‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 353 sur 543 · CUAP. XIV. — TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ ET DES SENS · texte numérisé non relu

CUAP. XIV. — TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ ET DES SENS

G et F, je doute que l'excitation puisse arriver jusqu'à eux, môme par un courant intense (qui ne saurait être appliqué sans danger dans celte région). D'ailleurs, si le courant pénétrait jusqu'à ces nerfs, l'excitation s'en manifesterait dans d'autres organes que la

Fig. 1 S2. — Le nerf de Jacobson et les nerfs qui naissent du facial dans son trajet à

travers le canal *.

langue : par exemple, dans le voile du palais, que l'on verrait se mouvoir, ce qui n'a pas lieu dans ces expériences.

D. Faits pathologiques et anatomo- pathologiques, à l'appui des faits électro-physiologiques précédents. — Les faits électro-physiologiques que je viens d'exposer concordent avec l'observation et avec l'anatomie pathologiques. A l'appui de cette assertion, on peut prendre connaissance des faits cliniques que j'ai relatés dans mon premier mémoire sur la corde du tympan, entre autres d'un fait pathologique recueilli depuis la publication de ce mémoire. Ce nouveau fait est plus important que les précédents, parce que les phénomènes observés dans ce cas, pendant la vie, ont été pleinement confirmés par l'examen nécroscopique. J'en dois la connaissance à

() A, nerf de Jacobson; B, corde du tympan accolée au nerf lingual, el envoyant u» filet à la alande sous-maxillaire C; D, nerf facial; E, ganglion géniculé dans lequel se rendent les nerfs grand et petit pôircux, G.

AllT. HI, § II. — SURDITÉ NERVEUSE. 8 35

l'obligoance de M. Fano, ancien prosecteur et professeur agrégé de la Faculté. Je regrelle que les limites de ce travail ne me permettent pas de rapporter textuellement et dans tous ses détails l'observation d'un fait d'analomie pathologique aussi complet. J'en ai exposé les principaux traits dans la première édition (1).

De l'ensemble de ces faits électro-physiologiques et pathologiques, j'ai conclu dans mon premier travail (2), que la corde du tympan préside à la sensibilité générale et à la sensibilité gustative des deux tiers antérieurs de la langue, et que l'intégrité de ce nerf est nécessaire à l'exercice complet de ces fonctions.

L'action de la corde du tympan sur la sensibilité gustative n'est aujourd'hui contestée par personne. Ce phénomène physiologique, découvert par Bellingeri, corroboré ensuite par des faits pathologiques publiés par MM. Bonnafont (3), Montaull, Bérard, etc., a été même constaté dans des vivisections (4).

Mais il n'en est pas de même de l'action de la corde du tympan sur la sensibilité générale de la langue ; avant mes recherches, cetle propriété était, je crois, complètement méconnue.

Si les animaux auxquels Magendie et M. Cl. Bernard ont pincé ou arraché la corde du tympan n'ont pas crié pendant l'opération, est-ce à dire qu'ils n'éprouvaient aucune sensation dans la langue ? Non, certes. Cela signifie tout au plus qu'ils ne souffraient pas. Mes expériences électro-physiologiques établissent qu'ils ont dû éprouver alors une sensation dans h; langue. Mais comment auraieni-ils pu exprimer le mode et le degré de cetle sensation linguale qui ne va jamais jusqu'à la douleur? Personne ne reconnaît mieux que moi les services rendus à la physiologie par les vivisections, mais il est évident qu'elles sont insuffisantes dans un grand nombre de questions qui intéressent le système nerveux, et surtout dans l'étude des sensations ou des différents phénomènes de sensibilité (5).

E. Influence de l'excitation de la corde du tympan sur la glande sousmaxillaire. — On doit aux vivisections la démonstration de l'influence

(1) Duchenne (de Boulogne), Êlect. loc, 1 855, p. 995, obs. CCXLVII.

(2) Id., toc. cit.

(3) Bonnafont, Mémoire sur les polypes de l'oreille (Bulletin de l'Académie de médecine, t. X, p. 37, 1843).

(4) M. Claude Bernard a, en effet, coupé sur des chiens la corde du tympan dans l'oreille moyenne, et chez tous il a trouvé la diminution du goût; d'autres fois il a opéré la section du nerf facial, au moment où il pénètre avec l'acoustique dans le conduit auditif interne, et alors il a observé, indépendamment de l'hémiplégie faciale, one diminution de la faculté gustative. Voy. Leçons sur la physioloyiè et la pathologie du système nerveux. Paris, 1858.

