqué que parles deux procédés 1 action thérapeutique était la même, j'ai donné la préférence au dernier, parce que l'introduction d'un rhéophore sous la paupière est plus douloureuse et parce qu'elle inspire une grande répugnance aux malades. Enfin ce procédé est quelquefois inapplicable, en raison de l'excitabilité extrême de la conjonctive.
§ H« — Surdité nerveuse.
Le titre seul de ce paragraphe m'oblige à déclarer, avant d'entrer en matière, que je ne me sens aucun goût pour l'expérimentation purement thérapeutique. C'était bien à regret que je me suis vu engagé dans la voie des recherches électro-thérapeutiques que je vais exposer dans ce paragraphe. Un mot d'explication sur ce point. Un jour l'idée me vient.de rechercher les propriétés de la corde du tympan, en allant l'exciter par le conduit auditif externe. Mon oreille et celles de quelques amis n'ayant pas suffi à mes expériences, j'empruntai les oreilles des sourds que je trouvai dans les consultationsgratuites, et je leur fis entrevoir la possibilité d'une amélioration. Le hasard a voulu que beaucoup de ces sourds aient été guéris ou améliorés. Voilà comment primitivement je suis entré dans cette ex- ; périmentation de guérisseur, par curiosité physiologique. Ces faits thérapeutiques ont bien vite été connus. Alors des sourds en! assez grand nombre, et même des sourds-muets m'ont été adressés; alors, bon gré, mal gré, il m'a fallu continuer ces expériences empiriques. Ces résultats thérapeutiques m'ont paru assez importants pour en faire le sujet d'un mémoire que j'ai publié en 1851 (1). Les
(1) Duchenne (de Boulogne), Recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les propriétés de la corde du tympan (Archives générales de médecine, 1851), et De la valeur de la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets, appliquée au traitement de la surdité nerveuse (Bulletin général de thérapeutique, 1858, t. LV, p. 105).
faits qui forment la base de ce mémoire sont incontestables et bien observés; ils ont été confirmés parde nouvelles observations recueillies publiquement. Les protestations inexplicables de que ques spécialistes qui nient encore aujourd'hui la puissance de 1 excitation électrique sur l'organe de l'ouïe, dans la surdité nerveuse, me font un nouveau devoir de rappeler sommairement tous ces faits, et en môme temps le travail dont ils ont été le sujet.
Il y a une vingtaine d'années, me proposant de rechercher au moyen de la faradisation localisée, quelles sont les propriétés physiologiques de la corde du tympan, je fis d'abord quelques expériences sur moi-môme (1). Après avoir constaté qu'elles n'occasionnaient pas de douleurs et qu'elles n'exposaient à aucun danger, je voulus les répéter sur d'autres personnes.
j'avais pensé, de prime abord, que cette excitation profonde de l'oreille, produite parle procédé de faradisation que j'avais institué pour mes recherches électro-physiologiques, pouvait être utile dans le traitement de la surdité nerveuse, bien que je n'en connusse pas encore le mode d'action physiologique, et conséquemment qu'il me fût impossible d'en tirer la moindre déduction thérapeutique rationnelle. Ces prévisions ont été pleinement justifiées, après plusieurs années d'expériences, par les faits que j'ai exposés en 1855 dans la première édition (2). Ces faits, quoique très-authentiques et rigoureusement observés, n'ont cependant pas porté la conviction dans tous les esprits. C'est ainsi que ceux-là même qui pouvaient tirer le plus grand parti de la connaissance de ces recherches (quelques médecins auristes) ont nié longtemps l'action thérapeutique de toute excitation électrique sur la surdité nerveuse. Ne mettant nullement en doute la bonne foi de mes contradicteurs, il m'a été démontré par là que peut-être mes recherches avaient été insuffisantes. C'est pourquoi je les ai continuées.
Je viens, dans ce travail, faire connaître les résultats de ces nouvelles recherches, en présence desquelles le doute n'est plus permis. Les faits thérapeutiques que j'ai à produire seraient empiriques, que la question pratique n'en serait pas moins jugée. Néanmoins il me paraît convenable de procéder plus scientifiquement, en cherchant à expliquer autant que possible l'action physiologique du procédé de faradisation appliqué à ce genre de recherches électro-thérapeutiques.
