‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 354 sur 543 · CHAP. A1V. — ÏHODBBBS DE LA SENSIBILITÉ ET DES SENS · texte numérisé non relu

CHAP. A1V. — ÏHODBBBS DE LA SENSIBILITÉ ET DES SENS

lympan, j'ai remarqué, chez quelques individus, Vabsence complète des sensations physiologiques que l'on perçoit à la langue sous l'influence de l'excilalion énergique de ce nerf. J'avoue qu'il ne m'est pas venu à la pensée de rechercher la valeur de ce phénomène, comme signe pronostique de la surdité nerveuse. En voici la raison : c'est que, parmi ceux qui ont présenté cette anomalie, j'en avais trouvé dont l'ouïe était parfaitement saine. Il en existe un exemple dans mon mémoire de 1851, sur les propriétés de la corde du tympan . On lit en effet dans l'ohservation Irc : « Ayant électrisé la corde du tympan alternativement du côté gauche et du côté droit, je constatai que l'excitation ne produisait à gauche {côté paralysé) aucune sensation générale ou gustative de la langue, tandis que du côté sain ces phénomènes que j'ai déjà décrits précédemment étaient accusés par la malade. » Celte malade était atteinte d'une hémiplégie faciale rhumatismale et n'offrait point d'altération de l'ouïe. Bien plus, des sourds chez lesquels je ne pouvais produire l'excitation de la corde du tympan, n'en ont pas moins guéri par mon procédé de faradisation de l'oreille. Des deux cas de guérison de surdité rapportés dans la première édition, il en est un (obs. CLXXXIII) dans lequel je n'ai pu provoquer aucune sensation linguale pendant l'opération,unsecond cas (obs. CCXLVI, édition précédente), en offre encore un exemple remarquable (1).

L'absence des sensations linguales produites par l'excitation de la corde du tympan n'est donc pas un signe pathognomonique de l'incurabilité de la surdité nerveuse. Toutefois le signe pronostique préconisé par M. Philipeaux n'est pas sans valeur, car l'inexcitabilité de la corde du lympan peut dépendre de la lésion ou de l'absence de ce nerf, et, dans ce cas, il y a lieu de craindre que la lésion n'ait atteint plus ou moins profondément tous les organes de l'ouïe (nerfs, muscles, osselets). M. Fano, agrégé de la Faculté de médecine de Paris, m'a montre une belle pièce d'anatomie pathologique sur laquelle tous les organes de l'oreille moyenne étaient détruits (2). Il en existe, d'ailleurs, d'aulres exemples dans la science. Je professais jadis que delà lésion sûrement diagnostiquée delà corde du tympan

(1) A l'occasion de ce fait, M. Philipeaux fait les réflexions suivantes : « Le fait n'a pas été parfaitement clair. Dans la première des deux observations citées par M. Duclienne, et dans lesquelles l'électricité a produit des résultats heureux, il est dit que le malade perçut distinctement le signe caractéristique de la langue. M. Duclienne ne nous indiquant point, dans la seconde observation, si le patient ressentit ce phénomène physiologique, il nous est impossible de tirer de ce dernier fait une interprétation favorable ou défavorable aux idées que nous défendons actuellement. » Je regrette de n'avoir pas été plus clair. Je déclare que si j'avais observé, chez mon malade, les phénomènes physiologiques produits habituellement par l'excitation électrique de la corde du tympan, je n'aurais pas manqué de les noter comme dans le précédent cas. D'ailleurs, ce fait est encore présent à ma mémoire.

(2) Duclienne (de Boulogne), Elect. toc. 1 SGI, obs CGXLV1L

on ne pouvait conclure a l'incurabilité d'une surdité, parce que je croyais que ce nerf n'avait aucun rapport avec le nerf acoustique.

