‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 41 sur 543 · J 08 CJIAP. III. — LES PRINCIPALES MÉTHODES D'ÉLECTRISATION · texte numérisé non relu

J 08 CJIAP. III. — LES PRINCIPALES MÉTHODES D'ÉLECTRISATION

servé aucune différence entre elles, quant à l'influence qu'elles exercent sur la sensibilité de la peau.

La sensation cutanée développée par l'électropuncture masque la sensation musculaire produilepar l'excitation directedn muscle dans lequel l'aiguille est enfoncée. On pourrait penser alors que ces deux sensations sont les mômes et se confondent; mais il n'en est pas ainsi, comme le prouvent les expériences suivantes. Chez des blessés, j'ai enfoncé des aiguilles dans des portions de muscles dénudés, et dans des points où ces muscles étaient recouverts par la peau intacte ; puis je les ai électrisés successivement. Dans la première expérience, la sensation fut sourde comme est la sensation spéciale à l'excitation musculaire : elle fut semblable à celle qui se produit ordinairement sous l'influence de rhéophores humides, placés sur la peau intacte. Dans la seconde expérience, la sensation fut très-vive ; elle eut le caractère propre à l'excitation électro-cutanée qui caractérise la faradisation par des fils métalliques excitateurs posés sur la peau sèche.

On ne peut produire à volonté, par l'électropuncture, la contraction d'un muscle ou d'un faisceau musculaire, ou seulement de quelques fibres musculaires. En effet, bien que j'aie eu le soin de placer les aiguilles loin des troncs nerveux, les contractions musculaires observées dans mes expériences, ont presque toujours été irrégulières et imprévues, ainsi tantôt elles étaient fibrillaires et limitées dans un certain rayon de l'aiguille, tantôt elles s'étendaient au muscle entier, quelquefois même à plusieurs muscles à la fois. Il est évident que, dans ces différents cas, les effets ont varié, suivant que l'aiguille a rencontré les filets nerveux qui s'étendaient à un ou plusieurs muscles, ou qu'elle se trouvait en rapport seulement avec les fibres musculaires. On voit donc que, dans l'électrisation musculaire par l'électropuncture, le hasard seul préside à la production des phénomènes de contraction et domine la volonté de l'opérateur.

Sarlandière prescrivait de placer les aiguilles loin des troncs nerveux; il professait que l'influence thérapeutique de l'électropuncture était plus grande en agissant sur les extrémités nerveuses. Contrairement à ces principes, Magendie eut la hardiesse de pratiquer l'électropuncture en traversant les troncs nerveux avec des aiguilles. Cette dernière opération peut paraître facile à ceux qui possèdent quelques connaissances anatomiques; mais elle n'est pas aussi simple qu'on pourrait se l'imaginer, lorsqu'on ne l'a pas essayée. S'il est vrai, par exemple, que l'on peut atteindre quelquefois les nerfs médian, cubital et crural, il n'en est pas de môme des nerfs radial, sciatique et poplités. A la face, il est possible de planter des aiguilles dans les nerfs sous-orbitaire et mentonnier. Mais qui prétendrait piquer à coup sûr le tronc de la septième paire ou les

ART. h — VALEUR DE L'ÉLECTROPUNCTURE. 109

filets de ce nerf? Cette méthode me paraît donc presque toujours impraticable. D'ailleurs elle ne permet pas de limiter l'action électrique dans les nerfs; car on ne peut arriver à ces derniers sans traverser la peau, qui alors est inévitablement excitée.

II. — L'électropuncture est insuffisante ou inapplicable dans les anesthésies ou dans les lésions de la sensibilité tactile.

J'établirai par la suite qu'en général, dans l'anesthésie, la faradisation cutanée rappelle la sensibilité seulement dans les points qui sont en rapport avec les rhéophores. Il en résulte donc que, pour obtenir la guérison des anesthésies cutanées par l'électropuncture, il faudrait couvrir d'un grand nombre d'aiguilles toute la surface de la peau dépourvue de sensibilité. On conçoit qu'une pareille opération serait impraticable, surtout si elle devait être souvent renouvelée. Dans certains cas légers, il suffit d'une excitation produite par un très-petit nombre d'aiguilles, pour rappeler la sensibilité; mais ces cas sont exceptionnels.

L'électropuncture ne peut servir à rappeler la sensibilité tactile ni de la main ni de la plante du pied, car on ne saurait enfoncer des aiguilles dans les doigts ou dans les téguments de la plante du pied, sans s'exposer à produire une inflammation ou des panaris.

III. — L'électropuncture appliquée au traitement des paralysies du mouvement ne paraît pas produire les résultats que l'on obtient par l'électrisation localisée.

Des succès nombreux et incontestables attestent la puissance thérapeutique de l'électropuncture, dans le traitement des paralysies musculaires; elle a produit, je le répète, beaucoup plus que les méthodes qui l'ont précédée. Cependant elle doit céder le pas à la faradisation localisée, pratiquée, on le sait, à l'aide des rhéophores humides placés sur la peau intacte, méthode dont j'aurai bientôt à établir l'importance au point de vue thérapeutique.

Il n'existe aucune règle sur la manière d'appliquer l'électropuncture au traitement des paralysies. Dans quels points des membres paralysés doivent être placées les aiguilles? En quel nombre faut-il les implanter? A quel degré d'intensité doit-on agir? Tout cela est abandonné à la fantaisie de chaque opérateur.