(5) Comment étudier sur les animaux, par exemple, les phénomènes de Panesthésie et de l'analgésie, dont la découverte est due à l'observation pathologique faite sur l'homme?

K30 CllAi'. Al Y. — ï HULULES DE LA SE.NSimi.lTE ET DES SENS.

nécessaire de la corde du lympan sur la sécrétion de la glande sousmaxillaire. M. Cl. Bernard a découverl que la section de La corde du lympan tarit la sécrétion de celle glande (\).

Mes expériences, bien que répétées des centaines de fois, ne m'avaient pas même fait soupçonner l'existence de ce fait. Mais lorsque j'ai eu connaissance de l'importante découverte de M. Cl. Bernard, j'ai constalé, en effet, que, par mon procédé de faradisation de la corde du lympan appliqué à l'homme, la salivation est quelquefois activée, mais qu'elle est toujours précédée par un sentiment de sécheresse de la langue du côlé excité (j'avais déjà noté ce dernier fait dans mon mémoire de 1851). Toutefois la salivation, — elle a lieu rarement — n'est pas telle alors qu'elle attire l'attention du sujet sur lequel on expérimente. Gela lient sans doute à ce que la corde du tympan est excitée trop faiblement dans mes expériences faites sur l'homme.

F. Quelques considérations anatomiques sur l'origine de la corde du tympan. — Le problème de physiologie dont il est ici question (l'étude de l'action de la corde du lympan sur la sensibilité générale de la langue) ne sera complètement résolu que lorsqu'il existera une parfaite concordance entre l'expérimentation électro-physiologique, l'observation pathologique et le fait anatomique. Malheureusement l'harmonie est loin de régner entre les anatomisles sur l'origine de la corde du tympan.

Cette origine est-elle sensible, motrice ou mixte? J'ai analysé et discuté, dans mon premier travail sur la corde du tympan, les recherches anatomiques qui ont été faites sur ce sujet. Voici le résumé des recherches anatomiques qui plaident en faveur de la sensibilité de ce nerf.

Bellingeri a le premier assigné à la corde du tympan une action spéciale sur le sens du goût (2). Celte opinion a été parlagée depuis lors par la plupart des physiologistes.

M. Lussana a conclu récemment des expériences assez nombreuses et de quelques fails cliniques qu'il a recueillis concurremment avec M. Inzani, « que la faculté guslalive, qui persiste indépendamment de l'innervation des glosso-pharyngiens, doit être exclusivement rapportée à l'anastomose du nerf lingual avec la corde du lympan ; » et plus loin il a ajouté : a l'ensemble des faits anatomo-physiologico-pathologiques qui précèdent ont eu leur sanction, dans ces derniers temps, par les remarquables résultats électro-thérapeutiques de M. Duchenne (3). »

(1) La corde du tympan envoie un filet de communication à la glande sous-maxillaire (G, fig. 182). Ce fait anatomique, contesté par M. le professeur Gruveilhier, est démontré par l'expérience de M. Cl. Bernard.

(2) Bellingeri, De nervis faciei, Turin, 1818.

(3) Lussana, Recherches expérimentales et observations sur les nerfs du goût '.Arch. (jèn. de Physiologie, n0' 1 et 2, 18G9, p. 108).

Les expériences électro-physiologiques que j'ai répétées jusqu'à ce jour, sur la propriété de la corde du tympan, sont si nombreuses (plus d''un millier) qu'elles pourraient certainement suffire pour juger cette question physiologique. Corroborée par les faits cliniques et anatomo-palhologiques que j'ai cités (1) et par ceux de MM. Lussana et Inzani (2), notre proposition acquiert la valeur d'une démonstration plus scientifique et peut commander au besoin le fait analomique.

Ce n'est pas que les recherches anatomiques aient ici fait défaut. En effet, les partisans de cette proposition ont attribué cette propriété gustative de la corde du tympan soit à la petite portion de la 7e paire qui, selon le professeur Morganti (3), entrerait seule dans la composition du ganglion géniculé, soit, d'après Longet, à la connexion qu'il contracte avec le nerf lingual ; Scarpa a aussi essayé d'expliquer cette action spéciale de la corde du tympan en soutenant que le nerf de Wrisberg prend naissance à côté du -glosso-pharyngien (4).

Bischoff et Gaedchens (5) avaient soutenu en 1832 que le faisceau accessoire de Wrisberg devait être considéré, quant à son origine, comme l'analogue d'une racine postérieure ou sensilive..IIs avaient en effet suivi les filets originels de ce nerf en arrière et à la partie postérieure de la moelle allongée jusqu'aux environs du sinus rhomboïdal.

