‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 383 sur 543 · ART. II. — PARALYSIE DU LARYNX (APHONIE NERVEUSE · texte numérisé non relu

ART. II. — PARALYSIE DU LARYNX (APHONIE NERVEUSE

appréciable sur la paralysie du pharynx. C'est le sort des meilleures médications ; mais il n'en est plus de môme à une période moins avancée de cette paralysie. Je pourrais en donner la preuve en rapportant des cas de guérison, par la faradisation, de paralysies simples ou essentielles du pharynx dans lesquelles l'a déglutition, quoique encore possible, était très-difficile.

Le procédé opératoire applicable à la paralysie musculaire du pharynx a été exposé dans le chapitre II (page 93) consacré à la méthodologie de la faradisation localisée, et auquel je renvoie le lecteur.

§ VI. — Paralysie musculaire du larynx (aphonie nerveuse). Valeur thérapeutique de la faradisation localisée.

L'aphonie nerveuse peut guérir par la faradisation localisée, lorsqu'elle n'est pas symptomatique d'une autre maladie, ou d'une lésion organique, ce dont on peut s'assurer aujourd'hui à l'aide de la laryngoscopie. On lit dans quelques auteurs que l'électricité compte de fréquents succès dans le traitement de cette maladie. J'espère démontrer, par quelques faits qui seront exposés dans ce paragraphe, l'efficacité de la faradisation localisée, appliquée au traitement de la paralysie des muscles du larynx.

Observation CLXXXIV. — Aphonie précédée d'une pharyngite qui a duré trois jours, traitée sans succès pendant six mois par les médications les plus variées, et guérie par la faradisation localisée. Mademoiselle C. A..., de Lille, âgée de dix-sept ans, d'une bonne constitution, d'un tempérament nervoso-sanguin, jouissant habituellement d'une bonne santé, réglée à quinze ans, et voyant régulièrement depuis lors, n'a jamais eu de maladie grave ; elle est seulement sujette aux maux de gorge. Point d'affection tuberculeuse, ni d'aphonie dans sa famille. — Vers le commencement du mois de février 1853, elle fut prise d'un mal de gorge, auquel elle dit être sujette, et qui ne fut point accompagné de fièvre, ni de troubles dans l'état général. Des boissons rafraîchissantes et un simple gargarisme fait avec de l'eau miellée et légèrement vinaigrée la guérirent en trois jours de son mal de gorge; mais ce dernier fut remplacé par une aphonie complète qui survint tout àcoup. Mademoiselle A... ne pouvait plus parler qu'à voix basse ; elle n'éprouvait ni douleur au larynx, ni chatouillement qui la forçât de tousser. Une médication énergique, très-variée, a été opposée à cette aphonie (sangsues au début, plusieurs vésicatoires sur la partie antérieure du cou, purgatifs, gargarismes alumineux). La malade a suivi pendant plusieurs mois un traitement sous la direction de M. le professeur Trousseau, qui lui a cautérisé le larynx avec le nitrate d'argent en solution, et lui a fait pratiquer une gymnastique vocale qui consistait à essayer de pousser un cri après avoir fait une grande inspiration (moyen excellent que j'ai employé une fois avec succès). Elle a été ensuite envoyée aux bains de mer, mais rien n'y a fait; mademoiduchenne. — 3e édition. 57

selle A. . . est restée aussi aphone que le premier jour. — Vers le mois de septembre 1853, la malade est conduite à M. Cliomel, qui, ayant vu échouer toutes les médications employées jusqu'alors, conseille l'emploi de l'électricité, et me demande mon avis sur l'opportunité de son application. Je conslate alors que mademoiselle A... ne peut parler qu'à voix basse, et qu'elle doit faire un certain effort pour se faire entendre. Elle ne tousse pas ; elle n'éprouve aucune douleur dans la gorge, et d'ailleurs on n'aperçoit aucune rougeur anormale dans le pharynx. Elle ne se plaint d'aucun dérangement dans sa santé ; elle est bien réglée ; elle n'éprouve aucun phénomène hystérique. La percussion et l'auscultation ne laissent aucun doute sur l'état de ses organes respiratoires.

Je commençai immédiatement le traitement de la manière suivante. Deux rhéophores humides furent placés sur la partie antérieure du cou, l'un au-dessus du corps thyroïde, l'autre au niveau de l'espace cricothyroïdien (je me servis dans ce cas de rhéophores coniques (voy. les figures 22 et 23, p. 68), recouverts de peau, humide, afin de pouvoir déprimer la peau au-dessus du corps thyroïde et de mieux localiser l'excitation dans l'espace crico-thyroïdien) ; puis je fis passer un courant à intermittences d'abord assez éloignées les unes des autres (d'une seconde) et à un degré modéré, et la malade s'étant habituée à la sensation électro-musculaire, j'augmentai progressivement l'intensité et la rapidité du courant. La séance dura huit à dix minutes. N'ayant obtenu aucune amélioration appréciable après dix séances appliquées de deux jours l'un, j'ajoutai à l'opération précédente l'excitation électro-cutanée, pratiquée pendant quatre ou cinq secondes au niveau du larynx, et je continuai d'agir ainsi pendant le reste du traitement. A la cinquième séance, je n'avais rien obtenu, et j'allais conseiller l'abandon de la faradisation localisée, que je croyais aussi impuissante que les moyens employés antérieurement. Mais la famille insista pour que ce traitement fût continué. Immédiatement après la septième séance, mademoiselle A... put émettre, des sons faibles, il est vrai, et qui ne revenaient que pendant quelques instants. Le lendemain, elle m'apprit que la voix lui était revenue plusieurs fois, et qu'elle avait pu parler à haute voix pendant un quart d'heure à vingt minutes, mais que, dans l'intervalle, elle retombait dans le même état qu'auparavant. La huitième séance rappela sa voix, qu'elle conserva pendant plusieurs heures; mais je dois dire que le timbre n'en était pas très-clair, et que le son en était faible encore. Enfin, après la quinzième séance, la voix était complètement revenue à son état normal. Je crus prudent de continuer encore le traitement pendant une huitaine de jours, afin de consolider cette guérison qui s'est parfaitement maintenue.

Comment expliquer cette aphonie qui s'est montrée tout à coup après trois jours d'un léger mat de gorge? De môme que l'inflammation du larynx gagne la muqueuse du voile du palais et en paralyse quelquefois les muscles, de même aussi ne peut-on pas supposer que, chez mademoiselle A.,., cette inflammation aurait gagné le larynx et causé la paralysie des muscles du larynx, l'aphonie.

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