Le nouveau signe pronostique de la surdité préconisé par M. Philipeaux aurait une valeur bien plus grande, si à l*in excitabilité de la corde du tympan s'ajoutait l'absence du bruit spécial qui se fait entendre dans le fond de l'oreille, à chaque intermittence du courant d'induction. J'en ai fourni un exemple dans l'observation CCXLIX de la précédente édition.

Sans attacher une valeur exagérée à l'absence du bruit provoqué dans le fond de l'oreille par l'excitation électrique des mouvements des osselets, ce nouveau signe pronostique me paraît bien plus grave que l'absence des sensations linguales produites par la faradisation delà corde du tympan, puisque ce bruit est dû à l'ébranlement et au craquement des membranes du tympan et de la fenêtre ovale. Si ce bruit n'est pas perçu pendant l'opération, il faut donc que la lésion analomique ou dynamique du nerf acoustique soit profonde.

Résumé général.

Il ressort des faits ei des considérations exposés précédemment :

1° que la surdité nerveuse hystérique guérit en général par l'excitation électrique de la corde du tympan et des mouvements de la chaîne des osselets ;

2° que quelques surdités nerveuses consécutives aux fièvres éruptives, continues, etc., peuvent guérir par ce même traitement, quelque anciennes qu'elles soient, et bien que leur résistance aux autres traitements leur ait donné une apparence d'incurabilité ;

3° que probablement l'action thérapeutique du procédé de faradisalion employé dans ces recherches est due principalement aux ondulations du liquide labyrinlhique produites par l'ébranlement de la chaîne des osselets, et conséquemment de la fenêtre ovale ;

4° que l'exploration électrique de l'oreille ne fournit aucun signe pathognomonique qui permette de pronostiquer l'incurabilité de la surdité ;

§ III. — De la curabilité et du diagnostic de la surdi-mutité nerveuse par la farailîsation de la corde du tympan et de» muscles moteurs des osselets.

A la suite d'une note sur la valeur de la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets appliquée au traitement de la surdité nerveuse (1), que j'ai reproduite textuellement dans le paragraphe précédent, j'ai relaté un cas de semi-guéri-

(1) Duchcnne (de Boulogne), De la valeur de la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets appliquée au traitement de la surdité nerveuse {Bulletin de thérapeutique, 1858, t. LV, p. 105 et 1G0).

son d'une surdi-mutilé congénitale, par le môme procédé de faradisation. « Ce fait, écrivais-je alors, a été rigoureusement et scien tifiquement observé ; il offre toutes les garanties d'honnêteté et d'authenticité désirables. Ue plus, il est déjà jugé par le temps; l'enfant, devenu demi-sourd, a développé sa parole et fait son éducation à l'aide de son ouïe. Tout me fait donc un devoir de le publier. Cependant je vais peut-être, en relatant ici ce fait, m'attirer bien des brocards. »

C'est qu'alors je savais que ce fait allait remettre en question la curabilité de la surdi-mutité congénitale , question qui paraissait résolue d'une manière négative. Aujourd'hui, cette opinion n'est pas encore modifiée parmi la plupart des hommes qui, en raison de leurs études spéciales, paraissent les plus autorisés. Un d'entre eux, Ménière, qui ne pouvait ignorer les recherches auxquelles je me suis dévoué, est venu depuis lors formuler encore cette opinion dans les termes les plus désespérants (1).

Scientifiquement, un tel langage n'est pas justifiable. « La surdimutilé congénitale, écrivait Ménière, en 1848 (2), dépend quelquefois d'un vice de conformation de l'oreille; et, dans ce cas, c'est un arrêt de développement, une aberration organique. Dans beaucoup d'autres dissections, je n'ai trouvé aucune lésion apparente des parties constituantes de l'oreille, et l'on peut croire que la surdité dépend d'une altération du système nerveux. » La même opinion avait été formulée par Itard ; elle est aujourd'hui confirmée par un grand nombre de faits d'anatomie pathologique. Il existe donc une espèce de surdi-mutité congénitale, sans lésion matérielle apréciable. En conséquence, personne, quelque grande que soit son autorité, n'a le droit d'affirmer aujourd'hui que cette espèce de surdi-mutilé nerveuse est incurable.