Enfin M. Cusco, chirurgien des hôpitaux (6), a constaté aussi en 1848 que le nerf intermédiaire de Wrisberg est la continuation directe de la partie la plus interne du cordon médian postérieur de la moelle.

« La sécrétion salivaire, selon M. Cl. Bernard, s'explique par une action réflexe à laquelle prendraient part, comme cela a toujours lieu en pareil cas, un nerf sensilif et un nerf moteur. » Le nerf sensitif, qui produit la réaction motrice sur la glande sous-maxillaire, serait, d'après ce savant physiologiste, le nerf lingual ; tandis que la corde du tympan serait uniquement motrice, propriété qu'elle devrait au nerf intermédiaire de Wrisberg constituant une racine d'origine sympathique.

En somme, quand bien môme l'existence du noyau originel de la corde du tympan, dont le nerf intermédiaire de Wrisberg est la

(1) Duclienne (de Boulogne), Recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les propriétés et les usages de la corde du tympan; obs. J, II, III et IV {Arch. gén. de tnéd., 1850, p. 403, 410).

(2) Lussnna, toc. cit.

(3) Morganti, Anatomie et physiologie du ganglion géniculé. Milan, 184 G. (i) Scarpa, Œuvres diverses, Florence, 1858, 4e part. chap. III, p. 461. (5) Gaedcliens, Thèse soutenue à Heidelberg, en 1832.

(G) Cusco, Thèse pour le doctorat, 1848.

8dH U1A1\ .\IV. — TltOUBLES DE LA SENSIBILITÉ ET DES SENS.

continuation, ne serait pas encore suffisamment établie, on ne peut plus dire aujourd'hui, avec feu le professeur Bérard, que «la corde du lympan est une énigme proposée à la sagacité des physiologistes.» En effet, l'expérimentation électro-physiologique chez l'homme et chez les animaux, se complétant mutuellement, démontrent : la première, que la corde du tympan préside à la sensibilité générale etguslativedes deux tiers antérieurs de la langue, et la seconde, que ce même nerf exerce par influence réflexe sur la glande sousmaxillaire une action probablement motrice, sans laquelle elle ne peut sécréter.

G. Déductions thérapeutiques. — J'ai déclaré qu'au début de mes recherches sur l'action thérapeutique du procédé de faradisalion dont je viens d'exposer l'action physiologique, je n'étais guidé par aucune idée théorique, et que j'agissais empiriquement. Je savais seulement que j'allais exciter la corde du tympan dont j'avais à étudier les propriétés physiologiques (but principal de mes expériences). Mais que pouvais-je attendre de son excitation ? Ces propriétés physiologiques m'étant mieux connues, je ne voyais pas les connexions anatomiques qui pouvaient exister entre ia corde du lympan et le nerf acoustique. Je savais, en effet, qu'en éleclrisant le premier nerf, on agit sur la sensibilité générale et guslative de la langue et qu'on excite alors la sécrétion de la glande sous-maxillaire. Mais quelle influence une telle excitation pouvait-elle exercer sur l'ouïe ?

Eh bien, la connexion intime de la corde du tympan avec le nerf acoustique est aujourd'hui démontrée par les investigations microscopiques. En effet, sur les coupes horizontales de la protubérance faites au niveau de la racine réelle de la septième paire, on voit un rameau se détacher de la racine intrabulbaire de ce nerf et se dirigeant de dedans en dehors, s'unir au bord interne de la racine réelle de la huitième paire, de là se porter d'arrière en avant dans le noyau interne de ce nerf et s'y ramifier. Cette disposition anatomique se voit très-distinctement dans les figures de l'atlas de M. L. Clarke et dans la figure 4, planche 9, photographiée d'après une section transversale du bulbe d'un chat par M. Roudanowsky (1), qui a proposé d'appeler corde du tympan ce rameau connectif entre la septième et la huitième paire.

C'est principalement aux mouvements de la chaîne des osselets,

(I) Roudanowsky, Études photographiques sur le système nerveux de l'homme. Paris, 1870.

