I. — RESPIRATION ARTIFICIELLE PAR LA FARADISATION CUTANÉE
I. Il n'existe pas un seul agent thérapeutique susceptible, comme la Ducin n \ i , 3e édition . 58
y\ 4 CHAI', AV. — l'AHALisiiss Cj't ISOWTHACTURBS DE LA TÊTE, ETC.
faradisation cutanée, de produire instantanément des sensations qui se graduent, depuis leplus simple chatouillement jusqu'à la douleur la plus \ive, que le l'eu égale à peine, et cela sans altérer les tissus, quelque longue qu'en soit l'application. Cette propriété spéciale de la faradisation cutanée permet d'agir rapidement sur toutes les régions du corps, même à la face où la sensibilité est si grande, pendant des heures entières, si cela est nécessaire, sans que l'on ait à craindre de désorganiser la peau.
Ayant déjà traité, dans la première partie (chap. III, art. 5), de l'action réflexe exercée par l'excitation électro-cutanée sur la respiration, je n'ai plus à y revenir. Je me bornerai à rappeler qu'il en est ressorti principalement que celle méthode d'éleclrisation combat très-efficacement l'asphyxie par l'oxyde de carbone et par l'intoxication diphthérique et qu'il paraît exister une zone précordiale réflexogène dont l'excitation électrocutanée agit spécialement sur le noyau du pneumo-gastrique, qui est paralysé dans certaines intoxications diphthériques, en faisant disparaître les troubles de la circulation cardiaque et de la respiration (t). Je ne traiterai donc ici que de la respiration artificielle par la faradisation des nerfs phréniques.
II. — RESPIRATION ARTIFICIELLE PAR LA FARADISATION DES NERFS PHRÉNIQUES.
Lorsque la faradisation cutanée n'a pu ranimer les contractions des muscles inspirateurs, si môme l'asphyxie est tellement avancée que l'on croie déjà voir les signes apparents de la mort, on sait que l'on peut encore espérer de rappeler la vie prèle à s'échapper, en faisant arriver mécaniquement l'air dans les voies aériennes.
C'est dans ce cas que je conseillerai de recourir immédiatement à la faradisation des nerfs phréniques qui, en faisant contracter le diaphragme, agrandit à la fois le diamètre vertical du poumon el son diamètre transversal dans sa moitié inférieure, comme le démontrent mes expériences électro-physiologiques. C'est à coup sûr le meilleur moyen d'imiter la respiration naturelle.
En raison des services qu'il me paraît appelé à rendre dans l'avenir, je crois devoir décrire avec quelque soin le procédé à l'aide duquel on produit la respiration artificielle par la faradisation des nerfs phréniques.
Le nerf phrénique, qui tire son origine des troisième, quatrième et cinquième paires cervicales, descend, on le sait, de dehors en dedans en avant du scalène antérieur, et s'enfonce ensuite dans le médiastin pour se jcler dans les piliers du diaphragme. C'est sur la face antérieure de ce scalène qu'il faut exciter le nerf phrénique que l'on met en rapport avec les rhéophores d'un appareil d'induction. (Tous les appareils d'induction sont propres à celte opération, pourvu qu'ils se graduent exactement, et que leurs intermittences soient très-rapides. Les rhéophores d'un petit volume sont terminés par une extrémité conique, el recouverts d'une peau humide.) La faradisation localisée du nerf phrénique
(1) J'ai été appelé aussi à rappeler à la vie une personne qui avait été sidérée par le sulfate d'atropine en injection sous-cutanée. L'excitation électro-culaiiée de la région précordiale a rétabli les mouvements respiratoires, mais elle a fini par succomber à l'intoxication quelques heures après.
ART. ni, § m. — RESPIR. ARTIFICIELLE i'AR LA FARADISATION. 915
offre quelques difficultés, parce que le scalène est recouvert par le sterno-mastoïdien et par le peaucier. Voici cependant comment on parvient à localiser, chez l'homme, l'excitation électrique dans le nerf phrénique.