Nous devons certainement stigmatiser le charlatanisme et faire tomber les illusions entretenues par des guérisseurs; mais ceux qui se donnent la sainte et difficile mission de garder le sanctuaire de la science et de la vérité, ne doivent pas, en aveugles, fermer la porte au progrès. C'est ce que l'on fait pour ce qui a trait à la surdimulité congénilale, en venant déclarer, en pleine Académie, sans preuve scientifique, que, dans tous les cas, cette infirmité est à jamais incurable.

La presse médicale a unanimement et avec raison prolesté contre une assertion aussi légèrement émise. Je réponds à son appel en venant faire connaître aujourd'hui les résultats des quelques recherches que j'ai faites sur cette question humanitaire.

Il) Ménifcre De l'expérimentât ion en matière de surdi-mutité {Bull, de VÂcad. deméd., 1859-60, tome XXV, p. 1090 et Gaz. médicale de Paris, décembre 1860). (2) Ménière, Gazette médicale de Paris, 1848.

En 1861 j'écrivais : « Sur sept sourds-muets de naissance soumis à la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets, l'un n'est plus que demi-sourd, apprend la parole, et fait son éducation à l'aide de l'ouïe. Chez deux autres, ce sens se développe d'une manière très-remarquable. Enfin, les quatre derniers n'ont encore éprouvé aucune modification appréciable. Ayant à démontrer ici l'influence thérapeutique du procédé de faradisation de la corde du tympan sur la surdi-mutUé nerveuse, il ne sera question que des trois premiers. On a lu, dans la précédente édition, une longue observation de surdi-mutité congénitale complète qui a été presque entièrement guérie par la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets (1). »

11 était en somme parfaitement établi par ce cas qu'un sourdmuet de naissance, nommé Raymond X..., âgé de huit ans, avait entendu après quelques excitations électriques des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan ; que son ouïe s'était ensuite améliorée progressivement dans les séances suivantes ; qu'après trois cures, composées chacune d'une trentaine de séances, et pratiquées à des intervalles de six mois à un an, cet enfant n'était plus que demi-sourd ; enfin, que, depuis son traitement, on avait pu le faire parler, développer ses facultés intellectuelles, en un mot. son éducation, seulement à l'aide de l'ouïe.

Depuis la publication de ce fait, c'est-à-dire depuis 1858, le jeune Raymond m'a été ramené plusieurs fois à un intervalle d'une année pour subir une nouvelle cure qui a toujours été suivie d'une amélioration notable ; mais dans l'intervalle, son état est resté stationnaire. En janvier 1861, il était encore demi-sourd. Placé dans une institution où il fait son éducation par l'ouïe, sous l'habile direction de M. Houdin, Raymond m'a été ramené, à plusieurs reprises, pour être soumis à une vingtaine d'excitations chaque fois. Mais je n'ai plus constaté d'amélioration appréciable.

Je dois dire que depuis que la parole de Raymond a été assez développée pour qu'il ait pu rendre compte des sensations ou des impressions que lui fait éprouver la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets, j'ai pu constater que cette excitation électrique provoque chez lui tous les phénomènes électro-physiologiques normaux : à savoir, la sensation linguale et l'impression auditive dans le fond de l'oreille.

A la suite de celte observation j'ai exposé la relation de deux autres cas en voie d'amélioration, sinon de guérison, et que j'ai traités par la môme excitation électrique de l'oreille moyenne et de l'oreille interne. Ces deux faits sont des plus intéressants, parce

(I) Duchenne (de Boulogne), Êlect. toc, obi. CGLIV, 18G1.