Dans un atlas (Iconographie photographique sur la structure intime du bulbe, à l'état normal et à l'état pathologique) que j'ai présenté en 1869 à l'Académie de médecine, j'ai montré très-nettement cette mémo connexion entre la septième et la huitième pn ire. Pour moi aussi, le rameau qui établit cette communication eàt vraisemblablement la continuation du nerf de Wrisberg.

mouvements provoqués par les contractions et les relâchements successifs, brusques, plus ou moins rapides de leurs muscles mo, leurs d'où résulte l'ébranlement de la membrane de la fenêtre ovale, et conséquemment l'agitation du liquide labynnthique ; c'est à ces mouvements, dis-je, que j'attribue principalement 1 action thérapeutique si puissante, exercée sur la surdité nerveuse par ce procédé d'électrisation. Que l'on songe, en effet, aux soins dont la nature a entouré le nerf acoustique pour le préserver des lésions physiques par cause externe. Non-seulement elle l'a enfermé dans un rocher privé de toute communication avec l'extérieur, mais elle l'a encore immergé dans un liquide modérateur des mouvements extérieurs. Dès lors on comprend combien ce nerf, mou, pulpeux, doit être sensible à la vive agitation du liquide labynnthique dans lequel il plonge, et qui, d'habitude, n'ondule que faiblement sous l'influence des ondes sonores qui viennent frapper le tympan. Je ne saurais, en vérité, expliquer autrement l'action thérapeutique considérable que l'on verra bientôt exercée sur l'organe de l'ouïe par une excitation électrique aussi faible en apparence.

II. - FAITS DÉMONTRANT LA VALEUR THÉRAPEUTIQUE DE LA FARADISATION DES MUS- CLES MOTEURS DES OSSELETS ET DE LA CORDE DU TYMPAN .

Les cas dans lesquels j'ai expérimenté avec succès le procédé d'électrisation auriculaire dont il vient d'être question, peuvent être rangés dans la classe des surdités que l'on a appelées surdités nerveuses, ou, en d'autres termes, surdités qui, pendant la vie, n'ont présenté aucun signe de lésion organique appréciable. Ces cas sont aujourd'hui assez nombreux; leurs observations ont été recueillies avec soin : ils appartenaient à plusieurs espèces de surdités nerveuses que je vais passer rapidement en revue.

I. Surdités hystériques. — Au premier rang des paralysies nerveuses que j'ai vues guérir le plus sûrement, le plus rapidement par ce procédé de faradisation, je placerai la surdité qui se rattache à un état hystérique; j'en ai relaté un seul cas comme exemple dans la précédente édition (1). En voici le sommaire :

Observation CLXVI11. — Surdité hystérique datant de plusieurs mois, guérie rapidement par la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan.

C'était un cas type de surdité hystérique; il a montré avec quelle facilité elle cède à ce procédé de faradisation de l'oreille. J'aurais pu en rapporter d'autres qui ont guéri avec la même rapidité, et qui n'en différaient que par le degré des troubles de l'ouïe ou par la forme des autres symptômes qui caractérisent l'hystérie. Celte

il) Duchenne (de Boulogne), Èlec. toc, 1861 , obs. CCXLVIII.

espèce de surdité n'est pas toujours complète ; elle est compliquée généralemen de bruits variés plus ou moins forts et incom modes D ordinaire, les troubles de l'ouïe existent seulement a ga Z de môme que les autres désordres de la sensibilité et de 1 \ mo lit ^quelquefois aussi la surdité est double, avec prédominance à

JrlZ ^"^7^ Pas conclure du fait thérapeutique précédent que la surdité hystérifue est toujours une affection légère, eu égard au peu de résistance qu'elle offre en général à celte médication électrique J en a, rencontré qui, depuis des années, sont rebelles à toute espèce de traitement. Toutefois, bien que je ne sois pas en mesure d'exposer la slat.st.que exacte de lous les cas de surdité hystérique que j'ai soumis à ces expériences électro-thérapeutiques, je puis dire aPproximat.vement que la surdité hystérique, guérit huit fois sur dix par ce traitement.

Quelques-unes et peut-être un bon nombre de ces surdité* peuvent être heureusement modifiées par des excitations périphérique.

en 31 vu' en effet> disparaître par la simple faradisation de la peau du pavillon ou du conduit auditif externe (région sans doute réflexogêne du nerf auditif), et même des points plus ou moins éloignés de I oreille. Dans ces cas, on obtiendrait les mômes résultats de toule autre espèce d'excitation (injection excitante du conduit auditif externe ou de la trompe d'Eustache, vésicatoires appliqués sur les parties voisines de l'oreille). C'est qu'il en est des troubles hystériques, comme de certains désordres nerveux généraux, de même nature, qui cèdent, icornme par enchantement, à une excitation pratiquée dans un point très-limité de la surface cutanée. A l'appui de cette assertion, je pourrais rapporter des cas d'ânesthésie qui régnaient sur toute la surface du corps, et qui, par une excitation électrique limitée à un point quelconque de la peau, guérissaient immédiatement. De même, il arrive quelquefois,' dans ces cas, que les troubles des sens (de l'odorat, du goût,' de la vue, de l'ouïe) disparaissent en même temps, quand ils existent. On provoque, de la même manière, le retour de la menstruation.

