‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 411 sur 543 · A HT. I, § HT. — PARALYSIE DU DELTOÏDE · texte numérisé non relu

A HT. I, § HT. — PARALYSIE DU DELTOÏDE

Obskrvation CXXXXIX. — Un malade qui avait une atrophie de plusieurs muscles de l'épaule me fut adressé en 1850 par M. Bouvier. A un premier examen, je crus que la lésion du deltoïde était la cause principale des troubles fonctionnels dont il se plaignait. Le deltoïde était incomplètement atrophié ; la portion moyenne de ce muscle était encore assez développée pour permetlre d'écarter légèrement le bras du tronc. Ce qui gênait le plus le malade dans l'exercice de sa profession (il était instituteur), c'était la difficulté qu'il éprouvait pour écrire. La lésion musculaire étant limitée à l'épaule, sa main conduisait facilement la plume, traçait bien les caractères; mais, quand il avait écrit un ou deux mots, ne pouvant plus suivre la ligne, il était forcé de s'arrêter. Alors, à l'aide de sa main droite, il tirait un peu son papier de droite à gauche, et il écrivait encore un ou deux mots, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il fût arrivé au bout de sa ligne. Grâce à cet artifice, il pouvait écrire encore, mais il en éprouvait tant de gêne et d'ennui, qu'il avait dû y renoncer. J'attribuai d'abord à la lésion du deltoïde les troubles fonctionnels dont ce malade se plaignait. Mais ayant observé à quelques jours de là qu'un autre sujet, dont le deltoïde était complètement paralysé, n'éprouvait aucune gêne pour écrire et tracer des lignes entières, je reconnus que la difficulté d'écrire, chez le premier malade, devait dépendre d'une autre lésion musculaire que celle du deltoïde.

Quel était donc le muscle qui prenait une si grande part dans l'action d'écrire et dont la paralysie troublait à ce point celte fonction ? Voici le résultat des recherches que j'ai faites sur ce point. J'ai remarqué que les sujets atteints de paralysie du deltoïde et du sousépineux éprouvaient la même difficulté pour écrire que le malade dont j'ai rapporté l'histoire (obs. CLXXXIX) ; qu'ils ne pouvaient faire exécuter le mouvement de dedans en dehors à l'avanl-hras fléchi sur une table, dans l'altitude d'écrire. C'est à peine s'ils parvenaient à tracer une ligne de 3 à 4 centimètres. Si alors je provoquais la contraction du sous-épineux par un courant d'induction à intermittences rapides, je voyais Pavant-bras et la main continuer leur mouvement de dedans en dehors. De celle façon et en plaçant un crayon dans les doigts des malades, je leur faisais tracer une ligne de 28 à 29 centimètres. Cette expérience démontre donc clairement que, dans le fait rapporté ci-dessus, c'était le sous-épineux qui était paralysé avec le deltoïde. .

Mais en poursuivant ces recherches, j'ai observé que la privation du concours du sous-épineux portait aussi des troubles graves dans l'exercice d'autres professions. Je ne citerai, comme exemple, que les professions qui nécessitent l'emploi de l'aiguille. Lorsqu'on cousant, en brodant, etc., on lire l'aiguille de dedans en dehors, les muscles deltoïde et sous-épineux se contractent synergiquement, le premier pour écarter plus ou moins le bras du tronc, le second pour imprimer à Pavant-bras et à la main un mouvement de rotalion en

dehors, l'humérus, étant l'axe, et l'avanl-bras le rayon. Ce dernier mouvement est le plus important, car les malades qui n'ont perdu que leur deltoïde peuvent encore coudre presque aussi facilement que s'ils avaient conservé l'usage de ce muscle. Mais il n'en est plus de môme, si leur sous-épineux ne possède plus la faculté d'agir, le deltoïde étant môme intact. Les mouvements d'abduction du bras par le deltoïde sont les seuls que les malades puissent faire alors, et alin de suppléer au défaut d'action du sous-épineux, ces mouvements doivent ôtre une fois plus étendus. 11 en résulte une fatigue qui ne permet pas à ceux qui se servent de l'aiguille de travailler longtemps. Je pourrais encore citer d'autres exemples, mais ceux que j'ai rapportés démontrent suffisamment la grande différence qui existe, quant à la gravité des troubles fonctionnels qu'ils occasionnent, entre une atrophie ou paralysie simple du deltoïde et la môme lésion de ce muscle, compliquée de celle du sousépineux.

B. — Jusqu'à ce jour, on a accordé seulement au sous-scapulaire et au grand rond le pouvoir défaire tourner l'humérus sur son axe de dehors en dedans. Il ressort de mes recherches que le sus-épineux possède également cette action qui, toutefois, est moins énergique que celle du sous-scapulaire, et ne s'exerce que lorsque l'humérus tombe sur le côté du tronc et parallèlement à sa direction.

A l'état normal, l'humérus sollicité d'une manière égale par la force tonique de ses rotateurs se trouve, pendant le repos musculaire, dans un état intermédiaire entre la rotation en dehors et la rotation en dedans ; de telle sorte que lorsqu'on vient à fléchir l'avant-bras sur le bras, on peut encore faire tourner celui-ci de manière à terminer sa rotation en dehors ou en dedans.

Mais si les rotateurs en dedans viennent à ôtre atrophiés ou paralysés, cet équilibre musculaire est rompu, car la puissance des rotateurs en dehors, dont l'action n'est plus modérée par leurs antagonistes, place l'humérus dans une rotation extrême en dehors. Il en résulte que, consécutivement à l'atrophie ou à la paralysie des rotateurs en dedans, l'action des rotateurs en dehors se trouve également annulée. Ces courtes considérations suffisent pour établir combien est grave la perte des rotateurs en dedans, puisqu'elle équivaut, quant aux troubles fonctionnels qu'elle occasionne, à la perte de tous les rotateurs de l'humérus.

D'après ce qui précède, on voit que les signes diagnostiques de l'atrophie ou de la paralysie des rotateurs de l'humérus en dedans appartiennent aussi à la môme lésion des rotateurs en dehors. Ce que j'ai dit précédemment de ces signes diagnostiques me dispense d'y revenir.

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