84 8 CHAP. XIV. — TltOUHLES DE LA SENSIBILITÉ ET DES SENS.

que les sujets de ces observations avaient été, sans aucun résultai appréciable, traités antérieurement pendant plusieurs années par des médecinsauristes des plus célèbres.

La relation prendrait trop de place pour élre exposée ici avec détails : elle se trouve d'ailleurs dans la précédente édition (1).

Dans la première observation (obs.CCLV), il s'agissait d'un enfant dont la surdité, qu'elle fût congénitale ou seulement accidentelle, était assez profonde pour le condamner à un mutisme complet, et qui, mis en possession de la parole, et sans le secours de l'oreille, par des efforts inouïs de patience et de persévérance, sous la direction de M. Houdin, n'entendait absolument rien, pas même les plus puissantes vibrations de l'orgue, lorsqu'il me fut présenté. Cet enfant, après trente séances de faradisation de l'oreille moyenne et interne, a non-seulement entendu de trente-cinq à quarante noies de l'orgue, mais encore le sifflet des conducteurs d'omnibus, la musique d'orchestre en plein air, les explosions d'un feu d'artifice tiré à o ou 600 mètres de distance au moins, et enfin, ce qui est plus péremptoire encore, les sons mômes de la voix humaine et un grand nombre de mots articulés. Le fait est certainement digne du plus profond intérêt et delà plus sérieuse attention.

Après une absence de près de deux mois, l'oreille était à peu près dans le même état qu'au départ. Il y avait affaiblissement dans le degré d'aptitude fonctionnelle, résultat évident du défaut d'exercice ; deux ou trois notes de l'orgue (les plus élevées) étaient perdues; mais elles ont été regagnées par la reprise des exercices. Ce qu'il importe de constater, c'est que le degré d'amélioration obtenue dans l'état de l'ouïe n'avait pas diminué.

Chez une petite fille affectée de surdi-mutilé congénitale (2), et chez laquelle on avait essayé, sans aucun résultat, une foule de traitements, M. Hubert Valleroux, dont on connaît l'habileté, avait pratiqué le calhétérisme pendant trois années. Ce savant médecin auriste se croyait d'autant plus fondé à en obtenir de bons résultats, que, par la même méthode de traitement, il avait guéri lefière de cette jeune fille, qui étaitsourd-muet de naissance. Aussi la famille l'avait-elle prié de continuer ses soins avec une grande persévérance. Ces deux enfants, d'un tempérament lymphatique, offraient une obstruction des trompes d'Eustache. Le calhétérisme, longtemps pratiqué par M. Hubert Valleroux, les avait complètement débarrassés. Chez le garçon, l'ouïe s'était développée progressivement; mais sa sœur était restée aussi sourde

(1) Duchonne (de Boulogne), Élect. loc. ,obs. CCLV et CCLVI, 1801.

(2) Ici., Èlect. loc, obs. CCLVI, 1801.

qu'auparavant. La conclusion à en tirer, c'est que l'obstruction des trompes causait seule la surdité chez le premier, tandis que chez l'autre il existait, en outre, soit une altéralion anatomique d'une partie quelconque de l'oreille moyenne ou interne, soit une paralysie du nerf auditif. Après trois années, le cathétérisme, toujours très-pénible chez la petite fille, et qui avait été pratiqué régulièrement trois ou quatre fois par semaine, dut être abandonné. Alors M. Valade-Gabel fut chargé de lui enseigner pendant quelque temps la parole, et de lui apprendre à lire sur les lèvres. Une dame d'une grande intelligence s'est ensuite dévouée à son éducation, appliquant la méthode de M. Valade-Gabel au développement de sa parole. Elle a suivi jour par jour l'influence de la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets sur l'ouïe de sa jeune élève.

