II. — PABALYSIE DIPHTHÉniQUE BULBAIRE
Aux faits cliniques qui ont été publiés dans la précédente édition, j'en puis ajouter de nouveaux dans lesquels se sont montrés
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des troubles cardiaques et respiratoires, qui font connaître la physiologie pathologique de la paralysie diphthérique. En effet les troubles de la sensibilité et la paralysie du voile du palais avaient été signalés,parmi les principaux symptômes de cette espèce de paralysie. La dernière pouvait à la rigueur être considérée comme une paralysie périphérique occasionnée par l'inflammation de cette région. Mais après ou avec elle apparaissent trop souvent d'autres phénomènes morbides redoutables qui n'ont pas encore attiré suffisamment l'attention des observateurs, et qui, analysés avec soin, apprennent — je crois l'avoir démontré, — qu'ils sont probablement symplomaliques d'un état morbide de la moelle allongée. Ainsi, dans l'observation VIII, p. 431, on voit, au moment où la convalescence d'une angine diphthérique semble commencer, lorsque la paralysie du voile du palais est presque guérie, survenir des troubles cardiaques graves (vitesse extrême, intermittences et. môme suspension des battements du pouls et arrêt du cœur, syncopes), comme lorsque le pneuno-gastrique est paralysé. L'excitation électro-cutanée de la région précordiale (excitation réflexogène de l'origine du nerf vague) triomphe rapidement chaque fois des crises qui reviennent fréquemment, pendant plusieurs jours, menacer la vie du sujet. Nous croyions le sujet sauvé, lorsque, trois jours après, survient tout à coup une paralysie de la 6e paire qui dura environ une heure ; puis une paralysie du mouvement et de la sensibilité de tout un côté du corps durant également peu de temps ; puis retour pendant plusieurs jours des troubles cardiaques contre lesquels je lutte incessamment avec succès par la même excitation précordiale réflexogène; enfin malheureusement paralysie des expiraleurs intrinsèques annonçant la lésion d'un autre point central du bulbe (sans doute le noyau du spinal) et qui asphyxie la malade épuisée. Tel est le tableau de cette forme de paralysie par intoxication diphthérique, qui avait besoin d'être observée minutieusement; je propose de l'appeler: Paralysie diphthérique bulbaire. Son analyse physiologique m'a conduit en effet à reconnaître : i° qu'elle est symptomatique d'un état pathologique de la moelle allongée principalement du bulbe; 2° que ses symptômes sont variés, comme ses noyaux qui peuvent être atteints successivement, ou partiellement ou simultanément; 3° qu'ils sont fugaces, mais que plusieurs d'entre eux peuvent être mortels.
J'ai observé avec MM. Millard et Aug. Ollivier un autre cas de paralysie diphthérique bulbaire, mais dont la symptomatologie était moins complète (voy. obs. IX). Ce cas sera publié dans tous ses détails par M. Millard médecin ordinaire du malade.
Observation CLXXXIH. Je traite actuellement par la faradisation loca-
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lisde deux malades atteints de paralysie diphthérique du voile du palais, rebelles aux moyens ordinaires. Ils m'ont été adressés, l'un par Al. Millard, l'autre par M. Contour. Leur paralysie du voile du palais a guéri en peu de séances; mais il s'y est ajouté des (roubles de la sensibilité avec fourmillements des extrémités, engourdissement des membres et diminution de la force se généralisant peu à peu et m'indiquanl un état morbide des pyramides antérieures.
Chez le malade de M. Millard, il existait en même temps une paralysie incomplète de la 7e paire gauche avec un peu d'aneslhésie du même côté; ce qui indiquait que la lésion morbide s'étendait jusqu'à la partie antérieure de la protubérance, siège dangereux en raison du voisinage du noyau qui innerve le cœur (le nerf vague). Aujourd'hui l'hémiplégie faciale est guérie et il ne reste que l'anesthésie des membres qui va en s'améliorant tous les jours.
Chez la malade de M. Contour, avec la paralysie du voile du palais, une amaurose était survenue du côté gauche et en même temps des troubles de la respiration et une légère tendance à la syncope.
Ces troubles de la respiration et de la circulation cardiaques, quoique légers, m'ont inspiré des craintes sérieuses, car ils m'annonçaient que l'intoxication diphthérique gagnait les centres nerveux qui président à ces fonctions et qui, atteints plus profondément, auraient menacé la vie du malade comme dans l'observation VIII. Aujourd'hui ces fonctions sont complètement rétablies. L'ensemble des phénomènes morbides précédents me paraît justifier la dénomination que je donne à cette forme nouvelle de la paralysie diphthérique qui ne saurait être confondue avec aucune autre espèce de paralysie.