Je me propose donc : 1° d'étudier l'action physiologique du procédé de faradisation que j'ai appliqué expérimentalement à la cure
(1) Les résultats de ces recherches ont été exposés dans un mémoire intitulé : Recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les propriétés de la corda du tympan [Arch. gén. de méd., 1851).
(2) Duchenne (de Boulogne), De l'Électrisation localisée. lrc édition. Paris, 1855 : Surdite, p. 807.
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de la surdilé nerveuse ; 2° d'exposer les nouveaux laits qui démontrent la valeur réelle de ce modo de traitement; 3° de rechercher s'il existe un signe pronostique, pathognomonique, de la surdité nerveuse.
I. — ACTION PHYSIOLOGIQUE DU PROCÉDÉ DE FARADISATION LOCALISÉE, QUE JAI INSTITUÉ ET APPLIQUÉ AU TRAITEMENT DE LA SURDITÉ NERVEUSE.
A. Procédé opératoire. — Voici ce procédé, tel que je l'ai décrit en 1851(1). La tête est inclinée de manière à placer le conduit auditif externe dans une direction perpendiculaire, comme dans la figure 179.
Fig. 179. — Rhéophore auriculaire et section du rocher, laissant voir le conduit auditif externe, la caisse du tympan et la trompe d'Eustache (*).
On injecte dans ce conduit de l'eau tiède en quantité suffisante pour en remplir la première moitié, et l'on plonge dans ce liquide un fil métallique, évitant de le mettre en contact avec la membrane du tympan ou avec les parois du conduit auditif. Ce contact, que peut produire le plus léger mouvement de la tête ou de la main qui tient le rhéophore auriculaire, cause une vive douleur au moment
(1) Duchcnne (de Boulogne), Mémoire sur la corde du tympan (Archives gén. de me'd., 1851).
(*)• — A, pavillon de l'oreille; B, conduit auditif externe dans lequel plonge le rhéophore auriculaire C; D, fil conducteur du rhéophore auriculaire, isolé par un tube d'ivoire F., qui plonge dans le conduit auditif externe rempli de liquide dans sa première moitié; F, cavité tympanique, contenant les osselets; G, trompe d'Eustache; H, oreille interne ou labyrinthe, dont les canaux sont ouverts de manière à laisser voir le nerf acoustique et ses divisions; I, moitié inférieure de la membrane du tympaut enant au manche du marteau ; J, muscle externe du marteau ; K, muscle interne du marteau ; L, tendon du muscle antérieur du marteau.,
— SUUD1TÉ NERVEUSE
ART. lu. g
du passage du courant. Pour ne pas y exposer le patient, j'ai fait construire par M. Charrière un rhéophore auriculaire (C, fig. 179), où le fil métallique conducteur D est isolé par une enveloppe d'ivoire E, et ne peut pénétrer jusqu'à la membrane du tympan I. Après avoir attendu que l'espèce de bourdonnement produit par l'impression du liquide sur la membrane du tympan ait disparu, on met le rhéophore auriculaire en rapport avec l'un des conducteurs d'un appareil d'induction, et l'on ferme le circuit en plaçant sur l'apophyse mastoïde l'autre rhéophore humide, qui lui-même communique avec le second conducteur de cet appareil.
L'appareil d'induction qui sert à cette expérience est approprié à la délicatesse de l'organe sur lequel on agit, c'est-à-dire quele minimum desa puissance doit être à peine appréciable, lorsqu'on applique les rhéophores métalliques sur l'extrémité de la langue, et qu'il doit pouvoir se gradueravec précision et sur une échelle d'une grande étendue.