Voici les réflexions dont j'ai fait suivre la relation de ces trois observations.

a. Les trois cas de surdi-mulité dont il vient d'être question, portent en eux-mêmes leur conclusion. Us établissent d'une manière incontestable que certaines surdi-mutités peuvent être améliorées à des degrés divers. Leur diagnostic ne saurait être révoqué en doute; d'ailleurs j'ai toujours eu soin, pour prévenir les objections, de le faire contrôler par les médecins auristes les plus célèbres. On ne sait pas encore tout ce que peut rendre ce mode de faradisation appliqué au traitement de la surdi-mulité, parce que mes expériences ont été faites sur un petit nombre de sujets (je n'ai ni le temps ni le désir de les continuer sur une plus grande échelle). Le traitement produira peut-être un jour la guérison complète de certaines surdi-mutités; maison a vu que jusqu'à ce jour je n'ai pu en obtenir qu'une demi-guérison.

b. Est-ce un service rendu? En d'autres termes, la demi-surdité est-elle de quelque utilité ? Si l'on interroge ceux qui ont observé l'influence d.u développement de l'ouïe sur le moral et sur l'éducabililé de ces malheureux sourds-muets, la question n'est pas douteuse. Le cas exposé dans l'observation de Raymond répond éloquemmentà celte question. On n'a pas oublié, en effet, combien ont été heureuses et rapides les modifications imprimées, par les premières sensations auditives, au moral, aux sentiments affectifs et à l'éducabilité de ce garçon, auparavant sauvage et intraitable, au point que toul le monde, à l'exception de sa mère, le croyaitpresque idiot.

Il ne viendra certes à l'esprit de personne de soutenir que le sourd-muet est plus heureux que le demi-sourd, et qu'il vaut mieux en conséquence l'abandonner à son état que de lui donner l'idée d'un sens dont on ne saurait le faire jouir complètement.

DiicHENNE. — 3e édition. K/.

Aulant vaudrait dire que ces milliers d'aveugles à qui le progrès de l'ophthalmologie ont donné la facilité de percevoir assez la lumière, soit pour se conduire, soit pour distinguer les traits d'un ami, etc., que ces aveugles, dis-je, étaient bien plus heureux, lorsque l'ignorance les condamnait à une éternelle cécité, et cela sous prétexte que l'on ne pourrait rétablir' l'intégrité du sens de la vue.

c. Est-il besoin de dire que, pour conserver et alin d'utiliser la demi-surdilé acquise, il faut la cultiver et savoir en tirer parti ? Tout le monde sait que, si l'on n'exerce pas le sens de l'ouïe d'un demi-sourd, il perd complètement tôt ou tard le sens qu'il a acquis ou qu'il tient de la nature. C'est ce que l'on observe chez les demisourds élevés dans les institutions où l'on enseigne le langage des signes. Celui qui veut apprendre à un demi-sourd la parole par l'intermédiaire de son ouïe doit s'armer d'une grande patience et d'autant de persévérance. Quelques remarques, que j'ai faites chez mes jeunes sourds-muets, vont montrer combien est lente l'éducation de l'ouïe. Dès que, sous l'influence du traitement, ce sens a commencé à donner signe de vie, ces sourds-muets ont articulé vite et facilement les mots qu'on leur faisait entendre. On comprend que chez le jeune Raymond, qui n'avait jamais rien entendu ni articulé, il ait fallu, comme chez tous les enfants, d'ailleurs, faire l'éducation de l'ouïe et de la parole en lui apprenant la signification de chacun des mots qu'il entendait ou articulait. Mais chez les deux autres sourds-muets, on avait développé déjà la parole par la lecture sur les lèvres ; et le jeune Albin, ainsi, qu'il est dit dans l'observation CCLV de la 2e édition, par lait à peu près aussi bien que tout le monde. Comme il connaissait la signification des mots articulés par lui-même, je croyais que l'éducation de son ouïe se ferait beaucoup plus rapidement que chez Raymond, et qu'il suffirait de lui faire entendre et articuler les mots pour qu'il en comprît immédiatement le sens. A ma grande surprise, il n'en a pas été ainsi. 11 articulait exactement et facilement les sons qu'on lui faisait entendre pour la première fois, mais il n'en saisissait pas la signification, bien qu'il s'en servît habituellement dans le langage. Il fallait alors, pour qu'il comprît ces mots, qu'on les lui écrivît ou qu'il leslût sur les lèvres. 11 en est résulté que l'on a dû recommencer entièrement pour son ouïe l'éducation du langage.