Quelques praticiens, à l'exemple de Magendie, ont essayé de traverser avec des aiguilles les nerfs qui animent les muscles paralysés. Or il ressort de mes recherches que l'excitation électrique des troncs nerveux, dans le traitement des paralysies, produit des résultats peu satisfaisants. D'ailleurs ce mode d'excitation fût-il excellent, l'électrisation des troncs nerveux est presque toujours impraticable par l'électropuncture, comme je l'ai dit ci-dessus.

MO C1IAP. 111. — LES PRINCIPALES MÉTHODES d'ÉLECTHISATION.

Le procédé généralement adopté consiste à placer, à la partie supérieure et inférieure du membre, dpç aiguilles qu'on met en rapport avec les pôles d'un appareil galvanique ou faradique. Parce procédé, l'excitation électrique est faite d'une manière fort inégale, et ne profite qu'à un petit nombre de muscles. Ceux de ces derniers qui n'ont pas reçu directement la stimulation électrique, doiventrester le plus souvent paralysés; quelques-uns d'entre eux sont excités par une action réflexe. Ce procédé d'ailleurs entre dans la méthode d'clectrisationpar action réflexe, qui fera l'objet de l'article suivant.

Pour que l'excitation fût complète, dans le traitement des paralysies par l'éleclropuncture, il faudrait que des aiguilles fussent implantées dans chacun des muscles paralysés. De plus, comme il me paraît démontré, par des faits nombreux, que l'action thérapeutique est limitée, en général, aux points qui sont en contact avec les rhéophores, ou du moins qu'elle se répand seulement dans un petit rayon, il faudrait encore que le nombre d'aiguilles destinées à exciter chacun des muscles fût proportionné à la longueur et à la largeur de ces derniers. Une telle opération serait un véritable supplice auquel les malades ne voudraient jamais se soumettre, surtout lorsqu'il s'agirait de paralysies de quelque étendue, à cause de la durée de cette opération et des souffrances inévitables qu'elle produirait.

Combien est simple et rapide, au contraire, lafaradisation localisée de chacun des muscles paralysés à l'aide des rhéophores humides et promenés sur la peau intacte. Dans l'électropuncture, l'aiguille traverse l'épaisseur du muscle, tandis que, dans lafaradisation localisée, les rhéophores humides n'agissent que sur leur surface. On pourrait en induire que l'électropuncture possède plus de puissance thérapeutique que lafaradisation localisée par les rhéophores humides. Cette opinion ne serait pas fondée ; car j'ai établi précédemment qu'en appliquant un rhéophore humide sur la surface d'un muscle, l'excitation électrique traverse d'autant plus profondément les tissus, que les courants sont plus intenses. La faradisation peut donc, à l'aide de rhéophores humides, pénétrer un muscle dans le sens de son épaisseur, aussi bien qu'avec les aiguilles. Déplus, en promenant ces rhéophores sur toute la surface des muscles, on leur distribue l'électricité en tous sens, ce qu'on ne pourrait jamais obtenir avec l'électropuncture.

J'ai vu plusieurs paralysies modifiées heureusement sous l'influence de la faradisation localisée par les rhéophores humides, et contre lesquelles l'électropuncture avait auparavant complètement échoué.

L'électropuncture fût-elle aussi efficace, aussi praticable que la faradisation musculaire localisée, les douleurs qui sont inséparables

ART. II. — VALEUR DE l/ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE. 111

de son application devraient lui faire toujours préférer cette dernière méthode. J'établirai en effet, par la suite, que Pélectrisation douloureuse est dangereuse dans certaines paralysies, la paralysie cérébrale, par exemple. L'électropuncture est donc contre-indiquée dans ces derniers cas, ainsi quedanstous ceux qui exigeraient de nombreuses séances. (On verra que la guérison de certaines paralysies demande jusqu'à soixante à quatre-vingt séances.)

C'est surtout chez les enfants qu'il importe de pratiquer l'électrisalion sans douleur. Combien de parents, et même combien de médecins n'osent infliger aux jeunes paralytiques le supplice de l'électropuncture, qui est toujours douloureuse, quelque faible que soit l'intensité du courant !

Il est encore d'autres inconvénients qui peuvent s'attacher à l'électropuncture, et qui ne sont point à craindre avec la méthode d'électrisation localisée que je préconise; je veux parler de la désorganisation des tissus qui sont en contact, avec les aiguilles, de leur inflammation, de petits abcès dont ils sont le siège. Je n'insisterai pas sur ces accidents signalés par les observateurs qui ont pratiqué l'électropuncture.

Enfin l'électropuncture développe souvent des névralgies graves et opiniâtres. En voici un exemple : Un des élèves de Magendie, le professeur Aug. Bérard, consentant un jour à se prêter à une expérience électro-physiologique, permit à son maître de lui pratiquer l'électropuncture sur la face. Sa complaisance lui coûta bien cher, car l'opération fut suivie d'une névralgie faciale qui le fit souffrir cruellement, pendant cinq à six mois. Ce fait m'a été rapporté par son frère, Ph. Bérard.

Des considérations critiques que je viens d'exposer, il ne faut pas conclure que l'électropuncture doive être exclue de la pratique; je crois au contraire que, dans certains cas, cette méthode peut être un auxiliaire puissant de la faradisalion localisée (1).

ARTICLE II

DELA VALEUR DE l'ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE APPLIQUÉE AU TRAITEMENT

Page 1