Il s'en faut qu'il en soit toujours ainsi. J'ai eu l'occasion de guérir des surdités hystériques qui avaient épuisé tous les moyens rationnels, dirigés souvent par des médecins habiles et spéciaux; on avait employé vainement des injections plus ou moins excitantes du conduit auditif externe ou de la trompe d'Euslache, et même l'excitation électro-culanée. A l'infirmité de la surdité se joignaient presque toujours des bruits divers, continuels (cophose), qui faisaient le désespoir des malades et qui offraient la même résistance à ces médications. Eh bien I lous ces désordres nerveux cédaient, en

général, à la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan.

B. Surdités par le sulfate de quinine. — Il n'est pas très-rare de voir survenir, à la suite de l'administration du sulfate de quinine, la dureté de l'ouïe et quelquefois la surdité. Pour ma part, j'ai eu l'occasion d'en observer une demi-douzaine de fois, à des degrés divers.

La connaissance de l'incurabilité de ces surdilés par le sulfate de quinine a fait ressortir l'importance d'une guérison que j;ai obtenue dans un cas analogue par la faradisation de la membrane du tympan, j'en ai exposé la relation dans la précédente édition (1).

C. Surdités consécutives à des fièvres éruptives, continues, ou sans cause connue, datant de dix à vingt ans, rebelles à tous les traitements antérieurs. — J'ai maintenant à exposer des faits qui, en raison de la longue durée de la surdité et de la résistance qu'elle avait opposée antérieurement aux traitements les plus variés et les mieux dirigés, démontrent, d'une manière incontestable, la valeur thérapeutique de la faradisation des muscles de la chaîne des osselets et de la corde du tympan.

Observation CLXIX. — Surdité double, complète à gauche, consécutive à une fièvre éruptive, datant de seize ans, rebelle aux injections de la trompe d'Eustache et à la perforation de la membrane du tympan, qui a guéri par la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan.

Ce cas de surdité relaté dans la précédente édition (2), h cause de sa longue durée et de sa résistance aux traitements divers et énergiques qui ont été employés contre elle, me semblait n'offrir aucune chance de réussite. Mais le malade était un pauvre ouvrier qui implorait mon intervention, en désespoir de cause; et puis le mode d'exeilation électrique qu'il sollicitait et que je devais appliquer, n'occasionnait pas de souffrance et ne pouvait aggraver son état. C'est en raison de ces considérations, que je consentis à faire sur lui cette expérience. Le plein succès dont elle a été couronnée fut un grand enseignement; il a mis en lumière la puissance de l'action thérapeutique de la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan, dans le traitement de la surdité nerveuse. Il a démontré aussi que, dans toute surdité nerveuse.(sans lésion organique appréciable), quelque ancienne qu'elle soit, quels iqu'aient été les insuccès des traitements les plus rationnels, on ne idoit pas désespérer de la guérison, avant d'avoir tenté l'application ide ce procédé de faradisation.

A l'appui de ces assertions, j'ai rapporté (3), sommairement, deux

(1) Duclienne (de Boulogne), Elecl. toc, 1801, obs. CGXLIX.

(2) ld., Elect. /oc, 18G1, obs. CCLI.

(3) Id., Ibid., 18C1, obs. CCL1I et CCLIJI.

autres faits non moins remarquables, où l'insuccès d'un long traU temenl par le calhétérisme de la trompe d'Eustache est mis en regard d'une guérison rapide par le môme procédé de faradisation.

A la suite de ces cas de guérison ou d'amélioration de surdités nerveuses rebelles, pendant de longues années, à tout autre traitement que la faradisation des muscles des osselets et de la corde du tympan, j'aurais pu relater quelques autres exemples de guérisons ou d'améliorations analogues ou survenues graduellement, sans cause connue. Parmi ces faits, se trouve un cas de guérison de surdité nerveuse datant de deux années, et qui avait semblé s'aggraver sous l'influence du catliétérisme de la trompe d'Eustache et d'autres moyens employés par mon honorable et très-habile confrère M. Hubert Valleroux. Une oreille était complètement perdue et l'autre entendait peu. L'ouïe a été rétablie des deux côtés, en une vingtaine de séances. Cette guérison a été obtenue par la faradisation de l'oreille moyenne et interne, chez une jeune femme qui m'a été adressée et recommandée en 1860 par mon confrère et ami M. Sales-G-irons, rédacteur en chef de la Revue médicale. Mais le rapporter ici serait donner inutilement une extension démesurée à ces recherches.