On s'assure d'abord de la position du scalène antérieur, en déprimant la peau de dehors en dedans, avec deux doigts placés au niveau du bord externe du faisceau claviculaire du sterno-mastoïdien. Alors on écarte les doigts qui, par une pression continue, maintiennent la peau déprimée au-devant du scalène, puis on place un des rhéophores dans leur intervalle et de manière à croiser la direction du nerf phrénique.
Pendant qu'un aide tient le rhéophore ainsi posé, le second rhéophore est placé de la même manière sur le scalène antérieur du côté opposé. Alors l'opérateur, saisissant parles manches isolés les deux rhéophores, qu'il maintient solidement appliqués sur les scalènes, met l'appareil en action. A l'instant où l'on fait passer le courant dont les intermittences sont très-rapides, les côtes inférieures s'écartent et les parois abdominales se soulèvent pendant que l'air entre avec bruit dans les poumons. Après une ou deux secondes, on interrompt le courant, et aussitôt la poitrine et l'abdomen s'affaissent, comme dans l'expiration. Pour que celte expiration soit plus complète, un aide est chargé de déprimer la poitrine et l'abdomen, pendant ce temps de l'opération. Après une ou deux secondes d'interruption, on fait de nouveau passer le courant pendant le môme espace de temps, de manière à produire une succession d'inspirations et d'expirations, qui imitent exactement la respiration naturelle.
La faradisation des nerfs phréniques, telle que je viens de la décrire, ne réussit pas toujours du premier coup ; car si le peaucier est trèsdéveloppé, ce muscle se contracte au moment de l'excitation et repousse les rhéophores; d'un autre côté, ces nerfs présentent quelquefois des anomalies, et passent plus en dedans des scalènes ; mais ces difficultés ne sont pas insurmontables, car, en appliquant les rhéophores un peu plus haut ou un peu plus bas, on réussit toujours à les rencontrer.
On doit éviter, autant que possible, d'exciter le plexus brachial en môme temps que le nerf phrénique.
Je n'ai recours au mode opératoire que je viens de décrire que lorsque jeveux provoquer la contraction isolée du diaphragme, pour démontrer le mode d'action de ce muscle sur les côtes diaphragmatiques.
Mais voici un moyen plus simple et plus sûr de produire la respiration artificielle. Au lieu de rhéophores coniques on se sert de rhéophores ù large surface, d'épongés enfoncées dans des cylindres métalliques par exemple, que l'on pose sur les côtés du cou, dans le point indiqué cidessus, et l'on fait passer le courant d'induction comme je viens de le dire. Par ce procédé, on excite à la fois, avec le nerf phrénique, les plexus cervical et brachial et la branche externe du spinal. Il en résulte un plus grand mouvement de la poitrine avec l'élévation des épaules, qui ne fait que favoriser la respiration artificielle que l'on veut provoquer.
La respiration artificielle produite parla contraction électrique du dia-
BIV ou/ii . «M KOUAU'i'BUIB lil l>ULliHAL,iUHJir5 JUIÎ LA TETE, ETC
phragmo fait arriver une masse considérable d'air en agrandissant le diamètre vertical de la capacité thoraciquc et la moitié inférieure de son diamètre transversal. Puisque l'excitation éleclrique des nerfs phréniques, qui provoque la contraction du diaphragme, peut faire respirer bruyamment, même le cadavre, quelque temps encore après la mort, que ne doit-on pas attendre d'elle, dans l'asphyxie, alors môme que tout paraît désespéré ! Prolonger ainsi la vie, dans l'asphyxie, c'est presque sauver le malade. S'il ne respirait pas, en effet, comment pourrait-on appliquer la médication spéciale, appropriée aux effets généraux de l'intoxication ?