Le procédé opératoire que je viens d'exposer n'a pas été compris par toutle monde, entre autres par mon ami, M. le docteur Bonnafont (1), qui le trouve d'une applicalion difficile (« la position du malade pour maintenir l'eau dans l'oreille est, dit-il, fatigante »). S'il m'avait vu opérer, il aurait remarqué que rien n'est plus simple. En effet, l'opérateur assis ayant un coussin placé sur ses genoux, le sujet également assis en face de lui se penche latéralement, et de manière à placer, sur un coussin plus ou moins haut, le côté de sa tête opposé à 180 l'oreille, sur laquelle la faradisation doit être pratiquée. En agissant de cette façon, le sujet n'éprouve aucune fatigue, l'eau reste dans l'oreille, et l'opérateur, dont la main qui tient le rhéophore auriculaire, repose sur le coussin, agit plus sûre-
- Rhéotonie auriculaire (*).
(1) Bonnafont, Traité pratique des maladies de l'oreille. Paris, 1860.
f*j Le rhéotome auriculaire ne diffère du rhéophore auriculaire représenté dans la figure précédente (fig. 179) que par son manche A (fig. ISO), sur lequel le système des interruptions est adapté. On remarque en effet dans celte figure 180, que l'un des conducteurs de l'appareil étant attaché au bouton 2, qui communique avec l'anneau fixé au manche, si le pouce de la main qui tient ce dernier appuie alors sur le bouton 1, le courant passe dans le fil conducteur placé au centre du tube d'ivoire B, qui plonge dans le conduit auditif externe.
Ce rhéotome m'est très-utile dans mes expériences électro-physiologiques, surlout pour la démonstration de l'action propre des muscles. Le manche A peut être détaché de l'excitateur auriculaire, et fixé à d'autres excitateurs, quelle qu'en soit la forme. M. Makenzi en a fait construire un autre à peu près semblable pour l'électrisatlon du larvnx.
ment. J ajouterai que, dans cette opération délicate, le degré d'intensité du courant doit être extrêmement affaibli et lesintermillences très-éloignées les unes des autres. Pour .atteindre sûrement ce résultat, je me sers habituellement d'une pédale rhéotome décrite dans la première partie de ce livre (voy. fig. 55 p. 255), et, à son défaut, d'un rhéotome auriculaire que j'ai fait construire il y a une douzaine d'années par M. Charrière fils, et qui est représenté dans la figure 180.
Peut-être ai-je eu tort de ne pas entrer dans ces détails que j'ai cru trop minutieux.
Je saisis cette occasion pour répondre à la critique que M. Bonnafont a faite dans son livre (i) (qui reste un excellent Traité des maladies de l'oreille) des phénomènes électro-physiologiques mis en lumière par mes expériences sur les propriétés de la corde du tympan et des déductions que j'en ai tirées au point de vue de leur application du diagnostic des surdités nerveuses. Cette critique prouve qu'il ne s'est pas placé à mon point de vue physiologique, ou qu'il n'a pas étudié suffisamment la structure intime du nerf auditif et de la corde du tympan pour juger celte question qui ressort des recherches de Stilling, de Lockart Clarke et de mes recherches iconophotographiques, comme je le démontrerai par la suite.
B. Phénomènes électro-physiologiques. — Je vais exposer la série des phénomènes électro-physiologiques que j'ai observés, chaque fois que je me suis soumis à l'expérience précédente. Je les ai vus se reproduire, en général, chez les sujets sur lesquels je l'ai répétée.
1° Le rhéophore E, étant placé dans mon conduit auditif préalablement rempli d'eau dans sa première moitié, et l'appareil étant à son minimum, ainsi que je l'ai indiqué plus haut, je perçus, à l'instant même où eut lieu l'intermittence du courant, un petit bruit sec, 'parcheminé, un craquement que je rapportai très-nettement au fond du conduit auditif externe. Les intermittences ayant été pratiquées avec une extrême rapidité, ces bruits se rapprochèrent au point d'imiter une crépitation ou le bruitproduit parles battements des ailes d'une mouche qui vole entre une vitre et un rideau. L'intensité des petits bruits que je viens de décrire augmenta en raison directe de la force du courant.
2° Aux phénomènes d'audition s'ajouta une sensation de chatouillement dans le fond de l'oreille, à un faible degré d'excitation, sensation qui devint de plus en plus vive, en raison directe de l'augmentation du courant. Cette sensation était parfaitement limitée au point où le son paraissait naître.