<L Avantde soumettrela surdi-mutité au mode de traitement électrique que je propose, le diagnostic et la cause doivent, aulant que possible, en être recherchés. A quoi servirait-il, par exemple, d'exciter ainsi le sens de l'ouïe chez un individu dont la surdi-mutilé serait due à une obstruction de la trompe d'Euslache,à un vice de conformation, à un arrêt de développement, etc. ? Malheureusement

ART. III, § m* — SURDI-MUTITÉ NERVEUSE. 8B1

l'exploration de la trompe d'Euslache et du conduit auditif externe est insuffisante, efdans l'état actuel de la science, la séméiologie ne possède aucun signe qui permette môme de soupçonner l'existence des lésions anatomiques de l'oreille interne et de certaines altérations de l'oreille moyenne; elles ne nous ont été révélées que par l'autopsie.

J'ai l'espoir que mes recherches électro-physiologiques et pathologiques pourront jeter quelque jour sur ce point obscur du diagnostic de la surdi-mutité, et en éclairer en même temps le pronostic. Si, en effet, chez un sourd-muet, la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets produit les phénomènes électro-physiologiques que l'on obtient à l'état normal et que j'ai décrits dans le paragraphe précédent (B, p. 830), il est rationnel d'en conclure que les organes qui président à ces fonctions sont sains chez ce sourd-muet. Ainsi, sous l'influence de celte exploration électrique, la sensation linguale indiquera l'intégrité de la corde du tympan ; le bruit produit dans le fond de l'oreille, à chaque intermittence, annoncera une contraction musculaire qui aura ébranlé la membrane du tympan, la chaîne des osselets, la membrane de la fenêtre ovale, la succussion du liquide tympanique, et la sensibilité du nerf auditif provoquée par cette série d'ébranlements. Nous aurons donc ainsi la preuve physiologique de l'intégrité analomique de ces différentes parties constituantes de l'oreille moyenne et interne. Alors si le cathélérisme a déjà démontré que la trompe d'Eustache est libre, et si l'examen du conduit auditif externe n'y a trouvé rien d'anormal, on sera fondé à attribuer la surdi-mutité à un état nerveux paralytique, et, dans ce cas, on le conçoit, le pronostique sera favorable. Or la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets avait produit, chez mes trois jeunes sourds-muets, ces symptômes électro-physiologiques que j'avais considérés comme des signes heureux pour le pronostic. La découverte de ces signes diagnostiques et pronostiques de la surdi-mutité est donc, si je ne me trompe, un progrès qui ne sera contesté par personne.

Conclusions. — 1° Il existe une espèce de surdi-mutité congénitale ou non, complètement indépendante de toute altération anatomiquc appréciable. Conséquemment, personne n'est fondé à dire que cette espèce de surdi- mutité nerveuse est incurable.

2° L'exploration de l'état de l'oreille moyenne et de l'oreille interne à l'aide de la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets, permet de reconnaître, presque à coup sûr, que la surdi-mutité n'est pas produite par une altération organique.

3° Il est démontré, par des faits, que la surdi-mutité nerveuse

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peut être améliorée par la faradjsation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets; mais jusqu'à présent ce mode de traitement n'a pu amener la surdi-mulité qu'à l'état de demisurdité.

4° Cet état de demi-surdité obtenue chez le sourd-muet congénital exerce une influence heureuse et rapide sur le moral de l'enfant, sur ses sentiments affectifs, sur son éducabilité ; il permet enfin de développer la parole à l'aide de l'ouïe.

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