Pour compléter cette étude, j'aurais désiré reproduire ici une note que j'ai publiée, en 1855 (1), sur l'influence de l'excitation électro-cutanée ou de la respiration artificielle par la faradisation des nerf» phréniques, dans l'intoxication par le chloroforme. Je regrette de ne pouvoir, faute de place, en extraire que les deux principales conclusions cidessous applicables à l'homme dans le traitement de l'asphyxie :
« L'électricité, employée comme excitant général du système nerveux, peut sauver l'animal, si la respiration est seulement suspendue ; elle n'est impuissante que lorsque le cœur a cessé de battre.
«[La respiration artificielle, produite par la faradisation des nerfs phréniques, qui imite parfaitement la respiration naturelle, fait, pénétrer l'air dans les parties les plus intimes du poumon, en vertu du vide virtuel qu'elle y produit, et cela avec d'autant plus de force, et en quantité d'autant plus grande, qu'on excite plus énergiquement la contraction du diaphragme. — Cette respiration artificielle peut, comme l'insufflation, rappeler les animaux à la vie, alors même que le cœur a cessé de battre. — Elle est simple et facile à pratiquer. — 11 n'existe aucune raison pour lui préférer l'insufflation, dans le traitement de l'intoxication chloroformique (2). »
(1) Duchenne (de Boulogne). Union médicale, 29 et 31 mars.
(2) Une commission, au nom de la Société médicale d'émulation, à laquelle je suis étranger, m'avait fait l'honneur de m'inviter à m'adjoindre à elle dans le but d'étudier sur des animaux l'influence thérapeutique de la faradisation cutanée et de l'électrisation générale, dans l'intoxication chloroformique. Lorsqu'il fut bien démontré que l'excitation électrique générale ou de la peau était impuissante dans les cas où le cœur avait cessé de battre, mon concours cessait d'être utile à la commission dont j'avais rempli les intentions. Cependant, ayant écrit, dans mon mémoire sur les fonctions du diaphragme (Union médicale 1853), que la respiration artificielle produite par la faradisation des nerfs phréniques pouvait être appliquée avec succès à l'empoisonnement parle chloroforme, » je désirais saisir cette occasion qui m'était offerte d'étudier la valeur de mon assertion qui, jusqu'alors, n'était qu'une vue de l'esprit. Comme il fallait, avant tout, examiner s'il était vrai, ainsi que l'avait avancé M. Alph. Robert, membre de l'Académie de médecine; que« les nerfs ont perdu leur excitabilité électrique, dans l'intoxication chloroformique, je priai la commission de me permettre de faire quelques expériences pour vérifier l'exactitude de cette assertion. Il ressortit bientôt de nos expériences que l'excitabilité électrique des nerfs ne diminuait pas d'une manière appréciable sous l'influence du chloroforme, et alors seulement je proposai de pratiquer immédiatement la respiration artificielle par la faradisation des nerfs phréniques, chez les animaux chloroformisés,ct dont le cœur avait cessé de battre. On comprend quelle dût être ma joie, quand je vis réussir une opération dont j'avais entrevu le succès et qui venait confirmer les beaux résultats obtenus par la commission ; à savoir, que la respiration artificielle par insufflation
§ IV. — Contracture du diaphragme.
La contraction spasmodique et clonique du diaphragme produit le hoquet ou une sorte d'ahoiement ou de simples secousses sans bruit. Ces symptômes ne sont que des épiphénomènes de différentes affections et ne présentent en eux-mêmes aucune gravité.
Mais si le spasme du diaphragme est continu, la contraction de ce muscle ne durât-elle qu'une ou deux minutes, ce spasme devient évidemment une contracture, et alors on voit survenir des accidents qui n'ont pas encore été décrits, et qu'il importe de faire connaître, d'autant plus qu'ils peuvent se terminer rapidement par la mort.
Je vais essayer d'exposer, aussi fidèlement que possible, la série des phénomènes morbides dont j'ai été témoin, pendant la contracture du diaphragme.