Pourrait-on dire maintenant que cette paralysie n'a rien de spécial; qu'elle ressemble aux paralysies que l'on observe quelquefois consécutivement aux fièvres éruptives ou aux fièvres continues, paralysies qui, elles-mêmes, sont identiques. Telle a été l'opinion professée par M. Gubler dans une discussion soulevée par M. G. Sée à la Société de médecine des hôpitaux, sur la paralysie diphthérique. Je regrette d'avoir à dire que cette opinion pèche par sa base. Bien que je ne sois pas encore en mesure d'exposer les signes diagnostiques différentiels de toutes les paralysies consécutives aux fièvres, parce qu'il en est plusieurs que je n'ai pas observées en assez grand nombre, je puis cependant affirmer que ces paralysies diffèrent essentiellement de la paralysie diphthérique.
Voici sommairement quelques-uns des faits principaux que j'ai observés et qui prouvent l'exactitude de mes assertions.
Rappelons d'abord ce qui se passe dans la paralysie diphthérique, pour ce qui a trait seulement à l'état de l'irritabilité et de la nutrition musculaire. Dans celle espèce de paralysie, j'ai toujours trouvé
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la contractilité électro-musculaire normale. J'ai vu aussi les membres paralysés tantôt un peu amaigris, tantôt ayant conservé leur volume normal. J'ai cité dans l'édition précédente (de 18G1), comme exemple, à l'appui de cette dernière assertion, l'observation d'une dame qui, consécutivement à l'angine couenneuse, a éprouvé, dans l'ordre suivant, les différents phénomènes morbides qui caractérisent la marche de la paralysie diphthérique : 1° la paralysie du voile du palais; 2° après celle-ci, l'insensibilité des extrémités inférieures et ensuite des extrémités supérieures; 3° plus tard un affaiblissement très-notable des mouvements dans les membres inférieurs et supérieurs, affaiblissement prédominant à droite et accompagné d'un sentiment de lassitude. Cette malade m'avait été adressée par M. le docteur Gros, après deux mois de maladie; cependant ses membres n'avaient pas diminué de volume, et sa musculature, qui était très-riche, n'avait souffert en rien dans sa nutrition et dans ceux que j'ai recueillis depuis lors. Je n'ai jamais vu, dans cette espèce de paralysie, les muscles affectés s'atrophier partiellement.
Eh bien ! ce n'est pas ainsi que se comportent les paralysies consécutives aux fièvres éruptives ou continues; je vais le prouver. Des enfants qui avaient été atteints de paralysie des membres après la rougeole ou après la scarlatine, et qui n'avaient éprouvé aucun trouble ni dans la phonation ni dans la déglutition, m'ont été présentés à des périodes différentes de leur paralysie. J'ai constaté chez ces enfants les symptômes qui caractérisent l'espèce de paralysie que j'ai décrite dans le chapitre II, 2e partie, sous le nom de paralysie atrophique de l'enfance. J'en ai exposé plusieurs exemples dans l'édition précédente (1). Enfin, j'ai eu l'occasion d'examiner, à l'hôpital de Toulon, l'état des muscles chez plusieurs sujets qui avaient été paralysés consécutivement au typhus d'Orient. Les muscles avaient perdu aussi, à des degrés divers, leur contractilité électro-musculaire; ils étaient atrophiés inégalement; quelques-uns môme ne donnaient plus aucun signe d'existence.
En résumé, les faits que je viens d'exposer démontrent que la paralysie diphthérique des membres diffère essentiellementdes paralysies consécutives aux lièvres éruptives ou continues.
11 est vrai qu'il est des paralysies dans lesquelles on observe, comme dans la paralysie diphLhérique, l'intégrité de la contractilité électrique, la diminution ou la perte de la sensibilité des extrémités et l'intégrité de la nutrition musculaire; parmi elles je citerai certaines paralysies hystériques et la paralysie par le sulfure de carbone; mais la marche de ces dernières ou l'ordre de succession des phénomènes paralytiques suffiraient pour les distinguer de
(1) Duclienne (de Boulogne) Elect. loc. 18G1, obs. CLXXXIVet GLXXXV.
la paraiysie diphlhérique, si dans celle-ci la paralysie des membres n était pas toujours précédée de la paralysie du voile du palais, que je n ai jamais rencontrée dans les autres.
Les considérations que je viens d'exposer démontrent surabondamment que la paralysie diphlhérique constitue une espèce morbide parfaitement distincte des autres paralysies.
§ IJI. - Action individuelle des muscles du Toile du palais démontrée par l'expérimentation électro-musculaire. — Déductions applicables au mécanisme de la déglutition.
Je me propose de faire connaître succinctement quelques expériences électro-physiologiques que j'ai faites sur Faction individuelle de plusieurs muscles moteurs du voile du palais, dans le but de faire mieux comprendre les troubles fonctionnels occasionnés par les paralysies de ces muscles, et les signes distinctifs de leurs paralysies partielles. Puis j'exposerai quelques faits qui démontreront la valeur de la faradisation appliquée au traitement de ces paralysies.
(Mes expériences ont été faites sur des sujets dont la molililé et la sensibilité du voile du palais étaient complètement paralysées ; le toucher n'y provoquait aucune contraction réflexe.)