3° Après un certain temps d'excitation et à un certain degré de
(1) Bonnafont, Traité des maladies de V oreille. 2e édition. Paris, 1872.
tension du courant, j'éprouvai très-nettement un chatouillement dans le côté droit de la langue, à la réunion de son tiers postérieur avec son tiers moyen. Élevant encore graduellement la force du courant, je sentis le chatouillement gagner progressivement la pointe de la langue, où j'éprouvai alors un engourdissement et un picotement désagréable, qui n'alla pas jusqu'à la douleur. L'expérience dont je viens de décrire les effets est souvent suivie d'un engourdissement, et quelquefois d'une hyperesthésie des deux tiers antérieurs du bord de la langue, qui persistent assez longtemps.
4° Il m'a paru aussi que ma langue était plus sèche et comme râpeuse, du côté opéré.
Tels sont les phénomènes qui frappèrent d'abord mon attention, et qui m'ont été signalés, à peu près dans l'ordre que je viens d'indiquer, par les sujets que j'ai soumis à cette expérience
5° Il me reste à faire connaître un phénomène d'ane haute importance, qui se manifeste assez souvent, lorsque l'excitation est suffisamment énergique: c'est la production d'une sensation gustative spéciale. C'est le dernier qui ait attiré mon attention, parce qu'il est masqué sans doute par la sensation de chatouillement ou de picotement qui l'accompagne. Aussi passerait-il presque toujours inaperçu, si l'expérimentateur ne s'en préoccupait pas. Bien que la sensation gustative soit peu prononcée, on la distingue cependant parfaitement, et, pour mon compte, je l'ai ressentie si nettement, que je puis la comparer à une sensation métallique.
6° Enfin, quelques sujets perçoivent, à chaque intermittence, une sensation lumineuse (le phosphène électrique), du côté excité.
7° Je me réserve d'examiner par la suite l'action de l'excitation électrique de la corde du tympan sur la sécrétion salivaire, chez l'homme.
C. — Analyse des phénomènes électro-physiologiques précédents. — a. Perception d'un son. — Le bruit sec, parcheminé, perçu dans le fond du conduit auditif, au moment de chaque intermittence du courant d'induction, est produit par l'ébranlement des parties profondes de l'oreille ( des osselets, de la membrane du tympan et de la fenêtre ovale).
On pourrait supposer, il est vrai, que ce bruit reconnaît pour cause l'excitation directe du nerf acoustique. Mais il suffit de se rappeler les conditions anatomiques de la région sur laquelle on opère, pour comprendre que ce nerf, enfermé dans son rocher, est inaccessible à cette excitation directe. En effet, la membrane du tympan n'est reliée à la paroi interne de la caisse ou à la membrane de la fenêtre ovale, dont elle est distante de 4 à 5 millimètres, que par la chaîne des osselets qui sont mauvais conducteurs du courant électrique. Il faudrait que ce courant fût inGniment plus intense que celui qui a
616 employé, dans mon expérience, pour qu'il arrivât jusqu'à l'oreille interne. Admettant môme que, dans ce cas, le nerf acoustique eût reçu directement l'excitation électrique, il resterait encore à démontrer que cette excitation peut produire un son, indépendamment de tout mouvement vibratoire.
Mais est-il besoin de cette hypothèse invraisemblable, alors que l'ébranlement de la chaîne des osselets et des membranes auxquels aboutissent les extrémités de cette chaîne, rend suffisamment compte de la production du son?Il n'est pas douteux que cet ébranlement n'ait lieu dans le cas dont il s'agit. Je l'ai constaté d'ailleurs sur plusieurs animaux. Il est provoqué par la contraction d'un ou de plusieurs des muscles moteurs des osselets. On ne comprendrait pas que, chez l'homme, cette contraction musculaire n'eût pas lieu par ce procédé de faradisation de l'oreille, car le muscle externe du marteau, qui, on le sait, est situé dans la partie supérieure du conduit auriculaire (J, fîg. 179), se trouve en contact avec le liquide dans lequel plonge le rhéophore. On objectera peut-êlreque des anatomistes n'admetlentpas l'existence de ce muscle ; mais il en est d'autres aussi qui professent une opinion contraire. D'ailleurs, l'existence constante de l'apophyse courte du marteau, qui est évidemment destinée à recevoir le tendon du muscle externe du marteau, ne suffit-elle pas pour démontrer que l'absence de ce muscle ne peut être qu'une anomalie?