En résumé, les faits précédents démontrent surabondamment que la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets, appliquée au traitement de la surdité nerveuse, produit de très-heureux résultats.

L'exactitude de cette assertion, qui d'ailleurs s'appuyait déjà sur des faits cliniques exposés dans le môme article, a été de nouveau prouvée par les cas relatés dans un important travail de M. le docteur Philipeaux (de Lyon) (I).

Mais ce n'est pas à ce point de vue que ce travail a été écrit. L'auteur, observateur sagace autant qu'habile dans la pratique de la faradisation localisée, ne s'est pas contenté celte fois de vérifier expérimentalement les faits qui ressortent de mes recherches. Il s'est proposé principalement de démontrer la valeur d'un signe pronostique de la surdité nerveuse, tiré de l'état de la sensibilité de la corde du tympan.

Cela me conduit, en terminant ce paragraphe, h rechercher s'il existe des signes pronostiques , pathognomoniques de la surdité nerveuse.

III. — SIGNES PRONOSTIQUES DE LA SURDITÉ NERVEUSE OBTENUS PAR LA FARADI- SATION DE LA COUDE DU TYMPAN ET DES MUSCLES DES OSSELETS.

Il ressort, on vient de le voir, des faits exposés ci-dessus, que la (l) Philipeaux, Bulletin de thérapeutique, t. Lllf, p. 'i6G.

surdité hystérique guérit souvent par la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets; il s'en faut cependant de beaucoup qu'il en soit ainsi de toutes les espèces de surdités nerveuses.

11 serait peut-être utile d'exposer, en regard des cas de guérison de surdité nerveuse étrangers à un état hystérique, et dont j'ai rapporté quelques exemples, les trop nombreux insuccès de celte môme méthode de traitement électrique, appliquée cependant dans des conditions semblables en apparence. Mais ces cas d'insuccès appartiennent-ils réellement à la classe des surdilés nerveuses ? Le diagnostic différentiel de la surdité nerveuse n'est pas aussi simple qu'on l'enseigne dans les traités spéciaux. Il n'est plus permis de dire avec Kramer : a Lorsqu'on aura constaté l'absence de tout changement matériel dans le méat externe ou dans l'oreille moyenne, on pourra, sans crainte de se tromper, diagnostiquer une surdité nerveuse. » En effet, outre ces changements matériels du méat externe et de la trompe d'Eustache, il en est incontestablement d'autres de J'oreille moyenne et de l'oreille interne, dont le diagnostic est encore inconnu, et qui jusqu'à ce jour ont été inévitablement confondus avec la surdité nerveuse.

On conçoit donc combien il importerait à la pratique de distinguer ces cas les uns des autres, combien la science surtout y gagnerait en considération. C'est ce qui a été parfaitement senti par M. Philipeaux (de Lyon); cet observateur avait d'abord reconnu «qu'il était un certain nombre d'individus sourds, depuis plus ou moins longtemps, qui, malgré leur affection, percevaient très-distinctement, sous l'influence de l'électricité, cette douleur caractéristique delà pointe de la langue, tandis qu'il en est d'autres chez lesquels ce signe manquait d'une manière complète (1). » Ayant ensuite remarqué qu'il n'avait pu obtenir aucune guérison, ni môme aucune amélioration chez ceux de la dernière catégorie, il en conclut (cela était très-rationnel) que dans ce cas la surdité est incurable, « Je suis si peu encouragé, dit-il, vu les insuccès que j'ai obtenus chez les sourds qui ne m'ont point présenté, à l'exploration électrique, les signes caractéristiques que je cherche à mettre en évidence dans ce mémoire, qu'aujourd'hui je me refuse d'une manière complète à traiter ceux dont la surdité est déjà ancienne, et qui ne me présentent point à l'exploration électrique la sensation particulière que l'on perçoit physiologiquement à la pointe de la langue. » Ceci est grave et m'oblige à déclarer ce qu'une longue expérience m'a appris à cet égard.

Dès le début de mes recherches sur les propriétés delà corde du

(I) Philipeaux, loc. cit.

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