Le muscle externe du marteau est-il le seul qui, dans celte expérience^entre en contraction? Le courant atteint-il aussi les muscles interne (K, fig. 179) et antérieur (L) du marteau? L'examen de cette question m'entraînerait trop loin et ne serait d'aucune utilité. Il me suffit~d'avoir établi qu'une contraction musculaire met en mouvement le marteau, et conséquemment toute la chaîne des osselets et les membranes auxquelles se fixent les extrémités de celte dernière, pour expliquer l'espèce de craquement perçu parle sujet soumis à l'expérience.
(*) A, corde du tympan se séparant du nerf facial B un peu au-dessus du Irou stylo-mastoïdien, remontant dans la cavité tympanique, accolée à la membrane du tympan dans le point C, avant de passer entre l'enclume et le marteau, s'accolant au nerf lingual D après sa sortie de la caisse du tympan; E, moitié inférieure de la membrane du tympan.
LEVEILLE
Fig. 181. — Section du rocher montrant la corde du tympan émergeant du facial et allant s'accoler au nerf lingual (*).
Je signalerai ici un fait physique qui est la conséquence du mouvement imprimé à la membrane de la fenêtre ovale: c'est l'agitation du liquide labyrinthique, et conséquemment du nerf acoustique qui plonge dans ce liquide. On verra bientôt que ce phénomène joue probablement le rôle le plus important dans la question thérapeutique, qui est le sujet principal de cet article.
b. Excitation de la sensibilité générale et gustative de la langue. — Les rapports de la corde du tympan avec la membrane du tympan démontrent que ce nerf est nécessairement excité dans l'expérience que j'ai à analyser.
On sait que la corde du tympan (A, fig. 181) se détache delà septième paire, B, un peu avant sa sortie du trou stylo-mastoïdien; qu'elle remonte ensuite, par un canal particulier, vers la cavité tympanique, dans laquelle elle pénètre par un orifice situé au niveau de l'extrémité postérieure du diamètre transverse de l'encadrement de la membrane du tympan ; qu'elle est accolée à cette membrane (dans le point G) avant de passer entre la branche verticale de l'enclume et le manche du marteau; enfin, qu'après sa sortie de la caisse par la scissure de Glaser, elle va s'anastomoser avec le nerf lingual D, auquel elle s'accole, en allant se ramifier dans les deux tiers antérieurs de la langue. Avec ces données anatomiques, on comprend que le rhéophore, plongeant dans le liquide qui remplit le conduit auditif externe, doit faire arriver l'excitation jusqu'à la corde du tympan qui se trouve en rapport immédiat avec la membrane du tympan.
C'est l'excitation de la corde du tympan qui produit l'engourdissement, le fourmillement, etc., ressentis dans la langue du côté opéré; car cette sensation se manifeste exactement dans le point où ce nerf immerge dans la langue, après s'être anastomosé avec le lingual, pour se propager ensuite jusqu'à l'extrémité de cet organe.
Le nerf lingual jouit, il est vrai, de propriétés analogues, et Ton pourrait m'objecter que la corde du tympan conduit le courant jusqu'à lui. Mais comme celte anastomose se fait 3 à 4 centimètres au-dessous du point excité, il est impossible que le courant, à un degré d'intensité aussi faible, pénètre jusqu'au nerf lingual! D'un autre côté, personne ne conteste que cette anastomose n'est qu'un simple accolement. La corde du tympan peut même être séparée du nerf lingual, comme dans la figure 181. lien résulte donc que la corde du tympan peut être excitée indépendamment du nerf lingual.
Quant au nerf de Jacobson, A [6g. 182 (rameau du glosso-puaryngien qui constitue le plexus tympanique, et qui rampe contre la paroi postérieure de la caisse)], quant aux grand et petit pélreux duchenne. — 3e édition. K0 '